A l'occasion de la traque de Cesare Battisti: retour sur les années de rêve et de plomb
Ce billet s'inspire d'un chapitre d'un ouvrage que j'ai consacré au mouvement étudiant de mai et juin 68 en France (Louis Gruel, La rébellion de 68, PUR, 2004), et plus directement d'un article publié dans le n°spécial « Mai 68 aujourd 'hui » de la revue Nouveaux Regards à l'occasion des 40 ans de la révolte (n° double 40-41, Mai 2008). Il ne prétend pas se prononcer sur le fait que C. Battisti soit innocent ou coupable des homicides pour lesquels il a été condamné par la justice italienne. Il vise simplement à éclairer ce qui a rendu possible un « impératif de violence » dans les activismes allemands et italiens d'hier et suggère que si nous, activistes français avions été pris dans une conjoncture à l'allemande ou à l'italienne, nous aurions été probablement aussi souvent violents que nos camarades transalpins ou d' outre-Rhin.
Les mouvements de jeunesse intellectuelle du milieu des sixties à celui des seventies en France et dans le monde peuvent être considérés comme l'engagement dans un processus multiforme d'émancipation culturelle et plus précisément comme une « crise intergénérationnelle de maintenance d'un monde commun », une mise en question - presque simultanément - des rapports établis entre les sexes, les classes d'âge, les dirigeants et les exécutants, l' État et la société civile, les normes occidentales et les cultures du Tiers-Monde.
Cependant un processus d'émancipation sociale n'est pas incompatible avec des aliénations nouvelles. Il n'est historiquement pas rare - Marx lui-même l'avait d'ailleurs relevé en analysant « les luttes de classes en France » - que les acteurs d'un bouleversement des structures de légitimité tendent à être pris de vertige ou, plus exactement, à se trouver en manque de repères pour donner sens à la mutation en cours, en manque de symboles pour exprimer leurs intuitions, en manque d'une Loi pour autoriser leurs transgressions. En l'occurrence, si l'activisme radical des sixties et seventies a étroitement mêlé modernité et archaïsme, générosité et arrogance, anticipation et répétition, ingéniosité et niaiserie, s'il a été souvent enclin à formuler son dépassement du présent dans les rhétoriques, emblèmes et rituels des révoltes du 19ème siècle, ou encore à convertir des figures despotiques, tel Mao Tsé Toung ou Fidel Castro, en icônes de libération, c'est parce que les animateurs du processus de contestation de l'ordre existant étaient à certains égards dépassés par leur propre mouvement. Autrement dit, incapables d'en penser pleinement les enjeux et d'imaginer un ordre fondamentalement nouveau, ils étaient voués à chercher dans le répertoire le plus traditionnel de la révolte prolétarienne ou dans l'imagerie romantique de révolutions lointaines des cautions symboliques, des garanties culturelles, des figures de légitimité susceptibles de se substituer immédiatement aux statues qu'ils descellaient, aux règles qu'ils brisaient, au « monde » qu'ils disqualifiaient. La dimension émancipatrice et la lucidité critique dans le registre sociétal se sont ainsi souvent accompagnées d'arriération et d'aveuglement au niveau politique, dans un monde il est vrai qui était peu lisible, à la fois parce que les pays les plus mobilisés dans la lutte pour la défense et l'extension des principes démocratiques ne s'étaient pas encore totalement libérés de leur propre héritage esclavagiste et/ou colonial, et parce que se livrait une 3ème guerre mondiale ambiguë et inavouée, mêlant à travers l'opposition USA/URSS confrontation de superpuissances et concurrence des modèles de société, se réalisant militairement pour l'essentiel en périphérie, dans le Tiers-Monde, par guerres civiles interposées (au point d'être dite « guerre froide » alors qu'elle a provoqué des millions de morts!), s'entrelaçant enfin avec une âpre lutte autour de l'héritage institutionnel et symbolique des guerres passées, notamment à travers les interprétations contradictoires de l'ordre nazi comme « stade du capitalisme » ou comme « variante des régimes totalitaires ».
On relèvera cependant qu' il y a eu une bifurcation essentielle selon que les affranchis ont ou non transgressé l'interdiction de tuer. En Italie, mais aussi en Allemagne, la conversion d'activistes d'extrême gauche à la violence homicide a été beaucoup moins marginale que dans les autres pays d'Europe, beaucoup moins réductible à des accidents biographiques, comme si un tabou supplémentaire avait été levé, comme si la situation y avait plus « autorisé » le terrorisme, (l'avait, dans certaines niches culturelles, éloigné de la figure du monstre et identifié au héros). Or lorsqu'on essaie de reconstituer l'imaginaire des activistes, en prêtant attention aux nœuds symboliques propres aux diverses conjonctures nationales, il faut prendre en considération le fait que les « autorités légitimes » de l'Allemagne et de l'Italie, puissances de l'Axe, s'étaient manifestement avérées auteurs ou complices de crimes contre l'humanité. La jeunesse avait pu y apprendre d'une façon particulièrement intime que la loi pouvait être odieuse, la classe des pères complice de l'horreur et le pouvoir une figure du Mal. De surcroît (en raison de leur position stratégique et/ou de l'influence qu'y exerçait l'opposition communiste) ces deux pays constituaient en Europe des enjeux décisifs dans la confrontation entre le « camp soviétique » et le « camp occidental », ce qui avait parfois incité ce dernier à des coopérations complaisantes avec les cadres et réseaux issus des anciens régimes, et ôté ainsi de l'évidence à la frontière entre les autorités nazies ou fascistes d'hier et les institutions démocratiques. La moindre vulnérabilité stratégique de la France et peut-être surtout le mythe, entretenu conjointement par le gaullisme et le Parti Communiste Français, d'une nation majoritairement résistante pendant la guerre et impeccablement purifiée à la Libération1 a vraisemblablement permis que le passage à l'acte terroriste se soit limité dans l'hexagone à une poignée de desperados.***
En somme, lorsqu'on analyse les conjonctures de rébellion, on s'aperçoit que ce qui a pu distinguer l'activisme révolutionnaire en France, où la violence meurtrière a été marginale, des activismes révolutionnaires en Allemagne ou en Italie, où elle a pris une place remarquable et parfois considérable, ce n'est pas que nous aurions été ici plus lucides, plus humanistes ou dotés d'une plus grande capacité de neutraliser le passage à l'acte: c'est tout simplement parce que nous avons eu la chance d'être nés où nous sommes nés, parce que nous n'avons pas hérité des mêmes dettes historiques et des mêmes repères symboliques, parce que dans le monde que nous pouvions interpréter et nous représenter, là où nous étions, le curseur n'était pas placé de la même façon entre les pôles du Bien et du Mal.
*** Ce n'est en effet qu'en mai 1981, donc à la fin de l'effervescence gauchiste des sixties et seventies, que sera rendue publique la contribution aux rafles des juifs de Maurice Papon, haut fonctionnaire (notamment préfet de Paris) de 1945 à 1967, puis président d'une grande entreprise publique, député et trésorier du parti gaulliste (UDR) et enfin ministre . Quant à l'ancien Secrétaire général de la police de Vichy, René Bousquet, il avait été réhabilité (au point de recouvrer la Légion d'honneur) dans les années 50 et son ignominie n'a été à nouveau évoquée qu'à la fin des années 70 et surtout à partir de 1986.








TRès intéressant.
"Entre les pôles du Bien et du Mal" ???
