l'école maternelle concurrencée par le jardin d'éveil

Edition : Toulouse

Le jardin d'éveil va-t-il tuer l'école maternelle ? C'est ce que redoutent les syndicats enseignants et les parents d'élèves de la  FCPE. A Nègrepelisse, Caussade et Figeac, trois villes de Midi Pyrénées, désormais l'école a pour concurrent trois jardins d'éveils que Nadine Morano, la Secrétaire d'Etat à la Famille vient d'inaugurer.

 

Deux des trois villes sont de droite, la troisième de gauche. C'est même la ville dont Martin Malvy, Président de la Région, a été le maire pendant plusieurs mandats et dont il reste aujourd'hui le premier adjoint chargé des finances. Pour être éligible à l'appellation « jardin d'éveil » les villes ont du postuler puisqu'il s'agit d'un projet national qui, pour l'instant, en est à ses débuts. Il a fallu également démarcher la Caisse d'Allocation Familiale laquelle participe financièrement au développement de ces structures.

 

Ces jardins d'éveil sont conçus par Nadine Morano comme des « sas entre la nounou et l'école maternelle » qui dit-elle en substance n'est pas adapté au rythme biologique des enfants âgés de 2-3ans.  Moins diplomate, en Septembre 2008, Xavier Darcos, qui était alors Ministre de l'Education Nationale, justifiait ce choix par une attaque frontale des enseignants. Il  déclarait en effet, « est-il logique que nous fassions passer des concours bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches ».  Pour se rattraper, devant les critiques provoquées, le Ministre avait précisé, « on ne touchera pas à l'organisation de la maternelle ».

 

Soit, mais la réalité est en fait très différente. Dans les jardins d'éveils inaugurés, les parents paient alors que l'école maternelle est gratuite. «  Ce sera moins cher qu'une place en crèche  ou une place chez une assistante maternelle » assurait en Juillet dernier, la mairesse de Figeac.  Moins cher ? Cela fait quand même encore 150 et 400 euros par mois selon les revenus des parents estimait l'Humanité du 2 septembre 2009. En plus, les communes, donc les impôts locaux, participent à leur fonctionnement. Négrepelisse a par exemple investit 5237 euros pour l'équipement immobilier de son jardin d'éveil, à quoi s'ajoute une participation du Conseil Général du Tarn et Garonne, dominait par la gauche. Il faut aussi y ajouter le paiement des salaires des personnels qui, pour l'instant, ont un contrat à durée déterminé d'un an, « en raison du caractère expérimental de la démarche ». Les élus ont cependant déjà prévu, au cours du conseil municipal du 22 juin dernier, de pérenniser ses postes, de construire un plan de formation, et de créer un régime indemnitaire lié à la fonction de direction.

 

En clair, l'Etat transfert ses charges aux collectivités locales. « Cette mesure cache mal la volonté d'économiser des postes à l'école maternelle, de remettre en cause le principe de la gratuité et d'aboutir à une réduction des ambitions du service public d'éducation » estime le syndicat d'enseignant SNUIPP. Le paradoxe, c'est que ces jardins d'éveils vont couter plus cher qu'une place à l'école maternelle. D'après la Cour Régionale des Comptes, pour une place en jardin d'éveil,  il faut compter entre 7.500 euros et 10.000 euros par an et par enfant contre 4.500 euros dans une école et 14.000 euros dans une crèche.

 

« Je regrette que ces enfants ne soient plus accueillis dans les écoles, lieu d'apprentissage, d'éveil et de socialisation, mais c'est ainsi, nous n'y pouvons rien »  plaidait en Juillet dernier, Nicole Paulo, maire de Figeac. Autrement dit, le plus sûr moyen de sauver le service public, c'est encore de le fragiliser. Le pire, c'est qu'il y avait 29 demandes de parents pour 18 places, ce qui signifie qu'onze enfants restent sur le carreau.

 Nadine Morano espère crée ainsi rapidement quelques 8.000 places.    

Il y avait un excellent reportage au JT 13 de F2.

C'est évident, venant de Nadine  Morano, une très fidèle et très proche de NS, ce jardin d'éveil n'est rien d'autre qu'un premier pas, très discret (8.000 places pour la France, c'est quasi rien!) mais très réel vers la privatisation de l'enseignement puisque ce sera payant!

Comme pédiatre et aussi pédiatre de PMI, j'ai suivi de très près aussi bien les assistantes maternelles que les crèches et la maternelle.

Ce dispositif actuel est tout à fait suffisant et peut répondre tout à fait aux différents besoins des enfants entre la naissance et le début de la scolarité primaire.

Je dénonce, une fois de plus, cette politique de droite qui, en douce, sous des prétextes idiots (port des couches!!), dans la plus parfaite mauvaise foi et la plus grande manipulation, le plus grand chantage au sentiment des parents, met en place un dispositif qui, après 2012, dans un second temps, favorisera la privatisation de la prise en charge des enfants.Sinistre.

 

Pour vendre le projet aux parents, l'amplitude de l'ouverture qui allait être proposée avait été mise en avant : de 7h30/ 8h le matin, à 18h30/19h le soir. Avec conseil d'une présence de l'enfant à mi-temps, et avantage prétendu d'un seul lieu quotidien. Pourquoi penser que de ne pas bouger, à deux ans, d'un endroit où on est dès 7h30 du matin serait mieux que d'avoir une nounou (rémunérée) qui amène à l'école (gratuite) ? La question du grand groupe pour le tout jeune enfant se pose (mais là, il y aura un adulte pour 8 à 12 enfants, ce qui est à peine mieux que ce qui se passe actuellement avec l'institutrice et l'ATSEM). Mais l'avantage de la forme actuelle c'est qu'un lien se noue entre l'enfant, ses parents, l'enseignante et l'auxiliaire ( diminuer l'effectif des classes aurait suffi à résoudre cette question du grand groupe ). Avec un planning élargi, de nombreux intervenants se succèderont et l'enfant petit ne va plus pouvoir avoir ces mêmes repères. La perte du projet pédagogique me semble aussi dommageable. La très petite section avait un sens de préparation à la scolarité de la maternelle des plus grands.

Enfin, je n'avais pas repéré que, dans le chapitre financement, des financements privés pouvaient intervenir "A titre d'exemple, dans le cadre de sa politique familiale, une entreprise peut contribuer au financement du jardin d'éveil, en réservant une ou plusieurs places". Est-ce que cela veut dire qu'un enfant dont les parents travaillent dans une entreprise ayant participé au financement serait prioritaire par rapport à un autre ?

quhttp://actionsociale.weka.fr/question/les_jardins_d-eveil_un_nouveau_dispositif_d-accueil_pour_les_jeunes_enfants-2159

Et pourtant :

http://www.mediapart.fr/journal/france/040909/revue-web/il-f...

 sur la petite enfance et le néo-libéralisme, à lire aussi dans Mediapart :

http://www.mediapart.fr/journal/international/040909/bialyst...