Belgique : ceci n'est pas un gouvernement

C'est ce qu'on appelle un gouvernement mort-né. Un vulgaire pansement symbolique, destiné à faire illusion. Après neuf mois de crise institutionnelle, la Belgique espérait avoir enfin trouvé une solution. Mais non. Le gouvernement Leterme Ier vient à peine d'obtenir la confiance de la Chambre, ce samedi 22 mars, que déjà plus personne ne lui fait confiance.


Selon un sondage publié vendredi par les journaux flamands Het Nieuwsblad, Het Volk et De Standaard, 61,7% des Belges le voient voué à l'échec, d'ici juillet prochain (date prévue pour un accord sur la réforme de l'Etat) . Car si l'arrivée du gouvernement met fin symboliquement à la crise, il ne s'attaque en rien à la principale pomme de discorde entre les néerlandophones, partisans d'une plus grande autonomie pour la Flandre, et les francophones qui y sont opposés.

 

Yves Leterme a beau déclarer que les délais seront respectés, seuls 6,4% des Belges (selon le même sondage) y croient. Le propre parti de M. Leterme, le CD&V, a prévenu que si la Flandre n'avait pas obtenu d'ici le 15 juillet de nouvelles compétences, il lui retirerait son soutien. Côté francophone, Joëlle Milquet (CDH), vice-Premier ministre et ministre de l'Emploi dans ce nouveau gouvernement affirmait ce samedi : « Pas question de toucher au cœur de la Sécu, au droit du travail, à la concertation sociale… »

Au niveau de l'opinion publique, 90% des francophones ne font même plus confiance à Yves Leterme comme Premier ministre (selon un sondage de La Libre Belgique).



Et pour l'heure, la presse se déchaîne. Côté flamand comme francophone, les éditorialistes broient du noir. Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, écrit : "Leterme Ier, un leurre à usage de l'opinion publique (...). Un programme de trois ans, nous promettait-on hier. Mais comment l'admettre alors qu'à la gestion de la peste - une réforme de l'Etat à haut risque et ultra-conflictuelle-, on vient d'ajouter en juillet le choléra - la budgétisation des promesses faites hier? Leterme Ier à peine né est déjà en danger de léthargie, sinon de mort."

Côté flamand, même constat. Pour Peter Vandermeesrsch, du Standaard, "celui qui examine ce gouvernement d'un peu plus près ne peut qu'être frappé de stupeur. Tous les éléments sont réunis pour en faire un des plus mauvais gouvernements de tous les temps. (...) Il n'y a pas d'équipe, pas de programme, pas de budget, pas d'échéance, pas de leader." Sur les forums de discussion, les paris sont lancés.

 

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Les membres du gouvernement. Lire le commentaire caustique de cette photo de classe, sur le site du Soir.

Merci pour les liens. En effet, l'éditorial dans Le Soir de Luc Delfosse vaut le détour!
J'ai une question probablement naïve, surtout après neuf mois sans gouvernement:
Est-ce qu'on n'aurait pas pu reconduire le gouvernement précédent
(à moins qu'il n'ait été une catastrophe encore plus grande?)
ou exceptionnellement refaire des élections?

Bonjour Axel,

Malheureusement non. Le gouvernement précédent n'était qu'un gouvernement temporaire, mis sur pied par l'ancien premier ministre Guy Verhofstadt, (largement plus consensuel qu'Yves Leterme), pour gérer la crise en attendant que les "vainqueurs" des élections fédérales de juin dernier trouvent enfin un accord. Le parti de M Verhofstadt n'ayant pas remporté les dernières élections, il ne pouvait légitimement se maintenir bien longtemps. Verhofstadt lui-même avait annoncé qu'il rendrait son tablier le 23 mars dernier, ce qu'il a fait .
Mais il est vrai qu'aujourd'hui, dans l'opinion publique belge (Flamands et francophones confondus), Guy Verhofstadt est largement plus populaire qu'Yves Leterme...