Il convient plutôt de se pencher sur les trajectoires des formations de l'EXG dans notre pays et le rôle de "bordures" qu'elles ont joué.
C'est notamment vrai pour la LCR (LC dissoute en 1973 après une "manif très musclée" entraînant une révision de ses thèses) sans oublier l'auto-dissolution de la GP.
En outre, la signature du programme commun entre PS et PCF a donné des espoirs (faux espoirs) y compris dans la jeunesse.
Bon, on pourrait écrire qqs tomes sur ces questions.
Isabelle Sommier (CNRS) l'a d'ailleurs également fait.
@Velveth,
Je ne sais plus si je vous ai dit que j'étais ravi que votre opération se soit passée au mieux et remercié pour la présentation des résultats de l'enquête sur les 3 livres préférés des membres du club; si je ne l'ai pas fait, je répare mon oubli (tardivement mais sincèrement). J'ajoute que si j'ai clairement et depuis longtemps rompu avec la "gauche révolutionnaire", je trouve que le NPA a sur le site, avec des abonnés comme vous et Philippe Corcuff, des représentants (et donc des interlocuteurs) très estimables.
Sur la conclusion de mon billet: c'est vrai que c'est un peu rapide de parler de curseur entre les pôles du Bien et du Mal. Deux remarques:
1) De façon générale, résumer dans un bref billet de blog des choses qui pourraient être documentées et analysées dans plusieurs ouvrages, contraint malheureusement à des raccourcis un peu acrobatiques. Je me dis parfois que des allusions que des gens de notre classe d'âge et de notre expérience militante comprennent immédiatement sont peut-être un peu mystérieuses pour des abonnés plus jeunes, moins au fait du monde politique des années 60 et 70 et de l'histoire de l'extrême gauche. Pour expliciter ce que je dis de l'héritage esclavagiste et/ou colonial des démocraties, j'ai songé à rappeler qu'aux Etats-Unis il y a eu, à côté des morts de Martin Luther King ou de Bob Kennedy, celle du 1er étudiant noir inscrit dans une université, de plusieurs étudiants blancs venus aider les noirs à s'inscrire sur les listes électorales dans le Sud profond, de nombreux militants du "pouvoir noir"; ou encore qu'en France de nombreux cadres de l'UNEF et des mouvements d'extrême gauche à la veille de 68 avaient fait leur initiation politique pendant la guerre d'Algérie et avaient été confrontés à un Etat qui avait couvert la torture et organisé la répression sanglante de manifestations, confrontés aussi aux complicités étroitement tissées entre pouvoir politique, services secrets et truands chargés de basses oeuvres ainsi qu'au terrorisme meurtrier de l'extrême-droite viscéralement attachée à l'Algérie française (je crois d'ailleurs me souvenir que l'appartement d'A. Krivine avait été plastiqué par l'OAS). Pour expliciter mon choix de parler de 3ème guerre mondiale j'aurais pu esquisser un chiffrage des victimes, notamment en Asie du Sud-Est où il y a eu non seulement les millions de morts, mutilés et déportés du Viet-Nam, Laos et Cambodge mais aussi le million d'indonésiens (membres du parti communiste ou de la minorité chinoise) assassinés en septembre 1965 à la suite d'un coup de force militaire soutenu et probablement commandité et co-piloté par la CIA. (Le fait qu'on continue à parler de "guerre froide" parce qu'il n'y a pas eu de feu nucléaire en Europe et en Amérique du Nord témoigne, à mon avis, d'une terrible myopie).
2) Sur votre remarque plus précise: il est vrai qu'on pourrait retracer le processus de modération de la violence ou de coup d'arrêt à une spirale de violence dans les organisations de l'extrême-gauche française, en particulier la JCR/LC et l'UJCml/Gauche Prolétarienne. Mais vous aurez remarqué que même s'il y a eu des services d'ordre parfois très musclés, des manifestations parfois très dures et quelques destructions spectaculaires, tous les courants et "ligues dissoutes" du printemps 68 (hors quelques individus marginaux) ont évité de basculer dans le terrorisme. Des cadres, des structures, des événements particuliers ont donné telle ou telle forme à cette modération mais elle a été générale; symétriquement, en Italie, le passage à la violence a affecté de multiples courants, anars, pro-chinois, etc., malgré la diversité des histoires politiques, des grilles intellectuelles et des personnalités dirigeantes. C'est pourquoi je crois que l'essentiel s'est passé au niveau d'un contexte idéologique, culturel, symbolique, qui a heureusement défavorisé dans un cas, malheureusement favorisé dans l'autre, le fait que des hommes occupant telle ou telle fonction associée à l'ordre existant (patrons et cadres dirigeants d'entreprise, contremaîtres et vigiles, magistrats et policiers, responsables politiques jugés "contre-révolutionnaires") puissent être considérés comme des incarnations du Mal, comme d'immondes héritiers de la bête immonde (mussolinienne et hitlérienne), des tortionnaires fascistes en puissance, des coupables ou complices de ce que l'oppression capitaliste pouvait commettre de pire, bref des criminels à abattre. Il y a d'ailleurs eu des phases de grande violence et un vigoureux activisme terroriste (qui a commis des attentats spectaculaires jusqu'au Moyen Orient) dans la 3ème puissance de l'Axe, le Japon.
Tout d'abord merci...de vos remerciements bien sympathiques.
Je vous rejoins totalement et il est vrai, nonobstant la tentation de la lutte armée qui a traversé une partie de l'EXG en France dans l'après-68, que "tous les courants et "ligues dissoutes" du printemps 68 (hors
quelques individus marginaux) ont évité de basculer dans le terrorisme." pour reprendre votre formule.
J'avais juste été interloqué par les concepts du Bien et du Mal qui me paraissaient un peu abrupts à la fin de votre billet.
Comme vous le dîtes, nos blogs ne peuvent tenir lieu d'ouvrages documentés sur la question !
Bien à vous.
Mon Cher Velveth, vous "étonné" par le concept du "Bien et du Mal" utilisé par Sieur Humaro ??
Pas possible ??, pas vous quand même ??
Quant à la qualité d'estimable que notre hôte rédigeant en nano-caractères distribue en son immense générosité, je rebondirais là-dessus en disant que OUI Velveth est estimable (et ça tombe sous le sens, vous êtes l'un des plus anciens et émérites archivites des mouvements de gauche de la gauche connu), quant à Corcuff il ne faut trop exagérer non plus, car il a d'une part encore un peu de lait derrière les oreilles (le premier et dernier combat qu'il a dû mener c'est avec son polochon certainement), et d'autre part même si Philippe Corcuff maîtrise parfaitement Marx, Rosa Luxemburg et une certaine rhétorique, on se surprend tout de même à le découvrir en soutien inconditionnel et irréductible, dans ses billets de blog, de thèse officielle d'expansion territoriale armée Américano-Bushienne, dont l'un des fondements majeurs est justement le concept de "Bien et de Mal".
Humaro et Corcuff = Même Combat, c'est évident.
@ +E-ON
Corcuff que j'aime beaucoup participe à maints travaux et son blog sur Médiapart n'est certainement pas le reflet de l'ensemble de ses activités intellectuelles et militantes. Il a apporté à la LCR, lors de sa venue avec une trentaine d'autres universitaires et travailleurs intellectuels, une touche libertaire supplémentaire à celle qui pré-existait.
Il est, avec beaucoup d'autres, la démonstration de la diversité présente au sein du NPA au-delà des couleurs et origines, bien représentées elles aussi.
