«Nucléaire et démocratie», par Marie-Christine Blandin

Pour Marie-Christine Blandin, sénatrice Verte du Nord, l'incident de Tricastin révèle au grand public l'opacité et l'impunité dont bénéficie la filière nucléaire. En cause : les insuffisances de la loi sur la transparence du nucléaire. Elle nous a fait parvenir ce texte : 

Le panier percé du nucléaire cache d'autres pertes de substances, celles de la démocratie. Les accidents de Tricastin, puis de Romans ne font que mettre en évidence les failles de la loi «sur la Transparence Nucléaire» dénoncée dès le débat au Parlement par les Verts.

 

Sous couvert d'indépendance, le Parlement a été dessaisi et le monopole a été donné à une Autorité administrative, chargée d'assurer seule «le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France, pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l'environnement des risques liés aux activités nucléaires et de contribuer à l'information des citoyens».

 

Mais sous couvert d'efficacité, et sans aucune précaution d'indépendance, l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) s'appuie sur l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), établissement public industriel et commercial. Or l'IRSN est pour partie financé par le commissariat à l'énergie atomique (CEA), EDF, AREVA, c'est-à-dire précisément les acteurs que l'ASN, est censée contrôler! Visiblement les leçons du CPA, comité de prévention de l'amiante financé par les industriels qui la fabriquaient, et acteur de l'omerta sur la toxicité du matériau, n'ont pas été tirées.

 

Aujourd'hui l'ASN crie bien fort et gronde les industriels pris en faute ; mais elle non plus n'a pas rempli sa mission, en laissant se poursuivre l'exploitation, alors que chacun savait que la cuve de débordements éventuels était percée, au point que des travaux y avaient lieu. L'Etat lui donne pourtant les moyens des inspections : 50 millions d'euros d'argent public en direct et 70 millions pour ses missions confiées à l'IRSN.

 

Parmi les commissaires qui la pilotent, on retrouve la culture des Mines, du CEA, de l'Office de Protection contre les Rayonnements Ionisants (OPRI) qui remplace depuis 1994 le fameux Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI, de 1957 à 1994), dont le Directeur Pellerin déclara après Tchernobyl qu'il n'y avait pas lieu en France de prendre des mesures spécifiques pour la santé des populations. Ils se vantent de leur impartialité, de leur indépendance, et de leurs compétences pour nous rassurer... mais 75 kilogrammes d'uranium s'échappent et ils nous informent tardivement et de façon incomplète : les questions posées sur la nature des radionucléïdes qui se sont échappés, ou sur le taux de dépassement des plafonds admissibles restent sans réponse (le courrier que j'ai adressé à l'ASN le 10 juillet été suivi d'une réponse le 16 juillet, mais bien incomplète).

 

Mais au fond qui veut vraiment savoir? Alors que les lois Transparence Sûreté Nucléaire et Déchets Radioactifs datent des 13 et 28 juin 2006, on ne peut que s'étonner d'entendre à l'audition par l' Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques du 8 avril que quatre décrets n'ont toujours été promulgués :

 

- la mise en œuvre de l'obligation d'information par les responsables d'activité nucléaire.
- le rôle des salariés en matière de prévention des risques.
- la nature des informations à transmettre par les responsables d'activités nucléaires pour la réalisation de l'inventaire national des déchets.

 

Et après on s'étonnera de l'information donnée par les associations militantes que leur alerte sur des déchets enterrés à Tricastin en toute illégalité ne soit pas suivie d'effets !

 

Quand fut votée, mais non suivie de décrets, la mesure qui limite le libre exercice des activités de vide-grenier, le Conseil d'Etat fut d'une vigilance rigoureuse pour interpeller l'Etat. Mais quand quatre décrets manquent à la sûreté nucléaire, on n'entend pas d'émotion.

 

L'accident de Tricastin est un véritable révélateur grand public de l'opacité et de l'impunité dont bénéficie la filière nucléaire : décrets non sortis dans les temps, faillite de la mission de ceux qui doivent contrôler, négligences de l'exploitant, soupçons sur des dépôts d'uranium militaire abandonnés, gestion au jour le jour selon les mesures des eaux analysées, y compris d'inquiétants résultats au robinet, et bien sûr toujours pas de registre des cancers sur tout le territoire français, malgré les promesses du Plan National Santé Environnement : qui a peur de la vérité ?

 


Marie-Christine Blandin est sénatrice (Verte) du Nord.

Glups !

Puissent des échos d'assez grandes portées à ces "incidents" répandre dans le monde, en dépit des frontières (hihi !), l'état de la situation : une population entière jamais consultée prise en otage par le délire nucléaire, industriel… Vous avez raison, Madame Blandin, d'insister sur la perte démocratique qu'induit la gestion du monstre nucléaire. Cela fait longtemps déjà qu'il faudrait rayer le mot démocratie partout où il est prononcé par ceux-là qui l'écrasent sous leur talon, parce qu'ils sont de taille suffisante pour le faire. À cet égard, où en est le rapport de force entre le peuple abruti ou impuissant et les groupes régnant ? Hum ! Y a pas photo. Alors, à quand le déclic ?

