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Islam et identité nationale : le débat officiel de la France à New York
Zèle intempestif ? Le consulat de France à New York organise, mercredi 27 janvier, un débat intitulé «Islam et identité nationale en France». Faisant soudain mentir Nicolas Sarkozy et Eric Besson. Le ministre assurait début janvier que l'objet de ce « grand débat » n'était certainement pas l'islam. Du coup, l'embarras est bien réel au consulat.
« Inscrivez-vous vite à la conférence "Islam and National Identity in France" ! », annonce la page Facebook du consulat de France à New York (cliquez ici). C'est ce mercredi, à 18h30 sur la Ve avenue, n°934. Voilà donc d'un coup le « grand débat » voulu par Eric Besson, et défendu une fois encore par Nicolas Sarkozy lundi soir sur TF1, réduit à la seule question de l'islam. Un « ami » Facebook du consulat de France le note d'ailleurs à sa manière: « Et ceux qui nous racontaient à longueur de journée, que ce fichu débat initié par notre commandant de l'ordre de la cravate blanche, ne se résumait pas à une pure stigmatisation de l'Islam... »
Le 4 janvier, Eric Besson convoquait pourtant une conférence de presse pour faire mordre la poussière à ses détracteurs (lire notre article). Non, ce débat n'avait pas provoqué de dérapages racistes et xénophobes, sauf quelques cas « très isolés ». Non, l'islam n'était pas au centre des milliers de contributions reçues par le ministère. Et de se féliciter : «Le débat n'est pas focalisé sur l'immigration et sur l'islam.»
Mais que fait alors le consulat de France à New York ? La presse américaine, qui considère déjà avec une certaine stupeur ce débat engagé par le pouvoir, s'interroge par ailleurs sur cette étrange mission parlementaire visant à l'interdiction du port de la burqa. Ce type d'interdiction, étrangère à la culture américaine, avait été déjà critiquée par le président Barack Obama dans son discours du Caire. Et voilà que notre consulat remet le couvert en plaçant au centre de la table l'islam comme un problème d'identité nationale. N'a-t-il donc rien compris aux virtuosités manœuvrières de notre ministre ? Les préfets, eux, se sont bien gardés de tomber dans ce piège...
Interrogé par Mediapart, le service de presse du consulat a tenté quelques explications: «Cela s'inscrit dans un cylce de conférences....Il ne s'agit pas d'avoir un débat franco-français mais des regards croisés avec des intervenants américains... Une autre conférence portera sur les communautés juives en France et aux Etats-Unis... Il s'agit de débattre du modèle d'intégration à la française.» Réponses qui n'éclairent guère l'intitulé d'un tel débat.
L'initiative du consulat est d'autant plus déplorable que les deux invités à cette soirée-débat sont Justin Vaisse et Jonathan Laurence. Le premier est un chercheur français réputé, associé au grand centre d'études américain Brookings Institution. Le second est professeur de sciences politiques au Boston Collège. Les deux chercheurs ont publié en 2006 à la Brookings Institution un livre très intéressant « Intégrer l'islam, les défis politiques et religieux dans la France contemporaine » (cliquez ici).
Il n'est nullement question dans cet ouvrage d'identité nationale. Bien au contraire les auteurs s'attachent à démonter ce qu'ils nomment « l'école alarmiste », cette production de chercheurs qui nous décrit une « islamisation accélérée de l'Europe ». Une école bâtie sur quatre mythes, selon Justin Vaisse : une bombe démographique qui n'existe pas ; une communauté musulmane compacte, ce qui n'est pas le cas ; un projet visant à remettre en cause la laïcité (il n'existe pas plus) ; une capacité à peser sur la politique étrangère (elle est nulle). Loin de ces mythes, les auteurs décrivent « de surprenants progrès dans l'intégration » des musulmans.
Pour lire une présentation détaillée de leur ouvrage (en anglais) cliquez ici.
Les voilà donc embarqués par le consulat de France dans une thématique tout autre, brassant l'amalgame islam et identité nationale. Le ministre a-t-il été trop bien compris ?
