Pour comprendre la crise financière …
Fièvre à la bourse, sueurs froides au sein des banques, panique chez les investisseurs, inquiétude des épargnants … Si les experts économiques et financiers se comprennent entre eux, dans leur langage technique sur la volatilité, la liquidité, la solvabilité, le plan Paulson, …, on peut sérieusement se demander si le citoyen lambda y comprend quelque chose sur l’origine de cette crise, ses réactions en chaîne quasi-nucléaires et ses impact potentiels. A vrai dire tout cela le dépasse un peu !
Que faire ? De mes comptes, de mes économies, ai-je un risque de perdre mon boulot ? Ai-je un risque de ne pas récupérer mes avoirs en banque et ai-je intérêt à retirer mon argent en compte à ma banque ? Telles sont les questions concrètes que se pose le Français ou l’Européen moyen aujourd’hui.
Pour essayer de résumer en quelques mots simples l’origine de cette crise, il faut comprendre quelques notions :
1- Le monde bancaire et financier a considérablement évolué ces dernières années:
Autrefois les marchés financiers étaient réglementés nationalement (contrôle des changes, contrôle du crédit et de la masse monétaire, …) et cloisonnés (marché boursier, marché monétaire, marché obligataire,…). Sous l'influence du FMI, de la Banque mondiale (Consensus de Washington, en 1989), ainsi que de la Communauté européenne (les « quatre libertés » de l’Acte unique, en 1986) les marchés ont subi une triple évolution (parfois nommée « les 3 D »):
– déréglementation, abolition du contrôle des changes et des restrictions aux mouvements de capitaux ;
– désintermédiation ou accès direct des opérateurs aux sources de financement sans passer nécessairement par des banques ;
– décloisonnement, c’est-à-dire éclatement des compartiments.
Une nouvelle logique financière s'est instaurée, se traduisant au-delà des aspects géographiques, c'est pourquoi les spécialistes parlent plutôt de « globalisation » financière que simplement de mondialisation. Cette globalisation financière a favorisé le financement des entreprises, de l’économie, mais contrairement à la logique industrielle la logique financière privilégie le court terme. De nouveaux produits et de nouvelles techniques financières ont vu le jour, qui confirment cette tendance, la priorité donnée à la rentabilité immédiate, à court terme, notamment car la valeur des flux futurs anticipés est évaluée en valeur nette présente, raccourcissant ainsi le temps d’un point de vue financier. Cette valeur tient compte aussi de la probabilité d’envol des taux et des cours ou de défaillance des acteurs impliqués, donc d’une valeur spéculative parfois divergeant de la réalité économique.
- la sophistication des marchés financiers s'est considérablement accrue, permettant un libre accès aux capitaux, une désintermédiation des acteurs entre les investisseurs et les emprunteurs de capitaux au travers des bourses et du marché. Les actions, obligations et créances négociables, ainsi que les nouveaux instruments financiers de dérivés de taux ou d’actions, se sont progressivement substitués aux traditionnels crédits pour subvenir au financement de l’économie et les crédits sont eux-mêmes devenus négociables, « titrisables », transformés en titres, accentuant la volatilité des marchés, leur sensibilité aux variations d’aléas externes. Les banques sont devenues aussi des « brokers de dettes ». Nous sommes passés d’un capitalisme industriel d’entreprenariat et d’une économie financée par le crédit (dont la rentabilité était évaluée sur un long terme) à un capitalisme financier de marché, où non seulement les entreprises, leur risques, leurs crédits, mais aussi des ensembles d’entreprises (fonds d’investissement), des indices boursiers ou de prix de matières premières énergétiques, de métaux ou de denrées alimentaires et même des indices climatiques, des variations de taux, se négocient comme des marchandises. Le prix d’équilibre du marché n’étant pas forcément le reflet d’une réalité économique d’ensemble, mais de résultats de spéculation, d’anticipation du prix futur, accentuant les tendances haussières ou baissières et amplifiant les variations de cours et se propageant entre secteurs et entre instruments financiers.
- de nouveaux produits ont vu le jour, toujours plus sophistiqués.
