Raoul Marc Jennar: la crise, le NPA et l'éco-socialisme

Raoul Marc Jennar, chercheur, militant altermondialiste, a rejoint le processus devant aboutir à la création d’un nouveau parti anticapitaliste (NPA, appellation transitoire) issu d’une autodissolution de la LCR pour fonder, début 2009, une formation pluraliste, alternative radicale à l’hégémonie que le PS porte sur « la gauche ». Entretien. A l’occasion d’une récente rencontre, Raoul Marc Jennar (RMJ) a accepté de répondre à quelques questions (JRV).

 L’entretien porte, entre autres sujets, sur la crise du capitalisme et la nouvelle donne à gauche avec un futur mouvement pour l’ éco-socialisme dont se réclame le NPA.

 


 

JRV :  Comment, avec le souci de la pédagogie qui anime tes interventions, analyses-tu « la crise » actuelle ?

RMJ : C’est la crise ! Mais, si on y réfléchit un instant, c’est tout le temps la crise ! Avons-nous connu depuis 30 ans des périodes où ce n’était pas la crise ?

Et même avant. Je suis né au début de ce qu’on a appelé « les Trente glorieuses ». Mais elles étaient glorieuses pour qui ?  Pour les mineurs dont on fermait les charbonnages ? Pour les ouvriers de la sidérurgie dont on fermait les usines ? Pour tous les autres qui ont du attendre le plus grand mouvement social de l’après guerre, Mai 68, pour recevoir enfin quelques miettes des profits engrangés par le patronat ?

Et même quand, soi-disant, ce n’est pas la crise. Quand les taux de croissance montent. Quand les entreprises font des profits. C’est quand même la crise pour celles et ceux qui subissent les fusions-acquisitions, les restructurations, les délocalisations, les dérégulations, les suppressions d’emplois dans des boites qui font pourtant des bénéfices.

Et enfin, pour des millions de gens qui, quand ils ont payé leurs charges, n’ont que 50 euros par mois pour se nourrir, n’est-ce pas, et depuis longtemps, la crise tous les jours ?

La vérité, c’est que le capitalisme, c’est la crise. C’est un système qui génère les crises. Il y a des crises financières, des crises économiques, des crises sociales, des crises alimentaires, des crises sanitaires, des crises écologiques. Et chaque fois, au nom de ces crises, le capitalisme impose ses solutions, des solutions qui maintiennent les inégalités, des solutions qui entretiennent l’exploitation, des solutions qui protègent l’accumulation des profits par un petit nombre. Et quand la crise ne suffit pas, il fait la guerre. Rappelez-vous ce que disait Jaurès : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». Là où le capitalisme ne peut exploiter en toute liberté, il provoque la guerre. Bien des guerres en Afrique qu’on nous présente comme des guerres civiles ou tribales sont en fait des guerres provoquées par le capitalisme. La guerre en Irak est une guerre du capitalisme.

En 1991, lors de l’effondrement de l’empire soviétique, le discours dominant a consacré l’échec du communisme. Nul ne peut nier que le capitalisme d’Etat, bureaucratique et totalitaire, a échoué à réaliser l’idéal communiste. Mais cet échec nous condamne-t-il à nous résigner au capitalisme ?

N’est-ce pas le moment de dire haut et fort aux capitalistes : quel est votre bilan ? Quels sont, pour le plus grand nombre, les résultats du capitalisme ?

Quand près de trois milliards d’humains n’ont pas accès au savoir, aux nouvelles technologies et aux nouveaux savoir-faire qui pourraient améliorer leur niveau de vie, quand deux milliards de personnes n’ont pas accès aux médicaments essentiels, quand un milliard et demi de gens vivent avec quatre-vingt dix centimes d’euro par jour, quand un milliard de personnes souffrent de la famine, quand un milliard d’adultes dont deux tiers sont des femmes sont analphabètes, quand plus de 150 millions d’enfants n’ont pas accès à l’école primaire, dont la moitié sont des filles, quand 44% de la jeunesse du monde en âge de travailler sont au chômage, quand, dans une Europe si riche, il y a 50 millions de pauvres et 18 millions de chômeurs, n’est-on pas en droit de demander : capitalistes où est votre succès ?

