Aveuglement volontaire ou les ressorts psychiques de l'aliénation


Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit-on.
Je veux interroger ici le mécanisme psychique qui conduit parfois à ne pas tenir compte des témoignages de nos sens ou à ne pas utiliser les ressources de notre intelligence pour démêler le vrai du faux. Outre la simple nonchalance ou la limite intellectuelle, il arrive en effet souvent que des signaux forts soient ignorés, longtemps, ou que des vérités soient niées, malgré l'évidence de leurs preuves. Il me semble important de comprendre comment un esprit éclairé peut s'abuser lui-même, car c'est de cette faiblesse que s'emparent tyrans, abuseurs et manipulateurs de tous ordres, et c'est aussi ce qui explique le silence qui accompagne le plus souvent la mise en place des régimes totalitaires.
Je vais aborder cette question par différents exemples, décrivant des situations diverses où ce mécanisme est à l'oeuvre.

L'intégration dans le groupe

Imaginons un groupe. Notre société beaucoup moins structurée qu'autrefois, se réinvente des cadres structurants en multipliant les groupes. Mais un certain nombre d'entre ces groupes, sans histoire et à l'avenir incertain, fonctionne comme des groupes pathologiques, c'est-à-dire dirigés par un ou plusieurs meneurs sans scrupules, et tirant leur cohérence à la fois de l'adhésion stricte à des valeurs communes, et de l'exclusion de ceux qui n'obéissent pas à la loi du groupe. Les groupes d'adolescents au collège en donnent un exemple triste, tant sont nombreux ceux qui souffrent, soit de la peur de déplaire aux copains, soit de celle d'être exclus et maltraités collectivement.
Que se passe-t-il pour quelqu'un qui est placé devant l'alternative d'entrer ou pas dans ce type de groupe ?
Plusieurs cas peuvent se produire :

Premier cas : l'apprenti candidat partage entièrement les valeurs du groupe en question. C'est rare, mais cela peut exister. Tout va bien. C'est quand une dissonance surviendra que l'on passera dans le cas deux.

Deuxième possibilité : le postulant partage un certain nombre de valeurs du groupe, mais pas toutes. C'est, de loin, le cas le plus fréquent. Que va-t-il faire ?

Celui-ci devine vite que s'il exprime une opinion contraire à celle du chef, il sera en danger d'être rejeté.
Il peut choisir alors de taire ses désaccord et de limiter ses prises de parole aux situations où il est en accord avec l'opinion officielle. L'hypocrisie devient sa stratégie, et ses capacités d'adaptation lui permettent de biaiser en permanence pour ne pas risquer être découvert. Mais sa situation est inconfortable. Il sait que son salut n'est dû qu'à l'ignorance qu'ont ses camarades de ses véritables pensées. Il ne se sent pas donc en terrain ami, ni en position stable.
C'est cette instabilité qui pousse, malheureusement, la plus grande partie des personnes placées dans cette situation à trouver une autre stratégie :
l'aveuglement volontaire.
En effet, devant la peur d'être rejeté, un grand nombre de personnes, par souci d'adaptation et d'intégration, va trouver plus confortable de modifier sa façon de voir les choses. Mais ce choix est inconscient, et il est guidé par une crainte que le sujet ignore. Il va se mettre à penser de façon entièrement conforme au groupe. Comme l'enfant abusé dont parle Sandor Ferenczi en 1932 dans « Confusion des langues entre les adultes et l'enfant » in S. Ferenczi, Psychanalyse IV. Œuvres complètes, 1927-1933, Paris, Payot, 1982, la personne soumise à cette situation ( l'intégration dans un groupe potentiellement rejetant) va se mettre à voir les choses à la façon du chef. C'est le mécanisme de l'identification à l'agresseur, qui est décrit dans la littérature psychanalytique depuis
longtemps, mais reprise dans d'autres corpus théoriques. On retrouve ce mécanisme dans le Syndrome de Stockholm, et c'est aussi ce qui est étudié en psychologie cognitive par rapport à la « dissonance cognitive » (mécanisme qui fait que l'on a tendance à ne pas tenir compte d'une information qui entre trop en dissonance avec son corpus de pensées antérieures, et que, mis dans cette situation-là, on a tendance à adhérer davantage aux discours de ceux qui donnent des informations contradictoires . C'est bien expliqué ici ). La personne qui opte pour cette façon de se positionner se retrouve dans un état stable, guidant ses pensées et son action selon celles du leader du groupe.


Troisième possibilité : celui qui a la possibilité d'entrer dans le groupe ne veut pas renoncer à son droit à dire ses désaccords. Après une phase d'observation, et des tentatives pour le faire rentrer dans l'idéologie du groupe, par l'intimidation ou la séduction, il est rapidement exclu.


Quatrième possibilité : la position de celui qui, repérant le caractère aliénant du groupe, préfère rester à l'extérieur, ce qui le conduit souvent à l'isolement... jusqu'à l'éclatement du groupe pathologique.