Citons quelques exemples :
- La multiplication des opérations de LBO à effet de levier (« Leveraged Buy Out»), visant à faire acheter sans recours (avec prise de risque très limitée) une entreprise par un fonds spéculatif, sponsor financier, en finançant le rachat de l’entreprise par un emprunt gagé sur les actifs de l’entreprise, puis offrir une perspective d’amélioration de la rentabilité par restructuration, délocalisation, changement du management, en vue de revendre l’entreprise en faisant une plus-value (d’où l’intérêt de viser un profit à court terme) ;
- Les nouveaux produits de titrisation (« securitization » en anglais), technique financière qui transforme des actifs peu liquides, c’est-à-dire pour lequel il n’y a pas véritablement de marché, en valeurs mobilières facilement négociables comme des obligations. Chaque investisseur acquiert en quelque sorte une fraction du portefeuille d’actifs « titrisés », sur la base des flux financiers futurs des actifs, qui garantissent le remboursement des obligations.
- Les CDS (Credit Default Swaps ), permettant d’acheter et de vendre du risque sur un acteur, une entreprise, ou un ensemble d’entreprises.
- de nouvelles normes comptables ont été imposées :
pour favoriser une autorégulation des marchés financiers et du système bancaire, l’efficacité et la stabilité de la profession repose sur des codes de bonne gouvernance (compliance) et des normes comptables internationales inspirées des normes américaines (IFRS), des normes d’évaluation des risques (Bâle2). Ces normes ont généralisé le « mark-to » model : elles visent à valoriser les actifs et les passifs des institutions financières au prix de marché, ce qui a renforcé la volatilité de leurs comptes, la sensibilité aux paramètres qui sont utilisés par ces modèles (cours, ratings, probabilités de variation de cours ou de défaillance de clients,…), leur dépendance à l’égard des analystes financiers, des agences de ratings, des « scoops », ...
Avant 2005, les banques comptabilisaient des actifs à leur cours historiques, respectant des règles de provisionnement en cas de moins values latentes, alors qu’à partir de 2005, avec la nouvelle norme IFRS, tous actif négociable doit être valorisé au bilan et même hors bilan au cours du marché.
Ainsi, lorsqu’il n’ y a plus de marché où qu’il est bloqué et que les prix s’effondrent anormalement, de façon temporaire ou sous l’effet d’une spéculation, le bilan de la banque peut s’en trouver très affecté, nécessitant un besoin de liquidité pour couvrir la perte (temporaire ou supposée) mesurée à l’instant T. Or, le marché étant moutonnier, la moindre rumeur de problème de liquidité est interprétée comme un potentiel problème de solvabilité (risque de ne pas pouvoir honorer le remboursement de ses dettes) …
Les normes comptables alignées sur le « mark-to » model, tout en valeur de marché (IFRS pour la compta, Bâle2 pour les risques,...) ont tendance à donner une grande volatilité aux résultats des banques, des entreprises, et à privilégier le court terme au détriment du long terme, de l’investissement durable. Cette méthode est logique dans la théorie, si la valeur potentielle est réalisable (mais ce qui est douteux s’il n’y a plus de marché, plus de liquidité, donc plus de prix de marché réaliste pour les actifs à valoriser) et à condition que le prix de marché reflète la réalité. Autrement dit, la méthode de valorisation comptables des actifs (et des passifs) des banques est contestable, privilégiant une situation instantanée et la référence à des paramètres sous-jacents qui peuvent être erronés ou contestables, à une vision pérenne et stable, reflétant l’activité réelle de la banque.
2- L’illusion du prix de marché
A force de prôner les vertus de l’économie libérale, de l’autorégulation des acteurs, de la fameuse « main invisible » d’Adam Smith qui au travers du marché parfait apporte prospérité et croissance, on a oublié que les marchés étaient en fait imparfaits, la concurrence faussée, et que l’illusion dominait la réalité. Que les prix de marché pouvaient sérieusement s’écarter des « fondamentaux », des valeurs économiques de la vie réelle. Ainsi, pendant de nombreuses années, la bourse enregistrait des taux de rendements bien supérieurs au taux de croissance des économies, ce qui était anormal. On croyait à une augmentation de valeur alors qu’elle était illusoire, autrement dit c’était de la « fausse monnaie ». Le prix de marché ne représente pas le prix réel d’un bien, d’une entreprise, mais la valeur espérée compte tenu de la valeur future anticipée et de la tension entre l’offre et la demande du bien, de sa liquidité instantanée. Le prix de marché, attisé par la spéculation, un déséquilibre momentané entre l’offre et la demande, un alignement sur un prix « marginal » de l’offre ou de la demande excédentaire, fait que la valeur de bourse, de marché, peut dériver de la réalité.