Le capitalisme a bénéficié, avec les dérégulations massives décidées au niveau mondial comme au niveau européen, d’une liberté comme jamais il n’en avait connu depuis le 19e siècle. Et voilà son bilan. Certains vous diront. : « Vous vous trompez. Regardez en Chine, depuis qu’ils sont passés à l’économie de marché, 400 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté ». Ils oublient de dire qu’un milliard de Chinois sont restés dans la pauvreté. Parce que, fondamentalement, c’est cela le capitalisme : c’est l’organisation de l’inégalité ; c’est l’exploitation de la majorité par un petit nombre.

JRV : Certes, mais la gauche institutionnelle parle d’un horizon indépassable lié à la globalisation y compris quand le « système », comme ces dernières semaines, menace de s’écrouler. Comment sortir de cette « nasse » idéologique ? En quoi le NPA peut-il changer la donne ?

RMJ : Face à cette réalité, on observe deux comportements. Il y a ceux qui considèrent que le capitalisme fait partie de l’ordre naturel des choses et que la crise d’aujourd’hui n’est qu’un dérapage de mauvais capitalistes qu’il faut punir pour revenir au bon capitalisme, que la démocratie libérale et l’économie de marché, sont le moins mauvais de tous les systèmes, comme le disait récemment sur France 2 le ministre des finances de Belgique.

Ceux-là, on les trouve à droite, bien entendu, au centre évidemment, mais également, à gauche. Ce sont en effet des sociaux-démocrates qui, à partir des années 80, en France comme dans le reste de l’Europe, ont accompagné et très souvent initié ce qu’on appelle la mondialisation, cette transformation du monde en un marché global où la puissance publique s’efface devant les acteurs économiques et financiers, où les humains sont traités comme des marchandises soumis aux lois d’une concurrence qui doit être libre et non faussée. La loi de déréglementation financière est une loi du PS. L’Acte unique européen et le traité de Maastricht, proposés par Jacques Delors, sont l’œuvre des sociaux-démocrates. La gauche plurielle partage avec onze autres gouvernements sociaux-démocrates la responsabilité de la stratégie de Lisbonne et des décisions de Barcelone sans lesquelles le démantèlement des services publics et du droit du travail n’aurait pas été possible. Et on a trouvé à la direction du PS les plus ardents défenseurs du traité constitutionnel européen préparé sous la direction de Giscard d’Estaing. Les mêmes souhaitent aujourd’hui ardemment qu’entre en vigueur ce copié collé du TCE qu’est le traité de Lisbonne pourtant rejeté par le seul peuple qui ait pu s’exprimer, le peuple irlandais. Le groupe socialiste au Parlement européen soutient résolument des projets ultralibéraux comme la création d’un marché commun euro-américain, les accords de libre-échange inégaux avec nos anciennes colonies, la mise en concurrence des services sociaux. Ce n’est pas parce que certains, au PS, gauchissent leurs discours depuis quelques jours alors qu’ils proclamaient haut et fort leur adhésion à la "modernité" du libéralisme économique et de l'économie de marché il y a quelques semaines, que, soudainement, on ne devrait plus ranger la social-démocratie parmi les acteurs décisifs de la financiarisation de l’économie mondiale et des dérégulations massives qui l’accompagnent. AU PS, ils sont toujours « fiers », comme ils disent, d’avoir Pascal Lamy à la tête de l’OMC.

 

Face à ces libéraux de droite et de gauche auxquels s’ajoutent ceux qui les suivent pour ne pas perdre les mandats que leur accorde l’alliance avec le PS, il y a ceux qui sont convaincus que le capitalisme n’est pas l’horizon indépassable de l’humanité. Ceux qui refusent le « il n’y a pas d’alternative » des sociaux-libéraux. Ceux « qui ne se résignent pas à voir le drapeau de la révolte tomber des mains de Rosa Luxemburg dans celles de Ségolène Royal. »

On les trouve parmi celles et ceux qui ont fait campagne et ont soutenu le non de gauche au TCE. On en trouve parmi celles et ceux qui ont soutenu l’un ou l’autre des cinq candidats à la gauche du PS lors des présidentielles de l’an passé. Et on en trouve même, je tiens à le dire tout de suite, parmi les femmes et les hommes qui ont apporté leur voix au PS ou aux Verts. Faute de mieux à leurs yeux. Et au-delà de celles et ceux qui accompagnent ou soutiennent un parti politique, on en trouve parmi ces dizaines de milliers de gens qu’on appelle parfois des non encartés, altermondialistes, anti-nucléaires, écologistes, décroissants, faucheurs volontaires, militants des droits humains dont le grand rassemblement du Larzac, en août 2003, fut pour beaucoup, un moment fondateur.

