«Le complot» ou les mésaventures tragi-comiques de «la critique»

Les théories du complot constituent peut-être un des schémas les plus transversaux aux idéologies modernes depuis le XIXe siècle, de la droite à la gauche, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, jusqu’aux palinodies « centristes » de François Bayrou contre les instituts de sondage à la veille des récentes élections européennes. On apprendra dans ce texte comment Edwy Plenel a été victime du conspirationnisme ou comment l’essayiste Fiammetta Venner prétend dérisoirement lutter contre le complotisme de Thierry Meyssan en recourant à des schémas complotistes…

 

 

Introduction : entrées cinématographiques dans les théories du complot (Mediapart, juin 2009)

 

 

« Le complot » : idéologie (la plus) dominante ? Le cinéma (et le cinéma hollywoodien tout particulièrement), grand promoteur contemporain de la trame narrative conspirationniste serait ici intéressant à analyser. Un exemple apparaît particulièrement heuristique : les deux versions du film américain The Manchurian Candidate (Un crime dans la tête). La première version illustre le versant droite, « le complot communiste ». Il s’agit du film de John Frankenheimer de 1961, avec Frank Sinatra. Bennett Marco (Sinatra) participe à une patrouille américaine en 1952 lors de la guerre de Corée, qui va être enlevée par des russes et emmenée en Manchourie pour y subir un lavage de cerveau de la part des russes et des chinois, les mettant alors sous contrôle communiste à leur retour aux États-Unis. La deuxième version illustre le versant gauche, le complot de l’alliance du pouvoir conservateur et d’une multinationale (narrativement proche de Chomsky dans le registre des analyses savantes). Il s’agit du film, toujours américain, de Jonathan Demme de 2004. Le « même » Bennett Marco est enlevé avec sa patrouille lors de la guerre du Koweït de 1991 (la première guerre du Golfe) par une multinationale américaine (Manchurian Global) qui cherche à augmenter son contrôle sur la politique américaine avec l’aide d’une politicienne conservatrice particulièrement cynique (Meryl Streep). Le héros, Marco, est devenu noir (Denzel Washington), dans un contexte politico-historique différent : à un moment de la guerre en Irak où le quasi-consensus dans la population et les médias autour de la politique néo-conservatrice de Georges W. Bush n’existe plus et que les critiques montent. Ce n’est plus un film pris encore sous les effets de la Guerre froide, comme celui de Frankenheimer. Et puis on n’a plus affaire à la technique artisanale du lavage de cerveau utilisé par les méchants communistes, comme dans le film de 1961, mais à un saut technologique dans la manipulation promue par les méchantes multinationales : l’implantation de puces électroniques. Intéressantes, non, ces deux versions d’un « même » scénario à deux moments politico-historiques distincts, mais qui flattent chacune à partir d’une trame narrative analogue nos passions conspirationnistes ? Et puis les deux films constituent des superproductions hollywoodiennes, ce qui introduit une incohérence dans « le modèle de propagande » de Noam Chomsky (voir mon texte <http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/120609/chomsky-et-le-complot-mediatique-des-simplifications-actuelles-de->).

 

Parfois, le cinéma introduit toutefois des éléments critiques par rapport aux schémas conspirationnistes. C’est le cas du bien nommé Conspiracy Theory (Complots) de Richard Donner de 1997, avec Mel Gibson et Julia Roberts. Cela commence par une vision critique des délires paranoïaques d’un chauffeur de taxi hyper-complotiste (Gibson). Mais tous les fils narratifs vont toutefois finir par converger vers un « vrai » complot, que masquait la paranoïa de Gibson. On a là quelque chose comme une ruse du conspirationnisme : une critique superficielle des théories du complot vient, au bout du compte, légitimer l’usage de schémas complotistes. On rencontre une analogie avec l’anti-conspirationnisme conspirationniste de l’essayiste Fiammetta Venner, critiqué dans le texte qui suit.

 

Mais, ne soyons pas complètement pessimiste : il y a aussi des sorties narratives du « complot » proposées par le cinéma contemporain. Le film américain Collision de Paul Haggis de 2004 (oscarisé) en constitue un exemple paradigmatique. L’histoire nous propose des croisements aléatoires d’itinéraires diversifiés dans la ville de Los Angeles. S’il y a bien des structures sociales qui pèsent (inégalités sociales et raciales ou logiques du pouvoir politique), personne ne maîtrise complètement le jeu, dans une dynamique inintentionnelle de l’histoire, donnant une place aux conséquences non intentionnelles de l’action. Par ailleurs, les personnages ne sont pas d’un seul tenant, mais se révèlent composites et même contradictoires en fonction des circonstances, avec des analogies vis-à-vis des individus pluriels mis en avant par les sociologies les plus récentes (voir mon livre Les nouvelles sociologies – Entre le collectif et l’individuel, Paris, Armand Colin, collection « 128 », 2007, 2e édition refondue). Paul Haggis a apporté une autre contribution à une critique cinématographique en acte des théories du complot avec son In the Valley of Elah (Dans la vallée d’Elah) de 2007, avec Tommy Lee Jones et Charlize Theron. C’est une critique directe de la guerre en Irak (un ancien de la police militaire américaine part à la recherche de son fils, mystérieusement disparu à son retour d’Irak), qui nous oriente dans un premier temps vers des pistes conspirationnistes (des manipulations obscures de l’armée) pour nous orienter vers un dénouement plus simple : les dégâts psychologiques de la guerre sur de jeunes hommes qui croyaient au départ « défendre la Civilisation contre la Barbarie ».

 

Ce qui est visé ici, ce sont bien des théories du complot, qui se focalisent sur les manipulations cachées pour expliquer le cours du monde. Cela ne remet pas en cause l’existence (bien réelle) de « complots », de manipulations cachées, de « coups tordus », etc. dans l’histoire humaine, mais l’hypothèse selon laquelle ils donneraient le la à cette histoire.

 

Le texte qui suit est le troisième et dernier article publié initialement par le site libertaire toulousain Calle Luna, aujourd’hui disparu, que je remets à disposition sur Mediapart. En dehors d'éléments formels, je n’ai pas modifié le contenu du texte originel datant d’avril 2005.

 

Sur la critique des conspirationnismes, on peut se reporter au site Conspiracy Watch (Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot) : <http://www.conspiracywatch.info/>.

 

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«Le complot» ou les mésaventures tragi-comiques de «la critique»

 

Philippe Corcuff

(texte mis en ligne initialement sur Calle Luna en avril 2005)

 

 

«C’était trop évident. C’était l’austère simplicité de la fiction plutôt que la trame embrouillée de la réalité.»

Raymond Chandler, Le grand sommeil (The Big Sleep), 1939.

 

 

Une nouvelle «idéologie dominante» se profile, elle a des racines anciennes, mais ses stéréotypes semblent aujourd’hui embarquer même les esprits les plus critiques : le cœur de notre monde serait constitué et continuellement fabriqué par des réseaux de personnes qui se concertent dans l’ombre.

 

Des «complots» partout !

 

Les «complots» se portent de mieux en mieux, et dans la plupart des secteurs de l’espace politique. «Le complot» constitue un schéma transversal d’explication des événements : à l’extrême-droite, à droite, à gauche, à l’extrême-gauche et «ailleurs» (chez les «ni droite ni gauche» ou les «apolitiques»). Des très réactionnaires romans de gare d’espionnage type SAS (où la vieille «menace soviétique» a été remplacée par «la menace islamique») aux polars néo-gauchistes (où, par exemple, un PDG en cheville avec l’extrême-droite organise des filières pédophiles avec la pègre), nos lectures en sont emplies. Nos divertissements télévisés ne sont pas épargnés : jadis on avait le poujadiste Bébête Show de Stéphane Collaro sur TF1, aujourd’hui on a l’altermondialiste Guignols de l’Info de Bruno Gaccio sur Canal Plus. Les derniers «complots» à la mode font monter les taux d’audience de Thierry Ardisson sur France 2 le samedi soir. Et tous les mercredis, nous attendons notre shoot conspirationniste hebdomadaire en achetant Le Canard enchaîné. Il y a des «complots» pour tous les goûts et pour toutes les perversions : «le complot des Barbares contre la Civilisation» (le plus ancien), «le complot juif» (du faux antisémite, les Protocoles des Sages de Sion, à Bruno Gollnisch et à Al-Qaida : un de ceux qui dure le plus au box-office), «le complot communiste» (pour les nostalgiques d’avant la chute du mur de Berlin), «le complot américain» (Noam Chomsky), «le complot américano-sioniste» (Ben Laden), «le complot néolibéral» (Serge Halimi), «le complot médiatique» (d’Acrimed en PLPL : il plaît beaucoup dans les milieux militants critiques, car quand les mobilisations sont en deçà des espérances, on a un bouc émissaire sous la main), «le complot islamique» (de Georges Bush à Charlie Hebdo : il fait un tabac aujourd’hui dans les pays occidentaux), …et puis surtout LE complot contre moi (je sens bien d’obscures accointances hostiles à mon égard entre le voisin d’à côté, le boulanger et le maire socialiste de la ville).

 

Les fils emmêlés du «complot»

 

La trame du «complot» est tissée avec plusieurs fils. Le fil de l’intentionnalité toute-puissante (simplement intéressée ou, le plus souvent, malfaisante) fait de la réalité historique le simple résultat du déploiement de la volonté de quelques habiles. Cette intentionnalité diabolique se maintient chez les supposés «comploteurs» à travers de longues années. Elle serait même présente «dès l’origine» : les «démasqueurs» de «conspirations» se font fort de nous montrer que «tout petit déjà, il avait des prédispositions pour…il se préparait à…». Bref, «le ver est dans le fruit» ! D’où la logique policière qui anime la quête de «complots». Le philosophe Maurice Merleau-Ponty parlait ainsi de «la thèse du complot, qui est toujours celle des accusateurs parce qu’ils partagent avec les préfets de police l’idée naïve d’une histoire faite de machinations individuelles»(1). Dans un des livres conspirationnistes qui a le mieux marché ces dernières années, Pierre Péan et Philippe Cohen débusquent ainsi très tôt «le complot» sur Le Monde dont Edwy Plenel aurait été un des principaux instigateurs : la rencontre en 1974 (Plenel n’entrant au Monde qu’en 1980), au sein de la Ligue Communiste Révolutionnaire, avec sa future femme «devenue, dès le début de leur liaison, porteuse de ses ambitions, un véritable coach qui l’aidera bientôt à gravir une à une les marches du podium»(2).

 

Le «complot» est alors fréquemment associé à une posture essentialiste, c’est-à-dire à une tendance à réduire l’itinéraire du supposé comploteur à une «essence» malfaisante, homogène et intemporelle, sans guère de contradictions (Edwy Plenel en constitue le cas typique dans le livre de Péan et Cohen). Et, quand des «contradictions» sont quand même pointées, elles sont interprétées comme des «apparences» visant à masquer «la véritable essence» du personnage. Dans la littérature conspirationniste, cet essentialisme est fréquemment élargi aux groupes dont tel ou tel comploteur serait l’incarnation ; d’où l’«essence» diabolique des «Sarrasins» (devenus aujourd’hui les «Musulmans»), des «Juifs», des «Francs-maçons», des «Américains», des «Communistes», des «Journalistes», etc. dans les différentes variantes complotistes. Cet essentialisme pousse fréquemment au manichéisme (noir/blanc). Le sens des nuances est oublié. Les ambiguïtés, les ambivalences, les obscurités des personnes et des groupes sont rabattues sur un seul côté : ce sont des «preuves» supplémentaires du «complot».

 

Enfin, on ne peut imaginer un «complot» sans l’attraction sulfureuse du caché. «On nous cache tout, on nous dit rien», chantait Jacques Dutronc. «La vérité est ailleurs», proclame la série télévisée américaine X-Files. Les médias et internet mettent aujourd’hui à la portée du plus grand nombre les rumeurs conspirationnistes : le «complot» s’est démocratisé. Presque tout le monde peut avoir un moment l’illusion d’avoir accès aux «dessous cachés» de telle ou telle «affaire», de comprendre «les coulisses officieuses qui gouvernent le monde». Je me sens unique, car je tiendrais dans la main «le secret des choses», contrairement à tous ces «abrutis bernés par la propagande officielle» (et pourtant nous pouvons être des millions à avoir un sentiment analogue). Les succès actuels de la quête de «la vérité cachée» ont sans doute à voir avec les caractéristiques de l’individualisme démocratique propre à nos sociétés contemporaines. Si les séductions du caché ont pris des formes diverses à travers les siècles, les aspirations individualistes à la différenciation personnelle semblent leur donner de nouvelles couleurs. Le «Et moi, et moi, et moi» (encore Dutronc) désire connaître «toutes les ficelles», pour donner l’impression qu’il «maîtrise» et pallier, au moins rhétoriquement, les doutes et les incertitudes générés par la vie moderne(3).

 

Le goût du caché a pour effet la délégitimation a priori du visible, du public, de l’officiel et de l’opinion commune. Le soupçon devient roi ! La tradition rationaliste stimule l’interrogation critique sur ce qui apparaît à telle époque comme une «évidence» partagée (par exemple, l’idée dominante à un moment de l’histoire humaine selon laquelle la terre aurait été plate). C’est légitime : les sciences ont souvent avancé ainsi. On a, dans les lectures conspirationnistes, quelque chose de plus, qui peut s’interpréter comme une pathologie intellectuelle dont se nourrissent les divers négationnismes : il suffirait d’aller à contre-courant d’une vérité «officielle» pour avoir raison(4). Dans cette logique, une opinion admise appelle nécessairement, par le fait même d’être partagé par le plus grand nombre, le soupçon d’être le produit d’une «manipulation». «Jeanne d’Arc était un homme», «Napoléon n’a jamais existé», «De Gaulle était un agent soviétique»… : de multiples «vérités cachées» restent encore à «dévoiler» dans les écrits conspirationnistes à venir ! Un certain ridicule émane des théories complotistes, surtout quand elles sont assénées avec un ton docte et entendu («vous savez bien…», «on ne me l’a fait pas à moi…»…). Mais affleure aussi le dramatique. Quand les conspirationnismes négationnistes crachent sur l’existence même des victimes ou qu’ils alimentent les passions xénophobes. Les «complots» participent de la tragi-comédie de notre condition contemporaine.