3- Le contexte : un défaut de régulation et de surveillance
On réalise a posteriori le défaut de surveillance et de régulation, qui aurait permis de réagir plus tôt au phénomène. :- même si les banques sont soumises à un strict contrôle, les entreprises d’investissement, fonds d’investissement, Hedge funds, qui sont de gros investisseurs ne le sont pas.
- les agences de notations, garantes de l’évaluation des risques des acteurs financiers, ne sont pas non plus soumises au contrôle. Or elles se sont trompées, ont coté AAA (sans risques) des fonds basés sur les crédits dits « subprimes », sans prendre la mesure du risque sous-jacent, donnant ainsi blanc seing aux établissements qui désiraient acquérir ces fonds.
- certains avaient alerté sur la dérive du marché immobilier américain, spéculant sur un marché haussier, et les banques, incitées par le gouvernement à distribuer des prêts ont accepté de prêter à des gens ayant des capacités limites de remboursement, car elles bénéficiait d’une caution sur un bien dont la valeur augmentait … On pressentait le danger et d’aucuns avaient donné des alertes.
4- la cause première de la crise financière a été la bulle immobilière,
entretenue par les créances hypothécaires valorisées au prix de marché, permettant aux particuliers propriétaires d'emprunter de plus en plus, y compris en crédits à la consommation, au fur et à mesure que le prix de l'immobilier montait, servant de garantie à leurs emprunts. Quand ils n'ont plus fait face aux remboursements et que les banques ont voulu effectivement faire jouer l'hypothèque et revendre les biens, en masse, faisant baisser les prix, la bulle a éclaté. Ces crédits ne valaient plus la valeur que l’ont croyait car la probabilité de remboursement s’était dégradée et le prix de l’immobilier sur lequel ils étaient gagés, avait chuté.
Or, comme expliqué précédemment, ces crédits ont été « titrisés », transformés en titres vendus à des fonds, à des compagnies d’assurances, à des acteurs non seulement américains, mais aussi étrangers, européens, à des taux de rendements attractifs et très bien notés par des agences de notations. Ces actifs ont été enregistrés et valorisés à leur prix de marché. Lorsque le prix de marché s’est effondré et que les notations ont été revues à la baisse, le phénomène de contagion s’est enclenché.
5- L’impact sur les fonds propres, la liquidité et la solvalibité des banques.
Dès lors que les bilans et les résultats des banques s’en trouvèrent impactés, au travers des règles de valorisation comptables que nous avons expliquées, les banques, soumises aux contraintes de ratios de solvabilité, c'est-à-dire à la nécessité de mettre en face d’engagements plus risqués et de pertes potentielles croissantes, un niveau de fonds propres minimum, se sont vite retrouvées en manque de fonds propres, d’où la nécessité de lever des fonds chez leurs actionnaires ou en bourse, par augmentation de capital.
6- La crise de confiance
Les rumeurs attisées par l’annonce des pertes, des risques potentiels portés par les banques, ont entraîné une défiance générale entre banques. Alors qu’en temps normal les banques prêteuses et emprunteuses s’échangent des prêts interbancaires pour équilibrer leurs positions, les banques prêteuses n’osent plus prêter, si ce n’est à la banque centrale. La banque centrale, la Banque de France, et même la BCE, se sont mises à être le pivot central entre les banques prêteuses et emprunteuses.
L’incertitude sur les marchés augmente l’impression du risque par rapport au risque réel et accentue donc le problème de liquidité et la chute des cours. Comme on ne sait pas exactement dans quelle mesure les banques sont exposées aux subprimes au travers des fonds dans lesquels elles ont investi, et qu’on ne sait pas non plus quelle est vraiment la valeur de ces subprimes, le marché imagine le pire …, les cours reflètent cette angoisse, cette incertitude, amplifiant les mesures de risque et donc les fonds propres à allouer en face de ces risques. Ces produits ont intoxiqué le marché tels des métastases cancéreuses.
