Travail au noir, grève sous omerta, un destin pour les salariés sans papiers
C’est quand même incroyable: 5000 travailleurs de 34 départements dans une grève qui dure depuis 26 jours, 1250 entreprises touchées, et à peu près rien dans la presse! Nous proposons une session de rattrapage sur le déroulement de l’Acte II du mouvement des travailleurs sans papiers, avant que le ministre de l’immigration ne se vante d’avoir été à l’initiative de la prochaine circulaire de régularisation par le travail.
Les lecteurs de Mediapart ont été informés du déclenchement de ce mouvement par l’un de nos billets et un article de Carine Fouteau. Nous avons poursuivi la chronique de cette grève du silence dans les commentaires du billet cité. Nous reprenons cette méthode de mise à jour dans le présent billet.
Dès le 22 octobre, sous la pression des patrons, impatients de voir les choses rentrer dans l’ordre, la CGT était reçue au ministère de l'immigration. Il s’en est suivi une série de réunions au ministère, ouvertes aux seuls syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA). Ces derniers gardent un contact étroit avec les six associations co-instigatrices (LDH, Cimade, RESF, Femmes Egalité, Autremonde, Droits Devant!!), chacun apportant ses compétences au projet commun.
Le mouvement de grève atteignait au soir du 4 novembre 4896 grévistes de 34 départements, les provinciaux rejoignant des piquets de grève d’une branche francilienne de leur entreprise, en vertu de l’adage "Si la grève ne vient pas au travailleur, c’est le travailleur qui ira a elle". 1250 entreprises sont touchées - d’où l’impatience du patronat, qui ne cesse de presser le gouvernement d’avancer rapidement dans les discussions.
A Paris et Ile de France, on compte 18 piquets de grève regroupant les grévistes individuels par profession et 37 piquets d’entreprise, comprenant 13 sites évacués, généralement sur décision de justice. Quand un site est évacué, les grévistes migrent vers un autre. Aucune violence, comme le suggère cette photo – pas intéressant pour les médias ? La liste des sites au 4 novembre 2009 est ici.
Un piquet de grève a été évacué par les forces de l’ordre en dehors de toute légalité, comme le relate le collectif des Onze dans un communiqué du 4 novembre 2009 : "Lundi 2 novembre, dans le quartier d’affaires de La Défense, c'est sans aucune décision judiciaire, ni référé ni même ordonnance sur requête, mais sur un simple coup de téléphone patronal à la préfecture de police de Paris (!) que les travailleurs sans papiers qui occupaient depuis le matin le chantier de la Tour Axa ont été évacués, ceci alors que nombre d’entre eux travaillent précisément sur ce chantier depuis de nombreux mois".
En parallèle, suite à une action du GISTI, le Conseil d’Etat a annulé partiellement la circulaire du 7 janvier 2008 qui régissait la régularisation des travailleurs sans papiers, avec d’ailleurs des différences notables d’interprétation selon les préfectures. Le GISTI avait saisi le Conseil d’État "au motif notamment du caractère discriminatoire d’un texte qui définissait une liste très restrictive de 35 métiers pouvant ouvrir des possibilités de régularisation aux ressortissants non-communautaires (à l’exclusion des Algériens et des Tunisiens !) alors que les membres de l’Union européenne provisoirement soumis à une autorisation de travail (Roumains et Bulgares) bénéficiaient d’une liste beaucoup plus large de 150 métiers".
Le ministère doit donc préparer une nouvelle circulaire. Noter que le déclenchement de la grève coordonnée a précédé de 11 jours la décision du Conseil d’Etat. Le ministre tente de reprendre la main en mélangeant les deux séries d’évènements. Dans les discussions en cours, si les syndicats s’efforcent de faire découvrir au ministère de l’immigration les réalités du monde du travail, ils ont bien conscience qu’in fine, ce dernier ne sera tenu en rien par la teneur de ces discussions.
L’absence de médiatisation du mouvement est patente, malgré les efforts des organisateurs du mouvement en direction de la presse. Les consignes de comportement non violent, par exemple en cas d’évacuation, ne sont évidemment pas porteuses de dramatisation. A moins que le pli n’ait été trop bien pris par certains de ne s’intéresser qu’aux sujets qui leur sont servis par le pouvoir ?
De nombreux comités de soutien se sont formés autour des grévistes, mais les visites sont toujours appréciées. La parution d’un journal de grève est annoncée (voir commentaire n°6).