Quels sont les mécanismes psychiques à l'oeuvre dans l'aveuglement volontaire ?

L'identification à l'agresseur fait que l'on ne voit plus les choses de son point de vue, mais selon le point de vue de celui qui agresse ou qui peut agresser. L'enfant abusé décrit par Ferenczi maintient le lien affectif avec le parent abuseur : il prend le parti de celui qui le met en danger. Mais il perd ainsi la confiance dans le témoignage de ses sens, et ne sait plus repérer ce qui est néfaste ( ce qui pourra l'amener par la suite, soit à se retrouver de façon répétitive dans des situations de victimes, soit à agir lui-même en boureau, en ignorant la douleur de ses victimes ). 

C'est ce qui se passe quand l'adhésion au groupe amène chacun de ses membres à « oublier » qu'il n'est pas tout à fait d'accord. L'esprit critique disparait, et celui qui se met à intégrer complètement les valeurs du groupe ne sait même plus que ce qui a été déterminant à son changement de point de vue, c'était la peur d'être exclu. Il ne se souvient plus qu'il pensait différemment avant, ou alors il a l'impression d'une révélation. Affectivement, il se sent en sécurité parce que porté par le groupe. Psychologiquement, il s'est opéré un clivage psychique :
une partie de sa personnalité ne lui est plus accessible. De l'extérieur, on dira de lui « Je ne le reconnais pas, on dirait qu'il est sous une mauvaise influence ». Quand on est soi-même à l'extérieur du groupe et que l'on essaie de discuter avec lui, on se rend compte qu'il y a des questions pour lesquelles on ne peut pas obtenir qu'il fasse jouer son esprit critique : on touche là aux valeurs fondatrices du groupe, celles justement qui ne lui appartiennent pas en propre mais qui sont le signe de son « identification à l'agresseur » et qui
sont le lien du groupe. Dans un apparent paradoxe, ce sont justement souvent les questions les plus contestables qui vont soulever de sa part les défenses les plus vives. Le nouveau zélote, en effet, défend les idées du groupe avec la force de sa peur d'être exclu. Le risque de constater qu'il s'est leurré lui-même, comporte deux aspects : humiliation de se découvrir aliéné, et danger de perdre la protection du groupe.

D'autres exemples

Ce mécanisme d'identification à l'agresseur se retrouve dans le couple violent, la femme acceptant peu à peu sans s'en rendre compte, une emprise de son partenaire. Du fait d'un rejet répété, alternant avec des retours de flammes rassurants, elle va vivre dans la crainte de la réapparition des moments de rejets, et se mettre à voir les choses à la façon de son conjoint. Le clivage, ici, va être avec elle-même : elle ne va plus prendre son propre parti, mais celui de son compagnon, jusqu'à accepter de rester dans une situation où sa vie même est en danger. Là aussi, les proches au courant (rares) ne comprennent pas comment elle peut dire aimer quelqu'un qui lui fait tant de mal.

Je pourrais multiplier les exemples : les sectes, pour lesquelles le nouvel adepte abdique toute liberté psychique,  la barbarie de masse ( régime nazi et holocauste, génocide rwandais...). A chaque fois il y a les mêmes ingrédients :
Un dedans et un dehors « On est avec moi ou contre moi ».
Une menace potentielle, menace mise à exécution de façon visible contre ceux qui ne sont pas entièrement d'accord. Donc un danger pour chacun d'être rejeté par le chef ou par le groupe, ou un danger pous sa vie ou son intégrité physique. Mais ce danger est sous-entendu plutôt qu'explicite, et il est bientôt nié par le “nouvel entrant”.
Une anhistoricité : les liens avec l'extérieur, ou avec le passé sont volontairement cassés par le système pathologique et parfois réinventés dans un système mythique ou délirant.
Le système marche sur le mode d'un fonctionnement clivé, qui est partagé par les membres et qui fait le lien entre eux. Cette façon de s'aveugler volontairement se transforme en agressivité tournée contre l'extérieur du groupe. Les exactions commises par les membres (tortures, méfaits divers...) attachent encore plus les membres entre eux, parce que le lien groupal vient libérer du sentiment de culpabilité désagréable, et parvient au contraire à légitimer le plaisir sadique. Ces actes augmentent encore la limite dedans-dehors. Le fait d'initier un nouveau membre en le faisant participer à un acte sadique, est une tactique souvent utilisée dans les groupes fonctionnant selon un type maffieux. L'aveuglement vient ici nier le caractère immoral de l'acte.

Comment cesse l'aveuglement volontaire ?

