Emeutes de la jeunesse à Oran

Les 28 et 29 et 30 mai 2008, de violentes émeutes ont éclaté dans la seconde ville d’Algérie, Oran. La relégation en seconde division du club de football de la ville, le MCO, a été le détonateur de l’explosion d’une colère nourrie par le chômage, la misère et la malvie. Les jeunes des différents quartiers, dont certains étaient encagoulés, s’en sont pris à plusieurs édifices publics, dont des agences bancaires. 70 policiers ont été blessés et 157 émeutiers ont été arrêtés. 84 personnes ont été gravement blessées.
La population a été sommée de rester chez elle pendant que les affrontements éclataient dans toute la ville. Tous les magasins de la capitale de l’ouest algérien ont baissé rideau pendant 48h. C’est la plus grosse émeute depuis celle octobre 1988, qui avait emporté le système du parti unique, il y a tout juste vingt ans.

Très vite, le ministère de l’Intérieur algérien s’est interrogé sur une éventuelle complicité de ces personnes avec « d'autres parties étrangères ». La thèse du complot de l’étranger, inusable thème de propagande en Algérie, a refait surface, d’autant que d’autres émeutes se déroulaient dans une partie du pays, à Berriane.

Des analystes, proches du pouvoir, ont invoqué l’irresponsabilité, l’attitude de victimes adoptée par la jeunesse, placée en situation de consommateurs, et non de citoyens. Ces observateurs ont réclamé moins de clientélisme d’Etat, et plus de responsabilité avec des valeurs morales transmises par l’école

Mais d’autres explications peuvent être avancées pour appréhender cette situation qui a vu des jeunes d’à peine 15 ans se lancer dans des émeutes.

Dans Le Quotidien d’Oran, on peut lire : « Ce qui se passe dans notre pays est la remise en cause d’un système qui a dépossédé le peuple de son Etat, le privant du droit de citoyenneté. Ses désillusions sont amères et la colère à fleur de peau ».

Dans le même journal, Kamel Daoud écrit : « La Réconciliation nationale (il s’agit de l’amnistie ayant permis aux islamistes armés de réintégrer leurs vie antérieure) a «marché» pour les adultes pas pour leurs enfants. Elle est donc là, la génération de ceux qui sont nés durant les années 1990. Les enfants d'une guerre n'étant jamais des enfants, il ne faut pas s'étonner, aujourd'hui, de les voir nous revenir sous la forme d'une monstruosité, la nôtre. On a cru que l'on pouvait clore la décennie avec un référendum, une réconciliation entre survivants et en payant les plus récalcitrants. C'est donc faux. Pour les enfants des années 90, rien n'a donc été fait, ni narration assumée de l'histoire sale de cette époque, ni prise en charge pour leur reconstruire un univers habitable, ni rien qui puisse ressembler à une guérison. On peut toujours traficoter une réconciliation entre adultes, mais tout le monde sait que les enfants sont perspicaces, devinent le mensonge et savent le contourner ».

Le 31 mai dans le quotidien El-Watan Chawki Amari note, sous le titre «Peuple sourd, Etat muet ». « Etrangement, le président de la République reste silencieux, absent, muet, comme non concerné par la situation, lui qui ne s’est pas adressé à son peuple depuis très longtemps ».

Silence du Président de la République algérienne, crise de la réconciliation nationale et résurgence de violence venant d’une jeunesse amnésique, mal vivre de la population et difficultés économiques, toutes ces raisons peuvent, bien sûr, être évoquer. A quoi, il faut ajouter celle des libertés publiques. Car au moment même où se développaient les émeutes de la jeunesse à Oran, se déroulait un autre événement qui allait davantage retenir l’attention des médias internationaux : l’arrestation de Habiba Kouider, interpellée la veille des émeutes, le mardi 27 mai. Cette jeune femme a comparu devant un tribunal pour « prêche d’un culte non musulman sans autorisation ». Elle avait été arrêtée dans un autobus en possession d’une dizaine de bibles. Depuis Février 2006 l’exercice d’un culte est conditionné à l’obtention d’une autorisation en Algérie, et les persécutions de Chrétiens se sont multipliées.

