La crise relance le jardinage pour les plus démunis et les classes dites moyennes

La crise économique qui s’accentue derrière le rideau d’épaisse fumée dégagée par la crise financière des banques jouant avec l’argent des plus pauvres, accroît le mouvement des nombreux Français vers les jardins. Parce que pour les plus démunis qui sont au minimum huit millions et pour une « classe moyenne » de plus en plus attaquée par le chômage et le temps partiel, le jardinage devient souvent le seul moyen, pour les premiers, de ne pas se nourrir de pâtes dès le quinze du mois et pour tous de remédier à la baisse de leur pouvoir d’achat. J’ai pu le constater récemment en m’attardant dans les allées de 664 potagers de la ville de Stains, dans le département de la Seine Saint Denis. Le long de ces potagers où les jardiniers de toutes origines sociales et géographiques, les remarques et les justifications tournent de plus en plus autour de cette question du pouvoir d’achat et de la nique qu’ils font avec une évidente satisfaction aux grandes surfaces qui leur vendent très cher des légumes et des fruits de plus en plus insipides. Alors, depuis deux ou trois ans, cueillant et mettant en conserve ou en congélation leurs productions, ils poursuivent avec plus de soin et d’attention que jamais la culture de leurs « jardins-plaisir », carrés de fruits et de légumes, qui se transforment de plus en plus en « jardins-nécessite ». Ils sont nombreux à m’avoir expliqué que sans ces jardins, leurs enfants oublieraient vite le goût des fraises, des framboises et des haricots verts. Tous trop chers pour qu’ils puissent obtempérer à la propagande officielle qui leur enjoint de consommer au moins cinq légumes et fruits par jour. Et leurs jardins deviennent de vastes bourses d’échanges entre les uns et des autres, renforçant la convivialité qui a toujours caractérisé la vie ordinaire des jardiniers.

            Dans toute la France, la chasse aux jardins familiaux est ouverte et tandis que des municipalités découvrent que l’ouverture de nouveaux potagers est la meilleure façon d’aider les plus démunis, les listes d’attente de ces jardins s’allongent démesurément. A Stains ils ont plus d’une centaine à espérer. Comme partout, et notamment dans la Nord et le Sud-est de la France.

            Dans toute la France également, les heureux propriétaires de résidences secondaires et de maisons « de maçon » dans les banlieues, commencent à défoncer leurs gazons. Quitte à braver les interdits stupides des règlements de propriétés inventés et défendus par les nostalgiques de la « nature décor » et de l’ordre jardinier et résidentiel. A la place du gazon, sans trop se dissimuler, ils plantent des légumes, des buissons ou des arbres fruitiers. Ayant tous compris que la crise économique va donner de la valeur à ces productions jardino-potagères qu’ils ramèneront non plus en voiture –pour les résident secondaires- mais en chemin de fer comme cela se faisait autrefois. Au point, les statistiques et les enquêtes, y compris ceux des jardineries dont le chiffre d’affaires vient de dépasser les six milliards d’euros, que le pourcentage des Français ayant accès à un jardin vient de dépasser les 70 %. Y compris ceux qui, avec quelques mètres carrés cultivent les herbes aromatiques que les grandes surfaces osent proposer à douze ou quatorze euros le kilogramme. Le succès foudroyant des AMAP (association pour le maintient d’une agriculture paysanne) et des Jardins de Cocagnes qui vendent des paniers de légumes ou de fruits en employant des personnes en réinsertion est un autre indice du succès d’une autre façon de se nourrir à des coûts supportables. Et, cette année, le tonnage de l’autoconsommation de tomates, a crevé le plafond des 100 000 tonnes, chiffre qui paraissait hors d’atteinte aux spécialistes de l’INSEE ou de l’INRA.

            Le jardin devient donc, pour des dizaines de millions d’habitants de ce pays, un moyen d’éviter les conséquences alimentaires les plus graves de la crise qui se noue depuis deux ans. Un phénomène qui concerne toute l’Europe et qui commence à s’étendre aux Etats Unis, notamment dans l’Ouest et dans l’Est de ce pays-continent.

            Et ce qui est remarquable, dans beaucoup de ces jardins, c’est la progression des modes de culture sans produits phytosanitaires de synthése comme l’atteste la baisse de vente des substances chimiques les plus agressives. Ce bio s’impose, pour des raisons de sensibilité aux maladies liées à l’environnement trop chimiques et parce que ces potions magiques et chimiques sont de plus en plus onéreuses. Comme me l’expliquaient à Stains un maçon d’origine portugaise qui jardine depuis trente ans et un jeune comptable qui vient de se lancer dans le jardinage en constatant que ce n’est pas « si difficile que ça », « même si nous n’avions pas compris qu’il est préférable de manger sain », les prix de ces produits nous auraient imposé cette nouvelle discipline ».

            Pas question certes, comme le firent quelques intellectuels irresponsables et à l’abri du besoin, dans les années 80, de proclamer « Vive la crise », mais on peut néanmoins remarquer que à quelque chose, malheur est bon...

Claude-Marie VADROT

Bonjour,

Je me réjouis de ce bel hommage au rôle (historiquement reconnu avec le recul de plus de cent ans que nous en avons maintenant) multiforme des JARDINS .
Nous avons pensé -en lançant la mission "jardins-espaces de ressources" dans le Vaucluse - que presque tout était conciliable, ouvert ,..sur un terrain nu consacré à des aménagements/équipements de jardins associatifs conçus pour évoluer, faire leur place dans le tissage urbain /communal.