Je ne suis pas, pour cela, un inconditionnel de tous ses écrits !
@ Velveth révolutionnaire en charentaise..
Dites en dehors des postiers , des profs ( de lettres ) et des fonctionnaires...Avez vous des ouvriers au NPA ,des gens qui travaillent avec leurs mains ?
ça m' a l 'air très ,très petit bourgeois ce NPA .
Ca semble intéressant, mais c'est juste illisible et c'est bien dommage.
J'ai pas de loupe sur moi et pas du tout envie d'utiliser mon utilitaire de Zoom pour lire votre texte et je le regrette vraiment, vous utilisez des nano-caractères d'environ 2 ou 3,5 grand max.
Un petit conseil rapprochez-vous donc de notre nouvelle animatrice du Club, Miss Géraldine Delacroix dès son retour de Week-End, afin qu'elle vous indique la bonne formule pour rendre vos textes lisibles, y compris de Gilbert Montagné s'il venait à s'inscrire (on sait jamais) car pour l'instant c'est juste une torture oculaire et je sens qqpart que vous valez quand même mieux, eu égard à votre pédigree universitaire, que fourmis et pattes de mouches.
Bonne Chance et Bon Courage
@ +E-ON
@ humaro
Vous soulignez l'influence du parti communiste en Allemagne fédérale...Mais le KPD n'avait il pas été interdit en 1956 , car anticonstitutionnel et la fonction publique interdite aux sympathisants ?Votre hypothèse qui repose sur un parti communiste fort en Italie et en Allemagne est erronée.
En AllemagneBesancenot du NPA n'aurait donc pu être postier/fonctionnaire....une chance pour la poste.
@alcyme,
je ne parle à aucun moment du KPD; je dis simplement que l'Allemagne et l'Italie occupaient une position stratégique dans la guerre USA-URSS; j'aurais pu préciser: en Italie principalement parce que le parti communiste y était le plus nombreux et le plus influent d'Europe occidentale, l'Allemagne, alors coupée en deux, en raison de sa situation géo-stratégique (armées occidentales à l'Ouest et à Berlin Ouest, soviétique à l'Est et à Berlin Est) et dans un moindre mesure en raison du développement d'un pacifisme plus ou moins inspiré par la RDA et l'URSS et adoptant comme slogan "plutôt rouge que mort"
@ Humaro
Difficile de parler avec un sociologue...Vous écrivez bien cela
en
raison de leur position stratégique et/ou de l’influence qu’y exerçait
l’opposition communiste) ces deux pays constituaient en Europe des
enjeux décisifs
Le KPD était bien le parti communiste Allemand et vous parlez bien de Parti communiste .
L'italie n 'avait elle pas une frontière avec le bloc de l'est ,comme l'Allemagne ,la Finlande ,l'Autriche ,la Turquie et je dois en oublier...
Mais enfin, alcyme, c'est précisément pour cela que j'ai utilisé la formule "et/ou"(l'Allemagne ET dans une moindre mesure l'Italie ont une position géostratégique sensible mais l'Italie est alors surtout caractérisée du point de vue de l' affrontement USA/URSS par l'influence massive du PCI). Il n'y a là aucun idiome sociologique particulier.
@ humaro
Et le terrorisme Basque ,le seul qui existe encore ? Vous le reliez à quoi...position stratégique,PC fort ,réaction à un régime autoritaire antérieur...
Et les corses ?
@alcyme,
je dis ce que je pense de l'activisme des sixties et seventies dans lequel je me suis profondément engagé et que j'ai étudié pendant deux ans (en analysant des archives, données statistiques, etc.) lorsque j'ai pu prendre un recul suffisant par rapport à mon expérience. Il me semble que cela me donne le droit d'exprimer mon point de vue. Pour ce qui concerne les situations basques et corses, les saharaouis ou les tamouls, le combat des anges et des démons, je n'ai ni expérience directe, ni connaissance issue d'une enquête, donc je me tais. Je suis de ceux qui pensent que ce n'est pas une tare de rester silencieux sur les sujets qu'on connaît mal.
Je partage la curiosité d'Alcyme sur les situations basque bretonne corse...et je remercie Humaro de nous entretenir de ce qu'il connait.
Je ne comprends pas le mystère de la taille de police à partir de ma version Open writer. Je vais suivre le conseil (si je puis m'en permettre un, et tout en reconnaissant volontiers que les caractères sont trop petits, vous devriez peut-être, revoir vos verres pour agrandir le monde, et ses nuances, devant vous).
La remarque sur la taille de police s'adresse bien sûr à Vertubleu et non à alcyme. S'il s'agissait d'une réponse à alcyme, cela aurait un petit côté "surréaliste" (pour parler comme les journalistes qui n'ont qu'une très vague idée, s'ils en ont une, de ce qu'est le surréalisme)
Sur le choix de la lutte armée en Italie, en Allemagne, au Japon, votre argumentation me parait juste. C'était la guerre civile après la guerre impérialiste qui était prônée ... avec un certain décalage dans le temps.
Mais ce ne furent pas tous les courants qui eurent cette position politico-militaire.
La LCR, si elle avait un SO un peu trop autonome vis à vis des directions politiques de cette organisation, s'adressait au mouvement ouvrier, au moins à son "avant-garde large". Ce qui a pu aider à ne pas penser que l'urgence était à recréer de "nouveaux partisans", mais à avoir une influence dans les syndicats contre les bureaucraties syndicales.
En France, les maoïstes de la Gauche prolétarienne se sont dissous. Mais que leurs chefs aient ensuite disparu de l'extrême-gauche très vite est une histoire qui renvoie à l'extériorité assumée par rapport aux forces politiques réeellement existantes d'alors. Ce qui était une extériorité à la classe ouvrière telle qu'elle vivait, non comme ils la fantasmait comme sujet de l'Histoire.
Plus de 20 ans après, la guerre continuait sous forme de guerre civile et de guerres de libération, selon eux: ce n'était pas le cas.
Ces histoires politico-militaires renvoient à un soutien non négligeable dans ces pays pendant plusieurs mois. Puis il me semble que les nécessités logistiques(avoir beaucoup d'argent, rencontrer des marchands d'armes, des truands des agents de divers servives secrets) font que ces groupes italiens et allemands s'éloignèrent vite de la politique. Une expérience ultra-minoritaire et violente commençait, leur discours politique se sclérosait, devenait totalitaire.
à pascal b
Tes précisions sont d'une grande importance.
Bien à toi.
Merci à toi. Je craignais d'avoir été un peu à côté de la plaque. Me voici rassuré.
Bien à toi.
Nous vivons une époque où nous sommes tous à côté de la plaque !
Rires.
Il me semble qu'un des aspects qui est oublié ici, dans l'explication de l'utilisation de la violence par l'extrême gauche, est la présence d'une extrême droite utilisant cette même violence, notamment en Italie.
C'est vrai. D'ailleurs, la situation italienne, comme souligné par Humaro, était bien différente de celle de notre pays. Le fameux compromis historique, les groupes fascistes imprégnant les rouages de l'Etat etc.
