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Israël: l'autre conflit
Ce qu'il y a de bien avec les questions sécuritaires, c'est que ça occupe pleinement les esprits. Qui aurait le mauvais goût de parler de lutte des classes alors que tout le monde sait que les problèmes en terre sainte sont beaucoup beaucoup plus graves... On est en guerre, ici. Pas de temps à perdre à discuter les régimes sociaux ou les droits des travailleurs. La cohésion nationale en Israël est une histoire de survie, comme on nous le rappelle souvent.
Et puis les mythes ont la dent dure... Le pays a été fondé sur des bases socialistes avec les Kibboutz comme modèles. Tous humbles, tous égaux. Les premiers ministres vivaient chichement et l'argent des riches oncles d'Amérique étaient d'abord et avant tout utilisé pour le but commun: la fondation du pays.
Aujourd'hui, comme on sait, le premier ministre est accusé de corruption et l'oncle Talansky finançait à son insu non pas le pays mais les voyages à l'étranger de ce dernier des derniers... Mais parce qu'il le faut bien, parce que c'est un acte patriotique en soi, on continue de tempérer...
Critiquer le gouvernement, tout le monde s'y laisse aller un peu. Un peu, beaucoup. Mais pas trop. Tfu, tfu, tfu (contre le mauvais oeil)... on est en guerre et il faut bien se serrer les coudes. D'ailleurs, est-ce qu'ailleurs c'est vraiment mieux? Et en France, hein... Ton Chirac, il a pas volé le pays, hein...? Et puis Bush on peut pas dire qu'il soit blanc comme neige... Rahel, ma professeur à l'ulpan, était un exemple incroyable de cette oscillation permanente. Elle vitupérait contre les hommes politiques ripoux mais compensait immédiatement par un: mais ici, quand il y a la guerre, c'est tous ensemble, vous ne verrez plus une tête qui dépasse on sait tous ce qu'on doit faire.
Alors, oui, cela vaut le coup de faire planer le risque d'une attaque imminente, d'une guerre au coin de la rue, d'un danger qui nous guette. Qui va être assez mesquin pour rappeler à un gouvernement d'urgence permanente que les droits sociaux en terre sainte s'affaiblissent constamment? Que les écarts de richesse en Israël sont parmi les trois plus importants dans le monde occidental?
Personne ne veut être le coupable désigné de la prochaine défaite contre l'ennemi commun, personne ne veut être celui par lequel la faille sera mise à nu.
De même, il y a une scission très nette entre les militants de gauche: il y a ceux qui luttent contre l'occupation, et ceux qui luttent pour les droits des travailleurs... Les premiers étant nettement plus nombreux que les seconds. L'un et l'autre trouvent très important le travail du groupe d'en face... mais chacun se concentre sur ses priorités.
Vendredi, c'était jour de manifestation dans la ville de Biliin. Il y a des protestations contre la construction du mur chaque semaine là-bas, le lieu est devenu un symbole de la lutte contre le mur, et l'occupation. Nadav y était. Bien sûr, j'était inquiète: le décompte des blessés de Billin est un des rituels du weekend. L'armée est présente en force et répond avec beaucoup de violence aux manifestants dont la protestation est avant tout symbolique et toujours pacifiste.
Nadav rentre totalement abattu. Il raconte: une centaine de manifestants, Israéliens, Palestiniens et quelques autres, les internationaux, venus d'un peu partout. Les Palestiniens s'approchent du mur, le secouent: un geste avant tout symbolique. Ils scandent quelques slogans. Les soldats en face lancent une sommation par mégaphone. Et tirent. Des balles enrobées de caoutchouc, des balles qui blessent et qui peuvent même tuer. Un homme (un Palestinien) est touché à la tête, il est évacué en voiture. Les manifestants se dispersent, quelques groupes se forment, continuent de scander quelques refrains. Les soldats envoie des gaz lacrymogènes au petit bonheur la chance, les manifestants s'enfuient. Ils reviennent un peu plus près, se font repoussser, reviennent encore, se font repousser... Et puis c'est fini. Jusqu'à la semaine suivante.