 

En tissant ensemble ces différents fils, le «complot» se présente alors comme une trame narrative qui organise les récits, la liaison des «personnages», des «événements» et des «faits», leur mise en intrigue. Le «complot» apparaît comme un des procédés cognitifs et rhétoriques inventés par les sociétés humaines pour doter l’hétérogénéité observable du réel d’une forte cohérence cachée. Tout devient alors «lumineux». Le «complot» va paradoxalement chercher dans le caché une obsession de la transparence, une transparence totale. Tout est caché et donc tout est potentiellement «clair» (pour un «esprit perspicace»). Il n’y a plus d’hésitations, de hasards, de non-sens, d’obscurités, de contradictions. Les «faits» qui sont ainsi collés ensemble avec des rustines conspirationnistes ont alors des degrés de véracité fort différents. Pour les «complots» les plus délirants, on peut associer des faits constatables aux hypothèses les plus farfelues (comme dans le cas de Thierry Meyssan, quand il a avancé qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001). Pour les «complots» plus ordinaires qui suscitent plus facilement notre adhésion, on peut partir de faits vérifiables, mais c’est leur mise en relation qui emprunte à l’amalgame, à la contamination par contiguïté et au soupçon. On pourra ainsi établir que Patibulaire et Pastrèsnet ont bien fréquenté le même bistrot au mois de septembre 1978 ou qu’ils ont signé la même pétition contre les OGM en 2003, puis on laissera entendre que c’est une «drôle de coïncidence !», qu’il y a là quelque chose de «louche», etc. etc. Et puis on sait bien que «ces gens là se tiennent» («les Juifs», «les Musulmans», «les Trotskystes», «les Journalistes», etc.)…

 

De Thierry Meyssan à Fiammetta Venner : «complots» et «contre-complots» à gogos

 

Avec L’Effroyable Imposture – Aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone, Thierry Meyssan(5) a produit un des complots les plus successful de la période. En mai 2002, le livre du président du Réseau Voltaire s’était vendu à 200000 exemplaires en France. Il a été traduit en plus de 20 langues, disponible dans plus de 50 pays(6). C’est en surfant sur internet, depuis Paris, en ne se rendant même pas à Washington pour vérifier ses hypothèses, que celui qui se présente comme un «héritier des Lumières», membre du Parti radical de gauche, aurait réussi à «déjouer» l’énormité de ce «complot», dont l’Administration Bush tirerait «les ficelles». Par une contre-enquête sur place, les journalistes Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, ont démonté dans le détail le vide de ce que Meyssan présente comme «le livre-enquête sur la plus grande manipulation de l’histoire»(7). Meyssan semble pourtant être devenu une vedette dans le monde arabo-musulman, les passions américanophobes et judéophobes facilitant la diffusion de sa thèse conspirationniste.

 

Le livre de Meyssan participe, comme le note Fiammetta Venner, à un certain esprit du temps, en alimentant «des paranoïas collectives qui tuent l’esprit critique au lieu de le stimuler»(8). Fiammetta Venner est directrice de la revue ProChoix et collaboratrice de Charlie Hebdo. Sa critique, souvent juste, du conspirationnisme de Meyssan conserve malheureusement des traces des schémas complotistes. Sans entrer dans des délires du type de Meyssan, elle contribue elle-même, par petites touches, au climat conspirationniste contemporain qu’elle dénonce.

 

Tout d’abord, «le ver était (bien) dans le fruit !». Elle s’échine à tracer une ligne droite entre le passé de Meyssan et son «effroyable imposture» présente. Il faut qu’il soit doter d’une malfaisance ancienne, qui était camouflée à la plupart des esprits : «Pendant toutes ces années, ses facettes les moins séduisantes ont été masquées par le panache de combats autrement plus nobles, comme celui en faveur de la laïcité»(9). Et puis le thème du «complot» est présenté comme une «stratégie»(10), réfléchie, mise en œuvre de longue date. Elle insiste également sur son «formidable travail de mise en réseau»(11). C’est là qu’on retrouve le plus nettement nos aigres parfums conspirationnistes.

 

Car, Venner suggère des proximités entre des groupes et des personnes tournant autour du complotiste en chef Meyssan, sans jamais établir clairement qu’ils participent du même «projet». Tout est dans le sous-entendu et ce que l’on peut appeler la contamination par contiguïté. Ainsi, entre les pages 240 et 250, on voit se côtoyer, pour décrire «les ramifications» du Réseau Voltaire, les éléments d’une troupe hétéroclite, mais inquiétante par les rapprochements même qu’elle engage : un journaliste du Monde, le Hezbollah, un ancien député socialiste, un négationniste ayant pris la défense de Robert Faurisson, le Parti Communiste français, le Parti radical de gauche, les Verts, l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), ATTAC, le réseau de critique des médias Acrimed, le site musulman (pluraliste) Oumma.com, Noam Chomsky…«Tout cela ça sent mauvais ! Ces gars là ne sont pas nets», pourra se dire le lecteur.

 

«Je n’ai jamais parlé de complot, puisque c’est justement le schéma que combat mon livre », pourrait se défausser notre journaliste face aux critiques de la critique. Les pointillés ne suppriment pourtant pas la technique douteuse des rapprochements salissants. On ne se sépare pas aussi facilement de la rhétorique complotiste. D’ailleurs, Fiammetta Venner apparaît aujourd’hui, dans ProChoix et dans Charlie Hebdo, comme une des grandes pourvoyeuses du «complot islamique», avec des amalgames entre les différentes composantes du champ fort diversifié des associations se réclamant de l’islam en France, conduisant à associer assez rapidement «musulmans» à «intégristes» et «terroristes». Elle apparaît ainsi en phase avec la montée des passions islamophobes dans notre pays. Elle s’est en particulier spécialisée dans le «complot islamo-gauchiste», qui saisirait le mouvement altermondialiste(12).

 

Comme le sparadrap du Capitaine Haddock, la glue conspirationniste reste attachée aux doigts de ses critiques. Venner n’est pas la seule dans ce cas. Dans un remarquable travail critique sur le faux antisémite dit Protocoles des Sages de Sion, sur ses usages historiques et politiques depuis sa fabrication par l’Okhrana, la police secrète du Tsar, en 1900-1901 jusqu’à nos jours, avec un regain de rééditions (en particulier dans le monde arabo-musulman) à partir de la guerre des Six jours (juin 1967) entre Israël et les pays arabes, le politiste Pierre-André Taguieff a apporté une contribution décisive à la critique de «la théorie du complot»(13). Il conclut d’ailleurs son ouvrage avec un conseil de prudence méthodologique, mettant à distance conspirationnisme et essentialisme : «Constater que l’anti-sionisme est une composante de la nouvelle judéophobie n’implique nullement d’identifier toute critique du sionisme ou de l’Etat d’Israël à une forme d’"antisémitisme". L’analyse critique des amalgames polémiques suppose, pour être crédible, qu’elle soit elle-même dénuée d’amalgames»(14). Malheureusement, ses travaux les plus récents sur «la nouvelle judéophobie», qui identifient des formes bien réelles de déplacement contemporain de l’antisémitisme traditionnel autour d’une appropriation fantasmatique du conflit israélo-palestinien, n’échappent pas à cette logique des «amalgames polémiques». Par une logique de rapprochements, les entités «les musulmans» et «les altermondialistes» tendent à être associés de manière globale, conspirationniste et essentialiste, à cette nouvelle judéophobie(15).

 

Une autre critique est possible…

 

La tradition philosophique comme les sciences humaines nous offrent pourtant d’autres ressources intellectuelles pour déployer la critique sociale. La thèse de la toute-puissance de l’intentionnalité humaine voit ainsi fortement rogner ses prétentions à la lumière de notre histoire intellectuelle. Machiavel insista sur les circonstances (naturelles et historiques) qui ne dépendent pas de nous et qui contribuent à dévier le sens de nos actions par rapport à nos intentions. Parfois, nos intentions, en entrant dans le jeu des circonstances indépendantes d’elles, vont jusqu’à contribuer à la réalisation de leur contraire. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui «les effets pervers». Spinoza mit l’accent, contre la thèse du libre-arbitre, sur les déterminations pesant sur nos actions. Récupérer une autre forme de liberté supposerait, selon lui, de connaître ces déterminations, au lieu de continuer à être «ballotté par les causes extérieures». Étienne de La Boétie pointa «la servitude volontaire» à l’œuvre dans la stabilité des tyrannies. Il esquissa ainsi la thèse, sociologiquement développée par Pierre Bourdieu bien après, de la participation des dominés à leur propre domination. Marx s’intéressa aux structures socio-économiques qui empêchent les individualités de développer leurs possibilités créatrices. Freud se pencha sur les forces inconscientes qui nous travaillent de l’intérieur.

 

Tout ces apports ne signifient pas que les intentions humaines n’ont pas d’effets dans l’histoire, mais que le choc des différentes intentions, dans un état donné des structures sociales, face à des circonstances historiques ayant une dynamique propre, donne des effets qui ne sont souvent attendus par personne. Un des fondateurs de la sociologie allemande, Max Weber, écrivait : «le résultat final de l’activité politique répond rarement à l’intention primitive de l’acteur»(16). Les sociologues parlent aujourd’hui des «conséquences non intentionnelles de l’action».

 

Merleau-Ponty précisait : «L’histoire n’est pas une suite de complots et de machinations où des volontés délibérées orienteraient le cours des choses. En réalité, les complots eux-mêmes synchronisent des forces existantes»(17). Qu’est-ce à dire ? Que la dynamique même des intentions, que les actions concertées de tel ou tel groupe dépendent de forces sociales plus qu’elles ne les orientent. Et que leurs «succès» supposent la mise en mouvement de forces collectives, la force propre de l’intention ne suffisant pas. Les intentions criminelles de Hitler ont ainsi dû rencontrer diverses circonstances sociales (sentiments collectifs d’humiliation après la défaite de 1914-18, fragilités du régime parlementaire, passions nationalistes et antisémites, crise socio-économique, etc.) pour pouvoir donner naissance à la barbarie nazie. Et il a fallu la participation d’«hommes ordinaires», selon l’expression de Christopher R. Browning(18), pour donner une consistance collective à l’inacceptable.

 

Mais il y a quelque chose dans les présupposés individualistes de nos sociétés contemporaines qui résiste à ce constat des faiblesses de l’action humaine. Quelque chose qui veut continuer à croire que les intentions individuelles ou que la concertation consciente des intentions individuelles sont bien premières dans l’histoire. On refuse d’admette la composante tragique de la condition humaine. Cette part du cours des choses qui nous échappe, qui nous déborde, irrémédiablement, comme dans le cas de la mort accidentelle d’un proche. Cette dimension de notre expérience a été thématisée philosophiquement, de Nietzsche à Clément Rosset, à partir des méandres de la condition humaine mis en scène par la tragédie grecque(19). Elle révèle les fragilités structurelles de l’action humaine. Elle n’est pas nécessairement antagoniste avec la composante volontariste, qui s’efforce de peser consciemment sur le réel : individuellement sur les chemins que prend la vie de chacun et collectivement sur l’état du monde. Mais elle suppose, en tout cas, d’abandonner l’illusion de la toute-puissance de la volonté, dans nos itinéraires collectifs comme individuels.

 

Cette nouvelle «ancienne» critique, adossée à une éthique de la fragilité, doit aussi résister aux séductions narcissiques des schémas conspirationnistes. On les perçoit nettement dans le livre de Fiammetta Venner. On pourrait ainsi résumer un des fils conducteurs du propos : «Meyssan et Moi». «Meyssan» ? La Sorcière déguisée en Prince charmant dont l’âme pleine de turpitudes rehausse, par comparaison, la qualité du «Moi». «Moi» ? C’est Blanche-Neige, positif omniprésent dans la narration du négatif «Meyssan». Il s’agit de rendre compte des proximités passées et des combats communs (dans le mouvement gay et lesbien, dans les associations laïques), malgré la malfaisance qui «devait (pourtant) être en germe». Blanche-Neige, bien qu’acceptant de collaborer avec la future-déjà Sorcière, ne pouvait cependant pas être étrangère à toute lucidité vis-à-vis du personnage : elle avait des «intuitions»(20) …Puis on apprend que ces «intuitions» débouchent sur la séparation radicale, depuis le début, entre «deux visions de l’information engagée»(21), noire et blanche. «Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir !», vocalise notre Blanche-Neige, en se mirant dans les yeux de la Sorcière. Il y aurait donc des usages de l’essentialisme et du «complot» qui prendraient place dans «la culture du narcissisme» analysée par l’historien américain Christopher Lasch(22).

 

On a alors envie de prendre dans nos bras cette sœur humaine et son gros chagrin. Nous aussi, on a rêvé d’être Zorro, de débusquer les «complots» des Puissants et des salauds, d’être alors reconnus, aux yeux de tous, pour nos «qualités intrinsèques», contrairement «à tous ces tartuffes». «Je m’voyais déjà, en haut de l’affiche…» Un peu comme toi, sœur humaine. Je me rêvais Guérillero en Amérique Latine, sur les traces de Régis Debray, et Working Class Hero, «établi» en usine à la manière de Robert Linhart. Et puis, je ne suis qu’un universitaire vaguement contestataire, qui se prend parfois au sérieux. Tenté de blanchir son CV sur le dos de la noirceur de ses «adversaires». Capable surtout d’un courage de papier, dont les intellectuels et les journalistes savent faire gonfler la sauce rhétorique grâce à leurs savoir-faire professionnels. Un peu comme toi, sœur humaine.

 

Les constats des antinomies et des aléas de la condition humaine, de nos propres faiblesses narcissiques et conspirationnistes, nous rendraient plutôt mélancoliques. Cette mélancolie cultivera-t-elle la nostalgie de nos espérances déçues, le ressassement des ressentiments, ou se tournera-t-elle vers l’avenir, avec l’humilité du gauche explorateur du monde et de soi-même ?

 

 

Notes :

 

(1) Dans Humanisme et terreur (1e éd. : 1947), Paris, Gallimard, coll. «Idées», 1980, p.127.

 

(2) Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, Paris, Mille et une nuits, 2003, p.54 ; sur la logique complotiste de ce livre, voir mon article, «Philosophie du complot» (Charlie Hebdo, n°562, 26 mars 2003), repris dans Prises de tête pour un autre monde, Paris, Textuel, 2004, pp.56-58.

 

(3) Sur les fragilités et les incertitudes attisées au sein de nos sociétés individualistes, voir mon livre La société de verre – Pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin, 2002.

 

(4) Sur les pathologies intellectuelles véhiculées par les négationnistes, voir mon texte «Négationnisme d’ultra-gauche et pathologies intellectuelles de la gauche – A propos d’un texte de Jean-Gabriel Cohn-Bendit de 1981», dans Consciences de la Shoah de Philippe Mesnard, Paris, Kimé, 2000, pp.260-273.

 

(5) Paris, Carnot, 2002.

 

(6) On trouve ces informations dans le livre de Fiammetta Venner, L’effroyable imposteur – Quelques vérités sur Thierry Meyssan, Paris, Grasset, 2005, pp.15, 214 et 223.

 

(7) Voir Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, L’Effroyable Mensonge – Thèses et foutaises sur les attentats du 11 septembre, Paris, La Découverte, 2002.

 

(8) Op. cit., p.12.

 

(9) Ibid., p.99.

 

(10) Ibid., p.53.

 

(11) Ibid., p.100.

 

(12) Voir notamment deux de ses articles significatifs dans Charlie Hebdo : «Forum Social Européen : Ben Laden décline l’invitation» (n°641, 29 septembre 2004) et «De l’antiracisme au sarkozysme» (n°646, 3 novembre 2004).

 

(13) Voir Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion – Faux et usages de faux (1e éd. : 1992), Paris, nouvelle édition Berg International/Fayard, 2004.

 

(14) Ibid., p.283.

 

(15) Voir La nouvelle judéophobie (2002) et Prêcheurs de haine – Traversée de la judéophobie planétaire (2004), Paris, Fayard/Mille et une nuits.

 

(16) Dans Le savant et le politique (conférences de 1917 et 1919), Paris, Plon/18-18, 1963, p.165.

 

(17) Humanisme et terreur, op. cit., pp.150-151.

 

(18) Dans Christopher R. Browning, Des hommes ordinaires – Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne (1e éd. américaine : 1992), trad. franç., Paris, Les Belles Lettres, 2002.

 

(19) Voir Clément Rosset, La philosophie tragique (1e éd. : 1960), Paris, PUF, 1991.

 

(20) Dans L’effroyable imposteur, op. cit., p.41.