C’est pourquoi le plan Paulson propose de cantonner tous les actifs de bases subprimes dans une structure dédiée, dite de défaisance (comme le CDR du Crédit Lyonnais, garanti lui-même par l’Etat au travers du contrôle de l’EPFR) en garantissant leur valeur à la base, afin que le doute tombe et que leur valeur puisse être garantie en aval au sein des actifs portés par les acteurs détenteurs directs ou indirects de ces produits. Même si ce plan paraît injuste en faisant payer au contribuable les frais d’un système incendiaire dont certains avaient bénéficié sans se trouver ensuite appelé à payer, c’est vraisemblablement le moyen de contenir au mieux une catastrophe pour l’économie, donc pour tous les contribuables sollicités …
Bien sûr on pourrait penser à un impôt taxant les classes aisées et notamment celles qui avaient bénéficié des bonus des marchés financiers, des cours de bourse passés. De même il faudrait également penser à tous ces ménages entraînés dans le surendettement des subprimes par les banques, en trouvant des solutions pour reprendre leur dette par exemple. Ce serait mieux compris car plus juste.
7- de la crise financière à la crise économique
Le resserrement des fonds propres et des liquidités des banques oblige ces dernières à prioriser sélectivement l’affectation de leurs fonds propres désormais devenus rares et chers aux activités les plus rentables et les moins risquées. L’enveloppe allouée au financement des entreprises et des particuliers baisse, impliquant un resserrement du crédit.
C’est par cet effet contagion que la crise va se répercuter sur les entreprises et les ménages. Moins de crédit, et crédit plus cher !
CONCLUSION
La main invisible est devenue violente et a donné une grande gifle.
Le particulier et l’épargnant ne doivent pas paniquer ni s’affoler.
Il est vrai que nous sommes entrés dans une période de crise, voire de récession, qu’il faut s’attendre à une stagnation, voire une récession, une hausse du chômage, une baisse du pouvoir d’achat. Disons la vérité.
Les dépôts dans les banques françaises font déjà l’objet de garanties par la loi et sont protégés en cas de faillite des banques. Retirer massivement et brutalement ses dépôts ne ferait qu’accélérer les problèmes de liquidité et de solvabilité des banques.
Dans un contexte d’incertitude boursière, il faut privilégier le livret A, les dépôts à terme rémunérés, à taux de plus en plus attractifs et préservant l’épargne à court terme tout en assurant une liquidité.
Les plus audacieux profiteront de la crise et des cours qui ont chuté sur des établissements donc la valeur réelle, économique, est bien supérieure au cours du marché, pour acheter et envisager des profits futurs, ce qui en même temps contribuera à soutenir ces établissements.
Parler de l’éventualité de l’équivalent d’un plan Paulson à l’échelon européen n’a pas vraiment de sens. Les actifs dits « toxiques » d’origine ont été créés aux Etats-Unis et le plan Paulson s’applique directement à ces actifs à cantonner. Agir à la racine au travers de ce plan permettra de rétablir la confiance entre établissements bancaires en Europe de manière à enrayer la crise de liquidité et donc de solvabilité, évaluer moins de risque dans les bilans, donc requérir moins de fonds propres couvrant ces risques, donc redonner de l’oxygène à l’économie au travers des crédits aux entreprises et aux particuliers.
L’intérêt d’un plan européen pour faire face à la crise consiste plutôt à :
- fournir de la liquidité banque centrale à taux bas aux système bancaire pour résoudre le problème de liquidité,
- créer un fonds commun européen pour prendre des parts dans les banques et entreprises qui, en situation temporaire d’insolvabilité pour cause de liquidité, ont un besoin urgent de fonds propres,
- mettre en place un système d’aides aux entreprises, de cautions permettant aux banques de débloquer des prêts à l’économie à moindre risque, éventuellement garanti par ce fonds européen,
- mettre en place un régulateur européen.
Et si la crise permettait une refondation salutaire de l’Union Européenne ?








Merci pour ce travail pédagogique. Je n'adhère pas par contre à l'expression "trop compliquée pour le citoyen lambda". Trop compliqué si on se limite à la description des dispositifs financiers. Compréhensible si on situe cette crise dans l'évolution globale du capitalisme et si on rappelle la logique d'accumulation gouvernant celui-ci, et ses deux moteurs que sont le travail et la consommation. Les experts de tout poil sont souvent les plus pessimistes actuellement parce qu'ils sont incapables de regarder la crise de l'extérieur de leur domaine et avec plusieurs points de vue.