J'aime bien l'exemple des vide-greniers ! Le sens des priorités...


Mais le problème est peut-être surtout "qui veut vraiment savoir? "
Tant que nous sommes prêts à fermer les yeux sur ce qui nous arrange (la promesse d'une énergie qui serait soi-disant la seule capable de remplacer le pétrole....).
L'information sur le nucléaire est là depuis 30 ans, elle abonde. Mais s'orienter parmi les flots d'informations actuels est sans doute bien plus difficile qu'il y a 30 ans.
Prendre connaissance des informations, c'est "prendre du temps". Ce temps doit être "pris" ailleurs.
Pour les militants déjà convaincus, c'est simple Ils orientent leur temps vers la cause qui leur tient à coeur.
Mais pour les autres ?
Qu'est-ce qui les attirera vers ces informations là, parmi les énormes flux d'images, sons et textes disponibles aujourd'hui?
Flux... priorités...

Quand on s'intéresse un peu au nucléaire en France, on trouve évidement en premier AREVA.
AREVA est une société anonyme (qui peut donc avoir, et a, des buts lucratifs!). Elle dépend, assez bizarrement, pour 80% du CEA (Comité pour l'Enèrgie Atomique) et pour 5% de l'Etat.
J'écris "bizarrement" car le CEA, en principe, c'est l'Etat Français. Alors, pourquoi distinguer CEA et Etat?
Explication: l'Etat veut monter qu'il contrôle bien le nucléaire.

Le CEA a le statut d'EPIC, c'est à dire Établissement PUBLIC à orientation Industrielle et Commerciale.
Les responsables du CEA sont nommés par l'Etat. On devrait donc pouvoir dire que CEA=ETAT.
En théorie, tout a l'air clair: l'Etat, par le biais du CEA, contrôle AREVA.
Le problème vient du financement: je n'ai pas trouvé par qui les gens du CEA étaient rémunérés ...Le sont-ils par l'Etat?
Hypothèse: le CEA ne serait-il pas, même indirectement, financé par AREVA?

Vient se rajouter le problème de l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) ne dépendant plus de l'Assemblée Nationale, financée indirectement mais financée quand même, par ceux qu'elle a pour mission de surveiller!

Au bout du voyage, au travers de ces montages, il apparaît que si, théoriquement, l'Etat semble contrôler le nucléaire, pratiquement, il est contrôlé par ceux qui ont le pognon, suivez mon regard!

Et je n'évoque pas ici tout ce qui a trait aux sous-traitances (représentent le même volume en personnel qu'AREVA.

Peut-être peut-on appliquer ici la pratique préférée des dominants :
- les pertes (ici les investissements nécessaires au dvlpt, les charges, fiscales et sociales et de fonctionnement) sont "publiques",comprendre "c'est le contribuable qui paye"
- les profits sont privés, c'est-à-dire que les bénéfices vont aux actionnaires...
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?

Par ailleurs, on prend connaissance d'un sondage qui indique que, à presque 70 %, les français ont confiance dans le nucléaire (par rapport aux défis des changements climatiques).
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Mais c'est comme le reste, ce dont on ne parle pas n'existe pas, le mensonge est érigé en technique de gouvernement, rappelon-nous des cigarettiers états-uniens qui ont délibéremment cachés et démentis pendant des décennies les méfaits du tabac sur l'organisme et qui continuent impunément leur propagande vers les adolesents en leur proposant des cigarettes parfumées à la fraise!!!!!!!!
Le nuage de Tchernobil s'est opportunément arrêté aux frontières françaises
La Polynésie, le Sahara n'ont pas été pollués par les essais nucléaires français
Ect, ect, etc....
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Il leur suffit de dire "non, ce n'est pas dangereux," le répéter sans fin pour que les "masses" (70 % des français) le croient : "entendu à la télé", donc vrai!
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Je me permets d'ajouter que à mon sens le mouvement écologiste porte une certaine part de responsabilité dans le fait que les Français ne comprennent plus ce qui se joue pour eux autour du nucléaire.
Qu'espérer vraiment, pour une approche de l'opinion contemporaine, de méthodes qui s'apparentent à la distribution de tracts (comme par exemple ici sur Mediapart). Je vous mets mon tract dans la main et puis je m'en vais - au mieux si vous faites une remarque vous avez drot à une grimace et à un autre tract.
(voir des exemples dans les commentaires des sujets /nucléaire/Mediapart )
Voilà, c'était mes 5 minutes de plainte du jour.
PS : Je ne parle pas pour Marie-Christine Blandin qui fait son boulot de parlementaire. Mais j'écris ça ici au cas où... le débat citoyen participatif tenterait quelques écolos de passage ... Dans notre siècle où les gens velent être écoutés et pas seulement convertis, cela ne devrait-il pas être un challenge ?