 

(21) Ibid., pp.131-146.

 

(22) Voir Christopher Lasch, La culture du narcissisme (1e éd. américaine : 1979), trad. franç., Castelnau-le-Lez, Climats, 2000.

 

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Serait-ce trop vous demander, cher Philippe, que de synthétiser votre brouet indigeste en un petit nombre d'idées claires et, par conséquent, assimilables ?
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Surtout quand je vois que ça démarre sur "un des schémas les plus transversaux aux idéologies modernes " ...
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Qu'est-ce que c'est qu'un schéma transversal à une idéologie ?
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Ca fleure bon le diaffoiranto !
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J'ai pas envie de passer deux heures à décrypter votre pensée, semi-pensée ou non-pensée, dont vous-même, en grand sportif, avez reconnu la faiblesse, comme il m'a fallu l'autre jour le faire pour saisir le sens de votre caricature de Chomsky le 30 mai à Quimper.
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jpylg

Avec jpylg, de fils en fils, "Le teléphone pleure"...indéfiniment, la blessure coule infiniment, le pus inonde invariablement les "clubistes" de Mediapart. Rien à faire! La possibilité de "l'agir communicationnel" d'Habermas apparaît out. Il vaut mieux, pour la sérénité des âmes, couper la communication pour une période régénératrice suffisante...

Ah non, ne coupez pas la communication ! Merci pour ce texte passionnant et riche.

Provisoirement et seulement avec notre ami jpylg : trop de passion nuit parfois à la passion!

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" Le pus inonde invariablement les "clubistes" de Mediapart. Rien à faire! "
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Mais, si ! cher Philippe ! Il y a toujours quelque chose à faire, avant que la pendémie atteigne le stade irréversible.
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La preuve : j'envoie l'antidote .
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Je suis sûr que nous tomberons plus facilement d'accord sur Offenbach que sur Chomsky, car - voilà le secret : il n'y a pas de diaffoirantisme en musique.
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Cela étant, comme vous êtes soucieux une fois de plus, en bon néo-clérical ,de la "sérénité des âmes" , je vous laisse juge, jonglant avec la logique du ressentiment nietzschéenne et la théologie communicationnelle d'Habermas, du temps nécessaire à la génération générale une fois que vous aurez eu raison de la contamination dont je suis, selon vous, responsable.
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Bien à vous.
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jpylg

"Mais, si ! cher Philippe ! Il y a toujours quelque chose à faire, avant que la pendémie atteigne le stade irréversible." (JPYLG)


C'est quoi une pendémie ? une pandémie de pendaisons ?

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C'est quoi une pendémie ? "
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On écrit : "pandémie". Je tâcherai de m'en souvenir, n'ayant aucune raison d'offenser la grand'mère.
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Quand je parle de "grand-mère", ce n'est pas une perfidie destinée à madame Marcandier-Bry qui est, jeune et jolie, ce qui sont deux qualités, à défaut d'autres, telles que la finesse et l'ouverture d'esprit.
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J'en profite pour dire que, la concernant, sans qu'il soit question de passion nuisant à la passion, je souhaite comme le veut faire le cher Philippe à mon endroit suspendre "l'agir communicationnel", pour ce qui est de la relation entre elle et moi.
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Il y a, d'ailleurs, longtemps que j'en étais venu à cette conclusion la concernant. Or, de son côté, rejoignant l'avis de Philippe sur la qualité de mes interventions (des flots de pus, nuisible à la sérénité des âmes), il semblerait qu'elle soit toujours à l'affût de mes si nocifs messages.
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Ce n'est pas mon cas pour les siens que, certes, je ne juge pas dangereux pour la santé publique, (intellectuelle, mentale et morale) , étant donné qu'ils sont à peu près vides, quoique, en cherchant bien, on finirait bien à la longue par y trouver aussi quelque faute d'orthographe, tout professeur que madame soit.
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jpylg

" il semblerait qu'elle soit toujours à l'affût de mes si nocifs messages."


Il s'avère que je venais lire ce billet de Philippe, comme tous les précédents.
Forcément, commençant à vous connaître, à travers vos écrits en tout cas, je me doutais bien que le mot "complot" allait forcément vous faire commenter d'une manière ou d'une autre.
Mais ce n'était pas vous que je venais lire, n'en déplaisse à votre nombrilisme.


Quant à ma remarque orthographique, elle avait pour seule fonction de souligner le ridicule consistant à faire des remarques syntaxiques ou argumentatives avec une telle coquille.


Et comme souvent, je vous remercie pour vos compliments par antiphrases, ils me comblent vraiment. Je serais inquiète du contraire.


Et pardon, Philippe, pour cette parenthèse en rien enchantée. Si on pouvait revenir au sujet de votre article...

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Raymondb
"n'en déplaisse" ....... on est en plein arrosage des arroseurs ! Coquille bien sûr.

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Meuh Meuh Bouton d'Or (intérim)

Melchior avait bien tort de chercher à contenir les débordements de l'Horloge pétante. Celui-ci est bien plus marrant quand on le laisse déverser librement son surplus.

Je le dirai à steu vieille bête de Melchior, quand il rentrera.

Meuh Meuh Bouton d'Or (intérim)

La théorie du complot, c'est un écran de fumée inventé par les complotistes pour faire croire qu'il n'y a pas de complot. Et ca marche à donf, la preuve. L'anti-théorie du complot est donc un complot comploté par des gens qui ne croient pas au complot pour s'assurer de sa non-existence. Autrement dit un anti-complot.

En bref tout est dans tout et réciproquement, et les vaches seront biens gardées? Mais qu'advient-il dans tout ça de Claude François ? Et est-ce qu'il est mort du même "complot" qui a frappé Jo Dassin et Coluche? Et moi-même ne suis-je pas un mirage (pour les autres et d'abord pour moi-même) au service des comploteurs? Est-ce bien moi qui écrit là ou la World Company qui me dictent mes mots? Mais la World Company n'est-elle pas elle-même un mirage derrière lequel se cache le vrai Grand Comploteur? Et derrière le Grand Comploteur?...terribles questions pour les "critiques" hyper-lucides que nous sommes...et si c'était l'heure d'aller à la soupe? (d'accord, mais est-ce que cette soupe ce n'est pas un leurre?...)...Pfffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff

Je ne suis pas expert es-complots anti-vedettes. Mais vous finissez quand même par poser la bonne question: la soupe n'est-elle pas un leurre?

philippe corcuff, y sait pas trop quoi penser en fait, complot pas complot , je crois qu'il veut pas dire complot, ça verse dans la sf, mais dire complot quand même normal l'extrême gauche se bat pour la vérité et la justice.

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- donc oui et non sait pas trop de quoi ça parle vraiment, n'ose pas se prononcer ouvertement, d'ou charabia

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complot " contre l'humanité " ? je pense pas , science-fiction, en revanche défense d'intêrêts particuliers pas toujours dans l'intérêt du plus grand nombre, on devrait pouvoir se poser la question légitimement, mais le secret et notamment la franc-maçonnerie ne le permettent pas malheureusement.

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" L'anti-théorie du complot est donc un complot comploté par des gens qui ne croient pas au complot "
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Cher monsieur,
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Vous êtes ici chez Philippe. Je vous prie de faire comme tout le monde et de bien vouloir sortir votre bibliographie.
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jpylg

Bon d'accord, mais faites attention ca vole très haut: Astérix et le Chaudron, Uderzo, Goscinny & al.

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" ca vole très haut "
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tout le monde ne connaît pas l'hébreu...
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jpylg

La thèse du complot est effectivement une facilité qui est contraire à la tradition et aux apports des sciences sociales. Mais parmi ces apports, existe aussi des facteurs qui relèvent de l'intentionnalité humaine, ou sont tout simplement conscients. Les acteurs sociaux ne sont pas seulement agis par des structures. C'est précisément le défaut du sociologisme de ne pas l'admettre, ou dans le meilleur des cas, de ne pas l'intégrer assez. Une conséquence en est que toujours tout ramener à des structures globales consiste à dire que la domination capitaliste étant toujours la même, ça n'a pas d'importance que ce soit Sarkozy ou Bayrou... ou Royal, qui arrive au pouvoir. On reconnaît ainsi la thèse de l'extrême gauche (chacun ses déterminismes cachés). Le véritable problème est plutôt de savoir comment le collectif et l'individuel s'articulent. Dans la socio-philo traditionnelle, c'est ce qu'on appelait "l'action sociale" ou "l'action" par opposition à "la connaissance".


Deux maladresses cependant (au moins). Le livre de Merleau-Ponty, Humanisme et terreur, est une défense des procès de Moscou (sans doute pour des stratégies de réussite individuelle de MP). Il y a mieux comme négation des complots (et comme autorité). Et pour le timing, cet article paraît alors que la réponse de Sarkozy à l'affaire de l'attentat de Karachi consiste précisément à ironiser sur la théorie du complot. (Mais puisque le blog s'appelle: "Quand l'hippopotame s'emmêle...", il n'y a pas tromperie).

Dénoncer "la théorie du complot" n'est pas nier que les Etats complotent parfois (souvent) pour des "raisons d'Etat" et/ou pour des "intérêts" bien plus personnels.
Raimbow warrior, Karachi, "Irlandais de Vincennes", Clearstream, pour ne prendre que quatre exemples, démontrent que les "secrets d'Etat" affectent la vie politique et pour un que des investigations mettent à nu, combien restent ignorés ?
Nous sommes loin, dans ces cas, de la rémanente "théorie du complot". Laquelle nous est mise en évidence par Philippe Corcuff.

Il y a là quelque chose d'encore plus intéressant: Si affaire d'Etat il y a, elle résulte moins d'un complot sarkozien que, d'une part, des effets pervers de la démocratie parlementaire partisane en France, et, d'autre part, de jeux de forces à la fois au sein de la droite française et au niveau international.

Pour une fois, je converge assez avec la première partie du propos de Jacques Bolo. Il pointe un problème et un défi important. Et c'est plus intéressant, dans une discussion, quand est posé un problème, que quand des affirmations opposées sont assénées et juxtaposées. Il y a donc un défi important de la sociologie contemporaine pour articuler l'individuel et le collectif, dans un cadre qui ne soit pas un déterminisme mécanique des structures sociales, mais qui laisse des marges d'action aux acteurs tout en reconnaissant le poids des contraintes structurelles. Il y a pour l'instant des pistes stimulantes (que j'essaye de recenser dans ce qui n'est qu'une présentation à visée pédagogique : Les nouvelles sociologies. Entre le collectif et l'individuel, Paris, Armand Colin, collection "128", 2007), mais pas de solution définitive. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai un rapport critique à la sociologie de Bourdieu, qui révèle sur ce plan à mon avis des limites (que je commence à pointer dans la 2° partie de l'article que je lui ai consacré sur Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/160609/la...).

Par contre, il n'y a pas historiquement une "extrême-gauche" (terme dans lequel je ne me reconnais pas, car je me définis comme simplement de gauche, en tant que social-démocrate radical, dans le double sillage de Jaurès et de Rosa Luxemburg) unique du point de vue du "déterminisme". Il y a toute une série de courants d'"extrême-gauche", dont certains se caractérisent, à l'inverse, par un "spontanéisme" (insistant sur le pouvoir de la spontanéité des masses, voire des individus dans des courants libertaires, par rapport aux structures sociales).

Sur Merleau-Ponty, je serais beaucoup plus nuancé que Jacques Bolo. Certes Merleau-Ponty a un rapport insuffisamment critique à l'égard du stalinisme dans Humanisme et terreur (1947), alors qu'il est encore dans un certain sillage du Parti communiste; rapport qu'il rectifiera quelques années après en s'éloignant du PC comme du marxisme et en rompant avec Sartre (dès 1953), avec Les aventures de la dialectique (1955). Je ne vois pas à partir de quels fait, par contre, on peut dire que c'est en rapport avec "des stratégies de réussite individuelle"? En 1947, on est aux lendemains de la guerre, dans le sillage encore de l'image résistante du PCF et du rôle de l'URSS dans la 2° guerre mondiale; cela peut rendre compte d'une certaine sympathie pour le PCF n'exprimant pas nécessairement une "stratégie de réussite individuelle". En 1955, le PCF est toujours très fort (notamment dans les milieux intellectuels et universitaires, du point de vue des carrières universitaires, donc de l'attrait vis-à-vis des "stratégies de réussite individuelle"), et il y aura d'ailleurs une campagne publique assez violente du PCF contre Merleau-Ponty à la sortie des Aventures de la dialectique (et toute une série d'intellectuels communistes reconnus d'alors, comme François Châtelet ou Jean Toussaint Desanti, le dénonceront à la tribune d'un meeting de la Mutualité, ce qui donnera d'ailleurs un livre largement diffusé par le PCF).

Dans Humanisme et terreur, je ne dirai donc pas que M-P prend la "défense des procès de Moscou". Mais sa critique naissante du stalinisme ("la révolution s'est immobilisée sur une position de repli : elle maintient et aggrave l'appareil dictatorial tout en renonçant à la liberté révolutionnaire du prolétariat dans ses Soviets et dans son Parti et à l'appropriation humaine de l'État.", Gallimard, collection "Idées", 1980, p.49) ne l'empêche pas de continuer à faire de "l'anticommunisme" l'ennemi principal :

"Si les événements des trente dernières années nous autorisent à douter que les prolétaires de tous les pays s'unissent et que le pouvoir prolétarien dans un seul pays établisse des relations réciproques entre les hommes, ils n'enlèvent rien de sa vérité à cette autre idée marxiste que l'humanisme des sociétés capitalistes (...) est, comme la liberté de la cité antique, le privilège de quelques-uns et non le bien de tous." (ibid., p.293)

Sur les évolutions de M-P d'Humanisme et terreur aux Aventures de la dialectique, je renvoie à la deuxième partie de mon texte sur Mediapart sur la philosophie politique de Merleau-Ponty : http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/070109/ac...

Enfin, dernier problème pointé (plus justement que le précédent sur M-P) par Jacques Bolo : certains dominants (comme Sarkozy) recourent à la stigmatisation de "la théorie du complot" pour se défausser de responsabilités. Mais je ne me suis pas privé de critiquer le TCE parce que Le Pen était contre et je ne me priverai pas de critiquer les erreurs des "théories du complot" parce que Sarkozy prétend aussi les critiquer...cet usage de la stigmatisation de "la théorie du complot" par des dominants nous oblige toutefois à tenter de mieux délimiter ce qu'on appelle "théories du complot", ce que je me suis efforcé d'amorcer dans ce texte.

Merci pour ces précisions concernant Merleau Ponty et les régimes dits communistes.

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" Mais puisque le blog s'appelle: "Quand l'hippopotame s'emmêle...", il n'y a pas tromperie "
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Exact, c'est l'éléphant qui trompe, ne confondons pas !
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Toutefois, un hippopotame dans un magasin de porcelaine, ça peut pas non plus, in fine, produire de la dentelle.
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jpylg

Concernant le 11 septembre 2001, il est tant de prendre conscience que la contestation s'appuie sur des faits aujourd'hui établis. Je viens de poster sur mon blog le texte de la conférence du professeur Griffin, un des piliers du mouvement. Cela constitue ma réponse à Philippe. Avis aux amateurs !

http://www.mediapart.fr/club/blog/richard-golay/220609/un-no...

Les thèses conspirationnistes peuvent être mises en doute sur le plan philosophique, sur le plan sociologique, mais aussi au cas par cas sur le plan des "faits", qui dans le cas du 11 septembre ne sont pas vraiment pas "établies" comme l'affirme Richard; c'est même plutôt l'inverse.

