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Qu'est ce que vous avez fait de ce qu'on a fait de vous?
20 Février 2010
Par
Ben Boukhtache
Grâce à Mediapart , grâce à Fatima Besnaci-Lancou, j'ai eu la chance et le plaisir de contribuer à un livre qui vient d'être publié aux éditions de l'Atelier sous le titre : Des vies. 62 enfants de harkis racontent.
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Les harkis et leurs familles occupent une place singulière dans l'histoire et la mémoire. Les enfants de ces supplétifs de l'armée française ont fait preuve d'une très grande capacité à se construire ou à se reconstruire. Vingt-six femmes et trente-six hommes d'horizons et de professions variés et témoignent ici. Soixante-deux personnes en rappel à l'année 1962, fin de la guerre d'Algérie, pour beaucoup année Zéro de leur itinéraire.
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Leurs récits et leurs phototographies sont les traces vivantes d'une résistance à l'indicible douleur de l'histoire. Certains sont nés en Algérie, d'autres en France, dans les camps de Rivesaltes, Bourg-Lastic ou Saint-Maurice-l'Ardoise. A leurs parents, souvent restés dans le silence, ils disent leur amour et leur respect.
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Rejoignant l'expérience de ceux qui ont été confrontés à l'exil et à la guerre, leurs mots incarnent une espérance et répondent à la question de Boris Cyrulnik, préfacier de cet ouvrage :
"Qu'allez-vous faire de cette souffrance ? Allez-vous vous soumettre? Allez-vous pleurer ? Allez-vous faire une carrière de victime, comme on vous y encourage ? On vous donnera une petite pension, mais taisez-vous. Et encore, si on vous donne une pension, c'est bien, parce que la France est généreuse. Alors, en échange, taisez-vous. A ce moment là, la réaction, c'est de se demander quel est votre espace de liberté. Quand je dit "votre", je parle aussi de moi ".
Qu'est-ce que vous avez fait de ce qu'on a fait de vous? "
"Quand on arrive au monde, on doit appartenir à une langue, à une famille, à une culture. On doit apprendre les chansons de sa culture, les repas, les plats, les rituels religieux ou laïques pour appartenir à une famille, pour appartenir à une culture. C'est nécessaire pour constituer son identié et savoir comment se comporter dans la vie. C'est délicieux, car si on partage les mêmes rituels, on va s'aimer. C'est délicieux car on appartient à une famille et à une histoire. C'est dangereux, car si on clôt le système, on va n'appartenir qu'à cette langue, qu'à cette culture ou à cette famille, et on risque alors d'ignorer ou de mépriser les autres.
Ce problème concerne bien évidemment les harkis qui nous font comprendre ce qui touche plus généralement à la condition humaine. Le lecteur découvrira, au fil des pages de cet ouvrage, des photos émouvantes et des témoignages qui portent le passé, mais aussi le courage de vouloir transmettre l'histoire familiale pour construire un présent plein d'avenir".








Merci, Ben Boukhtache, pour ce texte et cette prise de vue.
Un travail essentiel. Merci Ben.
"C'est délicieux, car si on partage les mêmes rituels, on va s'aimer.
C'est délicieux car on appartient à une famille et à une histoire.
C'est dangereux, car si on clôt le système, on va n'appartenir qu'à
cette langue, qu'à cette culture ou à cette famille, et on risque alors
d'ignorer ou de mépriser les autres."
Magnifique...
Je co-signe.
Bien à toi, Ben.
Ben, quel plaisir de te lire à nouveau sur le club.
Tu as bien manqué tu sais !
Magnifique texte de Cyrulnic, ce billet est un soleil dans la grisaille du jour.
Mais chutttt, je me tais et je savoure......
Merci, Anne, Dianne et à toi Néfertari
Vos commentaires font plaisir et évidemment je vous conseille la lecture de ce beau livre, vous découvrirez ma maman et ma photo , quand j'avais 6 ans .
Amicalement
Et hop ! Voici l'agenda de présentation du livre :
http://www.harki.net/article.php?id=411
Un vrai marathon !
Dianne, je t'embrasse ! Merci
Oui, un vrai marathon
Je viens de relire en partie ce magnifique texte en compagnie de plusieurs personnes dont Fatima Besnaci-Lancou...
Merci de le faire partager avec d'autres...