Nadav raconte le désespoir des gens vu là-bas. Deux femmes voilées, des hommes et des petits enfants tristes à pleurer. Un gamin au visage déformé qui bat les autres enfants, qui le surnomme "le fou". Deux manifestants palestiniens qui portent des vieux masques à gaz israéliens pour se protéger des lacrymos. Et la violence des soldats, qui sont évidemment prêts à blesser ceux d'en face. A les blesser grièvement puisqu'ils leur tirent dessus en visant le haut du corps. Des soldats combatifs de l'armée israélienne, des jeunes hommes de 18ans, 19ans, 20ans. L'élite du pays, le sel de la terre comme le dit l'expression... Leur officier devait avoir deux ans de plus.
Nadav insiste: ces soldats ne défendent rien. Il n'y a rien à craindre des manifestants, rien à craindre de la manifestation. Rien sauf un certain dérangement dans le bon déroulement des travaux de construction du mur, desquels dépendent la construction d'un quartier de luxe prévu à cet emplacement.
En fait, ces soldats défendent non pas la mère patrie mais les intérêts économiques de toutes sortes de société de constructions.
Il faudrait dire cela aux familles qui se rengorgent de pouvoir annoncer: "mon fils est parachutiste" ou "mon fils est commando"... Il faudrait leur dire ça... que les unités d'élites dans lesquels leurs enfants servent sont en fait des sociétés de sécurité qui réglementent les chantiers des riches entrepreneurs israéliens ou étrangers (il y a une plainte déposée par les habitants de Biliin contre une société de construction canadienne)...
C'est Nadav qui le dit, constat triste: en lieu et place de l'idéal sioniste ce qui reste c'est un grand business immobilier.
ci-joint un extrait du film "Billin mon amour", de Shai Carmeli-Pollak








Merci Naruna de ce billet qui dit si bien l'envers d'un pays en guerre.
Vous terminez ce billet en faisant allusion à l'idéal sioniste.
Quand j'avais 16 ans, l’idéal sioniste fut pour moi l’occasion de découvrir le marxisme et ce nom : kibboutz – l’histoire est ainsi faite d’entrelacs entre individus, amitiés, et mouvements de pensée.
S’il est courant d’attribuer au sionisme des racines socialistes, ce l’est moins d’y voir aussi une réponse aux pogroms meurtriers de l’Est de cette Europe qui connaît mal ses frontières et son histoire, y compris à l’heure actuelle. Et c’est encore moins fréquent de découvrir ce que le sionisme, même comme idéal, doit au colonialisme qui faisait peu question en Europe à l’aube du XXe siècle. Faut-il ajouter que la communauté internationale semble avoir oublié ce qu’elle doit à ce pays qu’elle a participé à fonder, soit à ceux qui y vivent et à leurs voisins qui ne savent où se caser ?
Voilà, j’avais juste envie de vous dire que nous sommes, ensemble, le résultat de cette histoire déchirée du XXe siècle et que nous vivons ensemble en ce début du XXIe siècle – et aussi que je vous lis régulièrement.
Oui, ce qui reste en lieu et place de l'idéal sioniste, c'est un grand business immobilier, s’il n’y avait la violence et ceux qui en meurent depuis jadis et maintenant...
Chère Naruna,
Je ne trouve pas l'extrait du film que vous annoncez. Problème technique?
Encore une fois, ce billet, tout comme votre article de ce jour sur le cinéaste Avi Mograbi, vous honore grandement: vous réussissez avec tact, sensibilité et subtilité à tenir fermement sur une ligne de crête qui sauve principes et valeurs, dans la situation géopolitique la plus inextricable qui soit. Merci !
Edwy, l'extrait du film n'est-il pas inscrit dans la vidéo en tête du billet ?
Les mots que vous adressez à Naruna, que je lis toujours aussi, sont si justes.
Chère Peneloppe,
Evidemment, et mes excuses donc à Naruna. Bonne illustration du rapport texte et image, et des logiques d'édition: on lit d'abord, en sautant (et en oubliant) la vidéo, puis on la cherche là où elle est annoncée, sans remonter d'un écran. Bref, j'aurais précisé: "(voir la vidéo ci-dessus)", pour le confort de lecture.