La fin de la cécité psychique survient à plusieurs occasions :
Soit quand un point vital du sujet est atteint : le mari violent blesse un des enfants du couple, et cela permet à la mère de prendre conscience d'une violence qu'elle subissait sans réagir. Ou les tortures pratiquées dépasse ce qui est supportable, même pour quelqu'un de conditionné, et le tortionnaire se met à dénoncer ce à quoi il participait lui-même. Ou encore, la secte exige une rupture amoureuse inenvisageable pour le sujet...
Parfois, les informations sont trop répétitives ou trop évidentes pour que le clivage puisse encore fonctionner : témoignage entendu sur les ondes, à l'occasion de l'anniversaire de la chute du mur, d'un allemand de RDA... qui a vite compris que le capitalisme n'était pas en train de s'effondrer quand il en a goûté les plaisirs. Cependant certains, contre toute évidence, ont continué à croire aux mensonges enseignés, même longtemps après la confrontation avec l'évidence.
Mais parfois, et la Chute du Mur en est un exemple, c'est l'éclatement du système pathologique lui-même qui sort les personnes aliénées de leur aveuglement.


En guise de conclusion

Je dirais que ce qu'il me semble important de comprendre, c'est qu'un certain degré d'inconfort psychique est nécessaire à notre liberté. Il faut pouvoir être capable de penser des choses apparemment inconciliables, en interrogeant cette dissonance, mais sans la réduire par la négation de la réalité. Il faut savoir qu'un certain degré d'hypocrisie est parfois nécessaire, et quelle est toujours préférable à l'effacement volontaire d'une partie de sa pensée, même si l'on est en danger.
La lucidité donne de la force, quand on sait ce que l'on va en faire.
Nous avons le droit d'être ambivalent, nous avons le droit d'avoir peur, nous ne sommes pas obligés d'être courageux : mais sans la liberté psychique il n'y a pas de liberté.

 

Belle leçon pour accéder à la liberté, se mieux connaitre et rester vigilant!

PS En vous lisant, me vient aussi l'exemple de tous ces "débauchés" de Gauche entrés au Gouvernement et fonctionnant depuis comme s'ils étaient dans une secte: on ne les reconnait plus!

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Nous sommes des croyants. Le principe de croyance est toujours beaucoup plus fort que le principe de réalité.

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jpylg 

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Complément :

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J'ajoute que le croyant devient méchant quand le principe de réalité (qui est universel) entre en opposition avec son principe de croyance (qui est particulier).

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jpylg 

jpylg,

C'est ce "croyant" que nous sommes qui nous fait vouloir appartenir à un groupe avec ce que cela peut impliquer comme abandon de jugement. Mais nous ne sommes pas que ce "croyant", heureusement. Nous avons aussi une part de raison qui nous fait adhérer au principe de réalité!

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Entièrement d'accord, cher M Philips et il y a, au moins, un groupe auquel il nous faut absolument vouloir toujours appartenir, c'est le groupe des humains, car autrement, c'est la folie ou la mort.

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jpylg 

Merci à M Philips et jean_paul_yves_le_goff.

Mon point de vue sur cette question de la croyance, c'est que le besoin de croire, comme l'envie, souvent inconsciente, d'être guidé, font partie de notre constitution psychique. Pour moi, la liberté n'existe que si on reconnait ces tendances à l'intérieur de soi, et qu'on entretient avec elles un rapport dialectique, c'est-à-dire, justement qu'on interroge les pensées qu'elles amènent, en les confrontant à la réalité ou au corpus des autres connaissances que l'on a acquises. S'il y a des éléments inconciliables (par exemple, la genèse et les données de la science sur l'évolution des espèces) il est possible de faire la part des choses, sur le plan psychique, entre notre envie de croire à une histoire religieuse, d'une part, et notre acceptation de voir la réalité scientifique en face, d'autre part. Sans pour autant cesser de croire. C'est de vouloir réduire cette dissonance qui aboutit souvent à l'aveuglement volontaire, c'est-à-dire ici, la négation de la réalité. Le clivage dont je parle dans mon texte, mettrait hors conscience les éléments de réalité contredisant la genèse. C'est là que l'aliénation commence. Et l'agressivité vis à vis de ceux qui ne veulent pas s'aveugler.

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Merci aussi pour ces précisions.

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J'ai, sur cette notion de "croyance", des positions qui prêtent souvent à confusion. Quand je dis que nous sommes tous croyants, je ne  l'entends pas au sens religieux; encore que quand je l'emploie au sens religieux, je dis aussi que nous sommes tous croyants, y compris les athées - M Philips m'a déjà entendu le lui dire - puisque ne pas croire c'est croire que ne pas.

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Mais il y a un sens autre que religieux (ou spirituel) à la croyance, c'est le sens psychologique (ou pratique).

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Or, aussi différents que puissent être l'univers de la transcendance et celui de l'immanence, nous sommes l'interface entre les deux et nous croyons de la même façon. Nous pouvons croire des choses extrêmement différentes, éventuellement incompatibles, mais il y a quelque chose d'identique dans la croyance, c'est la structure, le besoin, la forme.

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C'est cela, je pense, que Liliane Bourdin évoque par l'expression "partie de notre constitution psychique", où, effectivement, on retrouve le besoin d'être guidé, généralement inconscient. On pourrait ajouter que dans cette constitution psychique, on trouve le manque et la peur, et l'on a donc besoin d'être guidé par quelque chose de bon et de sûr. On a besoin de croire que le guide est fiable.