Il faut continuer
Farida
Merci, Farida pour ces encouragements
Enfin vous revoilà, Ben... et avec quelle nouvelle ! Bravo.
Yolaine , merci
En même temps que les Harkis, arrivèrent en France (Hexagone + Corse) des centaines de milliers de Pieds-noirs. Beaucoup d'entre-eux devinrent entrepreneurs, en particulier dans l'agriculture maraîchère et fruitière. Ils s'avérèrent souvent plus modernes et plus imaginatifs que les autochtones. Alors que l'on entassait les Harkis dans des camps, dans des conditions indignes et pour longtemps, j'ai toujours pensé que si chaque petit patron Pied-noir avait offert un emploi à un ou deux de ces bons Harkis (le FLN constituant les méchants), le problème aurait été résorbé en grande partie.
Mais peut-être que pour ces Pieds-noirs, un Harki restait avant tout .... un Arabe.
Oui, très vrai
Cher raybor
Témoigner de coeur à coeur, de soufle à soufle, de vie à vie, que l'écrasement perd toujours la partie...
de coeur à coeur , merci Kairos
C'est beau ! C'est bien !
Dominique , merci
Ce travail d'écriture est un vrai travail de construction, re-construction, un chemin de désir de vie, de bataille,
mille chances pour chacun de vous tous !
Pour avoir enseigné à la fois dans la toute jeune république algérienne et auprès d'enfants de Harkis en France, vous savez déjà, Ben, combien le sujet me concerne et me touche.
A ces camps que vous évoquez et dont les noms me sont familiers, j'ajouterais celui de Mas-Thibert, à une dizaine de km au sud d'Arles où j'ai fait tout récemment un crochet alors que je goûtais au plaisir de marcher sur les pas de Van Gogh et tentais de retrouver les lieux exacts où il avait posé son chevalet.
Farid, vous vous en souvenez certainement, s'était dit choqué parce que j'avais maladroitement dit m'être "occupé" d'enfants de Harkis, prenant ce mot pour une marque de condescendance ou je ne sais quelle autre expression de surplomb, d'une certaine forme de racisme peut-être. J'en avais été énormément choqué, tant j'ai toujours eu avec ces enfants comme avec ceux d'Algérie des rapports tout à fait opposés à cette sorte d'attitude.
Je n'ai pas eu la force de lui répondre pour m'en défendre, trop courroucé qu'il était par le traitement que Mediapart semblait faire de ses billets et que je comprenais fort bien ; et trop abattu moi-même.
Du coup, cela m'avait totalement ôté l'envie de continuer de vous raconter mon expérience par MP, comme vous me l'aviez gentiment proposé. Sans doute l'aviez-vous compris puisque vous vous êtes bien gardé de me demander la suite.
Je me dis, me mettant dans le lot, qu'il faut probablement avoir eu une enfance plutôt heureuse et être dès lors suffisamment blindé pour tenir le cap dans ces forums virtuels.
Ravi de vous relire ici et d'apprendre l'heureuse conclusion de votre attente d'un tel ouvrage.
Magnifique, Ben! Humanité, dignité, égalité!
Salut Ben,
Je ne sais trop que dire: le courage (il en faut pour mettre en mots un parcours si rempli de douleurs) dont tu témoignes pour aider à rendre la dignité à tous ces hommes dont tu fais partie. Le courage, mais aussi ton talent à toujours aussi bien bien traduire les émotions. Je te lirai.
Merci, Ben et félicitations d'avoir contribué à un livre ! Le côté délicieux et le côté dangereux dans l'appartenance m'apparaissent les points à méditer sans trêve. On peut les mettre en parallèle avec cette citation du préfacier "si on ne sait pas qui on est, on est ravi qu'une dictature vous prenne en charge" : je puise souvent chez Boris Cyrulnik, il fait partie de mes pères spirituels favoris car je crois à ses comparaisons entre animaux et humains, les questions de territoire à la base des conflits, développés en prenant des cas extrêmes comme dans "Les vilains petits canards".
Luciole, Marielle, Velveth, bjm, Pierre, MPhilips
" A leurs parents, souvent restés dans le silence, ils disent leur amour et leur respect. "
Et à vous je vous dis Merci pour votre partage , et à Médiapart de m'avoir permis de rencontrer des enfants de harkis avec qui je partage un exil, une histoire et je pense aussi à mes amis pieds noirs qui , eux aussi , ont traversé une histoire douloureuse .