Avant tout, je crois comprendre, M. Plenel, qu'il y a une violence "dissymétrique" avant d'être "inextricable". Question de justesse des proportions, non? Bien à vous.
Bonjour Gwénaël,
Je crois (j'en suis même certaine ;-) que Edwy Plenel parle de "situation géopolitique inextricable", situation engendrant des violences, mais je ne parviens pas à opposer l'une à l'autre. Pourquoi la "dissymétrie" en ce domaine devrait-elle justifier celle que l'on considérerait (sur quels critères?) comme étant la plus faible des deux ? La violence est toujours LE mauvais choix. Il m'arrive parfois d'imaginer, et vous savez que je rêve beaucoup, ce que serait cette terre si au moins l'un des deux peuples avait, dès le départ, fait le choix de Gandhi... La violence est justifiée dans les livres dits "saints". Prenons donc le problème à la racine. Oserai-je dire : à la racine du Mal.
Dans la même veine, l'expression, "les problèmes en terre sainte", qui est utilisée dans cet article et par bien d'autres commentateurs provoque toujours chez moi un haut le coeur qui s'en suit inévitablement par un lâcher de mots plus ou moins grossiers que je me refuse à reproduire ici. Mais qu'on m'explique, qu'on nous explique, ce qu'est la "sainteté" lorsqu'elle émane de livres qui justifient, qui demandent, qui appellent la violence ?
pdn
Bonjour,
Peut être veulent ils dire "terres ceintes"?
(moi cela me fait pareil!)
ps: pas sur que la non violence fonctionnerait dans cette situation, les palestiniens perdraient tout avec le sourire extatique....
Il n'est pas "d'arme" plus puissante que celle de la non-violence, mais il n'en n'est pas de plus difficile à utiliser.
pdn
Bonjour,
certains disent la prière...
mais c'est difficilement généralisable.
Bonjour Bonne-Voglie,
La prière fait référence à un dieu qui se commet avec le monde, à qui il est demandé d'intervenir dans le monde. Or Dieu est absent (phrase que je répète à l'envi et qu'on n'a de cesse de me reprocher). Le dieu "prié d'intervenir" ne peut donc être qu'un dieu mondain et je vous laisse lui donner le nom que vous voulez...
pdn
doux blond
L'extrait vidéo est-il revenu?
sinon, je met ici le lien pour sa page sur youtube...
http://www.youtube.com/watch?v=WynTOY04Ac8
Merci de vos commentaires et de vos lectures;
Naruna
Et hommage à Abie Nathan, qui vient de mourir...
L'autre jour, sur cet excellent blog, vous avez très justement parlé de la violence des colons, qui s'exprime de la manière la plus condensée à Hébron.
Il existe une violence légèrement distincte quoique parente, c'est la violence coloniale; elle n'est pas exercée par les colons eux-mêmes, fût-ce sous l'oeil des soldats (postés là pour protéger les colons des colonisés), mais par l''instance occupante - par l'intermédiaire notamment de son armée, mais pas seulement - et ne peut se comprendre qu'à partir de l'analyse de ce qu'est la situation coloniale.
Un exemple particulièrement choquant, et tout récent, près de Jénine : le 29 août, Nizar Sawarkah, 19 ans, qui se rend sur les terres familiales pour sa journée de travail aux champs, est tué en marchant sur une mine laissée par l'armée israélienne sur un site militaire abandonné à Arrabah. La nuit suivante, plusieurs véhicules militaires israéliens s'arrêtent devant la maison les Sawarkah, la famille de Nizar. Les soldats saccagent la maison du mort. La maison est fouillée, la famille forcée de sortir dans la rue pendant le temps de la fouille, avant d'être interrogée pendant trois heures dans la maison. Apparemment il n'y a pas eu d'arrestation.