Si l''écologie allait de soit(pas facile au départ!) pour le mode de culture des jardins, elle sera l'alpha et l'omega pour l'ensemble des projets, dès la conception des équipements (choix des matériaux pour les cabanons, bloc sanitaire, salle d'accueil et de rassemblement, station de traitement des eaux, des déchets,..) aux projets exemplaires (couplage énergétique pour les bâtiments: solaire et géothermie,..) sans omettre la part tout aussi importante à nos yeux de l'art et de l'esthétique , celle de la recherche du confort, du plaisir de l'usager !

Pour donner toute sa chance à la mixité sociale (pratiquement disparue ailleurs) sur les 3 sites de jardins associatifs créés (*)il nous paraissait fondamental de FAIRE EN SORTE de réunir toutes ces dimensions évoquées!
Nous pensons qu'il y a synergie entre celles-ci , qu'elles s'épaulent, qu'elles convergent pour faire sens.

bien à vous.

Pierre Sélim LEBRUN

(*) notre site : jardin84.net illustre cette expérience durant cette mission "Jardins espaces de ressources"

Je suis vite allée voir "jardin84", ce sujet m'intéresse beaucoup! ces réalisations remportent-elles l'adhésion des habitants ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Oui, mais je ne suis pas un fanatique de l'idéologie des jardins ouvriers de l'Abbé Lémire qui relevaient plus du paternalisme que de l'aide à des salariés, salariés que l'on maintenait en laisse par ce jardin qui (c'est les documents qui le disent) visait à la fois de les empêcher d'aller au bistrot, de leur éviter les tentations de la ville et de séjourner dans le local syndical. On sait d'ailleurs ce qu'il en fut de l'accueuil que les responsables de la Ligue pour le coin de terre et du foyer, réservèrent à l'idéologie du Maréchal Pétain et de l'Etat français.
Par contre, aujourd'hui, oui, il y a mixité sociale dans une partie des jardins familiaux et le jardinage crée de la mixité sociale et de la convivialité. J'irais sur votre site.

CMV

bonjour Claude-Marie VADROT,
merci pour votre réaction.

Sur l'idéologie de la "ligue du coin de terre.." tout à fait d'accord avec vous à telle enseigne que nous sommes allé présenter aux représentants de la Fédération nationale des jardins familiaux (leur dénomination depuis la fin de la seconde guerre je crois!) ce que simplement j'ai résumé dans mon premier propos du 5/10.

Il me semble que nous (tous les mouvements de jardins avec qui nous partagions cette vision ) avons contribué à faire bouger les lignes.Mais il ya encore beaucoup d'inertie -cette fois je fais allusion aussi à d'autres forces décisionnaires , nos élus des collectivités territoriales étonnamment frileux ou sceptiques quand on leur présente nos projets et avec lesquels nous avons du -par conséquent- argumenter, négocier,....pendant plusieurs années souvent. Il m'est arrivé de refuser de faire des projets avec certaines communes.
Vous avez raison ; l'idéologie des jardins ouvriers" marque encore beaucoup d'esprits!

bien à vous
Pierre Sélim LEBRUN
contact: tel/0490225417/ 0681628435

Corine N
bonjour,
merci pour votre intérêt.

Quant à l'adhésion des usagers-jardinier-personne en insertion-écolier-visiteur d'un jour-... en toute modestie -et à condition de réaliser des sites selon la conception décrite dans mon propos du 5/10 , de créer des conditions de fonctionnement qui permettent que se mettent en place les mixités sociales, intergénérationnelles,....qui évitent des leaderships,..ALORS .les conditions de la pérennité de ces sites,de leur installation dans le paysage patrimonial de la commune ou de la banlieue sont réunies.

Enfin l'article de Claude-Marie est assez éloquant.

Mais vous avez raison de poser la question car j'ai eu vent aussi de sites dérivant vers une fermeture sur soi, une forme d'appropriation par un groupe, une forme de privatisation en somme!C'est pourquoi il est fondamental dés le lancement du projet d'ECRIRE ensemble avec les futurs bénéficiares les statts, les règles de fonctionnement internes,etc..

bien à vous
Pierre Sélim LEBRUN
contact/ 04 90 22 54 17/ 06 81 62 84 35

Merci de vos réponses,
J'ai une autre question : il y a une loi qui interdit de faire du jardinage dans son jardin ?! il serait sûrement approprié de la supprimer!
En tout cas, je vais aller voir si la ville dans laquelle j'habite propose des jardins à sa population...

Non, aucun texte de loi n'interdit de jardiner dans son jardin, que l'on soit propriétaire ou locataire. Chacun est libre. Pour l'instant car notre société prend une vilaine tournure...
Mais il existe, dans les copropriétés de maisons individuelles comme il s'en est construit dans la région parisienne et dans le Sud-est, des "règlements de copropriété" qui limitent (comme dans les parties communes d'un immeuble) la façon dont les propriétaires de chaque maison peuvent utiliser ce que l'on appelle leur "espace privatif". Deux ou trois jugements ont donné raison à des copropriétaires ayant préféré les poireaux à leur gazon.

Merci d'avoir pris la peine de me répondre ! :o)