Reprenons l’exorde du communiqué des Onze organisations : "Les salariés des petites entreprises de la sous-traitance, les nombreux intérimaires qui travaillent pour les grands donneurs d’ordres du Bâtiment et des Travaux Publics n’auraient-ils pas le droit d’exercer leur droit de grève là où ils travaillent? Certains employeurs auraient-ils tellement peur de cette lutte qu'ils préfèrent s'abstenir même d’une procédure judiciaire ? Certains seraient-ils tellement « aux ordres » qu’ils obéissent sans sourciller à tous les désirs de grands donneurs d’ordres ?
Les cinq organisations syndicales et les six associations parties prenantes du mouvement des travailleurs-euses « sans papiers » protestent contre le recours à ces méthodes extra judiciaires et appellent toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la justice et aux droits à tout faire pour que ces salarié(e)s gagnent une circulaire de régularisation avec des critères simplifiés, améliorés, harmonisés, garantissant l’égalité de traitement et une procédure de régularisation sécurisée.
Les discussions sont en cours avec le Ministère de l’Immigration depuis le 22 octobre. Elles doivent être menées jusqu’au bout, y compris sur les sujets impliquant le Ministère du Travail et le Ministère de l’Intérieur. Il ne sert donc à rien, ni de tenter d’intimider, ni de jouer la précipitation."
Martine et Jean-Claude Vernier
--
Pour consulter la liste des billets de Fini de rire, c’est ici.
Pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets, on peut envoyer son adresse électronique là.







Ce mouvement sans précédent demande aux grévistes sans-papiers un courage exemplaire. Dans mon arrondissement, nous tenons des marchés à leurs côtés avec pétition de soutien et collecte de solidarité.
Les discussions vont bon train au moment même ou la droite et son extrême avec la complicité passive des dirigeants du PS tentent de nous enfermer dans leur débat sur "l'identité nationale".
Merci, de nous informer en détail, ainsi que vous le faites.
Message sur le réseau RESF:
Depuis ce matin 10h, 6 salariés intérimaires, travaillant depuis des années pour
Claisse Bâtiment située 1, rue de la corderie à Chevilly Larue (94)
ont investi le siège de l'entreprise avec l'appui de Solidaires.
Lu ici: une épicière de Mulhouse a été condamnée à un mois de prison avec sursis pour avoir hébergé un homme qui risque l'incarcération à perpétuité pour raisons politiques dans son pays d'origine, et qui donnait un coup de main dans la boutique.
"Le tribunal a condamné l'épicière pour aide au séjour irrégulier d'un étranger en France, emploi d'un étranger démuni d'autorisation de travail et travail dissimulé. Le parquet a essentiellement fait valoir le risque d'une exploitation de la vulnérabilité de personnes en situation irrégulière qui travaillent sans protection sociale. "
Il faut se rendre à l'évidence: puisque le travail au noir des étrangers est si bien contrôlé, la grève de ceux qui prétendent justifier leur présence par leur emploi n'existe tout simplement pas. Fermez le ban!
Le travail au noir : la "grande" presse ressort ce sujet quand ça l'arrange;
Là elle a une belle occasion.
Que faire pour se faire entendre ?
Lancement d'un journal gratuit de soutien aux travailleurs sans papiers
Le premier numéro d'"Ici", journal gratuit de soutien à la lutte des travailleurs sans-papiers demandant leur régularisation et occupant différents sites depuis mi-octobre, est distribué à partir de ce week-end, ont indiqué samedi ses fondateurs.
Tiré à 50.000 exemplaires, ce titre de huit pages couleurs avec photos réalisé par des bénévoles sera distribué par les grévistes eux-mêmes.
Il entend proposer "des éclairages sur ce mouvement unitaire historique, des reportages et des paroles de grévistes ainsi que des interviews
de représentants d'associations ou d'organisations engagés aux côtés de ces ravailleurs", expliquent Cyrielle Blaire, journaliste, et Bernard Rondeau, photographe, à l'origine du projet.
(AFP, 7 nov 2009)
La liste des piquets où trouver ce journal de grève est ici.
Vendredi 6 novembre, les femmes grévistes ont organisé une "Nuit blanche du travail au noir" politique et festive. Leur présence dans la grève des sans-papiers est l'une des nouveautés de l'Acte II. Il faut encore plus de courage et de détermination à ces personnes de toutes nationalités, isolées, qui travaillent dans les familles, pour s'exposer ainsi à la lumière..