A ce propos, et concernant ce dernier fait, il faut signaler le signe d’espoir qu’est « l’appel à la tolérance et aux respects des libertés », publié par un groupe d’intellectuels algériens. Cet appel a recueilli plus de 2500 signatures. Dépassant leurs divergences, ils ont dénoncé les violations des libertés démocratiques, réaffirmé le droit de chacun de pratiquer le culte de son choix, ou de ne pas pratiquer, proclamant ainsi cette farouche volonté de vivre ensemble, dans le respect de chacun. Des dizaines de personnalités maghrébines, françaises et européennes ont soutenu cette initiative faisant de Habiba un symbole de courage et de liberté.

Il y a plus qu’une coïncidence de date entre l’émeutes des jeunes d’Oran et le procès de Habiba Kouider, car dans les deux cas il en va de l’espérance de vivre dans une société plurielle, et pouvant donner, à tous, espoir dans l’avenir. L’émeute d’Oran nous dit que 20 ans après octobre 1988, la question des espérances démocratiques reste toujours à l’ordre du jour en Algérie.

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Je me suis permis de signaler cet article sur deux forums :
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http://groups.google.fr/group/fr.soc.religion/topics
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http://groups.google.fr/group/fr.soc.politique/topics
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forums mal famés, s'il en fut jamais, mais où il me semble important de ne pas laisser le dernier mot aux abrutis.
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jpylg

Merci de signaler cet appel à la tolérance.


On stigmatise souvent le silence des intellectuels, qu'ils soient algériens en Algérie ou "magrhébins" en France. On reproche souvent à la majorité, tolérante, d'être silencieuse.
Mais il faudrait que les média donnent un peu plus d'écho aux manifestations de cette expression !

J'étais à Oran du 19 au 27 avril dernier, n'y étant pas revenu depuis 1981. La ville s'est fortement étendue vers l'est, tandis que les quartiers autour du front de mer n'ont guère changé en 25 ans (photos récentes). Les hôtels espèrent des touristes qui ne viennent pas, certains sont dans un triste état, ne louant que certaines chambres rénovées. Pour une rénovation totale, il faudrait des clients, et pour que des clients viennent, il faudrait que l'Algérie donne une image nettement plus détendue. Le marchand de souvenirs en bas de l'hôtel Timgad, fleuron hôtelier de la ville il y a 30 ans, refuse de discuter les prix des bijoux qu'il a ramené de Tamanrasset, disant "on n'est pas au Maroc ici". En effet, mais parfois on se dit qu'au moins au Maroc on peut louer une voiture et partir en balade dans le sud sans être arrêté tous les 20km par un barrage de police. A Oran, la vie paraissait au point mort. Les salons de thé ont plusieurs étages parfois, les hommes seulement au rez de chaussé, visibles, les familles et couples à la cave, cachés. Les gens n'ont pas l'air très heureux. Comment pourraient-ils l'être ? Certes, leurs enfants ont pu faire des études universitaires, mais ils ne trouvent pas de travail correspondant à leurs qualifications. Et de toutes façons, les filles ne sont pas autorisées à quitter la famille pour aller travailler à plus de 20km. Avec un DESS de gestion d'entreprise, c'est sûr qu'elles ne trouveront aucun poste au bled, et qui dans ce pays veut obéir à une femme ? De frêles esquifs sont bricolés et enfouis sous le sable de plages désertes pour être utilisés quand ce sera le bon moment de partir en douce vers l'Espagne, clandestinement. C'est doublement risqué, des corps sans vie sont rapatriés, mais si vous êtes pris vivant par les autorités algériennes, vous passez en jugement. Pas la joie...