C’est à ces femmes et ces hommes qui ne se résignent pas au capitalisme que la LCR offre une perspective. Moi qui ne suis pas membre de la LCR, qui n’appartient pas à la culture politique née de 1917, - ma culture politique, elle puise dans 1793 et 1871 et chez l’homme massacré en août 1914, au Café du Croissant à Paris  - qui suis un de ces non encartés, je tiens à le souligner ici avec force : la décision de la LCR de se dissoudre pour se fondre dans un mouvement politique qui la dépasse, qui embrasse à la fois la question sociale et la question écologique et qui s’ouvre à toutes celles et ceux qui partagent ce projet éco-socialiste, c’est une décision sans précédent dans l’histoire du mouvement ouvrier français.

JRV : Y a-t-il une attente pour un projet qui a l’ambition de développer une alternative démocratique, sociale et écologique  au capitalisme ?

RMJ : Nous sommes, j’en suis convaincu, des millions à rêver d’une gauche qui ne se renierait pas chaque fois qu’elle arrive au pouvoir, d’une gauche qui affirmerait sans complexe : « oui, il y a eu et il y a encore des exploiteurs et des exploités », d’une gauche qui reconnaît la réalité de la lutte des classes même si la composition des classes et les formes de la lutte ont changé. Nous sommes des millions qui n’acceptons pas le capitalisme comme une fatalité. Nous sommes des millions à vouloir une alternative. Cette alternative, si nous le voulons tous ensemble, avec le NPA, elle est maintenant possible.

Nous sommes à la tâche. Et nous sommes nombreux. Nous sommes riches de nos diversités, de nos cultures politiques respectives, de nos expériences et aussi de la fraîcheur et de la créativité de celles et de ceux qui n’ont pas d’expérience, si ce n’est celle de leurs premiers pas dans la vie et de leurs premières confrontations avec le capitalisme.

J’ai qualifié le projet que nous portons d’une expression nouvelle dans le vocabulaire politique : éco-socialisme. Qu’entendons-nous par là ?

On part d’un constat : le capitalisme exploite les humains et la terre. Il est à l’origine de la question sociale et de la question écologique. Comme l’a si bien observé François Chesnais, Marx déjà constatait que « la production capitaliste ne se développe qu’en épuisant les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ». Et Chesnais a très justement déploré que « la pensée critique se réclamant du marxisme a été terriblement déficiente sur le plan des rapports à la nature ».

Une approche éco-socialiste, cela signifie satisfaire les besoins sociaux de manière écologique. Et la satisfaction écologique des besoins sociaux ne peut se réaliser ni par des voies autoritaires, ni par un accommodement du capitalisme.

J.R.V. Comment réaliser une telle mutation ?

RMJ : Seule la délibération démocratique peut présider à la définition des choix. Ce qui implique de revisiter la démocratie pour en faire ce que, déjà, Jaurès appelait de ses vœux : un outil révolutionnaire.

C’est un chantier d’autant plus important que la démocratie recule. L’actuel gouvernement réduit de plus en plus l’Etat de droit, dans la suite de ce qui s’est fait à partir de Pasqua (qui a créé en dehors de toute légalité un des premiers fichiers : le Système de Traitement des Infractions Constatées, STIC), puis de Chevènement (qui a légalisé le STIC) et de leurs successeurs.  Aujourd’hui, on est sur le point de voir le citoyen poursuivi non pas pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il pourrait faire ! Imposer l’immense régression sociale voulue depuis des années par les libéraux de droite et de gauche réclame une forme nouvelle de dictature. Une dictature soft. Elle se met en place. Une vraie gauche doit s’engager à démanteler l’appareil sécuritaire mis en place par la droite et les sociaux-démocrates.