Au Père Vert Pépère,
tout à fait d'accord sur le rôle de la violence d'extrême-droite. A vrai dire lorsque j'écris à la fin du billet, à propos de l'Allemegne et de l'Italie:
"De surcroît (en raison de leur position stratégique et/ou de l’influence qu’y exerçait l’opposition communiste) ces deux pays constituaient en Europe des enjeux décisifs dans la confrontation entre le « camp soviétique » et le « camp occidental », ce qui avait parfois incité ce dernier à des coopérations complaisantes avec les cadres et réseaux issus des anciens régimes, et ôté ainsi de l’évidence à la frontière entre les autorités nazies ou fascistes d’hier et les institutions démocratiques."
j'évoque (trop rapidement!) entre autres les complicités avérées en Italie (notamment à travers la loge P2) entre des factions et fractions de l'appareil d'Etat (certains dirigeants politiques, certains réseaux des services secrets en connivence avec la CIA, une part de la police "anti-terroriste") et des groupes d'extrême droite souvent animés par d'anciens cadres fascistes et qui semblent avoir commis au moins un attentat particulièrement meurtrier (gare de Bologne) en lui donnant l'apparence de crime d'extrême-gauche. ll me semble que les amateurs de thrillers ont d'ailleurs pu en trouver un écho dans le Romanzo criminale, écrit par un magistrat bien documenté.
Effectivement ma lecture a été trop rapide.
Oh, il ne "semble pas" que l'extreme droit ait commis l'attentat de Bologne: des condamnations ont été prononcées, une instruction menée.
Quant à la dérive droit commun, à l'ultra minoritaire, lu plus haut, à affiner: ultra minoritaire en Allemagne, pas en Italie, où plusieurs dizaines de milliers de militants sont concernés.
Enfin, sur le retour du refoulé: ce n'est pas un hasard si les mouvements d'extreme gauche armés ont pris de l'importance en Allemagne et en Italie, deux pays au passé nazi et dacsiste, qui n'avaient pas vraiment réexaminé le passé immédiat.
A cet égard, il existe un texte de Gudrun Esslin ( RAF) éclairant; et tout le livre de Hans Joachim Klein, qui relate sa traversée de la RAF, qu'il a quittée.
@dominique conil
merci pour les précisions, corrections et références
On se heurte là à une contradiction : il me semble que vous avez tous les deux raison mais que vous dites tous les deux des choses contradictoires : d'un côté Humaro dit que la France a aussi échappé au terrorisme d'extrême gauche du fait de la très tardive communication au grand public de certains pans de son histoire (rôle de Vichy dans la déportation des juifs, double carrière Vichy-Vème République pour certains hauts fonctionnaires dont Maurice Papon), de l'autre vous dites que l'Italie et l'Allemagne ont connu des mouvements d'extrême gauche armés importants car ils n'"avaient pas vraiment réexaminé le passé immédiat".
Ou alors comme souvent j'ai lu trop vite ?
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" Ou alors comme souvent j'ai lu trop vite ? "
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Très très très cher Beber,
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Il est très exact que vous lisez trop vite et un peu n'importe comment. Mais ce n'est rien à côté de ce que vous écrivez qui tend souvent vers le degré zéro de l'insignifiance.
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Mais tel n'est pas le cas ici: vous avez bien lu et je me réjouis particulièrement de voir le très gros effort que vous faites pour vous trouver des amis.
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Très, très, très cordialement.
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jpylg
Merci Humaro, pour cette capacité à vous pencher sur vous-même et, par ricochet, à nous inciter à faire de même en nous interrogeant, par delà le Bien et le Mal, sur les racines de l'action politique : qu'est-ce qui fait d'un contestataire social un délinquant ou un assassin ? A mon avis, le contexte collectif n'explique pas tout. C'est le choix individuel qui compte. Ainsi, tous les anarchistes de la Belle Epoque ne se sont pas reconnus dans la Bande à Bonnot, probablement moins par peur du passage à l'acte que par rejet du braquage de banques et du meurtre. C'est aussi une affaire politique : tout ne se vaut pas et tout ne se justifie pas. Il y a donc une limite que certains franchissent et d'autres pas, ce qui nous renvoie sans doute au billet sur les salauds et les héros, même s'il faut peu de chose pour nous faire basculer du camp des uns au camp des autres. Alors qu'un des slogans phares de 68 était : CRS = SS, un des leaders de 68, Daniel Cohn-Bendit, affirme ne s'être jamais associé à de tels slogans qui semblaient d'une part minimiser les méthodes spécifiques de répression des SS, d'autre part nier que certains CRS s'étaient illustrés en combattant les SS. C'était sa responsabilité d'homme politique qui allait à l'encontre du texte et du contexte.
@Lincunable,
désolé de ne pas vous répondre plus longuement (ma vie quotidienne est un brin compliquée en ce moment); je conviens volontiers qu'il y a toujours, heureusement, un espace de liberté, de responsabilité, de choix individuels; mais les contextes favorables ou défavorables pèsent assez lourdement et se mesurent objectivement au fait qu'à un endroit les activistes violents se comptent sur les doigts d'une main, à un autre ils sont des dizaines ou des centaines, à un autre enfin des milliers...
Si les violences "gauchistes" n'ont pas pris les même tournures en Italie qu'en France, on ne peut pas oublier que les leaders du mouvement de mai 68 n'étaient que des intellectuels "petits bourgeois", fondamentalement anti-marxistes, plus précisément anti communistes, avec en plus ce brin de sympatie pour Israël que ces "Messieurs" en particulier Krivine et Cohn Bendit comme une "lumière de l'Occident" dans les ténèbres de l'Orient
Plus précisément en 1968 Israël n'était pas considéré comme un FAIT COLONIAL, mais comme un "FOYER" pour les juifs qui étaient censés apporter, en particulier ceux venus du Bund, un brin de civilisation socialiste
Par ailleurs il faut reconnaître que la répression policière a été à la hauteur, et le sketch de De Gaule a bluffé tous nos "révolutionnaire" de salon, sans beaucoup de formation politique
Il faut aussi rappeler qu'en Italie et en Allemagne il y avait des courants de pensée marxistes ou marxisants intégrés dans des pratiques sociales (usines, hôpitaux psychiatriques, écoles..) autrement mieux structurés qu'en France et surtout plus sérieuses que ces essais tentés par l'UJClm et quelques autres trotskistes
Au passage on peut se "féliciter" , pour peu qu'on ne soit pas nostalgique des conversions de certains , comme Cohn Bendit et bien d'autres...
Ayant participé à la "kermesse" de 68 ,je suis resté rebelle et marxiste, opposé à Israël parce qu'il y a un antinomie entre l'existence d'Israël et celle du peuple de Palestine privé de ses terres par les colons juifs
On peut quand même se rappeler que la "Gauche Prolétarienne", mouvement marxiste, en a pris pour son grade!
PS
"Marxiste-Leniniste" " incorrigible, j'ai toujours considéré les "trotskistes" comme des "farceurs"
J'ai été (pendant 13 ans, dont l'année 68) un "marxiste-léniniste" mais heureusement corrigible, définitivement guéri et même immunisé je crois, ce qui fait que votre commentaire ne "passe pas". Je suis malheureusement dans l'urgence mais j'essaierai de trouver le temps de vous répondre
à fxavier
Vous assénez: "les leaders du mouvement de mai 68 n'étaient que des intellectuels
"petits bourgeois", fondamentalement anti-marxistes, plus précisément
anti communistes, avec en plus ce brin de sympatie pour Israël que ces
"Messieurs" en particulier Krivine et Cohn Bendit comme une "lumière de
l'Occident" dans les ténèbres de l'Orient".