J'ai déjà signalé l'enquête de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel quant aux thèses farfelues de Thierry Meyssan; on en trouve des extraits sur internet : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/26/09/38/effroyable-mens... .

Plus récemment, en ce mois de juin 2009, se sont tenues à Saint-Malon, organisées par l'Université de Rennes 1, les 27e rencontres de l'Association des universitaires du Génie Civil (AUGC). Spécialisé dans le calcul de structures, maître de conférences à Montpellier, Jérôme Quirant y a présenté une communication sur l'effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. Il y met en cause, d'un point de vue technique, les thèses négationnistes diffusées sur internet; voir http://www.conspiracywatch.info/Une-approche-scientifique-et... .

Par ailleurs, on dispose maintenant de la version française ("Zéro Pointé Pocket") du document "Zerobubbole Pocket", qui réfute point par point les principales assertions contenues dans le film conspirationniste de Giulietto Chiesa, Franco Fracassi et Francesco Trento : "Zero - Inchiesta sull'11 settembre". On peut avoir accès à ce document sur internet :http://www.conspiracywatch.info/La-version-francaise-de-Zerobubbole-enfin-disponible_a356.html .

Jérôme Quirant ne fait que citer les thèses du NIST et du Dr Bazant, qui sont justement les thèses remises en cause par ceux que vous appelez les négationnistes. Petite note marrante pour montrer le tropisme manipulatoire des défendeurs de la thèse officielle: le résumé de l'article de Quirant commence par L’effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 a été, comme la rupture du pont de Tacoma en 1940, une image qui a marqué les esprits du public et des ingénieurs.
Dont tentative d'entrée de jeu de lier le 11 septembre au pont de Tacoma, ce dernier n'ayant rien de mystérieux (tout élève ingénieur apprend très tôt que la destruction de ce pont est due à sa mise en résonance par une vitesse de vent spécifique, pour la même raison que tout élève officier de l'armée apprend qu'il faut rompre le pas cadencé d'une troupe quand on traverse un pont léger pour éviter de faire partir le pont en résonance).
Du point de vue non-expert, il est possible que Brazant ait raison, tout comme il possible que ses contradicteurs, tout aussi experts que lui, aient raison. Il est donc nécessaire de voir "the big picture"si on veut se faire sa propre idée.

Merci Philippe pour ces liens. Je vais prendre connaissance dès que possible du texte de Quirant et du film réfutant Zero.
Au niveau de la terminologie, je vous propose de ne pas employer le terme "négationiste" pour décrire les opposants à la thèse officielle (qui est par définition une théorie du complot, également). Il n'est pas question de nier qqch, mais bien de questionner les faits.
Pour info, les personnes qui remettent en question la version officielle sont des architectes, des professeurs d'universités (p.ex. profs Bachmann et Schneider de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, ETHZ en allemand), d'anciens pilotes, des agents des services de renseignement, etc. établis principalement aux USA.
Si j'ai peut-être été qq peu trop affirmatif dans mon post précédent, il est néanmoins important de comprendre qu'il y a aujourd'hui un débat au plus haut niveau de nos sociétés.
Le mouvement pour la vérité sur le 11 septembre demande simplement la réouverture d'une enquête. Si vous avez vu le film 911 Press for Truth, vous ne pouvez qu'admettre que le rapport de la Commission de 2004 ne répond pas à des questions fondamentales et en omet d'autres.
J'espère que vous allez prendre connaissance du texte de Griffin et comprendre les raisons de cette contestation.
Enfin, je mets en lien mon 1er billet "Oser douter et débattre dans le respect d'autrui". Il est important que dans nos sociétés civilisées, les parties en présences s'abstiennent de stigmatiser l'autre de manière plus ou moins violente et injustifiée.
http://www.mediapart.fr/club/blog/richard-golay/230509/oser-...

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" Il est donc nécessaire de voir "the big picture"si on veut se faire sa propre idée."
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C'est typiquement le genre de problèmes pour lesquels je renonce d'avance à avoir "ma propre idée", car il faudrait d'abord une impossible initiation.
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Comparer les querelles d'expert ne me semblent apporter rien de décisif, car ce qu'elles révèlent, me semble-t-il, c'est plutôt l'habileté ou la maladresse rhétorique des uns et des autres qui ne signifie rien sur la vérité technique de leur thèse, le tenant de la thèse juste peut éventuellement s'exprimer mal.
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Ce n'est pas toujours vrai, mais ça l'est dans le cas présent : je vois bien que l'effondrement des tours ressemble aux implosions provoquées, mais je ne vois pas quel argument pourrait me convaincre de ce qu'il est impossible que les tours ne soient pas effondrées, malgré tout, sous le seul impact des avions.
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Je ne suis pas apte à juger de la valeur des arguments échangés.
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jpylg

"je ne vois pas quel argument pourrait me convaincre de ce qu'il est impossible que les tours ne soient pas effondrées, malgré tout, sous le seul impact des avions. JPY.
Je partage le point de vue de Jean-Paul-Yves.
Quand nous ne sommes pas experts, aucune rhétorique ne peut nous convaincre, sauf si nous sommes sensibles aux arguments rhétoriques.
Si une vérité doit émerger, elle émergera de la "communauté des ingénieurs" (des experts en constructions de tours).
Au bout d'un moment, il y aura un consensus qui se dessinera. Et ce sera alors la vérité scientifique.
C'est ainsi que se sont construites les vérités scientifiques d'hier - et il en restera ainsi tant que l'activité scientifique existera !
D'autant plus aujourd'hui car nous sommes à une époque de libre circulation des idées, et de facilitation électronique de cette circulation.

Le problème ici est que les experts défendant l'hypothèse d'une démolition contrôlée (voir www.ae911truth.com) sont, à de très rares exceptions, censurés par nos médias. Et pourtant, leur arguments sont très sérieux : p.ex le 3ème bâtiment effondré (WTC7), 7h après les 2 autres, 150m de haut, fait une chute pendant les premières 2 secondes (correspondant à 8 étages) en condition de chute libre (rupture synchronisée des piliers). Ce qui précède a été accepté par les experts officiels (NIST) mais ils ne commentent pas cette observation !
De la part de l'immense majorité des journalistes, reconsidérer la version offcielle tient du blasphème. On est bien loin d'une approche rationnelle de leur part. Des signes indiquent néanmoins une lente prise de conscience.

Comparer les querelles d'expert ne me semblent apporter rien de décisif, car ce qu'elles révèlent, me semble-t-il, c'est plutôt l'habileté ou la maladresse rhétorique des uns et des autres qui ne signifie rien sur la vérité technique de leur thèse, le tenant de la thèse juste peut éventuellement s'exprimer mal.
En fait les différences proviennent avant tout des hypothèses de départ, qui engendrent logiquement d'autres hypothèses, qui en arrivent finalement - ou pas - à justifier l'une ou l'autre position. Chaque camp met en avances les hypothèses de départ qui lui semblent adéquates, et remet au cause les hypothèses adverses. Et ces hypothèses sont très difficilement vérifiables, par exemple concernant l'énergie réelle d'impact d'un étage tombant sur celui de dessous. Le même étage n'aura pas la même énergie d'impact s'il est homogène et en chute libre (en gros, la thèse officielle) que s'il doit consommer une bonne partie de cette énergie à se forcer un passage (en cassant les jonctions) et en arrivant par morceaux (tout ne tombe pas d'un coup). Personne n'était là pour prendre des mesures, et de ce point de vue on ne pourra jamais rien prouver définitivement. D'ou la nécessité de balayer plus large.

Encore une remarque à votre message jpylg. Vous écrivez:
"(...) je vois bien que l'effondrement des tours ressemble aux implosions provoquées, mais je ne vois pas quel argument pourrait me convaincre de ce qu'il est impossible que les tours ne soient pas effondrées, malgré tout, sous le seul impact des avions."
Vous semblez ignorez que le 3ème bâtiment effondré (WTC7), dont je parle plus haut, n'a pas été percuté par un avion ! Il s'agit là d'un cas unique, dans l'histoire des bâtiments à structures métalliques, d'un effondrement suite à un incendie.
Mais rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul à l'ignorer. Un simple citoyen est capable de comprendre qu'un événement unique se déroulant en ce jour charnière est qqch d'étrange...
Nous avons à faire ici à un cas de déficit d'information sur un évènement majeur.
En lien la réaction filmée d'un expert du domaine de la démolition contrôlée qui apprend par le journaliste (TV néerlandaise) l'existence de l'effondrement de ce bâtiment et qui commente les images.
http://www.reopen911.info/video/temoignage-d-un-expert-en-de...

Sur ce 3ème bâtiment, p.ex., un article du journal belge "La Libre"
http://www.lalibre.be/actu/monde/article/430370/pourquoi-le-...

N'étant pas un expert en ces matières, je converge avec jpylg et Fantie.

Mais en tant que sociologue, je me demande ce qui pousse des non-experts en ces matières à s'intéresser si passionnément à des questions techniques si pointues (qui leur échappent pour une large part) et à penser que c'est essentiel pour l'avenir de nos sociétés?

Mon texte avance quelques pistes :

- à trop consommer de produits standardisés du cinéma hollywoodien, de romans d'espionnage ou de polars, la trame narrative des conspirationnismes finit par devenir une des plus "naturelles", des plus "évidentes"; des idéologies dominantes peut-être la plus dominante?

- nos sociétés marquées par un individualisme démocratique connaissent une démocratisation du conspirationnisme; avec ce paradoxe où le plus caché devient d'une clarté absolue : il suffit de prendre le pouls du monde sur internet (chacun peut ainsi faire partie de l'élite qui voit le caché);

- toujours dans nos sociétés maquées par un certain individualisme, on a du mal à admettre qu'il n'y ait pas derrière chaque événement la main d'intentions individuelles clairement identifiables, et c'est plus excitant quand ces intentions sont cachées (d'où la préférence pour d'obscures intentions dans le cas du 11 septembre par rapport aux intentions publiques d'un Ben Laden);

- il y a une tendance scientiste (à distinguer du nécessaire esprit scientifique) dans nos sociétés modernes qui admet mal que des zones d'incertitude demeurent.

Mais plutôt que de se préoccuper de sciences de l'ingénieur, plus à distance des compétences du citoyen ordinaire, pourquoi ne pas seulement se passionner pour la négation de l'existence de Napoléon ou de de Gaulle, puisque le registre de la critique conspirationniste des archives apparaît davantage à portée?

Et si nos amis conspirationnistes s'interrogeaient de manière critique sur leur propre existence : c'est quand même un objet plus proche que le 11 septembre, non ? Mais, par une telle interrogation, ils se confronteraient peut-être à l'incertitude, à l'ambiguïté et à la complication, que leurs interrogations conspirationnistes sur les événements du monde tendent plutôt à refouler...

"Mais plutôt que de se préoccuper de sciences de l'ingénieur, plus à distance des compétences du citoyen ordinaire, pourquoi ne pas seulement se passionner pour la négation de l'existence de Napoléon ou de de Gaulle, puisque le registre de la critique conspirationniste des archives apparaît davantage à portée?" (Philippe Corcuff)
Déjà, il y a la Papesse Jeanne, comme controverse intéressante ! (j'avais lu avec un certain intérêt le livre d'Alain Boureau -Flammarion poche).


"Le problème ici est que les experts défendant l'hypothèse d'une démolition contrôlée (voir www.ae911truth.com) sont, à de très rares exceptions, censurés par nos médias." (Richard Gonlay, plus haut)
Peu importe les journalistes, peu importe les medias, la science ne se fait pas dans les medias mais dans les controverses entre scientifiques.
Impossible à arrêter, les véritables controverses scientifiques. Des pouvoirs divers peuvent seulement les retarder.
Les medias, ça peut aider à retarder, mais ça ne peut pas étouffer ces controverses. Quand elles existent réellement entre experts.

encore un peu et pour ne pas acquiesser à ses thèses fumeuses, le malandrin en viendrait à m'assimiler au négationnisme, quelle vilénie de la pensée.

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les méandres de l'éxtrême gauche.

Là est tout le problème Fantie. Cette controverse existe entre de "vrais" experts ! C'est une réalité. Exemple:
Un article scientifique publié le 4 avril 2009 dans une revue scientifique à comité de lecture prétend mettre en évidence la présence de traces d'explosif dans les poussières des bâtiments effondrés. 2 signataires (Niels Harrit, prof à l'uni de Copenhague et Steven Jones, prof. à la retraite de la Brigham Young University) et Ola Nilsen, un scientifique spécialisé dans le domaine des nano-technologies de l'uni d'Oslo en débattent. La problématique ici est de savoir s'il s'agit ici bel est bien d'explosif ou de peinture anti-corrosion. Allez voir (en anglais).
http://zelikow.wordpress.com/2009/05/22/norwegian-state-radi...

@Philippe Corcuff
J'avoue être sidéré par votre raisonnement. Si c'est cela le raisonnement typique d'un intellectuel de gauche, je comprend mieux pourquoi en règle générale je ne comprend rien à ce que veulent les intellectuels de gauche.
Pour en revenir au sujet, si tous les experts étaient d'accord sur la thèse officielle et que ces experts arrivaient à répondre de manière à peu près unanime à l'ensemble des questions posées, personne autre que quelques conspirationnistes endurcis ne continuerait à s'intéresser à cette affaire. Mais tous les experts ne s'accordent pas, loin s'en faut, et donc il faut bien que les non-experts qui s'intéressent à la question se construisent leur propre idée. Si vous dites que les non-experts ne devraient pas, par principe, se mêler de ce qui occupe les experts, alors vous êtes effroyablement naïf et croyez encore à une forme de Taylorisme social ou chacun a sa place et doit y rester. Avec l'élite intellectuelle conformiste (dont vous faîtes bien sur partie) et les "experts" en haut et le vulgus pecum indiscipliné en bas, comme il se doit.

nan mais chomsky , bourdieu tout ça c'est trop compliqué pour les non initiés n'ayant pas fait des études de socio, donc globalement on la boucle.

@Jlamo
La sociologie humaine est à l'homme moyen ce que la sociologie des rats est au rat moyen: parfaitement compréhensible. Ce sont les "experts" comme notre hôte qui s'attachent à rendre la chose incompréhensible afin de maintenir une situation de pouvoir sur le sujet. Il suffit de gratter un peu pour faire sauter le vernis de la fausse complexité. J'adore gratter :)

merci bien vincent, j'ai personnellement visité la chaire de sociologie de Pierre Bourdieu, rencontré Michel Maffesoli, lu également, ainsi que Marc Augé directeur de recherche à l'EHESS, lu Edgar Morin, Alain Tourraine, Paul Virilio

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j'ai pas pour ambition à faire des bras de fer à qui produira le discours le plus incompréhensible pour prétendre me croire plus intelligent que les autres, j'essaye plutot de me comprendre avec eux, sinon cela me semble un peu puéril.

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On peut passer sa vie à "gratter" : il y a des millions d'endroits où "gratter", mais comment choisir où "gratter", puisqu'on n'échappe pas à la sélection?...Je crains qu'un des rares endroits où les aficionados des thèses conspirationnistes ne cherchent pas à "gratter" c'est au plus proche : en eux-mêmes...Et autoproclamer sa rebellitude ("J'adore gratter") est plutôt une voie qui nous éloigne de ce "grattage" là.