Il nous faut bâtir une autre démocratie. Il est temps d’enfin appliquer le principe de Montesquieu : à tout pouvoir, il faut un contre-pouvoir.  Et le premier contre-pouvoir, c’est le peuple lui-même. Il faut responsabiliser et contrôler davantage les pouvoirs exécutifs, du local à l’Etat. Les exécutifs locaux, départementaux et régionaux ne doivent plus être soumis à une seule personne, comme c’est le cas aujourd’hui. On a remplacé les barons d’autrefois par les maires, présidents de conseil généraux, présidents de régions. C’est d’ailleurs une exception française. Le pays qui se prétend la patrie des droits de l’Homme est un des moins démocratiques de l’Europe des 27 ! D’ailleurs, c’est le seul à connaître un régime présidentiel qu’il faudra abolir. Il s’impose aussi de mettre fin à une des pires dérives de la démocratie : la professionnalisation de l’action politique. Il n’est pas acceptable qu’un élu fasse plus de deux mandats. De même, le cumul de plusieurs mandats doit être prohibé. Enfin, il est temps de réaliser ce qui était déjà prévu dans la Constitution de 1793 : la révocabilité des élus.

Pour mettre en place une gestion écosocialiste, il nous faut construire une démocratie avancée où ce qu’on choisit de consommer déterminera ce qu’on choisit de produire, où les besoins seront déterminés par la libre détermination des citoyens désormais à l’abri des conditionnements de la publicité, où le coût social et le coût écologique de chaque choix constitueront des critères déterminants, dans le cadre d’économies relocalisées où le marché ne sera plus qu’un moyen et cessera d’être le guide. Bien évidemment, ces choix doivent s’inscrire dans une certaine durée, ce qui suppose le nécessaire recours à la planification. Mais cela ne signifie pas automatiquement que celle-ci soit bureaucratique, comme voudraient le faire croire les adversaires de toute forme de gestion planifiée. Une planification démocratique, cela suppose de la transparence, du contrôle, de l’évaluation, de la remise en cause. Pour faire court, on pourrait dire qu’une société écosocialiste n’est plus dirigée par le trio banquiers-patrons-politiques professionnels, mais animée par le trio usagers-salariés-élus.

Dans l’immédiat, le danger qui nous guette, c’est le traitement capitaliste des problèmes écologiques. Un capitalisme vert est en cours d’élaboration. On en a vu des prémisses avec le Grenelle de l’Environnement et les multiples taxes envisagées par le gouvernement. C’est faire payer par le plus grand nombre le coût des dégâts écologiques provoqués par les profits de quelques-uns. C’est faire croire que de même qu’on pourrait atténuer les méfaits sociaux du capitalisme, on pourrait atténuer ses méfaits écologiques. Ce sont les solutions avancées par la droite, mais aussi par les sociaux-libéraux, par les Verts et par tous ceux qui refusent d’accepter que c’est la course au profit qui est à l’origine de la destruction de l’environnement avec ses conséquences pour la santé, pour la préservation de la biodiversité, pour le maintien des grands équilibres et pour la survie même de la planète dans l’état où les générations précédentes nous l’ont léguée.

C’est un immense chantier qui s’ouvre devant nous. C’est notre volonté de saisir à bras le corps le double impact social et écologique du capitalisme. Aucune solution n’est durable si elle se contente d’aménager le système. C’est bien là que se trouve la justification de notre démarche anticapitaliste. Au regard de ce que nous voulons entreprendre, nous pouvons faire beaucoup plus que de la politique. Nous pouvons écrire une page d’histoire.

 

Merci pour cet entretien qui sort des senties battus de l'acceptation résigné du capitalisme. Sortir de la nasse idéologique...c'est possible.

Possible...mais pas facile !
Bien à vous.

j'adhère aux idées, à la démarche, mais je me demande toujours comment sortir des idées radicalement nouvelles de nos vieux cerveaux conditionnés. l'appel permanent au peuple, fut il ouvrier, n'est pas une garantie d'originalité et de radicalité car chacun de nous est aussi un conservateur qui se ménage. D'ailleurs, dans le comité que je fréquente, on est beaucoup dans l'invocation, parfois dans le concrét qui n'a de nouveau que la nouveauté qu'on lui reconnait au motif qu'il faut avancer au rythme de tout le monde.