Merci
Merci Ben,
A te lire, avec émotion !
Cher Ben, grâce à toi j'ai lu ( à Lyon) le "fragment d'humanité" le beau livre de Fatima Besnaci-Lancou: "Fille de harki". Je lirai celui là.
Merci à elle, à toi, de m'apprendre toutes ces complexités et mémoires.
Certes. L'ouvrage est le bienvenu.
Je suis de cette génération d'Algériens qui subirent dans leur chair cette guerre... Désolé, mais le collégien en grève (1958) que je fus garde une image et la mémoire du corps... de coups infligés par qui, devinez ? Par des harkis déchaînés. Des harkis appartenant à une unité redoutable et redoutée dans la région de Guelma, la seule autorisée, parmi les unités de "supplétifs indigènes", à porter (un détail) une mitraillette... C'est dire...
Cela dit, j'ai toujours pensé que s'il y a eu des perdants et des gagnants dans cette guerre d'Algérie (qui, rappelons-le, se cachait "pudiquement" sous la burka sémantique d'"événements"), s'il y a eu des perdants, les vrais perdants auront été les harkis...
Il y a 25 ans, j'avais fait une enquête pour Jeune Afrique, dans un camp de harkis, près de Narbonne. Où j'avais interviewé surtout des enfants (qui, aujourd'hui, doivent avoir... 35-40 ans !). Mon travail ne fut jamais publié... Je garde toujours la dizaine de cassettes audio, chez moi...
Bien plus tard, j'ai été impressionné par le travail de Fatima Besnaci-Lancou... Impressionné, et... ravi. Que les enfants de harkis s'emparent de leur histoire et de l'histoire... Pour dire cette honte suprême de la République française... Cette République compte pas mal de hontes dans son histoire, mais la page "harkie" restera une des plus honteuses du "roman national"... Je n'oublie pas non plus le pouvoir algérien, qui continue à reporter sur les enfants et même les petits-enfants de harkis le "péché originel" des pères et des grands-pères, alors que la clique qui continue de gouverner l'Algérie compte en son sein des intouchables dont les crimes feraient oublier bien des exactions des "harkis"...
Je ne sais toujours pas avec certitude ce qui a motivé les Harkis. Traitrise, naïveté, choix d'une France idéalisée pour le plus grand bien d'un peuple considéré encore comme dans les limbes de la modernité ?
Peut-être croyaient-ils, comme certains opposants modérés, que le jour viendrait où les deux peuples cohabiteraient dans un partage démocratique des pouvoirs ? Les accords d'Evian, signés par les deux parties allaient d'ailleurs dans ce sens. Ils y seraient allés plus sûrement sans la folie OAS et le racisme de bien trop de Pieds-Noirs. Dommage, car c'eut été un exemple unique au monde de cohabitation entre deux peuples de cultures différentes. Un exemple qui aurait peut-être fait tache d'huile et, qui sait, changé le cours du monde quant aux relations Islam/Occident . Merci de me laisser rêver.
Pour l'Algérie, les Harkis sont des traitres. Pour la France officielle, de bons et loyaux Français ayant risqué leur vie pour la patrie. Lorsqu'on a été favorable à la lutte d'un peuple pour son indépendance comme je l'ai été, jusqu'à décider d'aller l'aider à se reconstruire peu après sa liberté enfin recouvrée, on devine de quel côté j'ai penché, tout en sachant que personne n'étant ni totalement bon, ni totalement mauvais, il est bon d'écouter toutes les parties maintenant que le soufflé est tombé.
J'espère que ce livre, Des Vies, permettra à leurs enfants de crever l'abcès pour aimer sincèrement leurs pères et s'aimer aussi eux-mêmes.
Déracinés de tous les pays unissons-nous!
:-)
Yeap!
Ce n'est pas facile de parler d'une histoire ô combien douloureuse. Je vous lirai cher Ben Boukhtache, avec attention.
Salut Ben,
heureux de te relire. Toujours ces mêmes talent, courage et humanisme.
Merci pour ce beau texte qui donne envie de lire le livre.
Je vais commander le livre.
Merci pour ce livre.
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C'est un passé récent. La capacité à le surmonter de ceux qui l'évoquent démontre le décalage du discours public et la disproportion des réactions adminsitratives avec leurs valeurs humaines. Vous complétez le témoignage de Dalila Kerchouche. C'est aussi cela le devoir de mémoire. Rappeler à la France que l'histoire n'est pas seulement un outil de propagande ou de falsification.