Un problème difficile est cependant soulevé : la tension entre logique d'expertise et logique démocratique dans nos sociétés à idéaux démocratiques : 1) l'expertise renvoie à une logique de compétences et de savoirs; plus ou moins associée à des hiérarchies (dans le maniement de savoirs et de compétences), avec des espaces de controverses quant à ces hiérarchies; et 2) la démocratie suppose un droit égal de chacun à prendre la parole dans la communauté citoyenne. Pourquoi ne pas s'efforcer d'affronter cette tension peut-être indépassable, sans la rabattre sur le 1 (élitisme technocratique et intellectualiste), ni sur le 2 (méconnaissance des logiques proprement scientifiques et anti-intellectualisme)? Dans ce cadre, je préfère sélectionner mes "grattages" quant aux domaines où je n'ai pas de compétences solides: 1) là où cela me semble avoir le plus d'impact sur notre vie et notre avenir (expertises économiques, nucléaire, OGM, changements climatiques....); et 2) là où les controverses me semblent le plus solidement étayées parmi les experts (ce qui ne m'apparaît pas être le cas à propos du 11 septembre).

je suis formatrice dans le domaine social.
Ce qui est le plus difficile à faire comprendre aux étudiants, dans la démarche des sciences humaines, c'est cette notion de tensions entre des logiques différentes.
Etant portés sur l'action, et c'est bien naturel, ils préféreraient penser que des solutiosn simples peuvent être trouvées aux problèmes sociaux, qu'on pourrait en sélectionnant la vraie logique, la bonne logique, en disant le vrai, trouver les "bonnes" pratiques.
Et pourtant la réalité c'est ce que dit Philippe Corcuff ci dessus :
Dans chaque affaire humaine il y a plusieurs logiques qui s'affrontent.
La logique citoyenne : chaque opinion est égale
La logique des compétences : là ça se complique.
(d'autant plus, dans un hopital, un centre medico social, etc : quand il y a des logiques professionnelles différentes).


Mais déjà la logique citoyenne est complexe (ou biaisée) puisque, même si un cadre permet que les opinions soient égales en valeur a priori, elles ne peuvent pas s'exprimer à égalité.
En effet, les opinions sontincarnées, dans ceux qui les portent et les expriment;
Et là recommencent les différences. Les différences d'expression, de style, etc., dues aux histoires différentes de chacun.


Alors qu'est-ce qu'on fait quand il faut agir, décider ?
On peut hiérarchiser toutes ces différences ou logiques, selon des critères - critères décidés par qui et pour quels effets? -
Ou bien accepter les différences, et le relativisme absolu.
Ou bien accepter les différences, mais aussi la complexité, et trouver quand même le moyen de hiérarchiser, cette fois ci avec des critères au plus près de ...
de quoi ?
... des compétences, je n'ose pas dire le mot ! Mais je pense à une opération chirugicale, par exemple !
On va réunir un jury citoyen pour décider d'un protocole opératoire ? ou bien un groupe d'experts ?
Je vote pour le groupe d'experts... si je peux choisir mon lieu d'opération par réputation...
En gros c'est ce que je voulais dire.


Bien sûr parfois il faut des citoyens pour alerter, quand la démocratie interne à l'expertise est bloquée (je pense à cet urologue, et il y a bien d'autres cas sûrement).

Alors qu'est-ce qu'on fait quand il faut agir, décider ?
On peut hiérarchiser toutes ces différences ou logiques, selon des critères - critères décidés par qui et pour quels effets? -
Ou bien accepter les différences, et le relativisme absolu.
Ou bien accepter les différences, mais aussi la complexité, et trouver quand même le moyen de hiérarchiser, cette fois ci avec des critères au plus près de ...
de quoi ?

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lire chomsky.

Traduisez-nous le.

vous rigolez , j'comprend même pas de quoi ça parle

C'est rigolo, quand je dis ce genre de choses, y a généralement une dame (toujours la même) pour dire (en substance) : "Tais-toi, bourrique, tu sais pas d'quoi tu causes !"...

Merci Fantie pour ces réflexions et ces exemples ! On est ici au coeur d'une nouvelle radicalité pragmatique qui est encore largement à inventer, pratiquement et intellectuellement.

Il ne faut pas se préoccuper outre mesure des parasitages (obsessions, narcissismes aigus, provocations à deux balles, vain goût d'avoir "le dernier mot" - il faut leur laisser cette victoire dérisoire -, bizarreries contrôlées ou incontrôlées, etc.) actifs dans certains commentaires de Mediapart : cela participe des impuretés indépassables de la vie (et un des objectifs majeurs est bien de se soustraire aux tyrannies de la pureté et de la perfection, sans pour autant tomber, vous avez raison, dans le relativisme absolu). Mais il faut demeurer disponible quand quelque chose comme de la discussion et comme de la pensée émerge, même timidement, même sous les quolibets, et laisser tomber quand les tentations arrogantes de son propre ego finissent par prendre le dessus dans un jeu polémique. Et dans ces cas là, on a besoin de replonger dans un peu de silence, afin de ne pas être soi-même rongé par les acidités du ressentiment.

ouai génial, et puis en plus t'en fait pas une affaire personnelle apparemment ce qui semble tout à fait en adéquation avec le discours que tu soutiens et ta posture d'intellectuel au dessus de la meute.

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preuve d'une grande maturité à affirmer tes idées, c'est certain.

C'est bon jlamo... Si vous n'avez rien à dire, taisez-vous.

que nenni, mon brave, c'est exactement ce que j'ai à dire à ce genre de marionnettes détestables de l'extrême gauche, évitez-moi ce genre de remontrances poussives svp.

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ou débattez.

vous avez quelquechose à dire d'un peu pertinent concernant ce débat, monsieur le redresseur de tort ?

rien compris, mais c'est surement trés intéressant.

En effet. Philippe Corcuff vous demande d'envisager, cher jlamo, que vous puissiez être le chat de Schrödinger et le chat de Cheshire réunis, ce dont, je l'avoue, l'idée m'avait déjà effleuré.

connais pas désolé

Et le Chat botté, ça vous dit quelque chose ?

On peut passer sa vie à "gratter" : il y a des millions d'endroits où "gratter", mais comment choisir où "gratter", puisqu'on n'échappe pas à la sélection?...Je crains qu'un des rares endroits où les aficionados des thèses conspirationnistes ne cherchent pas à "gratter" c'est au plus proche : en eux-mêmes...Et autoproclamer sa rebellitude ("J'adore gratter") est plutôt une voie qui nous éloigne de ce "grattage" là.

Un problème difficile est cependant soulevé : la tension entre logique d'expertise et logique démocratique dans nos sociétés à idéaux démocratiques : 1) l'expertise renvoie à une logique de compétences et de savoirs; plus ou moins associée à des hiérarchies (dans le maniement de savoirs et de compétences), avec des espaces de controverses quant à ces hiérarchies; et 2) la démocratie suppose un droit égal de chacun à prendre la parole dans la communauté citoyenne. Pourquoi ne pas s'efforcer d'affronter cette tension peut-être indépassable, sans la rabattre sur le 1 (élitisme technocratique et intellectualiste), ni sur le 2 (méconnaissance des logiques proprement scientifiques et anti-intellectualisme)? Dans ce cadre, je préfère sélectionner mes "grattages" quant aux domaines où je n'ai pas de compétences solides: 1) là où cela me semble avoir le plus d'impact sur notre vie et notre avenir (expertises économiques, nucléaire, OGM, changements climatiques....); et 2) là où les controverses me semblent le plus solidement étayées parmi les experts (ce qui ne m'apparaît pas être le cas à propos du 11 septembre).

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incompréhensible ... vous pouvez recommencer en français, svp ?

Il dit (et Fantie B. aussi) que les experts (vrais ou faux) et les citoyens (éclairés ou pas) peuvent ne pas être (voire ne peuvent pas être) sur la même longueur d'onde, et qu'alors il y a problème quant à savoir qui peut prendre légitimement les décisions (d'où la nécessité d'instances politiques).


(Ce qui est entre parenthèses est de moi).


Deux idioties parallèles: "la République n'a pas besoin de savants" et "le peuple n'est pas compétent, remettons-nous en aux experts". Il y a un "moindre mal" à trouver.

@Philippe Corcuff
Admettons que ceux qui osent contester les positions officielles sont des parasites névrosés et que vous incarnez la juste pensée capable de discerner le bon grain de l'ivraie, ce débat-là étant parfaitement stérile.
Plus intéressante, votre remarque sur la tension entre logique d'expertise et logique démocratique. Je suis bien d'accord avec ce que vous dites à ce sujet, à ceci près que vous ne faîtes pas la différence, pourtant essentielle, entre un débat d'expert dans lequel les deux parties (pour faire simple) sont reconnues légitimes (= traitement égalitaire par les médias, non dominance de certains intérêts particuliers), et un débat d'expert ou seul une des parties est reconnue légitime de par la forte influence d'intérêts particuliers (politique et/ou commerciaux) sur la médiatisation du débat.


Exemple: le débat sur les OGM met face à face d'un côté des chercheurs légitimes "pro OGM" qui ont les moyens d'assurer leur médiatisation et dont on connait généralement bien les intérêts, de l'autre côté des chercheurs "anti" tout aussi légitimes dotés d'un bon support médiatique de par leur couleur plutôt verte et une opinion publique favorable. Le débat est donc relativement équilibré, tout un chacun peut entendre et évaluer les arguments des deux parties.


Exemples inverses, les polémiques sur le réchauffement climatique, le VIH ou le 11 septembre: la aussi il y a des experts tout à fait légitimes dans les deux camps, mais la manipulation médiatique (que l'on peut détailler pour chaque cas) fait que seul le camp "officiel" est reconnu légitime, l'autre n'étant que l'antre d'horribles négationnistes à la solde du scientismes et de l'anti-intellectualisme. A tel point qu'un expert bardé de diplômes encensé un jour devient en un clin d'oeil le dernier des imbéciles s'il ose se positionner contre la version dominante.


Si j'étais vous, plutôt que simplement considérer des observateurs tels que moi-même comme des tarés, je mettrais mes capacités intellectuelles à analyser ce phénomène de transmutation d'un "bon" expert en un "mauvais" expert selon que son avis plait, ou pas, aux intérêts particuliers qui dominent telle ou telle question.

Je n'ai jamais parlé de "parasites névrosés". Et il n'est pas "stérile" de rappeler une exigence inscrite dans la tradition des Lumières du 18° siècle, mais fort peu pratiquée : il y a dans la dynamique du "penser par soi-même" une composante du "penser contre soi-même", bref une dimension d'auto-réflexion critique. Je remarquais juste que dans nombre de discours conspirationnistes que je pouvais entendre ou lire, il y avait un domaine où une lucidité par ailleurs ultra-active ne semblait guère s'aventurer : l'interrogation critique sur soi. Je faisais alors l'hypothèse qu'il y avait peut-être là une adhérence narcissique particulièrement forte, mais assez partagée dans nos sociétés individualistes.

Je ne m'excluais pas du tout de cette pente narcissique, mais j'ai lancé une autre hypothèse selon laquelle en prendre conscience pourrait être une meilleure façon de la traiter que de ne pas la voir.

D'accord sur la possibilité de glisser sur sa propre pente narcissique, mais cela ne change rien aux faits. On peut reprocher à quelqu'un un manque d'auto-réflexion critique, mais pour ce faire il me semble quand même qu'il faut un peu connaître la personne. Comme je le disais récemment sur un autre billet, il faut se méfier de cette vieille technique qui consiste à compenser un manque d'argument par le soupçon d'une fragilité psychique de son opposant. Le manque d'auto-réflexion critique existe certainement, mais il est tout aussi certainement réparti des deux côtés de l'argument à parts égales.

Le "juste milieu" centriste (qui suppose une répartition "des deux côtés de l'argument à parts égales") est rarement une réponse plus juste (de Gaulle n'était pas "au milieu" en 1940) et plus vraie (Pasteur n'était pas "au milieu" par rapport à ses concurrents de l'époque). Sur le problème qui nous occupe, on peut même dire que le "penser contre soi-même" est fort rare et très inégalement réparti, alors que la prétention au "penser par soi-même" est très courante. Si bien que je n'ai guère perçu de "penser contre soi-même" (mais plutôt l'obsession de penser contre "les vérités officielles", bref de "gratter" les illusions des autres plutôt que les siennes), pour l'instant, dans les discours conspirationnistes.

Quant aux "faits", je lis surtout une rhétorique des "faits" chez les conspirationnistes; et de simple questions ou des hypothèses fort fragiles sont ainsi rapidement transformées en "faits" par la grâce qu'elles iraient à l'encontre des "vérités officielles".

donc, par exemple cher Philippe, vous considérez que sur un thème comme le 09/11, la thèse conspirationniste renvoit davantage à des fantasmes, de personnes qui ne pensent pas " contre eux-mêmes ", mais prétendent penser " par soi-même ", devenant une forme obsessionnelle de penser contre " les vérités officielles ", et ne s'évertuant plus à séparer le vrai du faux, mais se contentent de dénoncer " les vérites officielles " par simple opposition dogmatique.

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en d'autres termes, pour tenter de mieux comprendre votre conception des choses, concernant le 09/11 par exemple, vous ne croyez concrêtement pas à la critique de la thèse officielle, étant en fait le prolongement de thèses d'ordres conspirationnistes, ne souhaitant que déformer la réalite selon ce qu'il plait à certains de ne pas accepter comme la vérité, mais de contester dès lors que cela est la vérité officielle, et préférant se fier à différentes critiques étant cependant basées sur l'idée d'une forme de conspirationnisme, ou de mensonge d'état.

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par exemple, pour le 09/11, vous créditez la thèse officielle ? et considérez que toutes les critiques , meyssan etc relèvent de thèses conspirationnistes, peut-être fomentées par des conspirationnistes qui dénoncent une conspiration et en sont les promoteurs.

Quand le simplisme s'ajoute au simplisme, les fausses alternatives manichéennes aux fausses alternatives manichéennes, la confusion à la confusion, le l'importe quoi au n'importe quoi, au nom même d'une hypothétique et paradoxales exigence de clarification, il faut peut-être revenir à l'apaisement du silence...

"le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire", Gilles Deleuze, "Les intercesseurs" (1985), repris dans Pourparlers (Paris, Minuit, 1990).

vous êtes décidémment méprisant, et sans intérêt.

@Philippe Corcuff
Vous vous méprenez, je n'ai pas parlé d'un "juste milieu" centriste, simplement du fait que le déficit d'auto-critique est réparti de manière égale dans les deux camps.
En fait il me semble que vous raisonnez à partir du postulat que toute contradiction à la vérité officielle tombe sous le coup du complotisme, et peut se comprendre comme une sorte d'exutoire pour les frustrations diverses et variées qui animent le complotiste-type. Qu'il existe des questions pour lesquelles cette analyse soit vraie, nul doute. Mais je ne comprend pas par quelle logique, autre que la vénération du politiquement correct, vous arrivez à plaquer ce comportement sur tout ce qui "dépasse" du cadre de l'officiel ou du médiatiquement acceptable. Dans le cas du 11 septembre qui fait référence ici (mais il n'est pas le seul), il y a des tas de professionnels, d'experts parfaitement sains d'esprit qui remettent en cause la version officielle. Pourquoi ne pas les prendre au sérieux dans ce cas-ci, alors que sur n'importe quelle autre question vous les prendriez au sérieux? Pourquoi qualifier les gens qui sont en recherche de vérité de complotistes dès lors que vous estimez, vous, qu'ils se trompent? Ne sommes-nous pas là dans une démarche plus proche du dogme religieux que du sain questionnement?

