"La négation de l’Holocauste, n’est rien d’autre qu’un prétexte pour permettre l’expression de la haine contre les juifs" écrit Brian Cuban. De son côté, Barry Schnitt, porte-parole de Facebook, affirme que "le simple fait d’affirmer que l’Holocauste n’a pas existé ne constitue pas une violation de nos règles d’utilisation".
D’un point de vue purement légal, Facebook est irréprochable. Aux Etats-Unis et dans la plupart des pays, la négation de la mort de six millions de juifs durant la deuxième guerre mondiale ne tombe sous le coup d’aucune loi.
Seuls treize pays, dont l’Autriche, la Pologne, le Portugal, la France et l’Allemagne, ont criminalisé les propos négationnistes.
Néanmoins, rien n’empêche Facebook ou les autres réseaux sociaux d’imposer leurs propres règles, indépendamment des lois en vigueur. Facebook le fait déjà pour interdire les images de nudité. 150 employés de la société sont ainsi occupés à temps plein à scruter les pages des profils et des groupes, et à effacer la moindre photo douteuse. Récemment, la suppression d’images de mères allaitant leur enfant avait provoqué un tollé.
Facebook vient d’ailleurs d’annoncer l’interdiction de deux groupes négationnistes, "Holocaust is a Holohoax" et "Based on the facts… there was no Holocaust", au motif qu’ils ne respectaient pas l’article 3-6 de la Déclaration des droits et responsabilités, certains messages postés par des usagers ayant incité à la haine.
Chaque nouvel utilisateur de Facebook s’engage à respecter cette Déclaration. Le paragraphe 3 de l’article 6 stipule : "Vous ne publierez pas de contenu incitant à la haine, pornographique, ou contenant de la nudité ou de la violence gratuite."
De nombreux autres groupes négationnistes sont néanmoins toujours accessibles sur le réseau social, notamment "Holocaust : A Series of Lies" et "Holocaust is a Myth".
Ces groupes sont en théorie inaccessibles depuis les pays dotés d’une législation interdisant la négation du génocide. En réalité, l’utilisation d’un proxy permet aisément de contourner le blocage.
Selon Facebook, ces groupes se contentent d’encourager "un débat autorisé par la loi sur un sujet controversé" et il n’y a aucune raison de les interdire tant qu’ils n’incitent pas explicitement à la haine.
"Naturellement nous condamnons l’idéologie nazie et nous trouvons les théories négationnistes répugnante et stupides, précise Barry Schnitt. Pour autant, nous croyons que les gens ont le droit de discuter ces idées et nous voulons que Facebook soit un lieu ou les idées, même les plus controversées, puissent être discutées. Bien sûr, nous avons des limites."
Il interroge alors : "Veut-on que ces théories négationnistes soient débattues en cachette et que la propagande circule, silencieusement et de façon anonyme ? Ou préfère-t-on que cela puisse être discuté ouvertement sur Facebook, où les gens se présentent sous leur nom et avec leur photo ?"
L’avocat Brian Cuban est loin d’être convaincu par cet argument. Dans sa lettre au patron de Facebook, il interroge : "S’agit-il d’une déclaration officielle de Facebook sur la manière dont la négation de l’Holocauste doit être traitée dans la société ? (…) Quels experts Facebook a-t-il consulté pour en arriver à la conclusion qu’un "débat ouvert" était la manière la plus appropriée pour gérer le sujet ? Avez-vous bien conscience de la signification historique d’une telle déclaration pour les Juifs ?"
Barry Schnitt assure en tout cas que Facebook surveille attentivement ces groupes et qu’ils seront immédiatement supprimés "si les discussions entre leurs membres dégénèrent au point de constituer une incitation à la haine ou à la violence".
Pour Brian Cuban, certains groupes ont déjà franchi la ligne. Ainsi, "Fuck Israel and Their Holocaust Bullshit" invite ses visiteurs à adresser leurs suggestions par email à destroy.israel@xxxx.com.
La plupart de ces groupes font une large place à la dénonciation des "crimes" commis par Israël contre le peuple Palestinien. Les partisans de leur suppression estiment que, s’il est légitime de critiquer Israël pour sa politique à l’égard des Palestiniens, en venir à la conclusion que "les juifs sont la pire pourriture de la terre" relève incontestablement d’un discours de haine.
Avec plus de 200 millions d’utilisateurs et 3,5 millions d’utilisateurs supplémentaires chaque semaine, Facebook peut difficilement éviter ce genre de polémique. Deborah Lautner, responsable de la Ligue anti-diffamation, estime que "des mesures doivent être prises pour enrayer la propagation exponentielle des contenus haineux sur internet. C’est pour l’instant un incendie immaîtrisable". Son organisation a déjà participé à des réunions avec les responsables de YouTube et elle espère que Facebook sera également disposé à entendre leurs arguments.