source: http://www.maannews.net/en/index.php?opr=ShowDetails&ID=31612
Pour revenir à Hébron, la brutalité des colons mais aussi la violence coloniale, c'est à dire les dispositions qui, sous prétexte de protéger les colons, oeuvrent à anéantir toute possibilité de vie pour les Palestiniens sur place, s'est surtout développée après le massacre dit de la mosquée d'Abraham, en février 1994. Ce jour-là, le docteur Baruch Goldstein, qui vivait dans la colonie proche de Kiryat Arba tua 29 musulmans en prières. Ces faits sont connus. Que croyez-vous qu'il se passa ? Un couvre-feu interminable fut imposé aux Palestiniens de Hébron, dont la situation n'a fait que se dégrader depuis (couvres-feux à répétition, barrages, fermeture des boutiques, interdiction de l'accès de certaines rues aux habitants palestiniens, libre-cours au harcèlement des colons, expropriations sauvages). Pourquoi punit-on des gens qui viennent de subir un massacre (dans le cas de Hébron) ou d'être frappés par la mort atroce d'un des leurs (dans le cas de la famille Sawarkah, près de Jénine)? Parce qu'on redoute que leur peine se transforme en ressentiment et qu'on anticipe une volonté de vengeance. Autrement dit, parce qu'on a conscience de leur avoir causé du tort. Ca n'a l'air de rien, dit comme ça, mais c'est quand même le ressort de toutes les violences coloniales: la peur des représailles (c'est Fanon qui le dit!) Les discours qui habillent tout ça (la "sécurité", le fait qu"'il n'y a pas d'interlocuteur pour la paix") c'est de la poudre aux yeux, et ni les colons ni les colonisés n'y croient. Seuls y croient les "observateurs" qui se tordent les bras en déplorant que ces gens-là ne parviennent pas à s'entendre; et les États pour qui le mot de "sanctions" est un mot obscène...
amicalement,
L'autre jour, sur cet excellent blog, vous avez très justement parlé de la violence des colons, qui s'exprime de la manière la plus condensée à Hébron.
Il existe une violence légèrement distincte quoique parente, c'est la violence coloniale; elle n'est pas exercée par les colons eux-mêmes, fût-ce sous l'oeil des soldats (postés là pour protéger les colons des colonisés), mais par l''instance occupante - par l'intermédiaire notamment de son armée, mais pas seulement - et ne peut se comprendre qu'à partir de l'analyse de ce qu'est la situation coloniale.
Un exemple particulièrement choquant, et tout récent, près de Jénine : le 29 août, Nizar Sawarkah, 19 ans, qui se rend sur les terres familiales pour sa journée de travail aux champs, est tué en marchant sur une mine laissée par l'armée israélienne sur un site militaire abandonné à Arrabah. La nuit suivante, plusieurs véhicules militaires israéliens s'arrêtent devant la maison les Sawarkah, la famille de Nizar. Les soldats saccagent la maison du mort. La maison est fouillée, la famille forcée de sortir dans la rue pendant le temps de la fouille, avant d'être interrogée pendant trois heures dans la maison. Apparemment il n'y a pas eu d'arrestation.
source: http://www.maannews.net/en/index.php?opr=ShowDetails&ID=31612
Pour revenir à Hébron, la brutalité des colons mais aussi la violence coloniale, c'est à dire les dispositions qui, sous prétexte de protéger les colons, oeuvrent à anéantir toute possibilité de vie pour les Palestiniens sur place, s'est surtout développée après le massacre dit de la mosquée d'Abraham, en février 1994. Ce jour-là, le docteur Baruch Goldstein, qui vivait dans la colonie proche de Kiryat Arba tua 29 musulmans en prières. Ces faits sont connus. Que croyez-vous qu'il se passa ? Un couvre-feu interminable fut imposé aux Palestiniens de Hébron, dont la situation n'a fait que se dégrader depuis (couvres-feux à répétition, barrages, fermeture des boutiques, interdiction de l'accès de certaines rues aux habitants palestiniens, libre-cours au harcèlement des colons, expropriations sauvages). Pourquoi punit-on des gens qui viennent de subir un massacre (dans le cas de Hébron) ou d'être frappés par la mort atroce d'un des leurs (dans le cas de la famille Sawarkah, près de Jénine)? Parce qu'on redoute que leur peine se transforme en ressentiment et qu'on anticipe une volonté de vengeance. Autrement dit, parce qu'on a conscience de leur avoir causé du tort. Ca n'a l'air de rien, dit comme ça, mais c'est quand même le ressort de toutes les violences coloniales: la peur des représailles (c'est Fanon qui le dit!) Les discours qui habillent tout ça (la "sécurité", le fait qu"'il n'y a pas d'interlocuteur pour la paix") c'est de la poudre aux yeux, et ni les colons ni les colonisés n'y croient. Seuls y croient les "observateurs" qui se tordent les bras en déplorant que ces gens-là ne parviennent pas à s'entendre; et les États pour qui le mot de "sanctions" est un mot obscène...