Je vous rappelle que 68 était une révolte étudiante massive doublée de la plus grande grève générale OUVRIERE de notre histoire. Nombre d'organisations étudiantes (souvent formées d'exclus du PCF stalinien) étaient composées de marxistes avec un caractère libertaire et profondément anti-stalinien. Ce qui était salutaire. C'était notamment vrai de la JCR fondée, entre autres, par A. Krivine et même du mouvement du 22 mars avec DCB mais aussi Daniel Bensaïd, éminent philosophe critique marxiste.
Je vous signale que LCR ou NPA ne vont pas au dîner annuel du CRIF (contrairement au PS, PC etc) et que le CRIF poursuit de sa haine la LCR y compris en intentant des poursuites heureusement sans suites.
Quant "aux liens avec Israël", il faut arrêter ces stupidités.
La JCR (puis LC- 1969 - puis LCR -1973 - car dissolutions à répétition avec prison à la clé pour les dirigeants "petits bourgeois" pendant que le PC négociait avec Chirac)? Cette organisation, donc, avec Krivine, Weber, Janette Habel, Bensaïd, entre autres, a toujours été aux côtés du peuple palestinien.
Je crains que certaines de vos "lectures" vous égarent. Pour rester poli.
L'UJC-ML, ce fut assez sérieux. Il n'y a qu'à lire le beau livre de Linhart - L'Etabli -, admirable Linhart qui, comme Badiou et Rancière, n'a jamais cédé aux sirènes mitterrando-sarkoziennes de la renégation.
Il y en a eu. Beaucoup. Les médias zooment sur les July and Co mais oublient volontairement de parler de toutes celles et tous ceux qui ont modestement tenté et tentent encore, par d'autres moyens, de révolutionner le monde.
Tout comme Humaro, je ne me définis plus, depuis longtemps, comme marxiste-léniniste.
J'ai rejeté le léninisme mais demeure un marxisant libertaire.
Je me revendique soixanthuitard, sans complexe.
Velveth .
C ' est tout à votre honneur !!!
Cordialement
@fxavier,
vous me donnez parfois l'impression inquiétante de sortir d'une cellule du parti communiste albanais aux derniers jours d'Enver Hojda:
- où avez-vous été chercher que les animateurs du mouvement de Mai étaient anti-marxistes: ils étaient tous ou presque d'inspiration exclusivement, principalement ou très largement marxiste, mais ils s'opposaient à l'URSS et à l'état-major du PCF dont l'idéologie n'avait pas grand chose à voir avec l'apport de Marx et en prenait parfois l'exact contrepied;
- le qualificatif "intellectuel petit-bourgeois" fait partie du vocabulaire qui dans la tradition stalinienne permet de disqualifier l'adversaire en faisant l'économie de penser; comme par hasard, il n'était guère utilisé par les militants ouvriers mais était particulièrement prisé par les apparatchiks et par des militants qui sociologiquement auraient pu justemement être situés comme appartenant à la petite-bourgeoisie intellectuelle ou apparentée...
- les activistes du mouvement de 68 étaient pour la plupart solidaires de la lutte du peuple palestinien pour recouvrer une terre; j'ai sous les yeux un seul journal révolutionnaire de mai 68 (l'organe du PCMLF de la semaine du 16 au 23 Mai) et j' y lis page 20 un article saluant "la guerre de guerilla du peuple alestinien contre ses oppresseurs" et dénonçant "le caractère cynique et brutal du colonialisme sioniste";
- enfin et surtout comment réduire Mai 68 à une "kermesse", sinon en portant toujours les lunettes de ceux qui se proclamaient "révolutionnaires" mais ont été bousculés lorsque la tempête s'est levée?
- dernier point: vous rendez-vous compte du ton avec lequel vous assénez non pas vos arguments (je n'en ai pas remarqué un) mais vos croyances, vos opinions apparemment imperméables au moindre doute?
J'approuve sans réserve les propos de humaro.
Si je comprends bien fxavier c'est encore de la faute des "sionistes" si on n'a pas bénéficié en France de groupes terroristes d'extrême-gauche dans les années 70. Passionnant.
Le titre de votre billet « A l'occasion de la traque de Battisti : retour sur les années de rêve et des années de plomb » m'a interpellé et j'ai pris le temps de lire à deux reprises votre texte et de lire l'ensemble des commentaires qu'il a suscités. J'ai hésité à prendre part au débat pour ne pas faire d'intrusion dans les querelles franco-françaises. L'intérêt que j'ai porté à ce texte se justifie pour plusieurs raisons :
1-Moi-même je suis entrain de revisiter la même époque sous un angle personnel : il s'agit d'un témoignage sur les années de plomb mais cette fois-ci au Maroc où j'étais militant de la gauche radicale ( nous récusons dans le contexte local à l'époque l'appellation d'extrême gauche parce que dans la réalité il n'y avait pas de gauche) et où je raconte le récit de mon périple dans les différents centres de détention secrète après mon arrestation en août 1973. Dans l'attente de la publication du livre, je suis entrain de publier quelques extrais sur mon blog de Médiapart.
J'aurai souhaité ajoute l'adjectif brisé au rêve. En tout cas c'est comme ça je ressens aujourd'hui les choses.
2- A la question de savoir pourquoi certaines organisations politiques radicales passent aux actes et à la violence armée et d'autres non n'a pas de réponses univoques. Et c'est pendant ma détention et l'intérieur du fameux centre secret de Casablanca qui porte le non du Courbis (c'est le nom d'ailleurs que je donnerai à mon livre) qu'un débat très riche et contradictoire était ouvert entre un petit groupe de marxistes dont je faisais partie et des militants de la branche radicale du partie USFP (socialiste, aujourd'hui au pouvoir). Ces derniers étaient arrêtés massivement parce que des guérilleros de leur parti avaient tenté d'installer des foyers révolutionnaires dans les montagnes de l'Atlas en mars 1973. D'autres avaient commis des attentats dans certaines villes du pays ( voir le livre : Héros sans gloire de Mehdi Bennouna)
La question qui se posait à nous tous : comment se fait-il qu'une organisation marxiste -léniniste qui a comme objectif de changer le régime pour instaurer une « dictature du prolétariat » et qui en plus est illégale et réprimée n'est pas tentée par la violence armée alors que des militants d'un parti réformateur qui était au pouvoir au début de l'indépendance choisissent la voix de guérilla pour prendre le pouvoir.
3-J'avais lu il y a quelques années un livre de Toni Negri qui est dans une situation pas très loin de celle de Battisti (sans qu'il ait du sans sur les mains) Il avait essayé de justifier et d'expliquer le passage des Brigades rouges à la violence armée.
4- En Espagne à la même époque ( sous Franco et même après et sans parler de l'ETA qui est un cas à part ) ils y avaient plusieurs groupes d'extrême gauche qui pratiquaient la violence armée, j'ai en tête les « Grapo » .
Je voudrai arrêter ma contribution à ce niveau, je sais que j'étais long et il est déjà trop tard.
Merci
Beaucoup de questions dans vos réponses, M. Lachkar. Mon opinion c'est qu'il faut distinguer la violence comme expression d'opposition politique dans les dictatures qui pratiquent la violence d'Etat (Espagne franquiste) de celle des régimes démocratiques où l'oppoition politique peut s'exprimer autrement que par la violence physique (RFA de la bande à Baader).
Je parlais de la violence armée. Je pense que les choses sont plus compliquées que ça. Si non comment expliquer la sruvie d'un mouvent armé comme l'ETA dans un pays "démocratique" comme l'Espagne ?