Il n'y a pas dans le cas du 11 septembre "des tas d'experts". La grande majorité des experts écrivant dans des revues à comité de lecture, donc avec une certaine garantie de scientificité (et qui ne fonctionnent pas selon les critères du "médiatiquement acceptable" : ne mélangeons pas tout dans "le grand complot"), sont du côté de "la vérité officielle". Le dogme religieux, quand on n'est pas particulièrement compétent dans un domaine scientifique et technique, ce serait plutôt de croire qu'a priori "la vérité officielle" serait fausse parce qu'elle serait "officielle" (que Napoléon ou que de Gaulle aient bien existé participent aussi de "vérités officielles"), que ce qui s'exhibe comme "politiquement incorrect" (et je fais l'hypothèse que cette exhibition a à voir avec des poussées de narcissisme) aurait a priori plus de vérité, que la vérité se trouverait plus probablement dans le caché, etc.

Toute réalité passée ou présente est questionnable, mais chacun de nous ne peut pas tout interroger tout le temps, autrement il n'aurait pas le temps de vivre. J'interrogeais alors en sociologue (où je me sens plus à l'aise que sur les modalités d'écroulement de tours à New York) les filtres des interrogations conspirationnistes, et aussi donc les terrains où elles s'aventuraient peu à interroger.

Penser que l'auto-analyse critique est a priori répartie "de manière égale entre les deux camps" me semble une pensée magique type des pensées du "juste milieu". Le problème que je posais n'était pas celui-là : je n'observe pas la même propension à exhiber un ego ultra-lucide, mega-interrogateur, "politiquement incorrect", une telle obsession d'apparaître "plus malin" dans les analyses techniques et scientifiques, plus modestes, des défenseurs de "la thèse officielle" que dans les interrogations conspirationnistes qui prétendent "casser la baraque".

Mais j'ai déjà dit cela sous des formes variées dans les commentaires de ce texte comme de celui consacré à Chomsky, et à un moment donné il faut peut-être arrêter de tourner en ronc. La question de savoir qui aura le dernier mot a, de ce point de vue, peu d'importance.

c'est un peu vous qui tournez en rond ici, personne d'autre ... et qui par ailleurs tentez d'avoir le dernier en ne parlant de rien de concrêt.

Moi moi je veux avoir le dernier mot, nom d'un conspirateur à roulettes! :)
Plus sérieusement il me semble que votre phrase J'interrogeais alors en sociologue (où je me sens plus à l'aise que sur les modalités d'écroulement de tours à New York) les filtres des interrogations conspirationnistes, et aussi donc les terrains où elles s'aventuraient peu à interroger. encapsule le problème: C'est quoi, une interrogation conspirationniste, et surtout ou se situe selon vous la limite entre une interrogation conspirationniste et une interrogation légitime ? Je pense que si nous partions de là, nous pourrions alors passer les différents cas (11 septembre et autres) au travers des critères qui fondent vos définitions de ces deux formes d'interrogation, et voir objectivement le positionnement de chaque cas.

@ Vincent, à prpos de votre message sur les OGM plus haut;
Le débat sur les OGM est très différent de tout ça.
Il y a beaucoup plus de paysans et de jadiniers amateurs que d'expert en batiment. L'expertise est beaucoup plus répandue.
L'idée essentielle est que les OGM se disséminent, et donc peuvent se croiser avec les autres plantes voisines.
Or s'il s'agit d'OGM avec pesticides intégrés cela empêchera par exemple une culture bio de rester bio.
Simple, compréhensible pour moi. je m'arrête là.


Je n'entre pas dans les débats sur la danger des OGM pour la santé dans notre assiettes car je n'y connais rien. Et déjà on mange plein de pesticides, alors, qu'ils soient dans la plante avec OGM ou qu'ils soient autour de la plante sans OGM, ça m'est bien égal a priori.
Ce que je conteste dans les OGM c'est leur nuisance de dissémination, incontrôlable.
C'est donc au nom de ma petite expertise que je les conteste.
Même chose pour l'effet des radiations nucléaires où j'ai dû mobiliser mes connaissances scolaires niveau terminale pour me faire une opinion il y a 30 ans.

Chère Fantie,
Je voulais simplement dire que dans le débat OGM on peut entendre les deux positions. Personellement je suis très clairement défenseur de la position anti-OGM, au nom de leur déssimination incontrolable, leur inutilité, leurs effets délétères sur la biodiversité et donc à terme sur la survie même de l'humanité certes, mais plus fondamentalement au nom de l'inacceptabilité de la privatisation des semences et du racket mondial qui s'ensuit. Car même si on garde le droit nominal d'utiliser des semences non OGM, la pollution OGM s'impose d'elle-même et tire derrière elle le joug des semenciers avec leur armée d'avocats et leur génie corrupteur.

Bien longue intervention pour que Philippe admette :
- que débat technique il y a aujourd'hui parmi les experts,
- qu'il s'est interrogé sur la forme plutôt que sur le fond

Cher Richard :

- si l'on veut s'efforcer d'être moins simpliste, il faut parfois être un peu plus long (on reproche souvent et légitimement aux médias d'être calés sur des formats trop courts);

- ce qu'on va appeler "le fond" et "la forme" ne renvoie pas aux même aspects dans le registre de connaissance de la sociologie et dans celui des sciences de l'ingénieur.

Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux
... lalalilalalalala...

La difficulté, c'est de ne faire de tort à personne / en suivant son ch'min de petit bonhomme. Si des experts disent qu'il faut vacciner, ou scolariser les enfants, et si certains citoyens s'y refusent, il faut bien, à un moment donné, que les pouvoirs publics (par la loi, le règlement, le jugement) dégagent une solution qui "égalise le mécontentement" (comme disait Talleyrand, qui n'était pas un démocrate, mais avait le sens de la formule).

D'accord avec vous Melchior, à une condition: celle d'être certain que les pouvoirs publics décident en connaissance de cause, et non pas par corruption. Parlant de vaccins, souvenez-vous de cette excellente série sur Médiapart http://www.mediapart.fr/journal/france/300908/les-lobbyistes...

Permettez-moi de mettre ici le lien vers votre billet et l'interview du chercheur qui dit avoir trouvé de la nano-thermite dans la poussière des tours: http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas75018/230609/ce-qu-n...

mais qui reconnait qu'ils sont experts pour décider, vous et moi ? ou les patrons du cac 40 ?

Comme il faut de tout pour faire un monde, et qu'il est bien scientifiquement prouvé qu'il y a vraiment de tout en ce bas monde, nier l'existence de forces souhaitant, pour ses intérêts propres, que se produise une horreur comme le 9/11, revient à nier que la terre est ronde.
De même, nier que ces mêmes forces peuvent aussi bien se trouver, tant du côté des intégristes musulmans, qu'en interne au gouvernement US traduit le même courant de pensée fermé à mon sens.
On a mis des années, pour enfin savoir le pourquoi du comment de l'attentat de Karachi en 2002, on saura aussi un jour ou l'autre pour le 9/11.
Ce que je ne comprend pas en revanche, c'est pourquoi des intellectuels de la LCR/NPA viennent au soutien illimité et inconditionnel de la thèse officielle, sans se poser plus de question dans l'exploration des pistes inverses.
@ +NEO-

Ca serait encore un coup de Sarko?

C'est vous qui le suggérez, moi je ne me serais pas permis.
Mais la question reste néanmoins ouverte.
@ +NEO-

Je n'ai pas très bien compris le merci de Fantie à Corcuff sur « les précisions sur Merleau-Ponty ».

Mais à la lumière des débats suivants sur l'expertise, il me semble que la question qui se pose est celle-ci (pour ceux qui aiment les questions): Est-ce que Merleau-Ponty, en 1947, quand il a écrit Humanisme et terreur qui défend les procès de Moscou (qui se sont déroulés de 1936 à 1938) n'était pas une crapule stalinienne (et non pas « insuffisamment critique à l'égard du stalinisme »)? Ce que confirmerait au passage sa critique postérieure du même stalinisme. Car de nombreuses critiques existaient auparavant.

En fait, il me semble plutôt qu'en matière d'expertise, il s'agit plutôt de l'argument d'autorité: « MP avait raison en 47, puis après aussi. Les gens célèbres ont toujours raison ». En particulier, parce qu’après coup, c’est facile, mais pour les gens en 1947 (spécialistes et non-spécialistes), MP avait choisi son camp. C’est ça la « stratégie de réussite individuelle », parce qu’il y a toujours des individus et que c’est ainsi qu’ils articulent leur rôle dans l’histoire. Quand on parle de De Gaulle en 40, il faut reconnaître que Merleau-Ponty a fait les mauvais choix en 1947. CQFD. (Le procédé rhétorique du coup de De Gaulle aurait pu marcher. T’es un peu jeune Corcuff).

Dans mon article sur Bourdieu, j'avais critiqué sa tendance à vouloir rester entre spécialistes quand il dit: « mon rêve est que la sociologie devienne comme [...] les mathématiques [...] un champ dans lequel les producteurs n'ont pour clients que leurs concurrents. [...] Malheureusement, tout le monde s'en mêle. ». C'est un des biais de sa sociologie. Elle régresse en académisme philosophique (aristocratique). Alors que selon moi, la sociologie est au contraire la science qui structure le débat démocratique (cf. le paragraphe « Égalité devant la loi sociologique » dans mon article), en ne s'abritant pas derrière des positions d'autorité. Il faut convaincre les citoyens. C’est ça, et ça seulement, qui renvoie à la politique.

@Jacques Bolo
Ca me paraît limpide. Juste une question Alors que selon moi, la sociologie est au contraire la science qui structure le débat démocratique: et pourquoi pas l'inverse?

Je pense que c'est la diffusion des connaissance qui a permis la démocratie, et non la démocratie qui a permis la diffusion des connaissances. Et la sociologie représente la science qui correspond à une diffusion des connaissances plus vaste, en particulier par les interactions et le débat entre les acteurs qui possèdent ces connaissances. Malgré les tentatives de maintenir le débat à l'intérieur d'une élite.

@Jacques Bolo
Intéressant, j'ai l'intuition inverse mais je ne suis pas sociologue: c'est la démocratie, par l'imposition d'une responsabilité citoyenne et le questionnement qui va de pair, qui permet l'élaboration et la diffusion des connaissances, la sociologie ne permettant qu'une compréhension a postériori du mécanisme.

Répéter en boucle des insultes non étayées sur Merleau-Ponty, en ne tenant aucun compte des précisions nuancées qui ont été apportées, c'est peut-être bon pour l'ego mais guère pour les complications de la vérité.

J'avais cru - malgré quelques indices antérieures d'une propension à la surdité dogmatique non troublée par le débat - qu'on pouvait discuter sérieusement avec Jacques Bolo. Ce n'est donc pas la cas. Tant pis, ce n'est pas très important.

Ce que je dis, c'est qu'en 47, Merleau-Ponty a choisi son camp (défendre, en 47, les procès de Moscou de 36). C'est exact. et sans nuance. C'est un fait et non dogmatique. C'est la négation des faits qui est dogmatique (pour moi, la norme questionnante est le dogme actuel). Le fait qu'un universitaire inverse a ce point le réel me paraît un problème, pour lui,... et pour l'université.

En plus, j'avais benoitement l'impression que j'avançais des arguments recevables, et que c'était ça un débat. Mais non, ils n'ont pas l'heur de plaire à Corcuff, qui s'instaure juge et partie. Une hypothèse: Merleau-Ponty a été touché par la grâce et est revenu dans le giron de notre sainte mère la phénoménologie chrétienne (ce qui l'absout à l'évidence). Corcuff serait-il chrétien (puisqu'il se prétend ni marxiste, ni bourdieusiste)? Dans ce cas, je le renvoie à mon article sur Raison et religion", qui pourrait lui enseigner ce qu'est le dogmatisme.

@ Jacques Bolo :
En fait, il me semble plutôt qu'en matière d'expertise, il s'agit plutôt de l'argument d'autorité: « MP avait raison en 47, puis après aussi. Les gens célèbres ont toujours raison ». (Jacques Bolo)
Vous plaisantez ? A déformer ainsi la penser des gens avec qui vous prétendez débattre ?


J'ignorais ce soutien de MP aux procès de Moscou, je n'ai connu MP que par une partie de son approche philosophique qui me convient. Quel rapport entre la phénoménologie et les procès de Moscou ? je n'en vois aucun. Des tas de non-phénoménologues étaient et sont staliniens.


En 1947, les intellectuels (et les militants !) qui ne suivaient la thèse "ne pas désespérer Billancourt" n'étaient pas nombreux.
A partir de la mort de Lénine (en gros) la date à laquelle les intellectuels et militants de gauche ont 1) compris ce qui se passait vraiment, 2) abandonné la thèse "soutenir le PC malgré tout" a été très variable.
(Sans parler de Sartre, je pense dans mon secteur à un pédagogue, Célestin Freinet.)
Réduire la pensée de chaque intellectuel à son soutien ou non du PC vis à vis du stalinisme, en c'est confondre la partie et le tout.


Quant à l'étiquettage de quelqu'un pour déterminer si nous devons ou pas le lire, l'écouter dans un débat...
Clivages, frontières étanches et autres impossibilités construites de "faire société" de façon démocratique.
Puisque personne ou aucun camp, n'a la capacité ultime de convaincre ses opposants convaincus.
Sauf à croire encore en La Vérité et en La Prise de Conscience Unique, en La Levée subite de l'Aliénation.

Je suis tout à fait d'accord avec vous (si toutefois cela ne vous ennuie pas).

Mais pourquoi ça m'ennuyerait, Melchior ? Nous avons des points d'accord, ou du moins je sais que j'en ai avec les positions politiques que vous défendez sur Mediapart.
Ce qui ne change rien au fond de mes désaccords avec vos actions (micro politiques, peut-être) sur Mediapart.

Ah ben tant mieux. Cela m'eût fort marri tant d'être en désaccord constant avec vous que d'être toujours en accord sur tout. Du moment que votre bienveillance à mon endroit ne se relâche pas, tout va bien.

@ Fantie. Ce que j'ai dit initialement est:
"Deux maladresses cependant (au moins). Le livre de Merleau-Ponty, Humanisme et terreur, est une défense des procès de Moscou. [...] Il y a mieux comme négation des complots (et comme autorité).

Il n'était pas question alors de phénoménologie, que je ne considère (surtout) pas comme une rédemption. Ce que vous semblez considérer. Je ne déforme pas la pensée. Outre l'ironie, j'analyse un comportement observable (la révérence).

Beaucoup de français étaient pétainistes. On a le droit de les critiquer. J'ai le droit de critiquer ceux qui étaient staliniens, et de ne pas considérer Humanisme et terreur comme une référence. Dire que les staliniens à l'époque, étaient des crapules (intéressées ou conformistes) est mon droit. Le reste n'est que diversion.

On a effectivement le droit de dire n'importe quoi de manière non étayée, comme traiter Merleau-Ponty en 1947 de "crapule stalinienne". De telles assertions hautement réfléchies et nuancées ne donnent simplement guère envie de lire des textes produits dans un tel cadre intellectuel, ni de poursuivre un échange que ressemble peu à quelque chose comme un débat rationnellement argumenté.