PS. Quelques minutes après la mise en ligne de ce billet, l'intitulé du débat sur la page Facebook du consulat était complété avec la formule suivante: "- A Discussion on the French Model of Integration". Ci-dessous une capture d'écran de la page originale:
De même, les invitations par mail étaient modifiées. La première était ainsi formulée: "Islam and National Identity in France".
La seconde a le libellé suivant: "Islam and National Identity in France- A Discussion on the French Model of Integration".








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On repart en croisade avec les cousins à Besson.
http://www.sciencespo.org/index.php?option=com_content&view=article&id=137:islam-and-national-identity-in-france&catid=902:new-york&Itemid=78
Voici un des conférenciers : http://www.jonathanlaurence.net/
et sa belle prose, désolé c'est en english :
Nicolas Sarkozy’s Faith in the RepublicThe
Tocqueville Review/La Revue Tocqueville, Vol.XXX, No.1, 2009
Abstract:
President Sarkozy has defied numerous French taboos regarding the
role of religion in the Republic. While campaigning, he told journalists
that he finds solace in church on Sundays. But since taking office, he
has more often been seen visiting mosques and synagogues: he didn’t
publicly celebrate Ash Wednesday, but he brought journalists along to
watch him break the Ramadan fast. In issuing a book on religious faith
two years before running for president, Sarkozy signaled he would be of a
different mold than the previous officeholders of the Fifth Republic.
Is there something “American” about his comfort with religion in the
public sphere? This essay provides a reflection on Sarkozy’s attitudes
towards religious community in France and Islam in particular. With the
aid of field notes from a decade of interviews with French politicians,
the
author argues that Sarkozy is “globalizing” French attitudes towards
religion and diversity in service of a conception of healthy democracy
that would make Tocqueville proud.
C'est grave, il faut les stopper :http://www.jonathanlaurence.net/wp-content/uploads/2009/06/j-laurence-tr-7-09.pdf
Faire mentir des menteurs, n'est-ce pas le début de la vérité ?
Je suis assez d'accord. Au final ce sont peut être les seuls à ne pas être hypocrite.
Pour info complémentaire, l'éditorial du New York Times publié le 26 janvier est d'une rare sévérité à l'encontre de l'Elysée, accusé de faire le jeu de l'extrême droite:
«The Taliban Would Applaud
Published: January 26, 2010
It is easy to see that a woman's human rights are violated when a government requires her to wrap her body and face in an all-concealing veil, as the Taliban used to do when it ran Afghanistan. It should be just as easy to see the violation when a French parliamentary panel recommends, as it did this week, barring women who wear such veils - the burqa and the niqab - from using public services, including schools, hospitals and public transportation. (Muslim head scarves have been banned from public school classrooms since 2004.)
People must be free to make these decisions for themselves, not have them imposed by governments or enforced by the police.
Instead of condemning the recommendation, President Nicolas Sarkozy seems determined to outdo it. He already has declared that full-body veils are "not welcome" in France. His party's leader in Parliament wants to pass a law that bans women wearing burqas and niqabs from the streets. The Taliban would be pleased. The rest of the world should declare its revulsion.
Unfortunately, French politicians seem willfully blind to the violation of individual liberties. With regional elections scheduled for March, Mr. Sarkozy and his allies are desperately looking for ways to deflect public anger over high unemployment. It is hard to produce jobs and far too easy to fan anti-Muslim prejudices.
France has more than five million Muslim residents, the most of any Western European country. Fewer than 2,000 are said to wear full-body veils, posing no obvious threat to French identity or security. But because they are so few, they make a temptingly cheap electoral target.
Muslim-bashing has been a potent vote-getter for French far-right politicians, most notably Jean-Marie Le Pen. In a clear bid to peel off some of those votes, Mr. Sarkozy's center-right government has spent months promoting a sometimes foolish, sometimes menacing "national debate" on French identity. No political gain can justify hate-mongering. »
Faire mentir des menteurs, n'est-ce pas le début de la vérité ?
Non, c'est seulement leur lancer une peau de banane
Les termes employés par le NYT sont d'une rare sévérité et vont, il me semble, bien au delà d'une simple tentative de "faire le jeu" de l'extrême droite ?