L’âge du MP3

Je m'en souvenais plus ou moins, mais je n'imaginais pas que ça remontait aussi loin (bordel que le temps passe vite): la norme audio MPEG layer 3 – plus connue sous le nom de MP3 – a été publiée pour la première fois en 1995.

 

Il y a 14 ans.
 

Vous vous souvenez de ce qu'était Internet il y a 14 ans, vous ?

 

Moi oui, (j'y étais: je suis un vieux con). Pour résumer, qu'il me suffise de dire que la toute premère fois où j'ai entendu parler d'Internet à la télévision française, c'était en décembre 1995. C'était à "La marche du siècle".

 

On y décrivait (au delà de quelques trucs amusants comme un site web privé présentant des photos des oeuvres du Louvre, ou celui de la bibliothèque du Congrés américain) un repaire de pirates néonazis pédophiles, et on expliquait tous les dangers de ce nouveau media.

 

Eh oui, déjà...

 

Le web avait 2 ans. Les sites web ne se comptaient qu'en milliers. Il n'y avait pas de commerce en ligne. Le moteur de recherche à la mode s'appelait Altavista. Les navigateurs se nommaient Netscape et Internet Explorer 1.0.

 

Vous voyez l'idée générale ? Non ? Bon, alors je continue avec mes histoires de vieux con.

 

Les "gros" disques durs faisaient 1 gigaoctet. Mon plus gros serveur, à l'époque disposait de 64Mo de mémoire (oui, megaoctet, pas gigaoctet). Mon accès à Internet était luxueux pour l'époque: c'était une liaison spécialisée d'un débit synchrone de 64 kilobits par seconde. A peine mieux qu'un modem RTC V.90 qui n'existait pas encore. Trois cent fois plus lent qu'un accès ADSL 20Mb/s...

 

Vous voyez mieux ? Non ?

 

Je vous aide: tous les formats MPEG, mp3 y compris, ont été développés à une époque où l'espace disque était rare, où la mémoire était légère, et l'accès à Internet aussi rapide qu'un escargot sous extasy.

 

Ce sont des formats de compression dont l'objectif est de répondre aux normes de l'époque. Il s'agit de pouvoir transporter et de stocker de la voix, de la musique ou de la video en tenant compte de l'existant et, au mieux, d'une prévision d'amélioration future des débits et des espaces de stockage.

 

Mais ce n'était absolument pas prévu pour durer QUATORZE ANS! Quatorze ans, dans ce milieu, c'est une éternité! Qui peut aujourd'hui dire ce que seront l'informatique et les réseaux dans 14 ans ?

 

Du coup, ces formats qui devaient gérer au mieux la pénurie utilisaient des algorithmes qui réduisent drastiquement la taille de l'information à stocker ou transmettre. Au prix de la qualité. Il y a de la perte. Eh oui.

 

Bon, on s'y fait c'est vrai. Ce sont des algorithmes intelligents, qui font en sorte de ne perdre de l'information que là où l'esprit humain la distingue peu. Mais n'importe qui peut constater les effets des normes MPEG, par exemple en regardant la télévision en TNT: quand ça bouge vite, on voit des carrés.

 

Et en musique, pour peu qu'on ait l'oreille un peu fine, on entend aussi des carrés. Ca se compresse bien, les carrés.

 

Ok. C'était une longue introduction, mais j'avais besoin de tout ce développement pour en arriver à mon point: HADOPI et tous ses avatars futurs sont un prétexte pour orienter les internautes vers "l'offre légale". Très bien.

 

Très bien ? Euh... Quand j'achète un CD et que je le numérise (oui, je suis un vieux con moderne: mes CD je les conserve dans leur boite parce que tout est numérisé dès l'achat et que ma station me sert de juke-box, ouahou, trop moderne le mec), j'obtiens un fichier de qualité égale à celle dudit CD.

 

Pourquoi ? Parce qu'un disque dur d'un teraoctet (1000 fois plus gros qu'en 1995 donc) coûte cent euros. Que, même sur mon Ipod, je peux emporter 80% de ma discothèque entière dans un format - certes compressé - mais SANS LA MOINDRE PERTE DE QUALITÉ.

 

Ok, j'avoue, j'ai bidouillé mon Ipod pour qu'il sache lire autre chose que les formats habituels. Quelle importance ? Il s'agit d'espace et, de nos jours, nous NAGEONS dans l'espace de stockage. Plus personne ne sait comment remplir un disque d'un teraoctet. On peut stocker DEUX CENT MILLE titres en mp3 de haute qualité (c'est à dire avec une perte moindre) sur un teraoctet!

 

Mais qui voudrait stocker deux cent mille titres ?!