Certes, la situation a empiré en Algérie, mais votre description me rappelle l'Algérie d' il y a 35 ans ( j'y ai habité 1 an et demi à cette époque) et il me semble voir, dans certains domaines, plus stagnation que régression.


A l'époque, il n'existait guère d'hôtels "fréquentables" par les touristes, les complexes de Fernand Pouillon étaient déjà bien dégradés, les quelques hôtels de luxe n'avaient, en été, pas plus d'eau dans leurs salles de bain que dans leur piscine !
Et le parc automobile vieillissant ne permettait pas de louer une voiture fiable.


Certaines femmes avaient des postes importants. J'ai travaillé quelques temps à la Banque nationale d'Algérie et j'avais comme "chef", craint et respecté , une jeune femme.
Quant aux jeunes filles libres de travailler, elles avaient bien plus peur de la police que de leur famille.
Quand nous recevions les collègues de travail de mon mari à notre domicile ( à 40km d'Alger), les jeunes filles restaient dormir chez nous, car elles ne pouvaient rentrer à Alger de nuit ,en compagnie de leurs collègues algériens masculins , sans risquer de se faire violer par les policiers.
Nous-mêmes, nous nous faisions régulièrement arrêter plusieurs fois par la police sur ce trajet !


Quant aux Algériens, sans faire de généralités, ils sont discrets, moins expansifs, moins charmeurs que les Marocains, mais peut-être plus sincères. Et ils n'apprécient pas beaucoup les Marocains qui le leur rendent bien ...
Marchander en Algérie, c'est faire insulte !
Ne pas marchander au Maroc, c'est se comporter en "Américain" et s'exposer au mépris !

La situation a stagné par certains côtés et empiré par d'autres, mais on doit bien aussi trouver quelques points positifs (plus de routes, de logements, mais aussi une démographie gallopante, quoique moins maintenant qu'il y a 30 ans - beaucoup de gens sont si pauvres qu'ils ne peuvent plus se marier...). L'état impose un salaire minimum très bas pour attirer les investisseurs étrangers. Il s'est construit un Sheraton à Oran, une nuit coûte 2 smics algériens (un peu plus de 200 euros). J'y suis resté 4 ans (1977-81), me suis marié à une algérienne en 1979. C'est elle qui tentait de marchander il y a quelques semaines. C'est sa ville, et la mienne par adoption... Les filles du patron dans le magasin nous faisaient des signes et des sourires complice nous indiquant que ce que leur père nous demandait était très excessif... Nous connaissons, pour y avoir dormi, tous les hôtels Pouillon du sud algérien, encore vivables à cette époque, même si les piscines étaient le plus souvent vides (pas toujours), même si quelquefois les sanitaires étaient en mauvais état. Le personnel de l'hôtel Timgad d'aujourd'hui espère un redémarrage du tourisme. Il suffit sans doute que l'Etat algérien laisse filer un peu de son magot pétrolier et gazier, soit ~100 milliards de dollars d'économies, mises de côté "en cas de coup dur", mais la situation pourrait-elle être vraiment encore plus difficile ? C'est triste.

Merci à Médiapart de me permettre d'obtenir de si riches informations! Que ce soit Benjamin Stora, toujours si clair, si concis, si précis, si complet, et aussi Armel Le Bail qui nous offre un témoignage simple et pourtant si explicite.
C'est terrible de penser que ce si beau pays (où je ne suis jamais allé!), n'arrive pas à faire son chemin, 45 ans après l'indépendance. Mais, au fait, le passé colonial de l'Algérie n'est-il pas une des causes de ce désastre, un peu comme le désastre de l'histoire de la RDC (ex-Congo belge)? La colonisation n'induit-elle pas une perversion durable dans ces pays au travers de la destruction culturelle qui l'accompagne?

