Pourquoi tant de haine?

Edition : Bookclub

Dans un brûlot truffé d'erreurs et traversé de rumeurs, à paraître le 21 avril chez Grasset sous le titre Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne, Michel Onfray, qui n'est pas historien et ignore tout des travaux produits depuis quarante ans par les véritables historiens de Freud et de la psychanalyse (des  dizaines d'essais dans le monde, dont les principaux sont traduits en français), se présente pourtant comme le premier biographe de Freud capable de décrypter des légendes dorées déjà invalidées depuis des décennies. Se transformant en affabulateur découvrant des vérités occultes qui auraient été dissimulées par la société occidentale - elle-même dominée par la dictature freudienne et par ses milices - il traite les Juifs, inventeurs d'un monothéisme mortifère, de précurseurs des régimes totalitaires, Freud de tyran de toutes les femmes de sa maisonnée et d'abuseur sexuel pervers de sa belle-soeur : homophobe, phallocrate, faussaire, avide d'argent, faisant payer ses séances d'analyse 450 euros.

Il décrit le savant viennois comme un admirateur de Mussolini, complice du régime hitlérien (par sa théorisation de la pulsion de mort) et fait de la psychanalyse une science fasciste fondée sur l'adéquation du bourreau et de la victime. Tout en se déclarant proudhonien et parfois freudo-marxiste, il réhabilite le discours de l'extrême droite française (Debray-Ritzen et Bénesteau, notamment) avec lequel il entretient une réelle connivence. De telles positions vont bien au-delà d'un simple débat sur Freud et la psychanalyse. Car à force d'inventer des faits qui n'existent pas et de fabriquer des révélations qui n'en sont pas, l'auteur de ce brûlot hâtif et brouillon favorise la prolifération des rumeurs les plus extravagantes : c'est ainsi que des médias ont déjà annoncé que Freud avait séjourné à Berlin durant l'entre deux guerres, qu'il avait été le médecin d'Hitler et de Göring, l'ami personnel de Mussolini et un formidable violeur de femmes.

Quand on sait que huit millions de personnes en France  sont traités par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu'il y a dans un tel livre et dans les propos tenus par l'auteur une volonté de nuire qui ne pourra, à terme, que soulever l'indignation de tous ceux qui - psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes - apportent une aide indispensable à une population saisie autant par la misère économique - les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres - que par une souffrance psychique largement mise en évidence par tous les collectifs de spécialistes.

 

 

1- Description de l'ouvrage

 

        Le 21 avril 2010 sort en librairie, sous la plume de Michel Onfray, un nouveau brûlot contre Freud : Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne. Publié chez Grasset et composé de cinq parties, l'ouvrage est dénué de sources et de notes bibliographiques. Il est truffé d'erreurs et traversé de rumeurs. L'auteur projette sur l'objet haï ses propres obsessions  - les Juifs, le sexe pervers, les complots - au point de faire de Freud un double inverti de lui-même, et de la psychanalyse l'expression d'une autobiographie de son fondateur transformé en criminel affabulateur. Face à cet alter-ego, rejeté en enfer, l'auteur se veut un libérateur venant sauver le peuple français de sa croyance en une idole dont il annonce le crépuscule.

        Négligeant les ouvrages consacrés à Freud depuis quarante ans, Onfray se présente comme un historien sérieux, écrivant la première biographie non autorisée de Freud et laissant croire que ne sont aujourd'hui disponibles que celles d'Ernest Jones et de Peter Gay, parues, la première entre 1953 et 1957, et la deuxième en 1988. Il ne cite ni les travaux des historiens de Vienne (Schorske, Johnston, Le Rider, etc...), ni ceux consacrés à la question de la judéité de Freud (Yerushalmi, Yovel, Derrida, Gay, etc...), ni aucun des essais (des dizaines dans le monde, dont beaucoup sont traduits en français) concernant les différents aspects de la vie de Freud : on connaît aujourd'hui au jour le jour chaque événement de la vie de celui-ci et de celles de ses compagnons, disciples et dissidents. Onfray ne connaît rien à la vie de Josef Breuer, Wilhelm Fliess, Sandor Ferenczi, Otto Rank, Ernest Jones, Alfred Adler,  Carl Gustav Jung, Melanie Klein, Marie Bonaparte, Lou Andreas-Salomé, Anna Freud (à propos de laquelle il cite une biographie erronée que plus personne ne lit). Pas un mot sur la question discutée de la sexualité féminine (de Helen Deutsch à Karen Horney en passant par Simone de Beauvoir, Juliet Mitchell Judith Butler), ni sur l'histoire de la fondation de l'International Psychoanalytical Association (IPA), ni sur la révision des grands cas (à propos desquels il commet de lourdes bévues).

