Vers la bio-civilisation
Quelles nouvelles idées pour le nouveau monde dans lequel nous plonge le clash des crises économique et écologique ? Pour Ignacy Sachs, théoricien de l'éco-développement et précurseur à ce titre de la notion de développement durable, l'avenir devrait être à la «bio civilisation».
J'ai eu la chance d'assister en début de semaine au séminaire d'Amy Dahan, historienne des sciences et directrice-adjointe du centre de recherche Alexandre Koyré qui s'intéresse notamment à l'histoire des politiques environnementales. Ignacy Sachs en était l'invité. Il y a expliqué son concept novateur de «bio civilisation».
Pour lui, nous «sommes aujourd'hui assis sur des ruines de paradigme» : celles du socialisme réel et du capitalisme financier. Il nous faut donc repenser les modèles. A commencer par celui de l'énergie : agir sur la demande (cela pose la question des styles de vie), l'offre (améliorer l'efficacité énergétique), et substituer aux hydrocarbures tout l'éventail des énergies renouvelables. Or, la dimension sociale de ces nouvelles énergies est fondamentale.
Qu'est-ce que la biocivilisation? L'assemblage d'un trio: biodiversité+biomasse+biotechnologies. Il y est donc question de préservation de la biodiversité, de révolution énergétique et de progrès technologique. Selon Ignacy Sachs, l'exploitation -économe- de la biomasse créera de nouveaux emplois. L'enjeu central de cette nouvelle forme de développement durable est de créer de nouvelles opportunités de travail. Et donc de revenus. Cela pose la question des réformes agraires puisque une partie substantielle du labeur de la biocivilisation se déroulera à la campagne. Quelle place pour le travail rural dans nos sociétés contemporaines ? «Ce qui m'intéresse, ce n'est pas tant la biomasse en tant que telle que les emplois qui peuvent lui être liées». En premier lieu, cela implique de revoir l'attitude contemporaine cataloguant le rural comme obsolète.
Pour Sachs, le gouffre entre la progression des idées écologiques et les pratiques des gouvernements n'a cessé de s'agrandir depuis le sommet de la terre à Rio en 1992. Pourquoi ? Parce que l'écodéveloppement a besoin pour exister d'un Etat proactif. C'est-à-dire un Etat interventionniste ou du moins régulationniste, qui servirait la cause de la biocivilisation. Même si Ignacy Sachs s'en défend -peu gourmand de «batailles sur les mots» dit-il- face au discrédit croissant de la notion de développement durable, tellement mise à toutes les sauces qu'elle finit par en perdre sens, la «biocivilisation» pourrait-elle prendre la relève?
ps: je reprends ce soir ce blog consacré aux nouvelles idées et nouveaux modèles de la crise écologique, après des mois d'interruption. C'est que chez moi les piles de livres et de rapports à chroniquer penchent dangereusement, menaçant d'engloutir mon bureau...il est grand temps de s'y attaquer.
ps2: intéressant écho aux analyses d'Ignacy Sachs, cet article du Monde sur l'appel d'offre que le ministère de l'écologie vient de publier pour la construction de centrales thermiques alimentées à partir de biomasse.









La "biocivilisation" semble un beau concept. Il a l'avantage de donner un air de modernité à un retour à la sagesse simple d'autrefois : arréter la démesure et revenir à une vision humaine (et donc durable) de l'économie. Mais quelle chance y a-t-il de le voir appliquer un jour, lorsque cela est contraire à tant d'intérêts? Telle est la question...
Entropie - néguentropie... Nous n'avons pas d'autre choix que de faire confiance en l'avenir. Et en "l'inconscient collectif"(?) Et puis il y a plein d'argent à gagner, pour des entrepreneurs intelligents, cela rassure... un peu.
Autrement, oui, revenir à une vision à "ras terre" individuellement, pour espérer s'élever collectivement. Rêvons à de vrais échanges culturels avec les pays du "tiers monde", nous avons beaucoup à apprendre d'eux.
Et puis cette éniéme "crise" pourrait être l'occasion d'abandonner la fuite en avant de la "société de consommation". A condition, bien sur, de veiller à une plus juste répartition des richesses, pas seulement au sein d'un pays, mais à l'échelle de notre patate bleue.
Bonjour,
Je viens sur ce blog de temps en temps et je suis un peu déçu de constater que vous n'avez pas trouvé le temps ou l'envie de le "reprendre" réellement.
Ce fil m'a conduit, notamment, aux archives de l'AAR ou Ignacy Sachs a donné une série de 6 entretiens très instructifs et denses. A 80 ans ce type n'a plus rien à prouver, ce qui donne un ton très authentique à son discours.
Bon courage !