C'est différent de dire que l'analyse du stalinisme était à l'époque globalement erronée (même s'il critiquait les tendances autoritaires de l'URSS à l'époque, comme je l'ai montré), ce que je pense. Ce qui n'invalide pas a priori tout ce qu'il est dit dans se livre (qui révèle toute une série de points communs, en matière de philosophie politique, avec le livre de la rupture complète avec le communisme stalinien, Les aventures de la dialectique en 1955, comme j'ai essayé de la montrer dans mon texte de Mediapart sur Merleau-Ponty).

éRépéter en boucle des insultes non étayées sur Chomsky, en ne tenant aucun compte des précisions nuancées qui ont été apportées, c'est peut-être bon pour l'ego mais guère pour les complications de la vérité."
Oh! Pardon! Je me suis trompée d'article! é

"Répéter en boucle des insultes non étayées sur Chomsky, en ne tenant aucun compte des précisions nuancées qui ont été apportées, c'est peut-être bon pour l'ego mais guère pour les complications de la vérité."
Oh! Pardon! Je me suis trompée d'article!

Quelques précisions élémentaires puisées dans Le Petit Robert (édition 1993), dont on aurait pu penser que des esprits hyper-méga-giga-lucides auraient pu se passer :

. "Critique" :
- "Examen d'un principe, d'un fait, en vue de porter sur lui un jugement d'appréciation, d'un point de vue esthétique ou philosophique"
- "Jugement défavorable"

. "Insulte" : "Acte ou parole qui vise à outrager ou constitue un outrage"

Si l'on sent qu'il y peut y avoir des frontières floues entre les deux termes, il me semble apparaître clairement que :

- "crapule stalinienne" (qualification visant la personne Maurice Merleau-Ponty en 1947 plus haut) renvoie plutôt au pôle de l'insulte;

- "intentionnalisme", "conspirationnisme", "économisme", "manichéisme" (qualifications visant les analyses des médias avancées par Chomsky dans un billet précédent) renvoient plutôt au pôle de la critique (qualifications dont on peut légitimement pensé qu'elles sont erronées d'ailleurs).

Mais il est tout à fait possible de dire n'importe quoi.

Je conseille à ceux que ça intéresse de lire Humanisme et terreur. On y assiste à un bel exemple de «critique», c'est-à-dire un beau discours intellectuel pour défendre les procès de Moscou. J'appelle ça une crapulerie. Quelqu'un (peut-être la philosophe Alain) disait de Maurras (ou d’un maurrassien) qu'il avait «trahi l'outil». Je me permets de traduire ça par «crapulerie». Je pense que ce n'est pas n'importe quoi. Je pense même que c’est dire que c’est n’importe quoi qui est du n’importe quoi.

Comme je suis compatissant envers la misère humaine, j'ai considéré que la défense un peu trop convenue de Merleau-Ponty était due essentiellement à la révérence qui règne dans l'université. Mais il y règne aussi les «complots» minables pour éliminer les adversaires ou les discréditer (dans la plus pure tradition stalinienne d’ailleurs).

Ce qui a aussi un rapport avec Merleau-Ponty et Chomsky. On peut être d'accord ou pas avec Chomsky, mais MP était bien dans le camp des staliniens en 1947. Dire qu’il avait fait le mauvais choix, contrairement à De Gaulle que vous invoquez, est bien légitime. Les conséquences du stalinisme dans le monde réel sont différentes (il s’agissait alors d’ailleurs de démolir Kravtchenko que les communistes attaquaient en justice). Et le contester aujourd'hui, alors que personne pourtant ne conteste la réalité du stalinisme, constitue du négationnisme. A moins que vous n'exonériez totalement les intellectuels, en niant totalement leur rapport avec la réalité. Ce qui n’est pas le paradigme admis. Si ce n’est pas le vôtre, méthodologiquement parlant, il faut donc le préciser.

Pour un fan de Bourdieu, le souci maladif de «légitimité académique» aurait plutôt tendance à relever d’une inconséquence (ou des déterminations personnelles). C’est bel et bien ça qui est du «n’importe quoi» (i.e. «contradiction»). Disons, pour être gentil, qu’au niveau du style (et du contenu) votre prose est du Val, alors que je serais plutôt une sorte de Siné qui a fait des études. Ce qui me semble bien être le vrai sujet, soit dit en passant.

Mais sur le fond de l’analyse stylistique, j’aurais plutôt tendance à considérer une grossièreté (voir Est-ce qu’on peut dire...) comme une atténuation d’une critique, alors que la politesse académique me paraît plus insidieuse, surtout quand elle est bien pensante. En tout état de cause, l’absence de confrontation à la critique, et d’enregistrement d’une réfutation (ex. De Gaulle en 1940/ Merleau-Ponty en 1947) est même constitutive d’une imposture (assez fréquente dans les sciences humaines). Ou plutôt, serait « constitutive d’une imposture », s’il ne s’agissait, j’en ai bien peur, d’une incapacité cognitive à raisonner, ou d’un ignorance épistémologique à savoir même ce qu’est un raisonnement, qui n’est pas une révérence.

La répétition d'une insulte peu étayée ne fait guère avancer la fragiles et partielles vérités. Elle marque plutôt la pauvreté intellectuelle de son énonciateur...je vous laisse donc à votre ridicule et ignare arrogance afin qu'elle résonne dans le vide internautique...

Ce qui est étayé, c'est que Merleau-Ponty a justifié les procès de Moscou en 1947. Ce que j'ai dit, c'est que le fait qu'il soit revenu dessus sa position, la queue entre les jambes, ne le dédouane pas pour les contemporains de 1947, qui essayaient de rétablir la vérité. Méthodologiquement parlant, se placer du point de vue de ce qu'on sait de MP dans l'avenir est un risible anachronisme! La socio n'est pas de l'histoire. Mais un sociologue ne devrait pas ignorer cette contextualisation minimale.

En tout état de cause, je suis bien obligé de constater que je me retrouve, comme en 1947, en position d'accusé (en bonne compagnie donc) de la part de quelqu'un qui défend ceux qui défendaient en leur temps les procès de Moscou. Apparemment, c'est un passé qui ne passe pas chez certains.

Cet persistance dans le négationnisme serait-elle une caractéristique des enseignants lyonnais? Ou cela cache-t-il un cadavre dans le placard?

@ Jacques Bolo :
On discute de quoi ?
L'apport de Merleau-Ponty à la philosophie se réduit-il à son opinion sur les procès de Moscou en 1947 ?

Si vous regardez bien, vous verrez qu'il n'a jamais été question pour moi des apports de MP à la philosophie, mais du fait que je disais initialement que la référence à Humanisme et terreur (note 1 de l'article) était une maladresse, pour les raisons que l'on sait (et que vous-même disiez ignorer).Si votre point de vue est: "Certes il a justifié les procès de Moscou, mais sa philosophie postérieure l'en exonère", c'est votre droit, mais "ce n'est pas de cela qu'on discute".

C'est à ceux qui ont un problème avec cette réalité de se remettre en question (puisque les questions sont à la mode pour la partisans de MP). Moi, je parlais seulement d'un fait (et d'une information pour ceux qui l'ignorent) à prendre en compte. Le fait que cela déclenche une excommunication (digne de la grande époque) me paraît quand même symptomatique.

Avez-vous (vraiment) lu Humanisme et terreur, Jacques ? Les aventures de la dialectique, excellent également, dans lequel Merleau-Ponty revient sur (et critique) ses propres thèses (celles développées dans Humanisme...) constitue moins un reniement de l'ensemble de son raisonnement qu'un prolongement (critique) de ses réflexions initiales. Je vous propose un court extrait (introductif) de l'ouvrage qui vaut à Jacques de clouer (par trop) Merleau-Ponty au pilori et qui est - malgré et avec ses erreurs et ses errements - profondément stimulant (sur le plan philosophique comme politique) :


"Nous l'avons dit : toute discussion qui se place dans la perspective libérale manque le problème, puisqu'il se pose à propos d'un pays qui a fait et prétend poursuivre une révolution, et que le libéralisme exclut l'hypothèse révolutionnaire. On peut préférer les périodes aux époques, on peut penser que la violence révolutionnaire ne réussit pas à transformer les rapports humains, - si l'ont veut comprendre le problème communiste [c'est donc pour lui un "problème", le sous-titre de l'ouvrage étant par ailleurs, "Essai sur le problème communiste"], il faut commencer par replacer les procès de Moscou dans la Stimmung révolutionnaire de la violence sans laquelle ils seraient inconcevables. C'est alors que commence la discussion [c'est lui qui souligne]. Elle ne consiste pas à rechercher si le communiste respecte les règles de la pensée libérale, il est trop évident qu'il ne le fait pas, mais si la violence qu'il exerce est révolutionnaire et capable de créer entre les hommes des rapports humains. La critique marxiste des idées libérales est si forte que, si le communisme était en passe de faire, par la révolution mondiale, une société sans classes d'où auraient disparu, avec l'exploitation de l'homme par l'homme, les cause de guerre et décadence, il faudrait être communiste. Mais est-il sur le chemin ? La violence dans le communisme d'aujourd'hui a-t-elle le sens qu'elle avait dans celui de Lénine ? Le communisme est-il égal à ses intentions humanistes ? Voilà la vraie question [...]


Marx est hostile à la non-violence prétendue du libéralisme, mais la violence qu'il prescrit n'est pas quelconque.
Pouvons-nous en dire autant du communisme d'aujourd'hui ? La hiérarchie sociale en U.R.S.S. s'est depuis dix ans considérablement accentuée. Le prolétariat joue un rôle insignifiant dans les Congrès du parti. La discussion politique se poursuit peut-être à l'intérieur des cellules, elle ne se manifeste jamais publiquement. Les partis communistes nationaux luttent pour le pouvoir sans plate-forme prolétarienne et sans éviter toujours le chauvinisme. Les divergences politiques, qui auparavant n'entraînaient jamais la peine de mort, sont non seulement sanctionnées comme des délits, mais encore maquillées en crimes de droit commun. La Terreur ne veut plus s'affirmer comme Terreur révolutionnaire. Dans l'ordre de la culture, la dialectique est en fait remplacée par le rationalisme scientiste de nos pères, comme si elle laissait trop de marge à l'ambiguïté et trop de champ aux divergences. La différence est de plus en plus grande entre ce que les communistes pensent et ce qu'ils écrivent, parce qu'elle est de plus en plus grande entre ce que qu'ils veulent et ce qu'ils font. Un communiste qui se déclarait chaleureusement d'accord avec nous, après avoir le début de cet essai, écrit trois jours plus tard qu'il atteste, disons un vice solitaire de l'esprit, et que nous faisons le jeu du néo-fascisme français. Si l'on essaye d'apprécier l'orientation générale du système, on soutiendrait difficilement qu'il va vers la reconnaissance de l'homme par l'homme, l'internationalisme, le dépérissement de l'Etat et le pouvoir effectif du prolétariat. Le comportement communiste n'a pas changé : c'est toujours la même attitude de lutte, les mêmes ruses de guerre, la même méchanceté méthodique, la même méfiance, mais, de moins en moins sur la convergence spontanée des mouvements prolétariens et sur la vérité de sa propre perspective historique, le communisme est de plus en plus tendu, il montre de plus en plus sa face d'ombre
" (préface, édition Idées/Gallimard (poche), 1947, 1980, pages 44-45 et 47-48).


Pour vous donner (éventuellement) l'envie de lire ce livre, beaucoup plus "compliqué" que ce que Jacques en restitue...


Et pour prolonger (sans reprocher à Philippe de renvoyer à sa propre bibliographie !) : "Merleau-Ponty ou l'analyse politique au défi de l'inquiétude machiavélienne", dans Les Études philosophiques, n°2/2001 (attention jpylg et jlamo, c'est long comme texte !).

Je m'relis et me sens, disons solitaire...

long ? ok, pertinent ?

-

non parceque ça peut-être court et plus pertinent qu'un texte de 250 pages

Merci, Patrick Daquin, de cette citation introductive, qui me permet de préciser ce que je tentais de dire à Jacques Bolo :
"C'est alors que commence la discussion [c'est lui qui souligne]. Elle ne consiste pas à rechercher si le communiste respecte les règles de la pensée libérale, il est trop évident qu'il ne le fait pas, mais si la violence qu'il exerce est révolutionnaire et capable de créer entre les hommes des rapports humains. " (Merleau Ponty 1947)


Je retrouve, sans surprise, que Merleau-Ponty pose LA question, celle du paradoxe du changement par la violence.
Dans ce texte, on voit qu'il est en questionnement;
A ce questionnement, il a donné une réponse en 1947 - que je ne partage pas. (mais je n'étais aps née, et j'ai été éduquée dans un habitus qui connaissait la réalité de l'URSS de l'époque, je n'ai donc pas eu à faire d'effort de pensée sur le sujet !)


Ce que je voulais dire à J Bolo, et qui se confirme dans la citation que nosu propose P. Daquin, c'est que les outils de pensée de Merleau-Ponty lui ont permis, ultérieurement, de dépasser cette réponse en... (je ne sais plus la date).
Ce qui n'a pas été le cas de tous les "compagnons de route" du PC.


Comme ce sont de véritables outils de la pensée, les questions de Merleau-Ponty restent d'actualité :
Est que la violence peut être révolutionnaire (porteuse de changement structurel d'une société) ?
Oui, nous l'avons vu avec le nazisme par exemple.


Est-ce qu'elle peut l'être quand elle émane d'une "bonne intention" (ici, celle d'instaurer un système égalitaire) ?
Pour cela, MP lui-même avait déjà trouvé la condition :


Est-ce qu'un changement, impulsé dans une violence "bien intentionnée" (bienveillante), est "capable de créer entre les hommes des rapports humains" ?
rapports humains, jhje suppose que MP entend, pas des rapports d'objet.
On en arrive à l'humanisme.
Qui se définit pour moi comme des rapports humains excluant le recours à la violence pour "faire entendre raison" ou "avoir raison" par rapport à l'autre.


Si on a recours à ce moment aux éclairages de la psychanalyse, on voit combien une expérience traumatisante comme l'est la violence subie entraine plutôt à une reproduction qu'à une autonomisation. (1)
Si on a recours aux éclairages de Bourdieu, on voit qu'un système violent instauré durablement crée chez les gens un "habitus", avec les deux rôles : subir la violence, exercer la violence.
(1) Rosa Luxemburg avait réfléchi, contrairement à Lénine et Trotsky, à ce problème de l'émancipation "par l"extérieur" (autrement dit, la "libération" des masses ou des peuples).


J'arrête là pour laisser la parole à Jlamo sur tout sujet qui peut l'intéresser à cet instant t (la longueur de ce message, ou autre)

@Philippe Corcuff
Permettez-moi de vous reposer ma question, posée plus haut voici quelques jours:
Il me semble que votre phrase J'interrogeais alors en sociologue (où je me sens plus à l'aise que sur les modalités d'écroulement de tours à New York) les filtres des interrogations conspirationnistes, et aussi donc les terrains où elles s'aventuraient peu à interroger. encapsule le problème: C'est quoi, une interrogation conspirationniste, et surtout ou se situe selon vous la limite entre une interrogation conspirationniste et une interrogation légitime ? Je pense que si nous partions de là, nous pourrions alors passer les différents cas (11 septembre et autres) au travers des critères qui fondent vos définitions de ces deux formes d'interrogation, et voir objectivement le positionnement de chaque cas.