Un débat pourrait par exemple être mené. La double évolution actuelle, gains de productivité liés aux changements de procédés et d'organisation, technologie comprise, et endettement ne conduit-elle pas à "consommer le futur" dans une logique sans limite comme l'extension du mode de production capitaliste à l'ensemble de la planète conduit à "consommer 5 fois les ressources disponibles sur notre brave Terre" ? En économie ne sommes nous pas confrontés à la même question de la démesure (l'ubris) de l'homme que dans les sciences ? N'est pas le mal des temps modernes que le l'avoir libérée ?
J'ajouterais aussi par pur esprit polémique, le fait que l'actuel président francais a proposé lors de sa campagne présidentielle, de mettre en place en France le système des subprimes, qui n'existe pas actuellement... On peut donc légitimement douter des qualités techniques de ses conseillers... à moins que le père de cette idée n'ait été viré, sans parachute doré !!!
Bonjour
Sur les politiques et leurs conseillers, je pense que leur incompétence n’a d’égal que la morgue qu’ils manifestent à l’égard de leur bon peuple.
Par contre pour T. Ternisien, quand vous proposez un débat, c’est pas de la petite bière !! Essayons de démarrer ; si gains de productivité = développement de la science (depuis 2 siècles, c’est la science qui assure via la technologie ces gains de productivité même si, à mes yeux, de nos jours il peut y avoir d’autres facteurs)… donc, par exemple, s’endetter actuellement pour développer l’énergie solaire conduit à diminuer la consommation du futur.
Quant à l’ubris (moi j’ai un faible pour hybris, mais c’est pas l’objet du débat), sans elle (ou lui je ne sais), ce n’est pas parce que les grecs la (le) considérait comme la faute fondamentale qu’on va pouvoir s’en passer….pour vivre.
Chris
Merci pour cette synthèse d'excellent qualité, et à mon sens parfaitement accessible au citoyen lambda. J'y ajouterais deux éléments : premièrement quelques explications sur les effets de levier des opérations à terme qui ne sont pas ou trop peu couvertes et qui génèrent des flux disproportionnés en regard des liquidités réelles existantes. Je parlerais aussi volontiers de ces masses de liquidités réelles, en provenance des rentes en matières premières, des excédents commerciaux, et aussi des défiscalisations considérables des revenus des plus riches, légales et illégales, ces dernières années... Ce dernier point pouvant être combattu !
Excellent article, clair, précis, efficace ... Puissent certains journalistes économiques de MDPRT s'en inspirer !
Frédéric de Paris
Votre article éclaire dans le détail. Si vous dites vrai, on peut mieux cerner les nouveaux rouages du système financier dans "la mondialisation". D'ordinaire, le citoyen lambda à l'écoute des observateurs de la situation capte juste dans ses grandes lignes le chaos financier international, ce vaste bourbier que personne ne semble vouloir ou pouvoir réguler. Vous apportez un éclairage et une note rassurante. Mais de là à ce que le citoyen français soit tranquille à cent pour cent pour son épargne bancaire comme vous nous y incitez, de là à rester à peu près serein concernant son devenir..., certes on en a bougrement envie ! J'émettrai une réserve. Constatons l'augmentation du coût de la vie par rapport aux salaires ou aux économies qu'on garde en cas de coup dur, un vertige saisit... Pour l'heure, il faut diminuer ses dépenses, déployer des astuces pour minimiser l'impact de cet écart, mais jusqu'à quand, jusqu'à quel degré cela va-t-il être encore possible ?... Puisque, hormis la question environnementale (les énergies d'office insuffisantes dans le futur), le capitalisme débridé conduit aux pires sévices l'air de ne pas y toucher, enrobé dans du papier de soie pour que même sans démarche particulière, on se retrouve floué ! Mon inquiétude de citoyen lambda demeure...
En fait la crise est celle des pays occidentaux qui ont voulu maintenir leurs niveaux de vie, alors que leurs systèmes de production partaient à l'étranger privant de revenus à la fois les ménages, les Etats et les entreprises locales. Laroutarrou a montré comment le crédit masquait des économies en récession. L'ajustement se fait brusquement, remettant en cause les bases mêmes de l'Union européenne.