Quelques photos de la manifestation du 07/11/09 en soutien au Sans-papiers
----------
... et ne pas oublier: "la journée sans immigrés - 24H sans nous"
Le blog
Vous voyez Ivan Villa, nous pouvons nous retrouver sur certains sujets.
Cela devait permettre un arrêt des invectives.
5.000 employés au noir dans un pays qui prétend faire une chasse sans merci aux travailleurs immigrés en situation illégale démontre l'hypocrisie d'un tel discours et la mansuétude du pouvoir pour les employeurs. Et si on expulsait les employeurs plutôt que les travailleurs ? Ils le font d'eux-mêmes et payent leur billet. Il suffit d'attendre qu'ils partent en vacances aux Seychelles, aux Maldives avec l'argent qu'ils sont gagné sur le dos des grévistes qu'ils exploitent pour leur dire qu'ils risquent d'être poursuivis à leur retour.
5.000 employés au noir dans un pays qui prétend faire une chasse sans merci aux travailleurs immigrés en situation illégale démontre l'hypocrisie d'un tel discours et la mansuétude du pouvoir pour les employeurs.
.
Et si on expulsait les employeurs plutôt que les travailleurs ?
.
Ca ne coûte rien.
.
Ils le font d'eux-mêmes et payent leur billet. Il suffit d'attendre qu'ils partent en vacances aux Seychelles, aux Maldives avec l'argent qu'ils sont gagné sur le dos des grévistes qu'ils exploitent pour leur dire qu'ils risquent d'être poursuivis à leur retour pour les nombreuses infractions que la législation prévoit - et que la police comme le ministère de l'identité nationale semblent ne pas connaître... Et le droit à la formation continue dans la fonction publique alors ? Que fait la haute administration ? Comme si elle préférait garder des fonctionnaires sous formés pour s'assurer de leur obéissance. Rien de pire qu'un type qui réfléchit, peut-être.
.
C'est tellement plus simple de cogner sur des pauvres types qui ne comprenent même pas ce qu'on leur dit et qui se font exploiter par des bons français - et tellement pratique pour s'en débarasser quand on en veut plus.
- "des pauvres types qui ne comprenent même pas ce qu'on leur dit"
Détrompez-vous: ces travailleurs comprennent très bien leur situation et ils en parlent avec intelligence, même si c'est dans un français parfois hésitant.
Velveth, votre haine du PS vous rend ridicule et minimise les conditions de lutte de ces travailleurs qui ont besoin de la plus large solidarité. Vous êtes vraiment aveuglé par votre haine rancie.
C'est cela, oui.
Et les charters de la honte sous Edith Cresson ou Jospin, les défendez-vous ?
Merci de nous informer
Dans ses interventions publiques, le ministre de l'immigration préfère s'en prendre aux "passeurs" qu'aux travailleurs en grève, quantité négligeable.
Faisons donc oeuvre de passeurs en communiquant un coup de gueule de Jacques Vigoureux, de la Ligue des Droits de l'Homme à Toulon.
La toute première mobilisation avait marché à mon avis en partie parce que les grèves avaient lieu dans des restaurants et cafés situés dans des quartiers bourgeois de la capitale.
Si c'est dans le XIXème ou en banlieue il est clair que les journalistes relayeront moins ce qui est un sujet surtout populaire chez les bobos et les gauchistes, donc une minorité de la population. Alors qu'aller directement dans les quartiers bourgeois interpelle le microcosme.
C'est peut-être une des clés du mystère de cette indifférence médiatique, encore qu'il y ait parmi les quelque 1000 grévistes de la restauration un piquet de grève à Beaubourg (restaurant Chez Georges). Il y a eu pendant un certain temps Potel et Chabot, traiteur du 16ème.
La grève précédente était plus photogénique, et les organisateurs avaient affaire aux préfets. Celle-ci est plus vaste et plus profonde, et l'interlocuteur est le ministre de l'immigration. Chacun en tirera les conclusions qu'il voudra.
Le ministère de l'immigration vient de produire un texte de synthèse censé préfigurer la prochaine circulaire de régularisation par le travail. Dans un communiqué du 18 novembre, les 11 organisations à l'origine du mouvement de grève déclenché il y a 40 jours jugent ce texte tout à fait insuffisant: les discussions doivent se poursuivre! Malgré l'évacuation d'une partie des piquets de grève, les grévistes sont plus de 5000 sur une quarantaine de sites.