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Cela aussi bien, - quelle que soit l'hétérogénéité - dans le domaine de la transcendance (religion) que dans celui de l'immanence (politique).

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C'est pour cela que se libérer consiste à se distancier de l'idole, mais - sauf exception extrême - sans aller jusqu'à la déboulonner, ou la pulvériser. A moins qu'elle soit particulièrement nocive, on a besoin de l'idole. Ne serait-ce que, comme le suggère la remarque de M Philips, pour savoir de quel groupe on fait partie.

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Ainsi, pour prendre l'exemple de mon cas personnel, je suis intimement convaincu que Sarko 1er squatte l'Elysée. Il n'empêche que s'il avait l'excellente idée de m'inviter pour un entretien, en entrant dans le bureau je m'inclinerais et dirais : "Mes respects, monsieur le Président de la République".

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C'est aussi pour cela que je me définis comme un anarcho-monarchiste. Les oui-ouistes ne comprennent pas. Mais les oui-ouistes ne comprennent pas grand-chose.

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D'où l'urgence de leur interdire de voter avant qu'ils aient été un peu sérieusement formés.

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jpylg 

" C'est aussi pour cela que je me définis comme un anarcho-monarchiste ", c'est à dire un peu tout et n'importe quoi et à la fois relativement rien en même temps, ça mange pas de pain et ça marque un peu sa différence, oui bon ...

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Salut, Jojo !

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C'est bien, de réagir.

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Ca vous pose un citoyen !

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jpylg 

Parfois on peut faire changer le groupe ... par l'humour. Le rire ou plutôt le "faire rire" peut être utilisé comme outil de manipulation. Par exemple, par une dérision mesurée, on peut faire changer un groupe de point de vue, d'angle.

C'est bien sûr relatif : ce changement peut aller vers le mieux ou le pire. Mais pouvoir amener quelqu'un (ou un groupe) à rire de lui-même peut être un moyen de changement. D'ailleurs, il me semble qu'il n'est même pas nécessaire de savoir rire de soi-même pour ça ...

Parfois même on peut prendre le contrôle d'un groupe par l'humour.

Cela peut rejoindre ce que dit Liliane de l'hypocrisie.

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Parfois même on peut prendre le contrôle d'un groupe par l'humour.

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C'est par les sensations et les sentiments (l'affect) qu'on agit sur les groupes.

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La raison est la dernière chose qui fonctionne sur les groupes.

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Bien entendu, si l'on est un politicien professionnel ou un fabricant de formatage d'opinion, la première des choses, c'est de faire croire le contraire, et c'est facile.

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jpylg 

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A propos d'humour, justement, je reçois en mail une information au sujet de la création du RIHA:

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(RASSEMBLEMENT DES INCONDITIONNELS DE L'HUMOUR ATTITUDE).

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que je livre ici, telle quelle :

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"« Désormais chaque être humain a les mêmes droits à l'eau, à la nourriture,

au logement, à la santé, à la sécurité, à la pensée, à la démocratie, à la

culture, aux sciences et aux arts, et par-dessus tout, à la PRATIQUE DE

L'HUMOUR, ROSE OU NOIR » 


         


          SORTIE DE SECOURS                                            


        Yves PACCALET - Ed Arthaud, 2007,   


        COMMUNIQUE DE PRESSE


     

        Le RIHA lancera dès que possible un magazine entièrement consacré au rire et

à l'humour dans toutes leurs expressions et formes destiné également à

informer de ses actions et interventions tous azimuts.


        « L'Essuie Glaces », tel sera son nom, (« L'humour, c'est comme les essuie

glace, ça n'empêche pas la pluie, mais ça permet d'avancer » B.Coppens) est

d'ores et déjà intéressé par toute collaboration de toute nature.



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 Largement et Allaisiennement inspirée par Le Parti d'En rire cher à Pierre

DAC, L'Association loi 1901 « La  Maison du Rire et de l'Humour », sise à

Cluny, a le gélaste plaisir de vous annoncer la formation du  


        Rassemblement des Inconditionnels


        de l'Humour Attitude®


        (RIHA)


        Notre monde apparaît, et il s'en cache à peine, de plus en plus fracassé,

affamé, déglingué et exsangue, essoufflé et dévitalisé par la guerre, la

violence, la pollution et le gaspillage de toute nature, dans lequel

l'argent, l'égoïsme, l'intolérance et le non-respect de l'autre dans toute

sa vérité, sa richesse et son unicité, sont des valeurs, si l'on ose

s'exprimer ainsi, les plus souvent et de manière indicible, partagées au

sein d'une société du spectacle ; société, plus que jamais déshumanisée,

dépersonnalisante et castrante qui, souvent et pour un grand nombre de nos

frères humains, dont nos enfants,  devient le seul imaginaire au sein

duquel,  poésie essentielle, légèreté joyeuse  et  désir vrai n'ont plus

grande  place, voire plutôt, sont refoulés dans les fastfoodiennes

déchetteries à tendance cornichonesque de notre quotidien.