Merci M. Lachkar pour ces éléments d'information et de débat. Si vous retrouvez le titre de l'ouvrage de T. Negri, je suis preneur.
Je viens de retrouver le titre du livre de celui qui était considéré comme l'idiologue des Brigades rouges : Toni Negri : « Job, la force de l'esclave » aux éditions Bayard.
Mais il y a aussi deux autres livres très intéressants de Toni Négri : .
- « Du retour » chez Calmann-Lévy : une sorte d'autobiographie de Toni Negri, livre tiré de ses entretiens avec la psychanalyste Anne Durfourmantelle.
-« Empire » : un livre qu'il a écrit en exil avec Michael Hardt
Salut et à bientôt
Dr M. lachkar
Merci (sur les 3 je ne connaissais qu'Empire)
Merci à vous pour avoir lancé ce débat aussi pationnant pour les nostalgiques d'une époque bien révolue mais qui continue à susciter encore des controverses. Même dans des pyas comme le Maroc nous avons vécu notre mai 68 mais à notre façon.
Cher Humaro,
Si vous me le permettez, je prendrais le chemin qui part de Cesare Battisti, celui-ci n'ayant pas été le thème de tous les excellents commentaires lus sur ce fil. (au passage, encore un excellent billet ! )
Non pour relater sa vie et ses agissements, ni pour prendre position sur sa culpabilité ou son innocence quant aux crimes dont la justice italienne l'accuse.
Mais juste pour signaler que sur ce chemin Battisti, on trouve Fred Vargas, archéologue et historienne, auteur de romans policiers à succès et d'essais un peu moins connus, et ardente défenseure (oui, je mets un e, y a pas de raisons !) de la cause Battisti.
Publié en 2004, son " La vérité sur Cesare Battisti " a le mérite de poser quelques bonnes questions telles que :
- Pourquoi extrader Battisti serait une honte majeure pour notre état de droit ?
- Pourquoi est-il plus que nécessaire de s'interroger sur l'Histoire et
sur l'Actualité et les différences absolues qui sont sensées les
départager ?
- Pourquoi ce sont les mêmes « juges rouges » italiens qui contrent Berlusconi et Battisti ?
Au sujet de cet essai, Dominique Dussidour, écrivain(e) et membre du comité de rédaction de Remue.Net écrit :
" Retracer le parcours de Cesare Battisti
à qui en 1985 l’Etat français a donné sa parole qu’il ne serait pas
extradé, qu’un arrêt de la cour d’appel de Paris a déclaré non
extradable le 29 mai 1991, à qui un Premier ministre français a
réaffirmé le respect de la parole donnée en 1998, d’un homme qui risque
pourtant aujourd’hui d’être extradé vers l’Italie qui l’a condamné par
contumace à la prison à vie sur la seule accusation d’un repenti qui monnaya ainsi sa remise en liberté.(...) Ecrire cette histoire c’est le travail qu’a entrepris Fred Vargas.
Des rappels historiques étaient nécessaires car un dévoiement du
vocabulaire et une falsification de la mémoire collective sont en cours
qui, si nous n’y veillons pas, risquent bien de multiplier dans les
années à venir les reniements, les dénis de droit et les décisions
prises au nom de la raison d’Etat quand il s’agit de connaître la vérité « par l’usage de la Raison chère à Voltaire » (Fred Vargas)."
Et puis, vous dire aussi combien cette notion de "conjoncture" que vous décrivez si bien ("... si nous, activistes français avions été
pris dans une conjoncture à l'allemande ou à l'italienne, nous aurions
été probablement aussi souvent violents que nos camarades transalpins
ou d' outre-Rhin.") , et l'importance qu'elle prend dans les actes et les pensées de chacun d'entre nous, est pour moi un élément précieux et indispensable pour comprendre l'Histoire et ses évènements politiques, sociaux, économiques, notamment ceux qui s'inscrivent dans une violence extrême.
Je pense notamment au conflit assassin qui opposa Tutsies et Hutus du Rwanda en 1994 et qui fut l'aboutissement dramatique d'une politique colonialiste belge du début du XX ème siècle qui établit comme base sociale la soit-disante supériorité génétique de l'ethnie tutsie sur les Hutus et les Twa.
Cette guerre inter-ethnies ne fut pas la seule malheureusement du continent africain, mais son ultra-violence ( projet d'extermination des Tutsies par les Hutus et quasi-succès de cette entreprise) trouve ses origines dans l'histoire coloniale de ce pays et non pas dans un trait de caractère de ses habitants, dans des coutumes ou une culture qui leur seraient propres, comme on a pu l'entendre de certaines voix.
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-« Empire » : un livre qu'il a écrit en exil avec Michael Hardt "
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Après Empire, les deux mêmes ont fait paraître Multitude
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jpylg
Parmi les slogans de 68, il y avait aussi celui-ci : "Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao", le quintet des sans-têtes, la quintescence des sens, l'espoir de la glace ouvrière.
Heureusement que des petits bourgeois scandaient : "Marx Brothers, Black Engels, Lénine Escudero, sous le pavé de la place Stalingrad la plage de Saint Malo", sinon on en serait toujours au Goulag...
Ceci étant dit en espérant qu'aux urgences, Humaro finira par rencontrer le Dr House...
Il semble que vous n'avez connu mai 68 qu'au travers de Pif le chien.
S'il y eut des maoïstes, des léninistes, des ceci ou des cela, il y eut surtout un vaste soulèvement contre les droites et gauches conservatrices, un mouvement majoritairement anti-stalinien dans la jeunesse étudiante et scolarisée.
Certes, dans le monde ouvrier, le PC tenait bien ses troupes CGTistes en ce temps là mais, pour lui, ce fut le début de la fin.
non, moi c'était pilote. vous devez confondre avec la bd de la fête de l'Huma
D'accord avec vous Velveth sur la trame essentielle du mouvement mais il y a une place sur les deux bordures pour les courants évoqués par Lincunable:
- à un pôle, des nostalgiques de Saline (il a fallu des années de rudes - et érisoires ! - batailles internes au PCMLF pour que l'état-major accepte de renoncer à garder dans son enseigne la trombine de Staline, et le père Joseph avait d'ailleurs une caution à Normale Sup grâce au réseau "Théorie" animé par Althusser où l'on trouvait Badiou, déjà résolument à l'avant-garde pour aller en marche arrière)
- des fantaisistes plus ou moins légers, plus ou moins provocateurs, se situant me semble-t-il entre monôme estudiantin traditionnel et critique innovante des archaïsmes militants
C'est exact, humaro. Mais, ce n'était pas le paradigme dominant en mai 68.
C'est ce que je voulais signifier.
Vous avez dit croyance ?