        Quant à l'oeuvre de Freud, traduite en 60 langues, Onfray dit en avoir pris connaissance pendant cinq mois (entre juin et décembre 2009) dans la traduction des PUF, celle qui est aujourd'hui la plus critiquée par l'ensemble des spécialistes. Il ne fait aucune référence au grand débat sur les traductions et n'a consulté aucune archive : ni à la Library of Congress (LOc) de Washington, ni au Freud Museum de Londres.  Il ignore le monde anglophone, germanophone et latino-américain et ne connaît guère l'histoire de la psychanalyse en France.

        Onfray cite l'ouvrage de Henri Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient paru en 1970 (en anglais) et traduit pour la première fois en français en 1974 et réédité en 1994. Il souligne qu'il s'agit là de la première grande révision de l'histoire officielle de Freud, ce qui est inexact puisqu'il oublie l'oeuvre d'Ola Andersson (Freud avant Freud. La préhistoire de la psychanalyse (1962), Les empêcheurs de penser en rond, 1997), antérieure à celle d'Ellenberger. En outre, comme il date la parution du livre d'Ellenberger de 1991, il fait donc débuter l'historiographie savante avec vingt ans de retard, tout en soulignant qu'elle est encore occultée aujourd'hui, alors même qu'elle est en pleine expansion et que les archives de la LOc, après les grandes batailles des années 1990, sont en train d'être déclassifiées selon les règles en vigueur. Onfray se trompe également sur la date de parution du livre de Frank Sulloway, Freud biologiste de l'esprit, publié en anglais en 1978 et deux fois édité en français (1981 et 1998, Fayard.) Il croit donc qu'aucun travail non hagiographique n'existe à ce jour sur Freud, ce qui lui permet de se présenter comme le premier auteur à redresser des légendes dorées, déjà invalidées depuis trente ans. Il ne fait d'ailleurs aucune différence entre histoire pieuse, histoire officielle, pensée irrationnelle, historiographie fondée sur des légendes noires et des rumeurs (courant dit «révisionniste» ou, en anglais, «destructeur de Freud») et histoire savante. D'où un manichéisme absolu : d'un côté les «bons» anti-freudiens, de l'autre, les «mauvais» adeptes d'une affabulation.

        Ignorant les travaux américains et ne connaissant Freud que par ce qu'il en a lu en français, Onfray se trompe également sur la date de parution de la correspondance non expurgée de Freud avec le médecin berlinois Wilhelm Fliess essentielle pour décrypter les modalités de de l'invention de la psychanalyse et les hésitations et errances du premier Freud. Celle-ci est pourtant disponible en anglais, allemand, portugais, espagnol depuis 1986. Elle a été traduite pour la première fois en français en 2006, soit vingt ans plus tard, ce qui fait croire à Onfray qu'elle a été occultée jusqu'à nos jours.         

        N'étant formé à aucune tradition de recherche universitaire, n'ayant aucune idée de ce qu'est l'internationalisation de la recherche en histoire, Onfray néglige la réalité du travail historiographique qui se fait dans ce domaine depuis des décennies, mais il s'appuie sur ce qu'il considère comme le nec plus ultra de la recherche historique  :  Le lIvre noir de la psychanalyse (Les Arènes, 2005), qui réunit une quarantaine de contributions. Si Freud y est traité d'escroc et de menteur, avide d'argent et incestueux par le courant historiographique révisionniste américain, les psychanalystes - français notamment - y sont accusés de complots et de contaminations diverses, les uns parce qu'ils auraient été défavorables à la vente de seringues pour les malades du sida - rumeur inventée de toutes pièces - et les autres parce que, adeptes de Françoise Dolto, morte en 1988, ils auraient favorisé après 2000 l'abaissement de l'autorité à l'école en idéalisant l' «enfant roi». Quant à Jacques Lacan, il est comparé à un gourou de secte, tandis que l'ensemble des associations psychanalytiques sont brocardées pour avoir été à l'origine d'un véritable goulag freudien : au moins dix mille morts en France. Aucune source ne vient étayer cette affirmation insensée.

