Thématiques du blog
A Villiers-le-Bel comme ailleurs,"On ne rend pas les coups!"
"(...) "Il y en a, a-t-il rajouté, qui ont choisi de porter des capuches et des tee-shirts "nique la France", d'autres qui ont choisi de porter l'uniforme, de défendre les valeurs de la République". "Les faits sont extrêmement graves mais dans leur démonstration ils sont extrêmement simples", a estimé le procureur, réfutant les critiques sur l'insuffisance des charges dans un dossier sans preuves matérielles, construit en large partie sur les dénonciations réciproques entre suspects."
(Propos du procureur lors du procès de 10 présumés émeutiers de Villiers-le-Bel retranscrits dans un article du Monde du 4 juillet).
Le premier acte de la grand messe cathartique qui tiendra lieu de procès aux émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007, vient d’avoir lieu.
Les procès des émeutes urbaines doivent être exemplaires.
Les « évènements » de Villiers-le-Bel comme de Clichy-sous-Bois sont des exemples pour la jeunesse des banlieues et bien au-delà.
Il faut en étouffer la portée.
Faire bien comprendre à tout le monde qu'en République non plus on ne peut pas rendre les coups.
Un procès exemplaire.
Celui qui vient de se dérouler, les 3 et 4 juillet au Tribunal de Pontoise n'est qu'une mise en bouche. Il ne s'agit encore que de cailloux et de bouteilles lancées sur les unités anti-émeutes durant les deux soirées d'affrontements qui ont suivi la mort de Lakhami et Moushin (13 et 14 ans) dans une collision troublante avec une voiture de police.
On prépare le clou du spectacle pour l'automne.
On fera alors le procès, aux assises, de cinq jeunes hommes accusés d'avoir utilisé des armes à feu contre les policiers anti-émeutes.
"Une centaine de policiers blessés" selon la préfecture de police.
Et plus de soixante-dix agents des forces de l'ordre en partie civile contre les cinq de Villiers. Ce procès comme souvent dans ce genre de contexte n'est pas celui des faits.
Personne n'est en mesure d'établir qui tenait les armes à feu au cours des évènements. Personne.
Les cinq jeunes hommes, dont quatre sont toujours en détention préventive (depuis février 2008) ont été appréhendés puis incarcérés sur la base de témoignages sous-x, plusieurs semaines après les faits. Ces témoignages sous-x la police les a obtenus après plusieurs semaines d'enquête infructueuse. Après aussi la grande perquisition-spectacle qui avait vu le quartier encerclé à l'aube par plus de 1200 policiers en armes, et 35 arrestations télévisées, qui n'avaient rien donné ou presque. Elle les a obtenus en distribuant, dans chaque boîte aux lettres du quartier, des appels à délation assortis de la promesse d’une protection à témoin sous-x et d'une "forte récompense" (on imagine aisément le type de règlements de comptes que cela peut susciter, la police n'a d'ailleurs plus réitéré l'expérience des "récompenses" depuis...).
Hors ces témoignages sous-x rien ne vient étayer la pertinence de cette liste de noms. Elle va pourtant servir à une des grandes mises en scène judiciaires de la Sarkosie.
Ce dont on va faire le procès d’ici à la fin de cette année, c'est bien donc de la possibilité même de rendre les coups. Car entendons nous bien, une nuit d'émeute d'une telle intensité ne répond pas seulement à la mort de deux jeunes adolescents. Elle répond à des années de gestion néo-coloniale de certains quartiers, aux brimades, aux contrôles quotidiens, aux gardes à vue abusives, aux blessures, aux abattages aléatoires...
Dès l'automne 2005, l'actuel président a multiplié des appels à la guerre à peine voilés.
Il a placé la relation des autorités aux jeunesses des quartiers populaires sur le plan de la guerre.
Il a doté la police de moyens pour mener une telle guerre (équipements de corps, flash-ball, tazers, drones, hélicoptères et véhicules équipés d'halogènes tournants). Les policiers ont été systématiquement galvanisés en ce sens, tant par sa gestuelle hystérique à lui que par les grimaces autoritaires d'une MAM, qui n’a cessé de leur envoyer des fleurs pour flatter leur "professionnalisme".
La doctrine Sarkozy a définitivement fait de la police et de la gendarmerie, désormais réunies, un parti. Son parti. Restructurations, remontrances et mots doux y prennent les mêmes traits que dans sa relation à son autre parti, et la même efficacité.
Ce procès à venir, c'est la tête du jeune-rebelle-de-banlieue-inconnu apportée sur un plateau aux syndicats de police qui réclament vengeance ET impunité.
La punition "exemplaire" qu'on demandera à la magistrature d'énoncer, dira aussi à tous:
"On ne rend pas les coups!"
Les évènements de Villiers-le-Bel, comme ceux de Clichy-sous-Bois valent au delà d'eux mêmes, ils sont chargés de sens, pour le pouvoir, pour la police, pour les jeunes des quartiers populaires mais aussi pour l'ensemble de la jeunesse de ce pays qui, de diverses manières, a pris en pleine gueule la gouvernance Sarkozy (qui n’a sans doute de nouveau que le style et le franc-parler). Celle-là même qui l'a officiellement désignée comme figure potentielle de l'ennemi. Clichy-sous-Bois avait résonné partout et longtemps, jusqu’au cœur des manifestations anti-CPE, Villiers-le-Bel n’a pas fini de résonner, malgré les procès et les diatribes du parti de l’ordre.