Effectivement ce peut être une chance pour obtenir l'Europe sociale, fiscale et financière par l'instauration de règles communes de régulation. Pour l'instant on en est très loin, il n'est qu'à voir Juncker plaidant pour les intérêts de son pays offshore, le Luxembourg, le commisaire irlandais refusant l'augmentation à 20% de couvertures pour risque, et le gouvernement irlandais garantissant les comptes irlandais dans les banques irlandaises et pas dans les banques anglaises ou autres. Ce qui amène un vent de panique tous les irlandais concernés retirant leur argent des banques étrangères implantées en Irlande. Les dominos n'en finissent pas de chuter touchant un par un le suivant. Les libéraux en Europe sont des idéologues. La catastrophe est certaine à moins de les exclure au motif qu'ils violent les règles européennes dans leurs actes et leurs discours. Il est temps que le conseil des gouvernements reprenne la main et redonne une direction politique (l'art d'organiser la cité) de réorganisation de l'UE. Faute d'accord sur la régulation, faute de transparence sur les comptes les banques françaises qui n'ont pas de structures financières fortes ne vont plus avoir de crédit auprès des autres banques étrangères, condamnées à éponger elles-mêmes leurs pertes elles seront contraintes de puiser dans leur capital, voir l'épargne déposée. Résultat, la récession frappera plus vite et plus directement les ménages et l'économie que dans les autres pays. C'est le paradoxe de la banque de détail.
Quelques observations
La bulle immobilière a été créée par a combinaison des techniques dites de rehaussement de crédit (dont les CDS et l'assurance monoligne) et de la titrisation. Des titres négociables ont été émis sur la base de crédits (le sous-jacent ) avec la création d'un marché du crédit où s'échangeaient des titres négociables. La valorisation dépendait de la notation et en fait ce sont les agences de notation qui ont fixé le prix du marché. Par définition les titres dits à haut rendement étaient des créances à risques. Le système était fondé sur la garantie par adossement d'actifs, et refinancements ou restructurations, et non sur les perspectives de remboursement des emprunteurs, qu'ils soient des particuliers ou des entreprises. La notation , faite en fonction des tranches de titrisation, était censée refléter les garanties de paiement. La négociabilité était censée assurer la liquidité de crédits que les banques ne voulaient pas conserver dans leur bilan, car trop risqués. La "dissémination des risques" était censée diminuer le risque.
Les banques ont financé l'acquisition des titres par les investisseurs avec des effets de levier colossaux. L'effet de levier est le ratio entre le capital investi et la dette. Toute augmentation marginale était ainsi amplifiée.
En financant , et de plus avec un tel effet de levier, les titres basés sur les crédits, les banques ont fait revenir les crédits risqués dans leur bilan, mais avec d'une part une amplification du risque et d'autre part une opacité résultant de la nature complexe des titres émis.
Les bilans ont ainsi été impactés par une politique qui consistait à éliminer des créances pourries en les faisant revenir lorsqu'elles avaient bien fermentées, dans des conditionnements qui ne révélaient pas l'aspect très hautement toxique et même explosif.
Ce développement du marché du crédit s'est fait avec en fait une transformation de celui-ci en marché du risque. Il s'agit du marché des produits dérivés. Les produits dérivés peuvent être comparés à des jeux où l'on mise sur un événement quelconque (défaillance d'une entreprise, défaut de paiement d'un titre, évolution du cours d'une action, d'un indice boursier, d'un taux d'intérêt , d'un taux de change, etc. ) . Ce marché n'a du marché que la qualité qui lui était prêtée de correspondre à des transactions résultant dans un paiement. Marché principalement de gré à gré, il ne correspond pas au regroupement organisé et à la confrontation transparente des offres et de la demande. Surtout les "produits" négociés sur ce marché peuvent être multipliés sans aucun coût de production, car ce sont des produits purement spéculatifs. Comme les bookmakers, les banques d'investissement pouvaient multiplier les paris indéfiniment. C'est ce qui s'est fait puisque le seul marché des CDS a atteint un volume (62.000 milliards de dollars) qui dépasse le total de tous les dépôts faits dans toutes les banques du monde, qui est supérieur au PIB de l'ensemble des pays du monde. En ce qui concerne l'ensemble des produits dérivés, le marché est dix fois plus important (658.000 milliards de dollars). Il est donc de DIX FOIS L'ECONOMIE REELLE si on la mesure par la somme des PIB .