        En réaction à cet état du monde, le mouvement  que nous souhaitons activer

et dynamiser  veut apporter, avec pétulante passion, grande et joyeuse

énergie sa petite pierre, loin de toute sexualisation identitaire et

récupération politique, sociale, morale, religieuse et culturelle, à un

renversement des pratiques étouffantes, et aveuglantes de l'essentiel, en

prônant et pratiquant de manière systématique et permanente  « l'Humour

Attitude®», humour de résistance, s'il en est, dont la dynamique, les

valeurs et les expressions sont essentiellement fondées sur l'HUMain et

l'aMOUR, fusionnés fortuitement dans ce mot d'humour, de telle sorte que

cette attitude de vie face au monde, en communion avec  l'autre et avec

soi-même, caractérise désormais, dynamise, nourrisse et enrichisse

l'essentiel de nos modes de vie dans nos relations aux autres et à

nous-mêmes


       (...)

     

         


        Notre leitmotiv : La seule certitude que nous ayons sur cette terre, c'est

que l'on ne s'en sortira pas vivant ! Alors à quoi bon s'en faire et

s'enfermer !


         


        Rions, rions de toutes façons et au sérieux, l'humour, prenons !.


    (...)

         


        Pour tous contacts et renseignements :


         


        La Maison du Rire et de l'Humour   


        1, av Pierre le vénérable   F.71250 CLUNY


                                                                                                                      Tel

:

03.85.59.08.98-

06.75.48.31.86

Le RIHA (voir ci-dessus) dit s'inscrire dans la tradition du "parti d'en rire) de Pierre Dac et Francis Blanche.

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"

 

On pourrait même dire que, quelques fois, l'aveugle se fait de grandes peurs fictives pour mieux se convaincre dans son aveuglement.

Prenons un exemple présent : c’est tellement le grand bordel à Gauche, la France est sclérosée, et les années Chirac ont été dramatiques et mafieuses, alors Sarko malgré ses défauts, malgré ses caprices de monarque, malgré la disparition de la véritable démocratie, malgré tout, fait bouger la France.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/14/menaces-su...

Un autre exemple plus lointain : la peur du socialisme qui jeta un grand nombre dans les bras de Pétain.
 

Merci pour le lien sur cet article très intéressant !

Et pour ces réflexions qui m'évoquent la formule "marketting de la peur".

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C'est extrêmement dommage que ce fil se soit si vite interrompu, mais c'est souvent le cas de fils très intéressants.

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Il m'est revenu en mémoire à l'occasion d'un autre fil, où est abordé le thème des rapports entre la croyance et la politique.

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http://www.mediapart.fr/club/blog/humaro/211109/l-occasion-d...

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Il y a donc huit jours, le 16 novembre, je disais que le principe de réalité et le principe de croyance pouvaient entrer en opposition. Je faisais, bien sûr, un détournement du couple conceptuel freudien, "principe de plaisir et principe de réalité".

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Mais l'expression "principe de croyance" me gênait; je l'ai gardée parce que je ne trouvais rien de mieux.

Il est difficile d'expliquer la croyance par le principe de croyance . Le principe de croyance, qu'est-ce  que c'est ? Si je réécrivais le court propos du 16 novembre, je dirais plutôt le "principe d'adhésion", plutôt que le principe de croyance. Croire, c'est adhérer. D'ailleurs, M Philips faisait très peu après une remarque en ce sens.

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L'expression "principe d'adhésion" ne me satisfait pas non plus beaucoup; mais je la crois meilleure que "principe de croyance";

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Ce qui est amusant, c'est que le titre de ce fil parlait d'aliénation et, sauf erreur, étymologiquement, l'aliénation est la perte du lien. C'est en ce sens que Marx, notamment, je crois, voit la croyance comme une forme de l'aliénation. Dans la perspective où je me place, la première demande faite à la croyance est de créer du lien.

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jpylg 

@jean_paul_yves_le_goff

Merci de réveiller ce fil... et vos remarques m'amènent à réfléchir à ce concept d'"aliénation".

Sans avoir le temps de faire une étude éthymologique, il me semble que la racine du mot aliénation c'est "alius" qui veut dire "autre"cf ici. D'où le sens juridique d'être privé de son bien au bénéfice d'un autre, et le sens marxiste " ...l'homme est rendu étranger au produit de son travail : l'homme est rendu étranger à l'homme. ».

Dans le sens psychiatrique, on parlait autrefois des "aliénés", qui avaient perdu la raison ( d'où le fait qu'ils ne s'appartenaient plus et appartenaient donc aux autres ? Ou simplement qu'ils devenaient "autre" n'étant plus "soi" ? ).

Maintenant, aliénation a surtout le sens de perte du libre-arbitre et d'acceptation de l'autre comme directeur de sa vie ou de ses pensées.