La question qui se pose à nous, public récalcitrant, n'est pas tant de oui ou non soutenir tel ou tel acte, ni de savoir si ce sont ou non des "innocents" qui vont être jugés, elle est de reconnaître que ces évènements se situent dans le cours d'une guerre ouverte, déclarée par le gouvernement lui même. Elle est de refuser ou non de baisser la tête au moment où on s'apprête à en pendre quelques-uns, pour l'exemple.
[ la vidéo est un clip d'"Angle Mort" le groupe formé par Hamé (La Rumeur), Casey et Zone Libre (dont fait partie l'ancien guitariste de Noir Désir), dont l'album est sorti cette année - http://langlemort.la-rumeur.com/ ]







Et pour donner écho de la version officielle, celle de la procureur de la république et de la juge d'instruction copies conformes l'une de l'autre, voici un autre article du monde sorti quasiment au moment même ou je rédigeais ce billet.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/07/09/la-loi-du-s...
C'est fou comme quand on a la possibilité de connaitre plusieurs facettes d'un évènement, les points de vue à l'emporte pièce et à source unique de certains journalistes peuvent vous donner la nausée. Voilà comme l'illustration de ce que je disais, les articles du Monde donnent le La d'une procédure qui s'ouvre sous des auspices peu reluisants, emprunts d'un racisme à peine voilé, de pointes d'islamophobie certaines, d'analyses socio-psychologiques à la petite semaine, pour expliquer la "déviance" des individus pointés par l'accusation. On avait déjà eu une belle manifestation du rapport de monsieur Luc Bronner aux banlieues dans un précédent article titré "Villiers-leBel au bord de l'explosion" il y a quelques semaines, genre reportage en brousse avec guide. Il faut suivre cette affaire de près, elle sera, elle aussi, un révélateur de l'infamie ordinaire de la gestion des affaires courantes en France. J'ai toujours eu tendance à considérer qu'on exagérait à utiliser des expressions comme "journaflics" mais force est de constater que certains méritent cette palme! Cet article ressemble à s'y méprendre au ton méprisant et surplombant de n'importe quel réquisitoire de procureur "de la République".
Un article écrit comme on prépare une corde avant la pendaison.
Bon. Personne sur ce fil. Les vacances?
Il y a des points de recoupement entre l'article du Monde et votre article. Sauf la polygamie des parents comme facteur propice à la délinquance des enfants, selon l'agent de police du Monde. Ce qui tient en effet du préjugé raciste.
Sur l'affaire, merci de vos infos et de votre analyse. Oui, les flics et leur syndicats représentatifs apparaisent et se présentent comme la bande à Sarko. Pas de capuche mais des casquettes.
Oui, c'est une guerre civile localisée, territorialisée qui se met en place. et la presse a un rôle de soutien tacite ou explicite. Très souvent.
Je sais pas si c'est les vacances ou simplement que le sujet suscite un intérêt moins immédiat, ou un "soutien" plus mesuré, je ne sais pas... le dernier billet sur Villiers et les UTEC n'avait pas vraiment suscité l'engouement non plus, ni les réactions, bonnes ou mauvaises. Il est pourtant en une de club... enfin nous verrons.
Tiens, notre révolutionnaire de salon...
A qui parle t-il le petit monsieur?
De salon, de salle de bain, de plein champs ou des ruelles obscures, il en faudra petit monsieur.
Il n'y a qu'à lire les commentaires avertis des lecteurs du Monde à l'article que je relayais dans mon dernier commentaire. Faites vous votre avis petit monsieur. Je ne suis pas sûr que ce soit quelque révolutionnaire que ce soit qu'il nous faille craindre dans les temps qui viennent.
Si c'est à moi que la question s'adresse, je parlais à notre ami du NPA.
Nous sommes en pleine pandémie de harcèlement contre une délinquance inoculée et attisée par le pouvoir et les institutions elles-mêmes.
On peut dire cela ainsi.
_
Ah, j'ai lu les commentaires des lecteurs du Monde à l'article que vous mettez en lien. A gerber. Et ce sont des commentaires écrits correctement, sans malmener trop la langue. Des saloperies pensées.
En effet.
Ce qui est particulièrement effrayant c'est que pas un seul ne semble déceler un quelconque parti-pris dans l'article, ou bien alors le fait sien et plus encore. A croire que l'atmosphère de guerre civile n'est plus si localisée que ça, elle va jusque dans les salons (justement) des abonnés au Monde.
Des saloperies, certes, en écrasante majorité. Pensées ? N'exagérons rien. Crachées selon des stéréotypes éculés et d'une indigence décourageante…
"Une rumeur provient du bas,
échappe au brouhaha,
on entend alors clamer :
Pas de Justice
Pas de Paix"
***
http://www-v3.deezer.com/fr/#music/result/all/la%20rumeur%20...
Une fois de plus, ce qui est jugé ce ne sont pas des faits. Une fois de plus, des témoignages sous X. Une fois de plus, l'orchestration d'une petite musique nauséabonde.
Votre analyse de la situation me semble très pertinente. Votre lecture de la presse également. J'ai aussi la nausée en lisant les articles de certains "journaflics" qui se contentent de relayer ce qui, au fond, relève avant tout d'opérations de communication. La presse quotidienne régionale se coule dans le moule dans son traitement des "faits divers" touchant les banlieues de villes de province - je pense ici au Populaire du Centre, que vous devez connaître...
Dans un tout autre registre, je crois qu'il va falloir être très attentifs à la vaste campagne de comm (et de contrôle de la population) qui se met en place autour de l'épidémie annoncée de grippe.
Merci pour la vidéo Hamé-Casey-Zone libre :-)
Le Monde est un journal? Je croyais que c'était une feuille de chou.
D'accord avec vous sur l'essentiel.