Il faut comprendre que la valorisation des actifs toxiques repose intégralement sur l'existence d'un marché, fonctionnant comme tel et fournissant une valeur suivant le mécanisme qui est à la base de tout marché.
La liquidité du marché interbancaire a été ébranlée par suite de la réalisation que les banques ne maitrisaient pas l'étendue des risques qui grevaient leurs actifs.
Le principe fondamental du droit du crédit et de la confiance dans une entreprise est qu'elle dispose d'actifs liquides pour faire face à ses dettes. Lorsque les banques prétendent ne plus établir leur bilan en fonction de règles comptables parce que leurs actifs ne sont pas liquides, elles avouent être en situation d'insolvabilité et vouloir maquiller leurs bilans. Elles empêchent tout rétablissement du marché
Cette attitude ne peut que fondamentalement ruiner la confiance dans les banques, elle ne rétabilira pas la liquidité du marché interbancaire ni celle des actifs financiers
Merci pour cet article explicite .
En fait il y a un truc simple à comprendre .
Les gains de l' économie virtuelle ( à courte vue ) se fait au détriment de l' économie réelle ( qui demande une vision à plus long terme ) ce qui modifie considérablement l ' avenir et hypothèque sérieusement un mieux vivant pour tous.
Si l 'on continue dans cette voie les inégalités ne feront que s 'accentuer , et la pauvreté au lieu de diminuer ne fera qu' augmenter .
Une vrai vision capitaliste du monde et non libérale comme l ' on à l' habitude de dire pour bien brouiller les pistes.
La différence entre les deux étant que la première favorise un minorité au détriment des autres
et que la deuxième restreint le pouvoir de nuisance des premiers à l ' avantage des autres.
Merci pour cet excellent article.
Pour prolonger, voici un dessin animé didactique époustouflant !!!! C'est long, mais vous ne le regretterez pas, cela fait des années que j'essaye de comprendre quelque chose à la finance, et voilà que j'ai tout compris en visionnant ce film.
A diffuser généreusement. On devrait montrer ça dans les écoles.
Pour comprendre la crise :
http://www.vimeo.com/1711304
On n'arrête pas de parler de la crise, d'écarquiller les yeux ou de se les frotter de dépit et de fatigue. Aveuglement, obnubilation, hypnose. Et pendant notre endormissement qui durera des mois, pendant que nous babillons encore en baillant, eh, bien -réveillons-nous!- les mêmes banksters feront passer toutes les lois qu'ils veulent pour recommencer de plus belle la prochaine fois.
Avec le vote du bailout américain, sont attribués au Secrétaire du Trésor, Paulson lui-même, des pouvoirs financiers exorbitants, plus forts que ceux du Président, alors que ce même Paulson était l'un des premiers banksters du système voué par sa propre main à une déroute qui enrichit les plus riches et détrousse tout le monde. C'est le plus grand hold-up de l'histoire, réalisé par la mafia qui a pris le pouvoir aux Etats-Unis. Que ne fera-t-il pas, ce puissant trésorier, pour continuer à aider les plus puissants dans leur domination du monde, avec l'argent volé aux contribuables?
Pour nous défendre, il n'est qu'une solution : imposer un nouveau système financier mondial, juste et efficace. Le présent système a été historiquement imposé par les banquiers qui ont profité de leur position clef sur le circuit de la monnaie pour s'enrichir sur le dos des autres, alors qu'ils ne jouent qu'un rôle ordinaire et technique. Enfin, la dette s'accumule et ne peut échapper à une croissance exponentielle, jusqu'à l'explosion. Un nouveau système doit donc voir le jour pour que règne un capitalisme véritablement productif. C'est la tendance historique et cette métamorphose est inéluctable. Mieux vaut tôt que tard, car sinon nous allons devoir endurer. Qu'on soit de gauche ou de droite, à moins d'être banquier, c'est notre intérêt à tous.
A VISIONNER ABSOLUMENT ET DISTRIBUER MASSIVEMENT
la vidéo proposée ci-dessus par anne v. :
L'Argent Dette de Paul Grignon :
http://www.vimeo.com/1711304
ou en anglais : Money as Debt :
http://video.google.com/videoplay?docid=-9050474362583451279
Regardez-le, prenez le temps de l'étudier et revenez dire ici ce que vous en pensez. Merci.