 

J'utilise le format FLAC. C'est ce qu'on appelle un format de compression "lossless" (sans perte). Il existe d'autres formats lossless (ALAC, LA, LPAC, APE, OFR, RAL...). Mais le FLAC est un format libre, disponible en open source, donc adaptable partout et - surtout - non lié à un vendeur spécifique. Je ne peux stocker que 50000 titres (5000 albums) sur un disque d'un teraoctet. La honte. Sauf qu'en tout j'ai grand maximum 500 albums, et que les plus collectionneurs de mes potes en ont, quoi, 2000 ?

 

Alors voici (enfin !) ma question: pourquoi "l'offre légale" (j'ai vérifié sur le site de la FNAC mais sur ce point c'est pareil partout) ne propose-t'elle qu'un format dégradé, dépassé, de qualité au mieux quatre fois inférieure à celle d'un CD, alors qu'on est à l'époque de l'ADSL et des disques d'un teraoctet ?

 

Si vous avez la réponse, merci de me la donner.

 

Parce que, à part dire que l'industrie musicale à 14 ans de retard, je ne peux voir dans la vente d'une musique dégradée qu'une offense aux artistes qui l'ont créée et une arnaque aux consommateurs qui l'achètent pratiquement au prix du CD.

 

Et je ne parle que de musique (je vous passe le calcul pour les DVD).

 

En attendant, que je numérise mes propres albums ou que je pirate de la musique, je n'ai que du FLAC en ma possession. Pas le moindre MP3.

 

Parce qu'on trouve de plus en plus de musique piratée dans des formats sans perte.

 

Et... Aucune offre légale.

Bien vu bien dit. Ce n'est pas une "industrie de musique", c'est une industrie de fric sans Flac...

La technique a toujours été au service du commerce, et non l'inverse... Voilà sans doute pourquoi le développement du monde numérique est si chaotique et donne souvent l'impression que les solutions les plus utilisées sont souvent les moins bonnes...

Jcmaison a tout-à-fait raison.
Exactement le même phénomène aussi pour ce qui est de l'histoire de la généralisation du système d'exploitation de Microsoft pour les PCs (au lieu d'avoir adopté l'intuitivité naturelle d'Apple), tout un monde d'habitudes et de réflexes imbéciles, contreproductifs et antinaturels,
d'où découle tant de choses et notamment l'esprit tout aussi illogique des logiciels qui équipent maintenant aussi tous les téléphones portables (sauf l'iPhone), bâtissant ainsi tout un univers, à très long terme, très durable, dans lequel nous évoluons maintenant soi-disant comme des poissons dans l'eau, alors que ce qui s'est passé, c'est que c'est nous qui sommes devenus tous idiots, pour et par adaptation au milieu.


Mais on peut aussi bien parler ainsi pour l'automobile:
"la civilisation de l'automobile", ah!, avec ses Ferrari, Mercedes et autres Rolls Royce, soit-disant le nec-plus-ultra, le "top", objets si chers et si "parfaits", alors que d'un point de vue d'ingénieur, purement physique, c'est une aberration de plus, que de fonctionner sur des moteurs dont le rendement n'est que de 30%, 35% dans le "meilleur" des cas (la Formule 1): tous, toute la vie, toute une civilisation pourrait-on dire...

Quand dira t on, et qui dira, que le fond du problème a été pendant ces plus de 10 dernières années, l'incapacité de la profession (je parle des éditeurs, pas des artistes) à penser, imaginer une offre nouvelle pour apprivoiser les outils numériques. Au lieu de cette réflexion (qui nécessite sans doute des compétences et capacités qu'ils n'avaient pas), il ont dans un premier temps : Rien fait et dormi tranquillement sur tas d'or ! Dans un second temps, et bien que les pertes de leurs revenus ne soient pas directement et intégralement imputables au téléchargement libre, il ont sollicité la police et en amont le législateur pour pallier à leur insuffisance ! Petites méthodes d'individus petits ! Mais c'est le règne des petits, non !

Dans ma ville le CD est devenu une denrée rare, la fnac ne le trouve plus assez rentable ...

Je me souviens de 1995 et d'une démo sur W95 de mp3 d'un pote enthousiaste. Moi j'etais mac (le fameux 68040 avec FPU à 33 MHz) et à l'époque importer un fichier aiff était un vrai casse tête (je travaillais dans une boite qui distribuait un soft audio pur DDD). J'avais également un compte internet (Netscape 2 comme browser), donc je lisais une revue pas mal du tout. Je ne me souviens plus du nom mais je crois que l'auteur de ce billet y était journaliste militant unix/linux. 14 ans déjà ... ouhaa ...

"Planète Internet" ?

yes sir :-)

Je n'étais pas journaliste (je ne l'ai jamais été). Simplement consultant technique, et éditorialiste à l'occasion.

J'en ai encore les archives sur un coin de disque, mais j'ignore qui pourrait m'autoriser à les mettre en ligne...