Maintenant, c’est de la faute aux écolos, de la criirad, etc.(!?) et non pas du fait des mensonges et de la rétention d’informations d’Areva, d’EDF, des lobbies du nucléaire et de l’utilisation du « secret défense » , entre autres moyens, qu’utilise l’Etat français …

Fantie B. ( l’ex-encartée Verte) a sa petite dent contre ses anciens amis et c’est son droit tout comme de ne pas lire les tracts et certains commentaires ; pour ma part, c’est souvent le cas mais par pitié laissez respirer ceux qui n’ont pas envie de participer au « blablaland des humeurs » et qui sont avant tout à la recherche d’informations ! @Fantie B., en dehors, de vos moods, il arrive parfois (ben oui !) que j’aime bien certaines infos que je découvre dans vos innombrables commentaires. Bien à vous et bon dimanche ! :-D

Méthode pour ne pas accepter le débat sur la méthode, Ivan Villa ?
"Fantie B. ( l’ex-encartée Verte) a sa petite dent contre ses anciens amis "
(j'ai apprécié l'élégance du propos : vous sortez ça d'où? d'Edvige?)
édité : Dans mon commentaire précédent je voulais dire, sûrement maladroitement, que l'interface de Mediapart offre la possibilité d'autre chose qu'un échange d'informations, ou de simples prises de postions. Et que je souhaite davantage de discussions entre ceux qui s'intéressent à l'environnement (l'humain et le social étant compris dedans).

@Fanti B., dans un de vos interminables commentaires, vous nous disiez également avoir été obligé de vous retirer des forums de débats de Rue89 ; à la lecture de vos déclarations, ci-dessus, on pourrait s’imaginer les raisons … Vous devez confondre débat et discussion entre blablateurs. Non ? Cependant, en relisant le commentaire auquel je faisais référence, en effet, vous nous disiez seulement, je vous cite : « Il y a 10 ans et quelques, à une époque où il y avait une alliance Verts -autres courants (élections régionales) , j'ai passé quelques mois dans une section des Verts, et participé aux débats d'une instance régionale. (…) C'était intenable, irrespirable (un comble pour des écolos !), ou inintéressant selon les jours. » (…) (25/06/2008 10:14Par Fantie B) » . L’erreur concernant « l’ex-encarté » étant rectifié, je vous saurais gré de bien vouloir accepter mes excuses mais par pitié un poco d’oxygeno et stop aux commentaires du type « syndrome-du-sparadrap » ! Pour ma part, c’est la dernière fois que je perds mon temps à vous répondre aussi faites-en de même ; en cas de nécessité, et, par respect aux autres abonnés, il existe une messagerie privée dans Mediapart ! Merci et bonne journée tout de même ! :-(


- PS : Pour « votre Edvige », je vous renvoie à « Mathilde et ses mitaines » de Tristan Bernard : « Sans les bavard, qu’est-ce que deviendrait la police ? »

“Très rapidement, un vent de pessimisme souffla sur l’énergie atomique : les premiers calculs économiques… montraient en effet l’écart séparant le prix de l’électricité d’origine atomique de celui de l’énergie classique; on s’aperçut également que l’énergie atomique appliquée demandait un énorme effort de recherche industrielle et opérationnelle. On s’aperçut enfin que certains types de piles apparemment simples étaient plus difficiles à réaliser…”
Voilà, je viens de relire Le Nouveau Traité de Chimie Minérale de P.PASCAL , qui date de plus de 20 ans. Il y avait donc de sérieux doutes au départ et j'ai toujours eu l'impression que l'électricité nucléaire était un gigantesque mouton à 5 pattes, comme on les adore en France, depuis le paquebot France, Concorde… etc.
Je rappelle quand même que le cycle du combustible nucléaire (minerais très pauvres), comme celui des déchets, sont des opérations énormes, longues, compliquées, sinon dangereuses, dont nous n'avons aucune idée du bilan matières, ni du bilan énergétique ?
Si, un jour lointain, on arrive à faire ces bilans, ne risque-t-on pas de découvrir une gigantesque supercherie ?
Pour preuve de ce doute, je rappellerai que cet énorme investissement étatique, en centaines de milliards €, devait nous assûrer croissance et indépendance énergétique : pour la croissance voyez vous-même, pour l'indépendance, c'est grâce au NIGER et au CONGO, que nous atteignons à grand peine le 1/6.
N'oubliez pas que ces centrales, si modernes, ne sont rien d'autres que de très mauvaises machines à vapeur, qui dégagent 5 ou 6 fois plus de thermies que la combustion du pétrole, que la vapeur d'eau est tout aussi opaque aux infra-rouges que le CO2, mais le lobby nucléaire prétend lutter contre le réchauffement climatique !

Merci, Phyllocorpus, de nous rappeler l'importance de connaître les vrais chiffres liés au nucléaires, coûts financiers, coût de dépendance (aux pays miniers) et coûts en bilan carbone (j'ai tendance à l'oublier, celui-là...).

A votre avis ?

Combien vaut une vie de "simple" citoyen pour $arkozy et ses amis du nucléaires ?

Mon idée : c'est qu'ils sont prêt à sacrifier une population entière à leur soif de £, $, Euros...

C'est lamentable, aucun pays ne suit la France sur le domaine du trop et tout nucléaire, il y a peut-être une bonne raison.