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Un petit homme a écrit un peu plus tôt...(17h16) "vous rendez-vous compte du ton avec lequel vous assénez non pas vos arguments (je n'en ai pas remarqué un) mais vos croyances, vos opinions apparemment imperméables au moindre doute? "
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Vous avez dit croyance ? Le petit homme estime que sa propre pensée est nourrie d'arguments et de raisons; chez l'autre d'opinions et de croyances. Il a répéré que son interlocteur est incapable de douter. Il ne semble, lui-même, n'avoir aucun doute sur le fait que l'autre est incapable de doute. Je me demande si mes théories ne passent beaucoup mieux - bien que convaincre soit loin d'être mon premier souci - qu'il ne paraîtrait de prime abord, y compris chez certains de la part de qui on l'attendrait le moins. Certes, je n'ai pas la moindre envie de recommencer je ne sais quel affrontement avec le petit homme, teigneux et querelleur. J'en ai soupé de lui. Mais je ne peux pas laisser passer cette occasion de revenir à la question du rapport entre politique et croyance, avant qu'on me dise que je plagie je ne sais qui;
Depuis un an et demi que je fréquente Médiapart, je me suis de plus en plus persuadé -et tout particulièrement en lisant les éditoriaux du Président-Gourou-Directeur (PGD), mais aussi en lisant les nombreux extrémistes présents parmi les abonnés (ou retraités de l'extrémisme), comme en lisant les non moins nombreux modérés qui se prennent pour des politologues (jusqu'à aller enseigner la science politique) , en lisant aussi, le fil tout récent ouvert, à propos du livre "les intellectuels contre la gauche":
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http://www.mediapart.fr/club/blog/le-gravier/231109/les-intellectuels-contre-la-gauche
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mais aussi en suivant l'actualité la plus ordinaire, comme les problèmes du PS ou l'opposition à Sarkozy, je me suis de plus en plus persuadé,dis-je, au point d'en être aujourd'hui totalement convaincu, que si l'on veut comprendre les débats politiques il faut s'intéresser à la psychologie religieuse.
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jpylg
Il y a un dindon qui se pavane sur le fil, bof...
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Je n'aime pas les longs développements sur les forums.
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Je résume :
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Moi, c'est l'argument. L'autre, c'est la croyance.
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jpylg
Mercredi 25/11, il est à peu rès 7h. Je remercie celles et ceux qui sont venus véritablement débattre du billet et leur indique que je ne reviendrai plus sur ce fil désormais pollué. Avant de le quitter je suggère à tous de lire le papier de Jean-Pierre Guillebaud intitulé La colère des imbéciles (TéléObs n° 2350), consacré à "l'épaisseur de la bêtise" ainsi qu'à "l'ignorance contente d'elle-même" qui prolifèrent sur les forums, blogs et chats du net grâce en particulier à un aplatissement des statuts de parole. J.-P. Guillebaud se référe entre autres à un bref article paru dans la revue Etudes sous le titre "Internet, le cynisme en partage?": Brice Leboucq y évoque une "expérience nouvelle: l'expression publique de sentiments vils" et les traits typiques du néo-poujadisme : "radicalité, suffisance, bêtise". On peut ajouter à ces trois traits, un quatrième, qui leur est consubstantiel, et qui est la revendication de l'égalité heuristique des points de vue, la dénégation qu'une proposition fondée sur l'examen méthodique de faits puisse valoir plus que n'importe quelle opinion, fût-elle manifestement contredite par les observations raisonnées. Bye!
Appel à humaro : Ne faites pas dépendre la poursuite de cette discussion des réactions urticantes et souvent stupides de jpylg ; ce serait lui donner de l’importance. Revenez donc et ignorez-le. Votre avis sur ce que j’écris ci-dessous m’intéresse. J’ai trempé comme beaucoup dans ces années de rêve et de plomb, mais sans avoir jamais pris le temps (ni appris les moyens), contrairement à vous, d’en faire l’introspection.
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Si la Gauche Prolétarienne a rapidement fait long feu sans s’être lancée dans la violence, c’est plutôt en raison :
1. de son activisme délibérément spontanéiste qui la privait, en l’absence de structure préalablement constituée, de la capacité d’intégrer les ouvriers en lutte auxquels ils apportaient leur soutien (la création d’un nouveau parti ouvrier « authentique » devait découler des luttes ouvrières et non l’inverse) ; cette tactique n’a pas fonctionné, ou trop peu, pour fructifier ;
2. de la judéïté, non affichée mais toujours assumée, de son principal chef charismatique que fut Benny Lévy, alias Pierre Victor, de plus en plus troublé par le positionnement pro-palestinien de ce mouvement : les attentats de Munich (prise d’otages et assassinat de membres de la délégation sportive israëlienne lors des jeux olympiques de 1972, par le groupe palestinien terroriste, Septembre Noir), s’ajoutant au trouble causé par les accords Mao-Nixon de 1971.72 ont accéléré la décision de dissolution de la GP.
Alain Geismar, cofondateur de la GP est né aussi d’une famille juive, mais j’ignore totalerment s’il a choisi la dissolution pour les mêmes raisons qui semblent bien être celles de Benny Lévy.
Comment pouvez-vous croire, humaro, que les Français, auteurs, entre autre, de la Révolution de 1789 et de la Terreur qui s’en suivit, responsables plus récemment d’ignobles tortures en Algérie puissent être, par on ne sait quelle grâce, préservé de sombrer à nouveau dans la violence ? Personne n’est violent ou pacifiste parce que son père a été l’un ou l’autre ; ce serait vraiment dramatique.
Vous asseyez votre démonstration en oubliant de mentionner les NAPAP (Noyaux armés pour l'autonomie populaire), créés par la GP pour ne laisser aucun crime impuni et auteurs, pour cette raison, de l’assassinat du vigile privé de Renault, Antoine Tramoni, lequel, alors qu’il n’était menacé d’aucune violence avait froidement abattu le militant Pierre Overney de cinq balles de calibre 11,43. La GP ne rejetait pas a priori le passage à la violence, proclamant bien plutôt qu’on ne répond à la violence (du système capitaliste) que par la violence.
C'est seulement la brièveté de son histoire qui lui a évité de sombrer : croyez-moi, le nombre de ses militants désireux d'en découdre n'était pas négligeable.
@bjm
je ne suis pas très chaud pour répondre, d'autant que j'ai annoncé mon retrait de ce fil et qu'il n'est pas souhaitable que les engagements sur Médiapart deviennent ce qu'ils sont si souvent dans le monde politique: du vent ou de l'hélium. Mais en même temps, comme je crois comprendre que vous avez été comme moi profondément impliqué dans le militantisme radical des sixties et seventies, et que le retour réflexif sur les engagements de cette période ont pour vous comme pour moi une dimension qui va très au-delà de la curiosité intellectuelle, je fais une dérogation ici.
Tout d'abord, je souhaite lever un malentendu. Je ne crois pas et ne dis pas que les Français sont préservés comme génétiquement de la violence. Je dis qu' en France la fraction activiste de notre génération a été moins portée à la violence que ses homologues d'Allemagne ou d'Italie parce qu'elle pouvait moins identifier les politiciens au pouvoir, les grands patrons, les forces de sécurité, etc. à l'ignominie monstrueuse, à des héritiers directs ou des complices cyniques des auteurs de crimes récents contre l'humanité, pour résumer: au Mal absolu. La France n'avait en effet pas été une des puissances de l'Axe et on pouvait y avoir l'illusion que les collaborateurs y avaient été très minoritaires et leurs leaders parfaitement épurés.
Plus fondamentalement, ce que je crois, c'est qu'en dehors de cas marginaux, plus ou moins pathologiques, le passage à l'acte meurtrier chez des gens comme vous et moi n'est possible que si les cibles sont assimilables à des crapules ou des monstres odieux. Vous évoquez la Révolution française. J'ai sous les yeux un texte où Robespierre demande l'accélération de l'exécution de Louis XVI qu'il présente comme « ennemi de l'humanité ». Et une publication de sans-culottes se félicitant de la décapitation de Charlotte Corday présentée comme « furie enfantée par l'enfer », « monstre féroce », « traîtresse », etc. Les exécuteurs de liquidation massive de juifs sous autorité nazie dépouillaient leurs futures victimes, parquées nues comme des animaux, de tout signe d'humanité. Et les tortionnaires staliniens usaient et abusaient du vocabulaires animalisant les adversaires qu'ils allaient broyer: « insectes », « poux », « scorpions », « vipères », etc.