amicalement,
Il est émouvant de lire le détail des actions de ses militants contr le mur, la colonisation, les excès sécuritaires israéliens et pour la paix etc... Il est surtout étonnant, après des années de déception et de combats perdus pour cette même cause, de voir que l'engagement sincère se poursuit, que la capacité de s'indigner reste entière... et que le cynisme du désepoir n'a pas atteint tout le monde. Bon courage les amis !!
Depuis l'assassinat de Rabin qui symbolise tant ce propos de Sun Tzu, "Posséder les arts de la paix, mais non ceux de la guerre, c'est un manque de courage. Posséder les arts de la guerre, mais non ceux de la paix, c'est un manque de sagesse", Il ne reste que la barbarie partagée par tous les intégrismes.
Beaucoup le disent, Israël a un problème d'élites politiques.
Le Potomac n'est pas le Jourdain et inversement..
Et les Palestiniens ne sont pas des indiens, Sioux soient-ils.
C'est où la dernière sortie : Paix.
Saisissant billet, merci à l'auteur pour son courage et son honnêteté.
Une question bête à Naruna Kaplan de Macedo : si les idéaux du sionisme (à supposer que le sionisme était un idéal et pas seulement un mouvement politique contemporain du colonialisme auquel il a emprunté de nombreux traits) sont bafoués de façon quotidienne comme vous le décrivez, pourquoi les Israéliens qui ne sont pas nés en Israël restent-ils dans ce pays ? (Pour ceux qui sont nés en Israël, la question se pose certes en d'autres termes.) Et pourquoi les Israéliens lucides ou résignés qui ont fui leur pays d'adoption (le solde migratoire est paraît-il de plus en plus défavorable, en particulier parmi l'intelligentsia) ou de naissance continuent-ils, à l'étranger (en France en particulier, relayés avec efficacité par le rouleau compresseur des idéologues français de l'ultra-sionisme) à défendre, fut-ce par leur silence, l'indéfendable ?
Une autre question bête : au-delà du sionisme, cette trahison n'est-elle pas celle du judaïsme même ? En d'autres termes, Israël n'a-t-il pas liquidé le judaïsme ? (Conformément au programme sioniste d'ailleurs, sinon dans sa lettre tout au moins dans son esprit.)
Une troisième question bête : pourquoi les juifs du monde entier (dont je fais partie, plus ou moins) devraient-ils endosser cette trahison-liquidation et supporter, par surcroît, les conséquences du discrédit croissant dont souffre le judaïsme du fait du comportement hors-la-loi d'Israël, État autoproclamé "juif" ? Discrédit qui se transforme lentement mais sûrement en un néo-antisémitisme dont la diffusion à l'intérieur de la masse des prolétaires (ou sous-prolétaires) relégués par la République française dans les ghettos des banlieues est avérée ?
Bien à vous.
PS : est-il vrai qu'Israël est l'une des plaques tournantes de la prostitution et de la traite des blanches, comme l'a illustré un film récent d'Amos Gitaï ? Est-il vrai qu'une partie de la main-d'œuvre est fournie par des immigrés non juifs, non citoyens, qui s'ajoutent aux Palestiniens et Arabes israéliens, non ou demi-citoyens, rescapés du blocus et des restrictions de circulation ? Quel est le taux de chômage réel en Israël ? Le niveau de pauvreté ? Etc. Ne serait-il pas temps, pour les observateurs de toutes confessions, qu'ils soient juifs ou non, ou sans confession, d'essayer de rendre compte – comme vous le faites avec tant de talent – de la réalité "réelle" d'Israël ?