Cher Laurent,
je suis moi-même un "vieux con" et de surcroît passionné de musique. D'ailleurs, quand je parle de qualité de la musique, de haute fidélité..., je suis toujours brocardé. Moi, je suis un classique, j'ai une chaîne stéréo à la maison, avec de grosses enceintes, de bons amplis drivés par un bon préampli qui lui même reçoit de belles sources : platine vinyl choisie avec soin, beau lecteur CD que j'ai mis X années à mettre au point pour répondre à mes exigences.
Voilà on l'on en est aujourd'hui : j'ai une super chaîne et je n'ai plus rien à écouter dessus en qualité convenable, à part ma vieille discothèque !
Parfois, un CD, par-ci par-là, est convenable mais c'est tellement rare...
Comme je l'écrivais dans un précédent billet, non seulement, on ne met plus en avant que la musique compressée mais même les CD sont souvent de qualité médiocre.
Je voulais d'ailleurs vous faire une petite remarque : chaque changement de format numérique a une conséquence sur le son : certes le FLAC est nettement meilleur que du MP3 mais on ne pas dire que c'est "sans perte" sur la qualité musicale. Cette compression fonctionne mieux lorsque l'information est de bonne qualité, ce qui n'est pas le cas avec les CD actuels dont la qualité d'enregistrement se dégrade de plus en plus.

Tout ça pour se concentrer sur les profits à tout prix et tant pis pour la culture, le plaisir et la qualité !
que du court terme et aucune vision d'avenir, aucune volonté de pérenniser intelligemment !

Oui, bon, mais cette perte de qualité était aussi le cas entre les magnétophones à bandes et ceux à cassettes. Le MP3 est bien suffisant.

La véritable info dans cet article est surtout que la quantité utile (ici en musique) est limitée (500 disques, 2000 à tout casser), comme je l'ai déjà écrit à propos de la question des droits ("litigieux"). Ceux qui téléchargent des morceaux en pagaille ne les écoutent pas tous (ou comme à la radio), comme on n'utilisait pas les programmes gratuits qu'on téléchargeait (ou plutôt qu'on trouvait sur des disques puis des cd) au début de l'informatique.

Par contre la véritable nouveauté est la pratique sociale qui consiste à avoir toute sa discothèque sur soi. (Outre le risque de surdité) Espérons que ça va améliorer le niveau musical (mais ce n'est pas sûr).

Bon alors, si on suit le raisonnement qui fait qu'on peut aujourd'hui acheter pour 150€ un disque dur de 1000 Go, soit de quoi stocker largement plus de 1000 disques en format d'origine sans perte d'informations, ou est le problème? Un banal iPhone avec 8GO de mémoire contiendrait seulement 8CD au lieu d'une centaine, et alors? Le problème de l'industrie du disque est de ne pas avoir compris que la musique ne se consomme pas comme des frites, et qu'il est dangereux d'habituer les consommateurs à une banalisation de leur production. Pour avoir produit une musique de plus en plus médiocre, issue d'artistes préfabriqués et sans talent, ils ont eux même mis le doigt dans l'engrenage qui les perd, et continuera de les perdre tant qu'ils n'auront pas remis la qualité au goût du jour. Hadopi ou non, la qualité ne se décrète pas, elle se construit. Quant aux artistes, les vrais, qui se sont fourvoyés dans ce combat perdu d'avance, ils feraient mieux de retourner à leur piano au lieu de tenter de défendre l'indéfendable. Et si on punissait aussi les artistes qui créent de la musique inaudible, qui chantent faux, ou qui trompent leur public en chantant en play-back?

Tiens, ça me fait penser à un exposé entendu sur la compression dans les appareils photos.
L'image qui est captée est un ensemble de pixels soit Rouge, soit Vert, soit Bleu. Certaines couleurs sont plus représentées que d'autre, l'œil humain étant plus sensible a certaines couleurs que d'autres, les constructeurs ont mis plein de capteurs des couleurs qu'on voit le plus.

Au lieu de stocker l'image captée brute, les constructeurs s'obstinent a faire une interpolation pour avoir sur chaque point la totalité des couleurs (grossissement de place occupée), puis la compressent en jpeg.
Tout cela avec des mauvais algorithmes car la photo doit être vite prise et un appareil photo n'a pas de grande capacité de calcul. Cela leurs permet d'afficher facilement la photo sur le petit écran de l'appareil et puis c'est plus simple a comprendre pour l'utilisateur.
Le pire, c'est que les appareils pro font les choses correctement. L'image est transformée au téléchargement de l'appareil, avec les capacités de calcul du PC, qui fait un travail bien meilleur.

En conclusion, on achète un appareil avec plein plein de millions de pixels, et on récupère un résultat hyper dégradé.