Autrement dit, pour des gens qui ne sont pas des malades ou des crapules sans foi ni loi, je crois que le meurtre n'est possible que s'il est légitimé par la la déshumanisation de l'adversaire, déshumanisation qui peut être façonnée par un pouvoir dictatorial mais qui peut devenir aussi une construction idéologique d'opposants, de révoltés, dans des contextes où la diabolisation de l'adversaire apparaît étayée, confortée par quelques éléments objectifs, des fragments de vérité. En l'occurrence, en Allemagne et en Italie (ou encore au Japon) il y avait des passerelles beaucoup plus visibles qu'en France entre les autorités en place et leurs prédécesseurs impliqués dans des crimes contre l'humanité.
Je ne crois pas que dans la marginalisation du terrorisme en France, l'histoire spécifique de telle ou telle organisation, a fortiori de tel ou tel dirigeant, ait été décisive. Il y a avait plus d'une dizaine d'organisations réunissant chacune plusieurs centaines ou plusieurs milliers de militants. Dans toutes le passage à la violence était plus ou moins envisagé, et dans la mienne les jeunes appelés au service militaire étaient d'ailleurs invités à se former dans les commandos de paras ou d'infanterie de marine (où l'idéologie et l'ambiance n'étaient pas précisément d'extrême-gauche). Mais le passage à l'acte est toujours resté neutralisé hors accidents associés à des parcours d'individus plus qu' à un mouvement social. J'ajoute qu'à l'époque, notamment dans les rangs maoïstes ou marxistes-léninistes, il y a eu de multiples scissions, dissolutions et recompositions : s'il y avait eu un courant puissant résolu à franchir le pas de la violence terroriste, le renoncement de tel ou tel dirigeant n'aurait, je crois, empêché en rien la reconstitution d'une ou plusieurs organisations passant à l'action.
Sur la dissolution de la GP, je serais curieux de connaître le point de vue de Geismar. Je ferais volontiers un mix de nos deux approches. J'ai vêcu au moment crucial de 1971-72 un chamboulement géographique, professionnel et sentimental qui m'a éloigné de mon milieu habituel, me privant de certitudes sur le pourquoi et le comment de cette dissolution.
Les pages de La Cause du Peuple, proche de sa mue en Libération (pour pouvoir se passer du Monde, disait-on) se concentraient alors plus sur le Secours Rouge et le MLAC, si ma mémoire est bonne.
Les violences du groupe Action Directe contredisent toutefois votre thèse, de même que les terrorismes basque et corse. Je reste aussi persuadé que le maintien de la ligne de départ de la GP par ses dirigeants aurait entraîné tôt ou tard les NAPAP dans la même voix.
Le fanatisme n'épargne aucun pays, même s'il est plus probable ici ou là.
Je ne suis pas en désaccord avec votre conclusion selon laquelle le fanatisme n'épargne (ou en tout cas peut n'épargner) aucun pays "même 'il est plus ou moins probable ici ou là"; je dis précisément qu'il peut être favorisé ou défavorisé dans certaines conjonctures et donc dans certains lieux et dans certaines périodes. Mais j' ajoute que dans ce caractère favorable ou défavorable un élément important est le degré avec lequel des gens a priori honnêtes et sensés peuvent croire que l'ennemi à abattre représente le Mal, une ignominie telle que tous les moyens sont bons pour l'abattre.
Il ne me semble pas que les violences du groupe Action Directe contredisent mon hypothèse, puisque les membres de ce groupe se sont comptés sur les doigts et n'ont jamais pu s'appuyer sur une base sociale même très ténue. On est dans le domaine de cas marginaux, accidentels, avec des parcours très singuliers (je crois d'ailleurs qu'un des membres du dernier carré avait entretenu avant des collusions avec la violence d'exrême-droite), absolument sans commune mesure avec l'activisme violent dans lequel a été impliqué peu ou prou Battisti. (Comme vous le savez, il y a des gens qui continuent à nier le génocide des juifs, à prétendre que ce sont les services US qui ont fait s'effondrer les twin towers, à refuser la chirurgie, à croire que la fin du monde est pour l'an prochain, et le fait que quelques illuminés aient pu croire jouer un rôle libérateur en France en pillant des banques et en commettant quelques attentats ne prouve absolument pas qu'il y avait en France une situation analogue à celle observée en Allemagne et a fortiori en Italie...).
Quant aux violences terroristes en corse et au pays basque elles ne peuvent contredire mon interprétation puisque je n'en ai pas parlé. Si je devais absolument en dire un mot, en y allant sur la pointe des pieds et en demandant le droit au joker, je remarquerais qu'il y a au moins deux dimensions qui les différencient du terrorisme d'extrême gauche des sixties et seventies:
- l'un est le lien au moins partiel qui me semble exister avec les réseaux mafieux, ce qui renvoie pour une part, sans doute minoritaire mais non négligeable, à une violence moins fanatique que crapuleuse (je ne suis pas sûr que la frontière soit toujours bien nette entre le prélèvement de l'impôt dit "révolutionnaire" et le racket)
- l'autre est la dimension idéologique anti-coloniale, la grille mentale permettant d'assimiler les espagnols dans un cas, les français, dans l'autre, à des envahisseurs étrangers, occupant le pays, détruisant un peuple en accaparant ses terres, en écrasant sa culture (grille permettant d'assimiler l'adversaire à l'ennemi mortel, à quelqu'un avec qui on n'a rien de commun, et qui peut "légitimer" la violence terroriste selon le principe général que j'évoquais dans mon commentaire précédent); on peut ajouter qu'en Espagne, là où la violence a été, au cours des dernières décennies, beaucoup ample et plus fréquente qu'en Corse, les nationalistes ont commencé le combat contre une dictature fasciste, une répression sans régulation démocratique et souvent meurtrière, et que même après l'instauration des institutions actuelles, la police a utilisé contre eux des formes d'action contraires la loi; si je ne me trompe pas (mais encore une fois vous m'attirez sur un terrain que je connais mal et sur lequel j'aurais préféré ne pas m'aventurer) on retrouve donc, me semble-t-il, une conjoncture rendant le terrorisme plus probable parce qu'elle comporte plus d'éléments susceptibles d'étayer une contruction idéologique légitimant la violence : une conjoncture où des gens comme vous et moi, sans pulsions meurtrières et sans cynisme crapuleux, peuvent croire qu'il n'est pas sordide mais qu'il peut même être héroïque de tuer d'autres hommes identifiés non plus à son "prochain" mais à des monstres, des ennemis mortels, des assassins d'Etat, des féroces oppresseurs du peuple, des buveurs de sang, des nouveaux SS etc.
Nous sommes d'accord sur l'essentiel, à savoir qu'aucun pays n'est exempt, à priori, de sombrer dans le terrorisme.
Petite note au sujet de l'impôt révolutionnaire en corse : il a d'abord été versé en toute conscience, puis rapidement dévoyé puisque imposé par la menace, pas décisif qui en a fait une pratique mafieuse ; rien d'étonnant puisqu'il s'agit d'une revendication bien plus communautariste que sociale, plus proche du racisme propre à l'extrême droite que d'une soi-disant lutte d'émancipation.