De son coté, le Centre Simon Wiesenthal a publié mercredi 13 mai un rapport consacré aux discours de haine sur le web. Il note que le nombre de pages et de documents faisant la promotion du racisme, de l’antisémitisme ou de l’homophobie sur la toile a augmenté de 25 % en un an. Le Centre a recensé 10,000 pages et documents, dont 30 % accessibles par l’intermédiaire de Facebook.
Les critères selon lesquels Facebook détermine qu’un groupe a violé ses règles sont malheureusement assez floues et Barry Schnitt le reconnaît : "Nous avons une équipe pluridisciplinaire, avec notamment des juristes, qui aide à élaborer les réponses aux cas les plus difficiles."
Pour sa démonstration, le représentant de Facebook préfère prendre l’exemple de la nudité : "Qu’est ce qui définit la nudité ? Nous avons eu un certain nombre de réunions sur ce sujet, nous avons consulté des experts, nous avons consulté les avis précédents, et nous sommes arrivé à quelques règles simples, qui peuvent paraître idiotes : la règle des seins nus, la règle de la raie des fesses, etc…"
A l’arrivée, admet Barry Schnitt, "dans la plupart des cas, ce sont les personnes chargées de contrôler les contenus qui doivent s’en remettre à leur propre jugement. Nous formons ces personnes, nous leur apprenons à devenir des experts pour décider si un contenu franchit la ligne rouge, ou le cas échant pour en référer à un supérieur ou au département juridique."
Ce débat sur les pages négationnistes accessibles sur Facebook met en lumière, plus généralement, le défi posé dans les cas où un contenu n’est pas à proprement parler illégal, ou seulement dans certains pays, et où la responsabilité incombe au réseau social de définir ses propres limites morales.







Personnellement, je suis entièrement d'accord avec la position de Barry Schnitt. D'abord parce que la censure ne sert jamais que les intérêts de ceux qui ont le pouvoir de l'imposer. Ensuite parce que l'on est soit pour la liberté d'expression (qui n'est pas synonyme de la liberté de diffamer) soit on est contre, mais on ne peut pas être pour en général et contre quand elle nous dérange. Posture malheureusement très commune en nos contrées, y compris tout en haut de l'échelle.
La haine naît toujours de l'injustice.
Et l'injustice est multi-formes.
@ +NEO-
"Seuls treize pays, dont l’Autriche, la Pologne, le Portugal, la France et l’Allemagne, ont criminalisé les propos négationnistes."...
Quels sont les autres? Que vous mettiez en avant des pays impliqués dans la Shoah (Allemagne, Autriche, France et Pologne...) se comprend. Mais les 8 non nommés doivent être au moins aussi "importants" que le Portugal...
Le négationnisme est une falsification de l'histoire, qui se revendique de l'histoire pour exprimer, son antisémitisme. Je rappelle les propos de Sartre dans ses « réflexions sur la question juive » (1946) : « Je me refuse à nommer opinion une doctrine qui vise expressément des personnes particulières et qui tend à supprimer leurs droits ou à les exterminer » Par ces mots, le philosophe nous explique que l’antisémitisme n’est pas une opinion. Toutes les idées ne peuvent se prétendre opinions. «L’antisémitisme ne rentre pas dans la catégorie de pensée que protège le droit de libre opinion » Les antisémites « pensent faux », […] comme ils ont peur du raisonnement, ils veulent adopter un mode de vie où le raisonnement et la recherche n’aient qu’un rôle subordonné »
Les injustices commises par Israël à l'encontre des palestiniens sont certes à dénoncer, mais elles ne peuvent justifier le négationnisme et encore moins se revendiquer de l'antisémitisme pour les dénoncer...
Je reprends la description de l'antisémitisme par Sartre :
« L’antisémitisme est une passion qui permet d’affecter sa haine et ses colères non pas parce que le juif fait souffrir mais parce que l’individu anticipe les faits. ...les antisémites savent que leurs discours sont légers, contestables ; mais ils s’en amusent, c’est leur adversaire qui a le devoir d’user sérieusement des mots puisqu’il croit aux mots […] ils sont de mauvaise foi avec délices, car il s’agit pour eux, non pas de persuader par de bons arguments, mais d’intimider ou de désorienter... »
je pense que, sur ce plan là, nous pouvons écouter Sartre. Le négationnisme, n'est que l'expression, à peine déguisée de la haine des juifs. Ce n'est pas une opinion. Il est parfaitement légitime de l'interdire...