Propriété et possession: la terre en Afrique
Paysan sénégalais (c'est une formule que je revendique, en fait je suis Président d'une ONG qui exploite quatre hectares de cultures vivrières au Sénégal), je ne pense pas que le problème réel, notre problème vital, à nous paysans sénégalais, africains, soit bien celui de l'accaparement des terres du Sud par les compagnies du Nord. Et ceci, dans le cadre d'un divorce qui s'accentuerait entre des besoins alimentaires globaux boostés par la croissance démographique mondiale et les modifications de régime alimentaire (plus de viande etc..) et la diminution d'une offre entrainée par le rechauffement climatrique, la bétonisation des sols et l'accroissement des cultures à des fins industrielles (canne et soja).
L'appréciation des terres agricoles ( qu'est une terre agricole?) doit se faire compte tenu de l'exode rural ( quand il ne reste au village, près des sols arables que les vieux, quelques femmes et les enfants), de l'eau ( avec, réchauffement aidant, tendance à la saumérisation) des moyens de transport ( et du nombre de kilomètres à faire, au prix actuel et futur de l'énergie, pour accéder aux centres de distribution ) des sols, ( latérites, sable, humus, sels minéraux..) de l'environnement écologique, climatique et des connaissances ( agricoles entre autres).
Toute approche et définition qui ne prend pas en compte l'ensemble de ces données - et quelques autres- est, d'entrée de jeu, non pertinente.Une terre agricole n existe pas sans quelqu'un qui la travaille avec ce que cela entend et comprend de savoir- faire compte tenu des conditions spécifiques de son exploitation.
La propriété juridique des sols n'est en soi pas un problème.
Celui de la possession oui.
Un petit propriétaire - à qui serait attribué une parcelle- peut très bien ne plus vivre au village, donc louer sa parcelle- ainsi fabrique-t-on des rentiers qui tirent partie de leur revenu du sol sans y travailler-ou la vendre ( à des conglomérats)
Une propriété collective peut aussi être vendue. Pour construire une mosquée par exemple ( exemple vécu).
Un conglomérat n'est qu'un conglomérat c est à dire une entreprise d'exploitation. Qu'elle travaille la terre ou qu'elle exploite les minérais et/ou le pétrole ne change rien au fait que quelque soit la propriété juridique elle a et achète la possession et que cette possession, c est à dire ce que l on fait de la terre, est en revanche capital.
Capital de savoir si les techniques utilisées mises en oeuvre sont reproductibles c est à dire si elles apportent un savoir faire que le paysan africain peut reprendre à son compte. Ailleurs ou après. Capital de savoir comment on va enrichir le sol, si les engrais sont produits sur place ou importés, naturels ou chimiques( l'Afrique ne brillant pas par l'importance de ses entreprises et de sa recherche chimiques). Si les insecticides sont également le produit d'une recherche menée à partir des élements locaux.Si l'on va préférer des insecticides pensés et fabriqués en Allemagne par Bayer ou chercher à utiliser des insecticides obtenus à partir des végétaux locaux par des techniques locales.Capital de savoir si ce qui est produit est destiné à l'exportation ou au marché local car si le producteur disparait disparait avec lui le marché d' autant qu'il faille également prendre également en compte le fait que la production concourt à la baisse des prix alimentaires dans son secteur.
Il s'agit donc non de se pencher sur la nature juridique de la propriété mais sur la nature de l'agriculture mise en place.
En d'autres termes je plaide pour une agriculture africaine dont le but serait d'abord de nourrir les africains, pour une agriculture africaine dont les intrants - insecticides, engrais- seraient d'abord africains. pour une agriculture dont les techniques de travail des sols-humus, labours, outils, machines,- et des produits( eau,semences ..) seraient d'abord adaptés aux sols aux conditions et à l'environnement africain. Bref pour une re-africanisation de l agriculture. Que cette re-africanisation soit menée par les entreprises étrangères ( ne soyons pas trop naïfs)ne me dérange pas comme me dérange le fait que des entreprises agricoles sénégalaises travaillent le haricot vert pour l'Europe avec des tracteurs, des tourniquets d'eau, des semences pour des variétés européennes, des insecticides fabriqués en allemagne, des engrais fabriqués en France .
Je plaide avec la dernière énergie pour que nos gouvernants africains imposent, dans le cadre des contrats passés avec les conglomérats étrangers dans le cadre des entorses faites au droit foncier et coutumier, l'implantation d'un service de recherche agronomique qui soit tourné versune autonomie et une indépendance chaque jour plus grande de l' agriculture africaine que ce soit en terme de semences, d'engrais et de phyto-sanitaires que de marché. L'Afrique doit d'abord se nourrir elle même avec une agriculture qui soit adaptée à ce qu'elle peut produire elle-même







Bonjour,
Voici un lien vers un article de Ludovic Lamant sur Mediapart, sur les enjeux de la possession de la terre:
http://www.mediapart.fr/journal/international/090709/possede...