Pour changer le monde, il convient donc, selon moi, de se changer aussi, radicalement.

Entièrement d'accord, bourgade; Et c'est là que coincent les militants formés aux anciens moules.
Ils pensent que le changement résulte de l'explication aux "masses" de la vérité sur le système.

Le risque existe. Autant de comités NPA, autant de façons de fonctionner (parfois mal et avec des reflexes pavloviens du tragique XXème siècle).
J'en conviens aisément.
Pour que le N de NPA s'éloigne de feu les textes sacrés, plus il y aura, dans le processus NPA, de Jennar, Boltanski, Viviant, Onfray (etc.) et, surtout, d'H et de F jusqu'ici non engagés politiquement, plus nous sortirons facilement de l'ornière qui consisterait à "inventer un socialisme du XXIème siècle" en se servant des références (et pratiques) du passé. Non pas, qu'il faille nier ce pan de l' histoire mais, sans doute, faut-il en prendre le contre-pied. Ce qui n'empêche nullement de débattre des apports de Marx ou Bakounine !

ça marche?

Je suis d'accord avec la perspective écosocialiste et démocratique qui est travaillée depuis des années, que Jennar reprend.
Je suis perplexe devant le trio"usagers-salariés-élus"à mettre aux postes de commande. C'est supposer l'unité des salariés réalisée et les considérer comme d'une autre catégorie que les "usagers".
Mais surtout, je trouve que s'exclamer, aujourd'hui, que le capitalisme c'est toujours la crise -du point de vue des exploités- est à côté de la plaque. Car nous assistons à ce qui se déchaîne comme crise du capitalisme à ce qui semble bien être une crise de surproduction, si j'ai bien compris. C'est cela le sens actuel du mot crise, une crise qu'il faut continuer à analyser, dont il nous faut discuter. Il nous faut donner un contenu en urgence au mot "anticapitalisme", mot qui ne doit pas être seulement un fanion rouge. Car l'expérience montre que le capitalisme invente des solutions à la crise économiques non seulement liberticides mais barbares.

Bonjour,

D'excellents articles de Martine Orange sur Mediapart, des analyses du macro-économiste Michel Husson (www.hussonet) et qqs docs d'ATTAC remplaceront aisément la courte réponse que je pourrai vous faire.
Aujourd'hui, pour moi, l'anticapitalisme, c'est une perspective "éco-socialiste".
Voir articles de François Chesnais dans la revue Mouvements.
Bien à vous.
Jean-Robert Velveth

Quelques lignes éclairantes de François Chesnais:

"Dans le système capitaliste, rappelle Marx, « la production est une production pour le capital » et non pour la majorité de la société, car « la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l’expropriation et l’appauvrissement des producteurs ». La surproduction de marchandises, alors que des millions de gens sont dans la pauvreté ou le gène même dans les pays les plus riches, est contenue dans ce fait, qui s’est accentué encore dans le cadre de la libéralisation et la mondialisation du capital mises en œuvre depuis quarante ans. La chute de l’investissement, ainsi que la baisse du taux, mais aussi de la masse des profits en dépit de la surexploitation des salariés, vont de pair avec l’insuffisance de pouvoir d’achat populaire. C’est de là que sont venues les crises qui ont jalonné l’histoire du capitalisme. Celle qui a commencé en août 2007 et qui connaît depuis la mi-septembre une phase d’aggravation aigüe, va être d’autant plus forte qu’elle éclate après que des capacités de production immenses, inconsidérés, ont été crées en Asie, (la Corée déjà ne peut plus faire fonctionner à taux plein les siennes) et après que les Etats-Unis ont recouru à la création, sur une échelle qui se prouve avoir été démentielle, de moyens de crédit pour étendre artificiellement la demande, au moyen des cartes de crédit et de l’extension du crédit hypothécaire que le capital aurait voulu, comme les guerres de G.W. Bush, « sans limites ».