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Merci à Armel Le Bail pour les photos.
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Moi, je n'y ai pas remis les pieds depuis 1965.J'avais 24 ans. Le long drame était encore très récent.
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Une phrase d'Armel Le Bail sur l'Oran d'aujourd'hui me laisse songeur :
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"Les gens n'ont pas l'air très heureux. Comment pourraient-ils l'être ?"
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Une autre phrase de M Philips donne aussi beaucoup à penser sur la responsabilité de la colonisation, thème très à la mode et fort chargé de polémique...
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Tout de même... tout de même... tout de même... La guerre d'indépendance n'avait duré "que" 7 ans... Je regrette, mais quel que soit le passé, en 45 ans... on devait pouvoir faire mieux.
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Benjamin Stora a peut-être une idée sur cette histoire de "responsabilité" ?
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jpylg

Oui, 7 ans de guerre mon cher jpylg, mais combien de décennies et de décennies d'attitude disons "paternaliste" pour ne pas dire "colonialiste" ...
En Belgique, on parlait de "son boy" pour désigner le serviteur noir congolais et, au moment de l'indépendance du Congo RDC, en presque 100 ans, la Belgique n'était pas parvenue à "sortir" un seul universitaire congolais...

Le "pays des droits de l'Homme" est un mythe. Il manque des morceaux à cette déclaration. L'observation de la réalité des derniers millénaires historiques montre une succession de conquêtes guerrières, profitant d'une énorme supériorité militaire pour mettre des peuples à genoux et leur confisquer absolument tout. Il n'y a pas eu de rupture avec cette habitude des forts à dominer les faibles après la révolution française. C'est reparti de plus belle. Les pages d'histoire écrites par les peu nombreux français décideurs (ne mettons pas le peuple dans le coup) ne sont pas belles. Même après la libération en 1945, la France cessant d'être une colonie allemande, les décideurs français n'ont pas eu le coeur de libérer les colonies françaises. Ce pays, la France, a été celui des droits de l'homme riche, puissant, et français. Cette déclaration me parait plus proche de la vérité.

Je suis d'accord avec tout ce que tu écris...sauf avec une: reconnaissons aussi notre responsabilité individuelle. Nous sommes en démocratie, quoiqu'on en dise, et, à titre, nous avons les décideurs que nous méritons. Nous avons l'obligation d'assumer une part de notre responsabilité. Dans le cas contraire, les élections n'auraient pas de sens.

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Les élections N'ONT PAS de sens, parce que nous sommes des abrutis et que la propagande nous abrutit davantage et veut qu'on en redemande.
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Objections ?
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jpylg

En France, la tradition démocratique veut que le président élu au suffrage universel devienne le président de tous les français. C'est lui qui est censé mettre de l'eau dans son vin. Ce que Chirac n'a pas fait en 2002. Ce que Sarkozy ne fait manifestement pas non plus. Ils doivent se souvenir de leur score au premier tour, pas exclusivement de celui du deuxième tour. Par contre, et justement parce que ces présidents ne sont pas des présidents de tous les français, on ne peut pas demander à tous les français d'endosser le comportement et toutes les décisions de leur président lorsque ceux-ci sont contraire à leurs convictions. Je plaide non coupable des conneries présidentielles.

Intéressant. Vraiment très surprenant !

Ce qu m'interpelle pourtant c'est le manque absolu de répercussions de ces évènements dans notre pays, ni médiatique ni surtout en ce qui me concerne, étant immergé dans la banlieue du 9-3 et donc entouré d'une multitude d'Algériens dont beaucoup d'Oranais, de l'absence totale de réactions, voire l'ignorance complète de ces faits de la part des gens d'ici ayant d'étroites attaches en Algérie...

Pourtant le tumulte des émeutes en France de 2005 avaient très vite franchi la Méditerranée...

Quelqu'un pourrait il me donner une explication ?

Mon explication, en ce qui concerne "l'absence" d'intérêt des Algériens en France pour les difficultés de l'Algérie, n'est-elle pas à trouver dans une volonté délibérée de ne pas avoir à porter, en plus des difficultés d'intégration en France( racisme, chômage, vie chère, ...), les malheurs du pays d'origine?
Ne s'est-on pas intéressé aux événements de 2005 en Algérie...parce qu'on avait pas grand chose d'autre à faire ou à commenter?