Subjectivement, je suis sensible au fait que ce mot est centré autour de l'"autre" : mais un autre qui prend la place de son moi, autre qui peut être un gourou, un tyran, une idéologie, une religion, un groupe... Il ne s'agit pas que de se perdre de vue, il s'agit d'être livré, ou d'accepter de se livrer,  à un autre guide que soi-même. Donc pas seulement d'avoir un idéal, mais surtout d'effacer son moi pour laisser la place à un autre qu'on accepte en soi. 

Votre dernier paragraphe, jean_paul_yves_le_goff, m'évoque le fait qu'un des attraits, sûrement très fort, de l'aliénation, c'est que, mettant de l'autre en soi, on peut oublier que l'on est seul. Peut-être aussi que l'on retrouve la tranquilité de l'enfance où l'on était guidé.

Et pour en revenir à Karl Marx, en feuilletant la version numérique des " Manuscrits de 1844 ( économie politique et philosophie)", Paris : Editions sociales 1972, collection Classiques du marxisme, je trouve, page 126 :

"Donc la raison se trouve auprés de soi dans la déraison en tant que déraison. L'homme qui a reconnu que, dans le droit, dans la politique, etc., il mène une vie aliénée, mène dans cette vie aliénée en tant que telle sa vie humaine véritable. L'affirmation de soi, la confirmation de soi en contradiction avec soi-même, tant avec le savoir qu'avec l'essence de l'objet, c'est le vrai "savoir" et la vraie "vie"." in http://dx.doi.org/doi:10.1522/cla.mak.man1

 

 

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Oui: apparemment, "alien", c'est autre... (rien à voir avec le mot "lien").

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Mais l'important, ce sont vos commentaires: on devient autre à soi, parce que l'autre prend la place de soi.

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Comme vous le dites,  cet autre peut avoir bien des visages; d'où il résulte que l'on n'a jamais le sien. En ce sens, nous sommes tous des aliénés. Reste à savoir si on ne permet pas l'envahissement par l'autre parce qu'on a peur d'être vide.

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jpylg 

«C'est extrêmement dommage que ce fil se soit si vite interrompu, mais c'est souvent le cas de fils très intéressants.»


Et c'est beaucoup précisément pour les raisons évoquées dans ce billet: Prendre ainsi assez de recul sur soi-même, sur les autres et sur son (notre) fonctionnement de groupe, c'est, pour beaucoup, mettre en danger ses certitudes confortables.
Pour beaucoup, mieux vaut ne même pas commencer à penser, à "faire exister" ce genre de raisonnement en eux-mêmes...


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Mais il y a aussi, à l'inverse, une sorte de silence qui s'impose quand un texte est si bon qu'il se suffit à lui-même et ne nécessite pas vraiment d'ajouts, et auquel des commentaires ne feraient que s'en éloigner sans bénéfice pour l'esprit.

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Très juste ! Esope disait de la langue (la parole) qu'elle est la meilleure et la pire des choses; le silence peut  aussi avoir les meilleures ou les pires raisons.

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jpylg 

Perso moi, la dose "d'hypocrisie vitale" que vous évoquez, quand j'étais jeune j'en avais peur et je m'en défiais farouchement, très "Don Quichotte" et tout et tout, parce que je me mélangeais allègrement les pinceaux avec ce qui était déjà une de mes obsessions les plus dérangeantes sur le fonctionnement humain et sur mon rapport à la société: la Double-Pensée.

 

J'avais peur de "perdre ma pureté" en me laissant aller à la double-pensée, "comme tous les autres corrompus"...

:-)

Aujourd'hui c'est bien sûr différent. Je crois que ma "maxime" selon laquelle nous avons besoin pour survivre, d'une dose de cynisme, entre dans ce processus d'acceptation de sa propre complexité, et de la complexité des rapports humains.

@ Axel J 

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Cette petite confidence complémentaire est justement du type qui me donne envie de me taire.

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Je dis donc que je ne dirai rien.

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jpylg 

:-)

Je mets ici pour plus de facilité de lecture un commentaire que j'aurais pu écrire plus haut car il m'est venu en lisant plusieurs commentaires.

Un des problèmes réside, selon moi, dans le fait que les "nouveaux convertis", dans quelque domaine que ce soit, pour ne pas avoir à
regarder en face leurs contradictions, s'aveuglent sur celles-ci, et, pour cela, sont souvent amenés à un jusqu'auboutisme incompréhensible pour les personnes qui les connaissaient avant. Quand il s'agit d'un jeune ( ou d'une personne présentant une fragilité connue) on peut le protéger, l'éclairer peu à peu sur ce qu'il vit, l'entourer, etc. pour le sauver de lui-même. Mais quand il s'agit de quelqu'un qui est supposé libre et autonome, et à fortiori si c'est quelqu'un qui a un pouvoir dans la cité, quels sont les moyens disponibles pour qu'il voit la réalité en face ? C'est une vraie question. Qui se pose vis à vis de tous les anciens collabateurs de régimes totalitaires : ils avaient les informations, mais ils ne les voyaient pas.