C'est très important, ce dont vous nous parlez là, Kakadoundiaye. A lire et relire.
La question de l'autonomie la plus grande possible quant à la subsistance de base va se poser avec acuité, dans ce contexte de crises alimentaires entrainées par la globalisation économique.
On ne peut être que d'accord avec toi. On peut cependant douter que les multinationales qui rachètent ou louent des terres africaines le fassent pour mettre en place une agriculture vivrière.
On marche sur la tête au sud la démographie explose, au Nord on pille la planète toute la planète.
Le développement économique du Sud ne pourra pas se faire sur le modèle du Nord, il faut s'y préparer et c'est très compliqué. la propriété et la possession des terres n'en est qu'un petit aspect. Il faudra profiter des très gros problèmes que vont connaître la Chine et l'Occident pour que l'Afrique trouve sa voie
l'origine de ce "post" est justement une réponse à l'article de Lamant. Je connais d'assez près ces mouvements, latinos pour beaucoup - équatorien et amazonien- qui tentent, par la guerilla ouverte ou via le juridique d'empêcher que les grandes compagnies - les conglomérats-viennent exploiter et souiller, prendre , chier partout et repartir.Le cas de l'Afrique est différent quoiqu'il s'agisse toujours, via la proprité juridique des sols, d'exploiter de vider de souiller et de repartir, de nourrir les pays du Nord avec le sol et le travail des pays du Sud. Différents car il s 'agit, ici, de production non d'extraction ( de pétrole, d'uranium, de minerais etc...) c 'est à dire d'une activité reproductible et en occurence particulièrement importante puiqu'ici nous parlons de nourriture.D'où l'importance des savoirs et des savoir-faire.
Quant aux conglomérats qui s'implantent il est aussi de leur intérêt, dans le moyen terme, de travailler avec des intrants locaux et de reprendre à leur compte et l'amélioration naturelle des sols et la recherche sur des intrants qu'ils ont tout intérêt à trouver près de leur exploitation. Nous nous situons dans le moyen terme, dans 20 ans c 'est à dire quand la lutte pour les dernières gouttes de pétrole et les derniers kilogs de minerai se livreront au couteau ( qui peut aisement prendre la forme d'une menace nucléaire). Produire sur place, avec une rentabilité qui pour n'être pas mesurée à l'aune internationale, ferait l'économie et des dépendances technologiques et des transports énergétivores, tel est notre credo.
Aussi, je me répète, est-il urgent et absolument indispensable- il n'y a pas d 'autre voie-que celle d'armer une recherche centrée sur ce qui, en Afrique, dans le contexte du climat et des sols peut permettrre que nous, africains, nous en sortions sans faire appel aux produits venus d'ailleurs.
"Produire sur place, avec une rentabilité qui pour n'être pas mesurée à l'aune internationale, ferait l'économie et des dépendances technologiques et des transports énergétivores" (kakadoundiaye).
Je pense que nous sommes condamnés aux interdépendances pour certaines choses, mais oui, que nous devrions limiter les dépendances qui ne sont pas équilibrées, ainsi que les transports.
Même chose ici et partout.
Non pas le tout s'échange, le tout se vend.
Mais un échange réfléchi, tempéré par une certaine "indépendance", au moins de subsistance.
Problème, ce discours est à contre-courant de notre époque, parce qu'il implique des limitations, limites au "tout doit s'échanger".
Jeu auxquels pourtant seuls les plus forts gagnent.
exact, ce "discours" est parfaitement à "contre-courant de notre époque", de ses pratiques et de son discours, à contre-courant d'un échange parfaitement inégal ( je fus élève de Jalée à qui on doit cette expression). Sans toutefois nier qu'il y a un domaine où cet échange peut être bénéfique et inverser l'échange inégal c est celui des techniques et de la recherche. Nous avons besoin de la recherche du Nord pour autant qu'elle veuille bien par sa dépendance aux puissances d'argent ne pas se mettre à leur service.Nous en avons besoin pour notre santé ( la lutte contre le paludisme entre autre avec encore une fois le fait que nous sommes producteur de l'artémisia qui est certainement, OMS dixit, la plante qui peut le plus nous apporter , le médicament le plus efficace pour autant qu'on ne cherche pas à nous dire le contraire afin de nous vendre des médicaments venus concus au Nord). Nous en avons besoin pour notre nourriture pour autant qu'on ne cherche pas d'abord les meilleurs moyens de produire du coton mais les meilleurs techniques pour enrichir nos sols, éliminer les parasites etc.. pour les cultures vivrières.
Enfin les échanges ne sont jamais en soi un désastre si ils sont basés sur l'égalité. La seule façon qu'il y ait non échange inégal mais échange équitable est justement que nous ne soyons pas, nous africains, dépendants des bons vouloirs et des savoirs des autres : l'accés à ces savoirs et savoir-faire est essentiel.