Raymondb
Triste quand même que FOOTBALL et RELIGION (deux opiums ?) servent de révélateurs à cette indignation !

Merci de ce billet qui analyse en profondeur la malvie des jeunes algériens. Malheureusement il n'y a pas que les jeunes qui malvivent, mais c'est encore plus injuste de constater à quel point l'avenir est obstrué quand on est jeune dans ce pays.... Je suis allée, pour ma part plusieurs fois en Kabylie, dans la région d'Akbou/Bejaia et à Alger/Boummerdes. Je ne connais par Oran du tout. Mais ce que disent tant Benjamin Stora que Armel Le Bail est juste. La citation de ce journaliste algérien sonne le vrai de ce vécu des jeunes, oh combien tristement vrai ! (pour en connaître quelques uns...). La conscience politique des jeunes garçons et filles que j'ai rencontré là-bas, dans un contexte des plus difficiles puisque ma venue coincidait avec la célébration des jeunes tués en avril 2001 (http://www.algeria-watch.org/farticle/revolte/chronologie.htm). Qui en parle encore? Qui se souvient de ce printemps noir?
Pour moi, ce fut une autre découverte, car de l'Algérie, je n'avais connu qu'un tabou familial, mon père et mes oncles ayant vécu la guerre de manière extrémement différente, n'en parlaient jamais. A mon retour, les langues se sont déliées et c'est déjà ça...
Je me suis engagée dans des échanges Euromed par la suite, car je reste persuadée que c'est en envoyant des jeunes français là-bas que les regards changeront, malgré toutes le difficultés et résistances que cela suppose de combattre, les images pèsent encore beaucoup, mais qui va en Algérie une fois y retourne....!! Presque toujours :) la preuve que comme le souligne Emmanuelle, les algériens "sont discrets, moins expansifs, moins charmeurs que les Marocains, mais peut-être plus sincères". Quoique, sur la question du charme...., on peut toujours discuter !! (pointe d'humour sur un sujet pourtant qui n'est absolument pas gai)....

Merci pour cette information qui semble avoir bien du mal à traverser la Méditerrannée... mais nous en avons aussi qui ont du mal à traverser la rue... ou la ligne.
Serge Koulberg

Quelle tristesse. Ce pays pourrait être une "Californie" de la Méditerranée.

Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

Je trouve particulèrement interessant, dans l'article de Stora, les extraits de la presse algérienne qu'il cite. Ils sont trés éclairants. Le lien établi entre les violences post foot et le procés de la porteuse de bibles me parait plus contestable. Ces émeutes ,comparables (peut-être) a celles qui surviennent dans nos banlieus sont l'effet conjugué de perspectives d'avenir bouché pour la jeunesse et des maladresses des forces de l'ordre. Les flics algériens ne sont pas plus futés que les nôtres.Le procés de Kouider me semble plutot provenir du zèle d'un juge borné. De là a en faire une martyre! (La persécution des chrétiens est un thème qui a bien servi depuis 2OOO ans). S'il est légitime de militer pour la liberté d'expression et donc de protester contre l'arrestation d'Habiba on peut aussi emettre le souhait que nos frères algériens, déja victimes du fléau islamiste n'aient pas en plus à supporter le poids des évangélistes.

Cher ami, Bien sûr, vous avez raison (sur le "poids" des évangélistes après celui des islamistes). Je voulais signaler, par cette cincidence de date, la necessité de la pluralité, de la démocratie politique. Amitiés, Benjamin Stora.

Dommage , un si beau pays , si riche en matières premières(SONATRACH, SONELGAZ...) , qui sombre.
La révolution est nécessaire en Algérie. Les armées d'ouvriers chinois du batiment qui ont débarqué il y a quelques années sont une insulte à cette population qui connait un taux de chomage important.
Heureusement, la presse est puissante . Courage algériens...