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L'Algérie a connu des précédents dans l'abandon des Vietnamiens et des Tchèques.
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Hélie de Saint Marc raconte dans ces mémoire le sort identique réservé aux supplétifs vietnamiens : "La situation militaire est précaire, l'armée française, mal soutenue
par la métropole qui se désintéresse de ce conflit lointain, connaît de
lourdes pertes. Après dix-huit mois, Hélie de Saint Marc et les
militaires français sont évacués, comme presque tous les partisans, mais
pas les villageois. « Il y a un ordre, on ne fait pas d'omelette sans
casser les œufs » lui répond-on quand il interroge sur le sort des
villageois.
Son groupe est obligé de donner des coups de crosse sur les doigts
des villageois et partisans voulant monter dans les camions. « Nous les
avons abandonnés ». Les survivants arrivant à les rejoindre leur
racontent le massacre de ceux qui avaient aidé les Français. Il
appellera ce souvenir des coups de crosse sur les doigts de leurs alliés
sa « blessure jaune » et restera très marqué par l'abandon de ses
partisans vietnamiens sur ordre du haut-commandement."
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Cet aspect des motivations putschistes est assez peu débattu : "Ils montrent comment les militaires, qui avaient dû abandonner les
populations locales à leur sort en Indochine et craignaient de devoir le
faire de nouveau en Algérie, ont pu en arriver au putsch de 1961".
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Les poursuites engagées contre Aussarès et son éditeur par l'Etat lors de la publication de ses mémoires montrent la difficulté à établir la vérité historique en France. La Cour de Strasbourg a condamné la France en jugeant ces poursuites comme une volonté d'entraver la vérité historique (Affaire Orban N°20985/05). La motivation de l'arrêt rejoint le but poursuivi par le livre de témoignages dont il est question ici.
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Vous replacez l'homme au centre des préoccupations à une époque qui recommence à le mépriser. Bravo.
Passée, Ben, et bien sûr je vais commencer par lire, ne serait-ce que pour découvrir ta maman en photo, motif nul, peut-être, motif tout court, pour moi.
"Crever l'abcès", écrit bjm, je comprends, ce fut mon point de vue, avant de rencontrer des gens, des itinéraires, des lieux. Maintenant, juste reconstruire une histoire, complexe, contradictoire, belle et moche. La suite après avoir lu....
Merci Ben.
enfin vous revenz parmi nous Ben !! Il est dommage que vous ne soyez pas là le 27 mars à St Maximin pour la signature du livre, mais j'y serai. Je sais qui je suis, française issue d'une famille d'immigrés italien fuyant le fascisme naissant en 1934. Tu fais partie de ce groupe d'hommes et de femmes qui ne se contenteront jamais de l'approximation dans la vérité et qui ne vendront pas leurs âmes contre la facilité. Merci encore
bien à toi
à vous toutes et tous qui manifestez votre envie de lire ce livre, je me dois de vous préciser que vous n'y trouverez pas des récits au sens où nous l'entendons en général. Car la force et l'émotion du livre sont toutes entières contenus dans les photos. L'histoire de ces 62 vies émane et s'échappe ainsi avec une force incroyable de tous ces clichés. Et tant les visages que les corps, expriment à eux seuls un "avant, pendant, et après" dont on devine la somme de larmes et de courage qu'il aura fallu pour faire quelque chose "de ce que l'on a fait d'eux ".
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Face aux photos, des petits récits, des petits éclats de vie, qui balancent entre le même dilemme, se souvenir ou oublier. Mais oublier est impossible.
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Vous ne trouverez donc, me concernant, que quelques lignes que certains d'entre vous connaissent déjà. Mais, je le répète, je reste intimement convaincu que toute la valeur du livre est dans le partage, avec vous, de ces photos, auxquels nous sommes tous profondément attachés.
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Merci à vous tous pour votre soutien et votre amitié.
Pour certains, cher Ben Boukhtache, c'est en effet le silence qui est toujours plus parlant.
" 62 enfants de harkis racontent", c'est là haut. Donc, les images plus que les mots raconteraient ? Ca me va ( voir plus haut), même si je pense, forcément, que les mots aussi racontent, sinon pour quoi faire les mots.. Les harkis, leurs enfants, je crois, ont eu leur content de silence. Amitiés
Le silence dans toute écriture ne se reconnaît-il pas entre les mots ?