Je ne vois pas pourquoi je répondrai à vos questions (quand vous ne vous rêvez pas en ingénieur en bâtiments ou en agent du contre-espionnage, vous vous voyez peut-être en policier?) à partir du moment où vous n'avez jamais tenu compte de mes questionnements. Je vous laisse donc avec vos certitudes (sur le 11 septembre, sur le reste et sur la grandeur de votre rebellitude du "grattage").

En policier? Nah.... en Superman à la rigueur, si vraiment mes fans insistent. En fait mon but ultime, que je vous révèle ici en avant-première, est d'arriver à convaincre Martin Scorsese de baser son prochain blockbuster "Jesus Christ - le Retour" sur ma biographie.

@ Vincent : sans jugement négatif - l'émotion, l'incompréhension d'être ainsi abandonnés par l'intérêt du monde pest si légitime - un exemple d'interrogation conspirationniste :
Celle exprimée par un manifestant iranien, interviewé aujourd'hui à Paris dans une manif je crois (France Info peu avant 22 heures ? ) :
Est-ce que M. Jackson n'est pas mort depuis 8 ou 10 jours, en réalité ? On a attendu pour annoncer sa mort, au bon moment pour faire oublier l'Iran.


Le mécanisme que je vois là c'est qu'il y a un fait objectif vérifiable par nous tous : la mort de M. J. a chassé l'Iran de la Une des medias dont Twiter. Ce qui sert le pouvoir iranien.
De même que l'attaque du 11 sept a effectivement servi la politique du clan Bush et a facilité la guerre contre l'Irak qu'il avait dans ses cartons.
Du coup on a davantage envie de chercher un lien de causalité aussi en amont dans l'événement.
Alors que ça peut être bien plus simple.

Chère Fantie,
D'accord avec vous que l'exemple que vous présentez, de part son manque de fondement (de ce que j'en sais en tout cas) et son côté "élucubration", tombe sous le coup d'une "interrogation conspirationniste"telle que l'entend sans doute notre hôte. Mais, pardonnez-moi l'expression, c'est un exemple inconséquent. Le cas du 11 septembre, et d'autres, repose sur le fait que certains, tout aussi compétant que d'autres (malgré ce qu'en pense Corcuff, mais il suffit de s'intéresser un peu ou sujet pour voir que les "antis' sont tout aussi diplômés que les "officiels"), n'acceptent pas les explications techniques données par le camp "officiel" pour un phénomène très particulier, pour ne pas dire unique en son genre. C'est pour cela que j'en appelle à la définition de critères les plus objectifs possibles pour déterminer la légitimité d'une interrogation - critères applicables à toutes les intérrogations des thèses officielles, de Copernic à aujourd'hui.

"les "antis' sont tout aussi diplômés que les "officiels""
@ Vincent : diplômé n'a jamais été synome de compétent !
La compétence ne se montre qu'en action.
Comme pour la médecine, en gros, seuls des "usagers" ayant eu affaire à ces experts pourraient nous dire s'ils sesont révélés compétents dans les affaires concrètes qu'ils ont traitées.

@Fantie
Je vous invite à vérifier par vous-même les compétences professionnelles des têtes de file des différents mouvements contestataires, par exemple pour le 11/09 . Evidemment, du point de vue officiel, n'est compétent que celui qui roule dans le même sens qui lui. Voici la liste des architectes et ingénieurs "dissidents" qui ont fondé le mouvement "Architects & Engineers for 9/11 Truth": http://www.ae911truth.org/signpetition.php . Bien sur on peut décider à priori, comme le fait Philippe Corcuff, que tous ces gens sont incompétents, mais encore faudrait-il alors le prouver.

à Vincent Vershoore


Je n'ai toujours pas bien compris ce que vous appelez une thèse "officielle". Présentée par les autorités ? Communément admise ?


Pour ma part, j'admets très bien que des gens mettent en doute les versions communément admises de tel ou tel événement (sauf pour la Shoah ou événements de ce genre, tant qu'il restera des survivants ou des proches). Mais ce qui me gêne, c'est que les conspirationnistes semblent n'avoir aucun doute, de leur côté, et quand on leur demande ce qu'ils concluent de tout cela, ils hochent la tête d'un air entendu, et finissent la plupart du temps par désigner, en fin de compte, le Grand Complot Militaro-Sioniste...

@Melchior,
Je n'ai toujours pas bien compris ce que vous appelez une thèse "officielle". Présentée par les autorités ? Communément admise ? Vos définitions me vont bien, sans quelles soient exclusives. Etant entendu que je ne considère évidemment pas que toute thèse "officielle" est nécessairement fausse, mais je combat la notion quelle soit nécessairement vraie.


Je vous retourne la question: qu'entendez-vous par "conspirationniste"? Si par là vous entendez quelqu'un qui estime que rien de ce qui est "officiel" n'est vrai et que tout est manipulé par une organisation secrète militaro-sioniste-machin-chose, autrement dit une forme de paranoïa, alors nous sommes d'accord. Le problème, c'est que des gens comme Corcuff, supposément intelligents, considèrent comme conspirationniste (donc parano, sectaires, mentalement fragiles etc...) tout ce qui prétend critiquer ou contredire les thèses officielles, peu importe que leurs raisons soient objectivement légitimes ou pas. C'est pour eux une attitude irrecevable par principe. Et j'en veux pour preuve la réponse faite par Corcuff à ma demande de préciser les critères qui permettraient de différencier une interrogation légitime d'une interrogation "conspirationniste". Il s'y refuse, sachant bien que les critères qui invalideraient le questionnement légitime sur certains sujets comme le 11 septembre, invalideraient en même temps bon nombre de questions posées, souvent au péril de leur vie, par des personnages historiques allant à l'encontre des thèses "officielles" de leur époque. Peu importe d'ailleurs q'in fine la version officielle soit en fait la bonne: a partir du moment ou le doute existe, on ne peut se permettre de ne pas l'explorer. Ou alors autant aller se faire lobotomiser et passer à autre chose.


Mais cela dit, je reste preneur d'un débat dont le but serait justement de définir ces critères, car il y a bien une distinction à faire entre l'interrogation légitime irrecevable par "l'establishment" et l'interrogation "conspirationniste" paranoïaque. Je m'inscrit dans la première, mais il est toujours possible que vous puissiez prouver que je suis en fait dans la seconde.

Suite à ma réponse de 13:11 à Melchior.
Je remercie Médiapart de me fournir en temps réel une illustration d'une interrogation considérée comme irrecevable par le camp "officiel", l'acharnement de ce camp contre celui qui ose poser les bonnes questions, pour finalement et trente ans après enfin aboutir à la recevabilité de ses arguments http://www.mediapart.fr/journal/france/300609/plombages-dent...

Le Dr Mélet, à l'origine de la remise en cause des amalgames dentaires dans les années 80, allant à l'encontre de nombreux intérêts particuliers. Courte description de sa vie et de l'aspect tragique de son oeuvre sur http://www.hyperactif.net/metauxlourds.html

OK, Vincent, sauf que dès que j'ai entendu parler de cette affaire de plombages, il y a pas mal d'années déjà, elle m'a paru du même ordre que celle de l'amiante etc : des faits réels occultés par des lobbys industriels puissants., alliés à un Etat frileux des conséquences économiques. Idem pour la maladie de la vache folle, ou l'amiante et la triste banalité des obstacles à la reconnaissance officielle de sa dangerosité.


On n'est pas du tout dans le cas d'un complot politique volontaire, qu'il faudrait ensuite occulter, comme ce qui sous-entend la remise en cause de la version courante et officielle du 11 septembre.
On est en plein dans le triste quotidien d'un capitalisme qui cherche à ne pas avoir payer les conséquences de ses approximations sanitaires.
Et dans ces cas là, du moins en démocratie, les experts non mandatés par les professions ou les firmes incriminés réussisent à se faire entendre au bout d'un temps plus ou moins long, quand les victimes réussissent à s'organiser, donc quand le le scandale devient trop grand .

des faits réels occultés par des lobbys industriels puissants., alliés à un Etat frileux des conséquences économiques.
Mais, chère Fantie, c'est -exactement - ce qui sous-tend les controverses sur le 11 septembre, le VIH, le Gardasil, la guerre en Irak, les OGM et j'en passe. Je remplacerais la notion "d'Etat frileux" par "Etat sous influence" des lobbies et des intérêts particuliers qui gravitent autour du pouvoir (voir le récent billet de M Philips sur le lien entre le frère de Sarko et l'industrie pharma par exemple).
Le "complot politique volontaire" est à mon avis très rare, voir inexistant: soit vous avez une dictature et donc la question du "complot" ne se pose plus, le pouvoir fait ce qu'il veut point barre, soit vous avez encore un semblant de démocratie et donc une classe dirigeante qui pour assurer sa stabilité collabore avec les "vrais" pouvoirs (la grande industrie, la finance, les institutions) qui sont autant d'intérêts particuliers. Evidemment, si vous êtes néolibérale pur sucre (mais je sais que vous ne l'êtes pas) et donc que vous croyez que l'intérêt commun est la somme des intérêts particuliers, il n'y a aucun problème avec ce système...

Mettre sur le même plan le 11 septembre, le VIH , la guerre en Irak et les OGM: Ne serait-ce pas là déjà un exemple de tendance complotiste?
Sous-entendre que ceux qui le font le font au péril de leur vie, n'en serait-ce pas un autre exemple? (te retournes tu de temps en temps pour voir si tu es suivi, Vincent?)

Une petite remarque amusante sur la théorie du complot. On remarque que certains signent (en principe) de leur nom, comme Vincent Verschoore (et moi) alors que d'autres, qui sont sans doute inquiets (ou trotskistes) comme "Le Père Vert Pépère" (et qui se croient drôles) ou Fantie B ("D'une petite ville de France" = Charlotte Julian, 1972 - 'Fleur de province' ???), se prennent sans doute pour des clandos, ou sont des provocateurs (de la police politique), ou comme je l'ai proposé un jour dans un commentaire, sont probablement des "hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve". On se perd en conjectures! MDR.

@Jacques Bolo
To pseudo or not to pseudo, vaste débat... http://www.mediapart.fr/club/blog/marielle-billy/020109/anon...

Jacques Bolo,
Je n'essaie pas de te faire rire, ça me parait un peu trop compliqué.
Quand à la question de l'anonymat, réfléchis un petit peu, mon gars Jacques. Que tu commentes sous le nom de Bolo ou sous le pseudo de Toto, ça ne change rien à ton anonymat. Je ne te connais pas de toute façon. Alors arrêtes de te perdre en conjectures. Tu ne me connais pas de toute façon. Si j'employais mon nom à la place du pseudo qui ne te fait pas rire, ça ne changerait rien non plus.

C'était en réponse à la question de savoir si Vincent était suivi.
Puisque ça change rien, pourquoi tu mets pas ton nom, banane! T'as peur des men in black (NSA+extra-terrestres)?

Puisque ça change rien, pourquoi il le mettrait, beau lot ?

Non, mon nom n'est pas banane. Belle tentative, Lobo. Allez, un indice: mon nom n'est pas celui d'un fruit.

@Vert Pépère,
Non, justement, ces affaires sont sur le même plan en cela qu'elles sont toutes issues de l'influence de puissants intérêts particuliers sur les postions des Etats. C'est évident pour à peu près tout le monde concernant la guerre en Irak et les OGM, sauf si vous croyez encore aux armes de destruction massives de Saddam ou aux "bienfaits" des OGM. C'est en surface moins évident pour le 11 septembre ou le VIH, mais quand on regarde de près on retrouve la même problématique. Je ne m'étendrai pas ici sur la question du VIH car je ne veux pas pourrir ce fil, si ca vous intéresse je vous invite à aller voir mon blog. Comme il est très intéressant de regarder ce qui fonde réellement les vaccins anti-HPV, le vaccin contre l'hépatite B ou celui qu'on aimerait bien nous vendre contre la grippe A, pour rester dans le domaine de la santé publique. Il ne s'agit pas de "complots" mais d'opportunisme totalement amoral (à mon sens, totalement immoral) de puissants intérêts commerciaux disposant d'excellents relais au coeur même du pouvoir.

Bon parlons seulement des OGM et de la guerre en Irak puisque tu ne veux pas pourrir ce fil (mais bon c'est toi qui en a parlé en premier du VIH non?). Pour ma part, la guerre en Irak correspond à des interêts d'état (controle sur le moyen orient et donc sur le pétrole) alors que les OGM correspondent effectivement à des intérêts privés. Donc nous ne sommes pas sur le même plan.
Au passage, évitons, si tu souhaites débattre, les positions binaires. Ce n'est pas parce que je ne suis pas d'accord avec toi que je crois forcément aux armes de destruction massive ou aux bienfaits des OGM (dans ce dernier cas , c'est même particulièrement risible).
Et alors sinon, tu es suivi ou non?

@ Vincent :
Si déjà on pouvait distinguer entre
*les "complots intentionnels" :
- exemple, lancer une action meurtrière en ayant prévu en plus de la faire attribuer à d'autres, comme l'incendie du Reichstag
* et les "complots postérieurs" : une industrie qui sait, ou se révèle, avoir des conséquences meurtrières, et s'emploie donc (ou ensuite) à nier ces conséquences ;
exemple, parmi d'innombrables : les peintures au plomb qui tapissent encore certains logements, la dioxine, le mercure (Japon, baie de Minamata), la bauxite, l'amiante, l'industrie nucléaire militaire, et peut-être nos plombages au mercure.

@Fantie
Déjà ca aiderait si on cantonnais l'utilisation du mot "complot" à ce qui relève effectivement d'actions préméditées dans l'ombre par des gens identifiables et conscients de leur action. Le jour ou on saura vraiment les tenants et aboutissants du 11 septembre, on pourra peut être parler de complot. On peut d'ores et déjà penser qu'il y a bien eu un complot au sein de l'administration américaine pour instrumentaliser une attaque terroriste afin de justifier l'incursion Irakienne, mais ca reste pour l'instant de la conjecture. Tout dépends de l'appréciation de chacun sur la cause véritable de la chute des tours: soit elle fut causée par les avions et alors tout ce que l'on pourrait vraiment reprocher à l'administration US est d'avoir instrumentalisé cette attaque pour envahir l'Irak et développer sa politique néocon liberticide, soit les avions ne furent qu'un déclencheur d'uns destruction préméditée (ce que pensent aujourd'hui beaucoup de gens, et la récente déclaration danoise au sujet de la présence de nano-thermite dans la poussière des tours en rajoute évidemment une couche) et alors on peut parler de "complot" et essayer de comprendre qui/comment et pourquoi.
Ce qui est vraiment bizarre dans l'attitude représentée par Mr Corcuff par exemple, c'est que d'une part on est tous d'accord sur le fait de traiter W Bush de crétin inculte piloté par les géants américains de l'armement et du pétrole, mais que ceux qui tentent de démontrer cette probable réalité en analysant des faits concrets deviennent ce faisant des gens nuisibles, incompétents et psychologiquement fragiles. Faudrait savoir ce que l'on veut. Qu'il y ait de tels gens dans les mouvements "anti", certes, comme il y en a partout, mais faire automatiquement l'amalgame et ainsi discréditer les gens sérieux est exactement ce sur quoi compte le camp "officiel'.

Bref retour à l'article lui-même, pour dire simplement que c'est une analyse bien menée et je crois d'une gande intégrité sur un sujet qui est en permanence actuel. Ce type de billet aide à être un peu moins cons (moi compris, cela va de soi), ce qui ne devrait faire de mal à personne.