Il faut donc attendre Médiapart et Stora pour avoir des informations sur l'Algérie.
Bravo pour l'info.
Quelques pistes de réponses aux questions des lecteurs dans le livre court et précis de Sansal, Alger, Poste Restante. Seuil, poche, 2E.
J'invite les lecteurs de Média à le lire pour essayer d'entrevoir à quoi est due en partie la défaite de l'intelligence dans cette partie du monde. Comment de l'enfer pavé de "bonnes intentions" révolutionnaires ( sic), tiers-mondistes, islamiques, nationalistes,...en plus de la malédiction du pétrole, émerge un territoire de désolation.

Certes, la guerre d'indépendance fut longue, dure, ruineuse, traumatisante ; puis la deuxième guerre horrible ; et entre les deux, l'idée de Révolution socialiste !
Aujourd'hui que faire ?
Faut -il désenvouter cette terre ?
A quels djouns, à quels afrits, à quelles théories socio-politiques faut-il se fier ?
Comment ?
J'ai connu une personne aujourd'hui très âgée qui après des études de droit avait décidé au tout début des années 50 ( avant 54 ) d'aller travailler en Algérie.
Cette personne m'a dit :
Je suis resté 2 mois entre Oran et Alger, puis j'ai repris le bateau.
Pourquoi ?
C'est un pays de fous, me dit-elle.
De fous ?
Oui de fous furieux. Les pieds-noirs étaient des cinglés, des petits blancs en grande majorité d'un racisme épouvantable. Les Musulmans, pauvres et perdus, le plus souvent d'une misère crasse avec quelques caïds décorés pour la déco ; les Juifs cachés derrière leurs arrière-boutiques attendant la fin du monde.
Ce pays était un véritable asile psychiatrique avec le même soleil, mais loin des vents et des embruns de Tipasa.
Depuis, les pieds-noirs et les Juifs sont partis et il semble que rien n'a changé.
Or il appartenait à Tous de reconstruire leur pays et de se reconstruire.
Et pour se reconstruire, il est nécessaire de savoir d'où l'on vient ? Quelle fut l 'histoire de ce pays ? Quelles sont les composantes de sa population ? Quelles sont les différentes strates de sa culture païenne, chrétienne, musulmane, romaine, berbère, juive, turque, française etc...
Or ce ne fut que militarisation, embrigadement, décervelage, prostitution intellectuelle et délire de puissance régionale et mondiale.
Foutaise.

Quand le réel te rattrape, dis-toi qu'il est parfois trop tard.
Il faut bien un jour que cette malédiction cesse.

Sujet ô combien important et sensible pour moi, qui ai mis plus de quarante ans à commencer tout juste à entrevoir dans quel grand et magnifique pays est mort mon père, le 23 décembre 1957, peu de temps après ma venue au monde. Grand pays, tant pour son histoire finalement récente sous son beau nom (1), et se perdant comme la nôtre dans la nuit des temps sous d'autres appellations et découpages territoriaux, de la proto-histoire à l'Empire Ottoman avant l'arrivée des français et l'héroïsme d'un Abd-El-Kader, que pour sa dimension géographique et sa pureté pluriculturelle.
Les émeutes passées inaperçues à la fin mai dernière évoquent pour moi d'autres faits passés inaperçus dans ce pays lorsqu'il était encore "français".
Quarante années, au moins, m'ont été nécessaires, pour ne pas me perdre en tentant de saisir sans mixer furieusement l'affect et la connaissance détachée, pour entrevoir dans quelle guerre tout aussi odieuse et tragique que - presque - toutes les autres, mais c'était celle-là, il me faudra donc pour toujours la préférer aux autres, dans quel conflit est mort mon père, voici à peine un peu plus de cinquante ans.