La prise de conscience de la gravité des questions écologiques est aussi l’une des causes de ce renouveau de la réflexion critique sur la nature du capitalisme. Lancé dans un processus de valorisation sans fin, de production pour la production, le capital est dévoreur de ressources non ou très lentement renouvelables, destructeur de l’environnement, et pris comme un tout, parfaitement incapable de mettre en œuvre les mesures nécessaires au ralentissement du réchauffement climatique. Les salariés et les jeunes sentent bien qu’ils vivent une crise systémique, dont la crise financière est simplement le premier épisode et certainement pas l’aspect le plus important. Comment faudrait-il y répondre ? En faisant en sorte, pour suivre Marx de nouveau, que les moyens de production deviennent « des moyens pour donner forme au processus de la vie au bénéfice de la société des producteurs ». Cela suppose un changement dans la propriété des moyens de production, mais surtout quelque de bien plus important, à savoir que les salariés deviennent de façon organisée et en pleine conscience, des « producteurs associés ». Ils le sont déjà en raison de la division du travail entre industries et au sein même de chaque site de production, mais ils ne le sont pas pour eux-mêmes, ils le sont pour le capital, qui prend sans cesse des décisions qui les affectent (voir les licenciements à Sandouville). En devenant des « producteurs associés » au sens plein du terme, les travailleurs dit Marx, pourraient établir « rationnellement et contrôler leurs échanges de matière avec la nature » ; ils pourraient organiser l’économie et toute la vie sociale « dans les conditions les plus dignes et les plus conformes à la nature humaine ».

L’enjeu de la crise qui n’en est qu’à ses débuts, n’est autre que la maîtrise sur les moyens qui servent à produire les richesses, donc sur les décisions portant sur quoi doit être produit, pour qui et comment. Il existe des revendications et des formes d’action susceptibles d’ouvrir la voie vers une issue sociale positive. Les gouvernements viennent au secours des banques en mettant à leur disposition des fonds gagés sur les impôts futurs. Dans un nombre croissant de cas, ils sont obligés de les recapitaliser en acquérant une partie de leur capital. Le terme « nationalisation » a été employé. Il est totalement abusif. Les gouvernements se portent au secours du capital financier dans un jeu où la socialisation des pertes fait suite à une phase sans précédent de privatisation des profits. La première revendication immédiate d’ensemble est celle de la nationalisation intégrale du système bancaire. Le contrôle du financement de l’investissement permettrait aux salariés d’Europe de donner une réponse à la fois à l’emploi et aux besoins sociaux, par des programmes paneuropéens de développement des services publics, des énergies renouvelables, des nouveaux matériaux de construction. Les salariés peuvent se battre pour ces objectifs en France et encourager ceux d’autres pays en Europe d’en faire de même.

Au-delà des discours politiques lénifiants, tous les commissaires européens, tous les grands banquiers ont été parfaitement clairs. Il s’agit de permettre au système de continuer tel qu’il est. Le noyau dur du néolibéralisme (la libre circulation des capitaux, la mise en concurrence généralisée des travailleurs moyennant la délocalisation de la production et la sous-traitance, la privatisation et la marchandisation des services collectifs) ne doit pas être entamé. C’est le sens du message du patron de Renault. Une autre revendication d’ensemble est donc celle de l’interdiction des licenciements et de l’arrêt complet de toutes les mesures en cours, de démantèlement de la santé, de destruction de la Poste menée jour après jour en deçà de la privatisation proprement dite, etc., etc. Ici les revendications peuvent être appuyées par des actions d’autodéfense des salariés et des citoyens, sur les sites de travail comme dans les localités, sur les hôpitaux, les transports, les écoles et les collèges. Derrière les beaux discours des responsables politiques, l’objectif est de faire supporter le poids de la crise aux salariés, par le chômage comme par l’impôt. Il n’y a que la lutte des travailleurs qui puisse y porter un coup d’arrêt et commencer à concrétiser l’idée que le « capitalisme n’a pas gagné », qu’il peut être combattu comme tel."

Il y a aussi le blog de cedric durand et autres "crise du capitalisme: pour commencer, quelques ressources".

Enfin, dans la voie du capitalisme propre, rêve des écologistes allemands, leur pays est en pointe et montre par bien des aspects que ce n'est pas une utopie mais un vrai risque de détournement des énergies à combattre l'esssentiel: l'inégalité.