On sait que, en général, dire la vérité des faits pour essayer d'ouvrir les yeux d'un "aveugle volontaire" ne marche pas. Alors ? J'aurais tendance à penser qu'il faut du temps, mais de la ténacité, pour conduire peu à peu la personne qui s'aveugle à se poser elle-même des questions. Mais en lui apportant des solutions pour se protéger du danger réel qui pourrait survenir du dévoilement de la vérité. Pour les collaborateurs de violence de groupe  une confrontation aux victimes peut permettre l'empathie avec l'autre que le fonctionnement pathologique de groupe empêche délibérément.

Un autre élément, fondamental, c'est le dialogue, l'échange. Dans les groupes pathologiques, on n'a pas la parole libre. On peut parler beaucoup, mais toujours des mêmes choses, et toujours de la même façon : en général, la stigmatisation d'un ennemi extérieur qu'il s'agit de combattre parce que l'existence-même de celui-ci serait une provocation ou un danger. L'échange réel, non
conflictuel, peut casser ce fonctionnement. Non pas "Mais tu te trompes !" mais "Ah bon ? Tu vois les choses comme ça ?" Eventuellement suivi de "Moi je vois plutôt les choses comme ça..."

Mais quand il s'agit de personnes qui ont vraiment du pouvoir, là je pense qu'on est davantage désarmé, car, outre la protection contre une peur qu'ils ignorent, il y a un intérêt personnel réel à être du côté du leader, même si c'est au prix de cette aliénation des consciences. Et je ne parle pas des avantages financiers, mais du prestige, de la carrière, etc. Si dans ces cas-là, ces personnes étendaient le cynisme dont elles font parfois preuves vis à vis de ceux qui sont désignés comme bouc-émissaire, à leur propre situation, c'est-à-dire si elles n'étaient pas dupes de leur propre clivage interne et reconnaissaient leur stratégie d'aveuglement, le système se déliterait plus vite. Le problème, c'est qu'ils se dupent souvent eux-mêmes : même les gourous des sectes, souvent, se croient eux-mêmes ! Ils peuvent par exemple, inventer une théorie, mettre en place de fausses preuves, et ensuite, les croire !

Il me semble que la stratégie de l'engagement, décrite en psychologie sociale, joue aussi. Voir ici, y compris la courte séquence vidéo de Jean-Léon Beauvois sur la soumission librement consentie. 

 

 

 

C'est une vraie question. Qui se pose vis à vis de tous les anciens
collabateurs de régimes totalitaires : ils avaient les informations,
mais ils ne les voyaient pas

Il me semble que sur ce point, vous faites peut-être une erreur d'interprétation. Ces personnes avaient les informations qu'on leur donnait, ce qui est quelque peu différent.

@ Le Père Vert Pépère

Ils "avaient les informations qu'on leur donnait", et ils s'en contentaient, pour les raisons que je tente d'expliquer, ignorant tous les signes en contradiction avec la version officielle. Il n'y a jamais d'emprise ou de totalitarisme sans menace : celle-ci peut être explicite, ou implicite, grave avec passages à l'acte violents, ou mineure mais répétée, et elle peut concerner un risque pour l'intégrité physique, ou un risque affectif (rejet d'un groupe, rupture d'un lien, humiliation...). On peut trouver de très bonnes raisons de ne pas vouloir voir. A part que je trouve que c'est dans cette ignorance volontaire que réside le plus grand danger pour la société, et même pour soi-même à plus ou moins long terme. On peut accepter de savoir et faire mine d'ignorer par souci de sa sécurité, c'est différent.

Ce que vous dites est juste mais ça me parait quand même un peu plus compliqué que ça. Vous semblez raisonner comme si il n(y a qu'une seule vérité, et les informations qui en découlent. Suivant l'endroit où on est , on ne voit pas la même chose.

"Suivant l'endroit où on est, on ne voit pas la même chose". Exactement : l'observateur fait partie de l'observation. C'est pourquoi il est important de tenir compte des éléments qui conditionnent notre regard, et, notamment, la peur. Plus on accepte de voir de choses, moins on a de risques de s'aveugler. Plus on est capable de se mettre à la place des différents protagonistes d'une problématique, moins on a de risques de se cantonner à la vision que cherche à nous imposer un leader toxique. Pour cela, il nous faut accepter de penser des choses apparemment inconciliables. Je précise que je n'ai jamais pensé que les choses étaient simples. Mais le principe du clivage psychique est un mécanisme simple à comprendre, me semble-t-il, et chacun a pu l'expérimenter lui-même, ou l'a vu à l'oeuvre chez d'autres.

Je lis vos échanges, en attente d'un moment de tranquillité (mentale) pour y participer.

La question que j'ai retenue dans celles que soulève le billet de Liliane :   l'aveuglement volontaire.

Parfois les problèmes sont si nombreux, ou si prenants, ou ils semblent si insolubles, qu'on recourt à l'auto aveuglement.

Provisoirement. Juste pour pouvoir continuer.