Ce n'était pas à Oran, mais dans cette Kabylie qui résiste lit-on souvent, encore un peu plus que d'autres régions algériennes, mais n'est-ce pas là aussi un a priori, à l'appareil d'Etat actuel, à ses manoeuvres assassines, à ses mensonges hérités du passé, ni plus, ni moins que chez nous.
J'ai déjà écrit ailleurs, en tête d'un thème développé sur le blog que ce média à part me prête, nommé médialogue's blog et qui devient mes dialogues's blog avec toujours la crainte d'en rester à mon monologue's blog, les propos suivants :
"Les temps changent mais les pratiques résistent : le refus des autorités françaises de la fin de l'Empire de considérer sérieusement les renseignements militaires de l'époque de la bataille d'Alger, en mars-avril 1957 en particulier, qui annonçaient déjà à ce moment précis la montée du "jihad", la guerre sainte islamique, cachée sous les arguments du FLN et couverte chez nous par les arguments médiatiques des porteurs de valises, allait alors de pair avec la façon dont une partie de la presse de ce temps - France Observateur en tête - se prétendait objective ... tout en refusant de voir comment les militants de la décolonisation faisaient régner la terreur la plus abjecte pour parvenir à leurs fins..." (2).

Oran "la radieuse" - http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e8/Ora... - était assez loin de la région de Rouaffa, et de l'endroit où est "tombé" mon père, dont je n'ai d'ailleurs jamais réussi à retrouver la trace sur une quelconque carte :
Rouaffa, tizi naït Slimane, Haute-Kabylie, ai-je lu sur des documents destinés à attester la réalité du décès de mon père, quelques heures plus tard à l'hôpital d'Alger, d'où j'ai supposé qu'il n'y avait pas trop de distance à faire par la route entre cette partie de l'Algérie et l'ancienne El Djezaïr.
Beauté du vocable arabisant, comme on dirait bretonnant chez nous, curieusement, on ne dit pas "basquisant", ni basquant, alors qu'hispanisant existe et nombre d'autres topo-adjectifs culturels de cet acabit!

Finalement, lorsqu'on se pose la question toute filiale de "l'après" pour ce pays, de cet après meurtre ( pour l'état-civil) du père alors engagé là-bas dans ( officiellement ) une action alors dite "de pacification", tout en ayant découvert avec le temps à quel point c'était difficile pour lui comme pour les autres d'accepter ce combat sinon jugé par lui inique du moins clairement analysé comme étant "la moins bonne des solutions pour répondre à une question qui attend une réponse essentiellement politique" (personnellement conclu, chose lue dans ses écrits rendus publics), alors, lorsqu'on se pose une telle question, ceux qui se posent comme vous, Benjamin Stora, ou vous autres, médiaparticipateurs, modérateurs, commentateurs, la question des progrès de la démocratie sur ces rivages méditerranéens posent en fait la même question, autrement dit me répondent qu'il n'est pas mort inutilement, quoiqu'on en pense, et même si cela ne sert absolument à rien de bon de l'écrire, au risque de justifier d'autres morts possibles ailleurs, en Afghanistan, au Bélouchistan, je ne sais où encore, je contresignerais.

Ces émeutes récurrentes, comme celles de nos banlieues, semblent réclamer davantage de justice sociale, davantage de vérité et non pas de vérités, davantage de crédit moral et pas seulement du crédit bancaire, dans un système social et politique corrompu, menteur, assassin au besoin, comme l'a été le nôtre a des époques encore récentes, n'en déplaise au club des amis de la 5e et de l'Union pour le monopole de la presse, comme s'amuse à l'écrire un ami journaliste de l'Ouest.

Je reviendrai volontiers plus tard, un autre jour, si cela m'est possible, car encore une fois ce n'est pas facile à écrire pour moi, sur les constats factuels retrouvés en épluchant quelques notes, lettres, l'agenda de sa dernière année de service commandé, les propos rapportés des années après par les siens, ses proches, ses vieux amis, tous ses ennemis semblant d'ailleurs avoir disparu comme par miracle après cette fin brutale, à l'âge de 31 ans, en même temps que plusieurs "fellaghas" et qu'un autre officier métropolitain de ce temps-là.