(j'ai modifié ce commentaire, pour plus de douceur).
C'est noté, une de mes prochaines lectures, merci...
Très heureux Ben d'apprendre que vous avez pu réaliser ce travail d'écriture à plusieurs voix. en espérant vous trouver prochainement en librairie,
cordialement.
Ben, la question (que tu reprends en titre du billet) de Boris Cyrulnik s'adresse bien sûr à tout le monde, Qu'est-ce que vous avez fait de ce qu'on a fait de vous?, et ce qu'une société fait de ses minorités révèle l'idée qu'elle se fait des relations humaines. Les 62 enfants de Harkis en photos, j'ai noté le titre aux éditions de l'atelier, je le lirai. Parce que "minorités" ne veut rien dire si on n'y met pas des visages.
Merci à vous , Nadja , Mithra, Lincunable, Serge
C'est une sacrée naissance ce livre, émouvante, avec une belle préface, ces textes et ces photos à découvrir, ces témoignages de notre histoire à tous.
Bravo !
Ravi et touché ,
Merci Myriam
Un grand merci Ben .
Pour le livre bien sur,mais surtout pour ton humanité et un courage que beaucoup devraient prendre en exemple .
MERCI
Merci à toi, saine colère
Article de Franck Nouchi LE MONDE
nfin ! Mardi soir, sur France 5, la télévision française s'est donné les moyens - et le temps - pour raconter l'histoire des musulmans de France. De l'arrivée des premiers Kabyles en 1904 à l'affaire du voile islamique, le pari était a priori risqué : retracer en un peu plus de trois heures, moyennant trois parties distinctes - "Indigènes", "Immigrés", "Français" -, un siècle de présence musulmane. Pari gagné : Musulmans de France, le documentaire de Karim Miské et Emmanuel Blanchard, est en tout point réussi. S'il ne l'a déjà vu, Eric Besson aurait tout intérêt à se procurer le DVD qui sortira le 11 mars.
"La France, c'est ma moitié", par Franck Nouchi LE MONDE | 24.02.10 |
Impossible bien sûr pour les deux réalisateurs de rentrer dans tous les détails d'une pareille histoire. Et en particulier de retracer ce que fut le drame des harkis. Un drame longtemps occulté, enfoui dans la mémoire collective, en dépit de quelques manifestations de colères et grèves de la faim. Le 10 septembre 2001, dans un article publié par Libération, Michel Tubiana, alors président de la Ligue des droits de l'homme, dénonça ce silence : "La République a commis en 1962, en Algérie, un crime d'Etat. En laissant en Algérie les supplétifs algériens qu'il avait employés, le gouvernement français les a sciemment exposés aux massacres qui ont été commis." Il ajouta : "Une double justice doit être rendue aux harkis : reconnaître le crime d'Etat dont ils ont été victimes et la discrimination dont ils sont encore aujourd'hui l'objet." Le 31 mars 2007, le candidat Nicolas Sarkozy prit un engagement solennel : "Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre de harkis et d'autres milliers de "musulmans français" qui lui avaient fait confiance, afin que l'oubli ne les assassine pas une seconde fois."
L'oubli, un mal que les harkis connaissent mieux que personne. Dans Des vies, 62 enfants de harkis racontent (éditions de L'Atelier), un ouvrage dirigé par Fatima Besnaci-Lancou et préfacé par Boris Cyrulnik, des hommes et des femmes disent avec dignité et modestie ce que fut l'histoire de leur famille, ces années passées dans des camps, ces blessures que personne ne voulait ni voir ni entendre, la France indifférente au sort de celles et ceux qui avaient décidé de lui faire confiance et de se battre pour elle. Bouleversants de simplicité, ces témoignages, et les photos qui les accompagnent, disent aussi que le temps a fini par passer, faisant place à une sérénité nouvelle. Né en 1965, Abdel Oihabe Boumaraf est kinésithérapeute-ostéopathe : "Je suis français, né à Château-Renault. Je suis patriote, mais pas nationaliste. Je suis fier de ma culture tourangelle, fier d'être français et fier de mes origines berbères. La France, c'est ma moitié." Une belle réponse à l'apostrophe de Boris Cyrulnik : "Qu'est-ce que vous avez fait de ce qu'on a fait de vous ?"
Franck NouchiArticle paru dans l'édition du 25.02.10