Et puis... on peut s'habituer à ne plus voir.

 

(ajout) cela n'a peut-être pas grand chose ... à voir, mais je viens de recevoir ce lien et je tente de vous le transmettre :Humiliation et  bizutage

 

Merci, Fantie, pour le lien. Oui, le bizutage est un exemple de ces phénomènes de groupe où la majorité accepte d'avoir des attitudes, soit d'humiliation vis à vis d'un autre, soit d'acceptation de situations humiliantes, en fermant les yeux sur la douleur psychique (ou physique) ressentie, ou les traces indélébiles que cela peut laisser. Appeler rituels d'intégration, ce sont selon moi surtout des rituels de soumission à la loi du groupe. Peut-être que c'est pour cette raison qu'un certain nombre de responsables de l'enseignement les tolère, en s'aveuglant eux aussi sur les conséquences psychiques que cela a sur certains. Moins graves, mais plus répandus, les rituels qui se sont mis en place récemment concernant l'enterrement de la vie de célibataire se rapprochent parfois de ces situations humiliantes que l'on accepte, croit-on, par jeu, alors que l'on n'a pas le choix de s'y soustraire sans risquer être accusé de casser la fête.

L'armée est à ce sujet un cas fort intéressant.

De nature et si complètement à fond dans le fonctionnement de groupe, de principe même le don de chaque individu à servir et à la nation, jusqu'à inclure que dis-je revendiquer, de dévaloriser sa vie jusqu'à l'offrir en une philosophie du combat,

c'est précisément à l'armée que par contre, on trouve (encore parmi quelques purs) un rituel qui est exactement l'inverse du bizutage:

Le droit momentané pour les soldats, de se ruer sur leur chef d'escadron, en une mêlée violente où le symbolisme recherché est de laisser s'exprimer les haines et frustrations accumulées, un peu ce que dans certaines contrèes on appelait "le jour des fous".

 

C'est donc tout le contraire du bizutage, car on ne s'en prend pas à un faible mais au contraire à celui qui habituellement possède le plus fort ascendant sur ses subordonnés,

et car on est précisément en "état de loi d'exception" par rapport à une norme militaire toute entière fonctionnant dans la logique strictement de groupe, individualités niées "par contrat". 

*** anarcho-monarchiste : le nouvel oxymore politique du noniste joueur !

Ni Dieu, ni maître... avec un trône, un sceptre, de zélés courtisans et corvées pour les oui-ouitistes domptés,  plus une étiquette maniaque établie par quelques bouffons dont le projet serait de se surpasser pour devenir le Vénérable Bouffon d'un régime remarquable !

 

** Je trouve que la présentation de l'oeuvre de Ferenczi faite par L. Bourdin est très intéressante et met en lumière l’idée que l’enfant et l’adolescent sont toujours perçus comme de la « pâte à modeler » dans les régimes forts, très hiérarchisés ou dans les systèmes politiques ou religieux autoritaires.

C’est une de leurs principales préoccupations quant à l’éducation de l’enfant. Comment l’ amener à l’obéissance passive par rapport aux plus âgés ou plus forts, comment lui donner une vision très hiérarchique de la société dans laquelle il va vivre ; brider, casser par la peur, la perversion, la flatterie le plus possible son autonomie psychique et sa liberté critique.

Valoriser les faits d’armes, les exploits du groupe plutôt que la création personnelle.

Ce n’est pas si difficile à obtenir car le jeune humain désire être reconnu et pareil à l’autre qui est mis en « bon » exemple.

A noter que les systèmes totalitaires ou les groupes pervers ne sont pas les seuls à adopter ces méthodes « d’ aliénation » : la consommation avec la publicité fait le même travail dans notre société dite libérale….

 

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Très remarquables échanges !

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Entre l'armée, l'école, la politique - et on pourrait ajouter l'entreprise - je vois comme facteur commun , favorisant l'acceptation de l'inacceptable, le principe d'adhésion, la peur d'être seul.

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jpylg 

L Bourdin,

nous sommes allés assez loin ici dans la direction de l'aveuglement volontaire en tant que "logique de groupe",

mais alors qu'en est-il de quelqu'un qui serait très seul, et de plus en plus seul, de plus en plus à côté et s'éloignant des autres et de la société, jusqu'à ce que ça en devienne inquiétant pour lui et pour les autres,

et dont ses proches précisément ressentiraient exactement ce que vous décrivez  sur les "symptômes" de l'aveuglement volontaire de quelqu'un qu'on reconnaît de moins en moins?

 

Loin de se plier à un groupe, la personne au contraire s'isole de plus en plus, dans un cercle vicieux de plus en plus évident, avec des mensonges à soi-même de moins en moins crédibles, de plus en plus chargés d'incohérences qui ne trompent plus que lui-même,

car il ne s'agit pas de peur d'être seul, mais au contraire d'une peur d'être avec les autres qu'elle maîtrise de moins en moins, tout en s'inventant toute une vie d'aveuglement volontaire afin de refuser de comprendre où elle en est?