Oui, comme vous, Spartel, je pense qu'un jour, il "faudra" bien que cesse non pas cette malédiction, mais cette diction tout court, mon père ayant produit une prédiction peu avant de s'éteindre en cette terre ensoleillée, passage obligé pour toutes les forces civilisatrices comme pour toutes les forces les plus barbares depuis des siècles : il avait compris que le vrai danger n'était pas l'indépendance de notre ancien département d'Algérie, mais son inféodation probable dans un délai alors difficile à mesurer à des hommes - surtout des hommes - déterminés à tuer père et mère, vieillards et nourissons, infirmes et simples paysans, toutes personnes sans défense, dans le seul but de leur imposer le même Dieu implacable, méchant, ultra-violent, caricatural et caricaturé depuis quelques années au Danemark d'abord, dans d'autres démocraties ensuite, car son point de vue était, après moult enquêtes, vérifications, constats dramatiques dans des lieux ensanglantés, que la "coloniale" ne se battait pas contre des libérateurs, mais contre ce qu'il qualifiait lui-même de "moujahids", combattants de la religion, comme nos croisés d'antan, ni pires, ni meilleurs, tout aussi fous et totalitaires que ceux-ci.

Voilà exactement le genre d'assertion qu'il convient de relire au moins une ou deux fois avant de la lâcher dans la nature, votre indulgence ira vers l'essentiel de cette réaction, qui vise à recevoir en priorité ce message de progrès, de paix, d'intelligence active perçu chez les jeunes générations kabyles, chez les jeunes générations oranaises, au même titre que tout près de chez moi dans les villes françaises d'aujourd'hui où les jeunes ont pourtant autant sinon plus de problèmes que nous en avions à leur âge dans la France de l'après guerre ... d'Algérie, qui ne se disait pas, qui ne se nommait pas, qui ne se savait pas.

Alors, merci aux historiens, pour ce petit rien là qui est beaucoup en fait et qu'il s'agisse de vous, Benjamin Stora ou de ceux qui s'intéressent davantage aux autres pans de l'histoire contemporaine, n'hésitez pas à chercher encore cet infime petit détail qui nous permettra de comprendre pourquoi, aujourd'hui encore, mon ami ......... est obligé de vivre en France, ayant quitté Alger après des menaces de mort. Je crois avoir un peu mieux avancé dans la compréhension de ces faits depuis que j'ai accepté que les tués d'hier ne sont pas morts dans une configuration totalement absurde. A nous de ne pas en faire quelque chose de websurde. Et de produire de la liberté, de la vie, de la démocratie pour très bientôt, à Tizi Ouzou comme à Paris, à Oran comme à Kaboul.

1 - El Djezaïr et son histoire, une version à lire sur :
http://www.alger-roi.net/Alger/alger_son_histoire/textes/3_o...
2 - Si votre sagacité peut encore s'exprimer, c'est ici :
http://www.mediapart.fr/club/blog/christophe-journet/010508/...

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Cet hommage d'un fils à un père qu'il n'a pas eu le temps de connaître parce que celui-ci n'a pas eu le temps de vivre est très touchant. Les victimes ont été nombreuses, en effet, et quand on voit le résultat, on peut s'interroger sur le sens ou le non-sens d'un tel prix à payer. A payer pourquoi ? Mais l'hommage se veut aussi "un message de progrès, de paix, d'intelligence active". Ce n'est pas dans le crédit accordé à telle ou telle idéologie (politique, économique ou religieuses) par rapport à une autre que l'on progressera, m'est avis. Mon espoir, je le place dans la prise de conscience que je voudrais toujours plus grandc de l'énorme part d'animalité qui demeure encore dans l'être humain et le constat que l'humanité l'emporte toujours sur l'animalité. Mais il faut souvent un effort pour s'en convaincre.
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jpylg