            Contrairement à ses nouveaux amis qui ont réussi, comme il le raconte lui-même (Crépuscule, p. 585), à le convertir à la vraie vérité - celle de la conspiration des freudiens contre la société occidentale -, Onfray ne s'attaque qu'à Freud, laissant entendre que plus tard, dans un autre volume, il s'occupera de ses héritiers.

 

2- Portrait de l'auteur en dieu solaire, hédoniste et masturbateur

 

        Avant d'analyser le contenu du brûlot, il faut donner quelques indications permettant de comprendre comment Onfray en est arrivé à se «convertir» à l'anti-freudisme le plus radical.

          Fondateur d'une Université populaire à Caen, il est connu pour avoir rassemblé autour de lui un vaste public qui suit son enseignement en croyant avoir affaire à une entreprise moderne de rénovation du discours philosophique. Convaincu que l'Université française et l'Ecole républicaine sont des lieux de perdition dans lesquels des professeurs assènent à des enfants des vérités officielles dictées par un Etat totalitaire, Onfray a entrepris une révision de l'histoire des savoirs dits «officiels». Il se veut libertaire, d'extrême gauche, adepte de Proudhon contre Marx et se proclame le défenseur du peuple exploité par le capitalisme. Aussi a-t-il été pendant un temps proche du Nouveau parti anticapitaliste avant d'appeler à voter pour le Front gauche aux dernières élections régionales.

         Depuis plusieurs années, il diffuse largement une «contre-histoire de la philosophie», qui prétend lever des refoulements sur des savoirs qui auraient été censurés par les professeurs, par le pape, par les prêtres. Aussi a-t-il mis au point une méthodologie qui s'appuie sur le principe de la préfiguration : tout est déjà dans tout avant même la survenue d'un événement.

         Grâce à cette méthodologie, qui rencontre un vrai succès populaire auprès d'un public fasciné par ce qu'il croit être une insurrection des consciences, Onfray a pu affirmer qu'Emmanuel Kant, philosophe allemand des Lumières, n'était qu'un précurseur d'Adolf Eichmann - l'organisateur de la «Solution finale» qui se voulait kantien (Le songe d'Eichmann, Galilée, 2008) -, que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme, islam) sont en eux-mêmes des entreprises génocidaires, que l'évangéliste Jean est l'ancêtre d'Hitler, que Jésus préfigure Hiroshima, et qu'enfin tous les musulmans de la planète sont des fascistes guidés par d'infâmes ayatollahs (Traité d'athéologie, Grasset, 2005)

         A l'origine de cette sombre affaire, les Juifs, fondateurs du premier monothéisme - c'est-à-dire d'une religion sanguinaire, axée sur la pulsion de mort - seraient donc, selon Onfray, les responsables de tous les malheurs de l'Occident, les véritables «inventeurs de la guerre sainte» : «Car le monothéisme tient pour la pulsion de mort, il chérit la mort, il jouit de la mort, il est fasciné par la mort, il est fasciné par elle (...) De l'épée sanguinaire des Juifs exterminant les Cananéens à l'usage d'avion de ligne comme de bombes volantes à New York, en passant par le largage de charges atomiques à Hiroshima et Nagasaki, tout se fait au nom de Dieu, béni par lui mais surtout béni par ceux qui s'en réclament.» (Traité d'athéologie,  p. 201, 212, 228, etc...)

                    A cette humanité monothéiste (juive, chrétienne, musulmane) exclusivement vouée à la haine et à la destruction, Onfray oppose une humanité athéologique, soucieuse de l'avénement d'un monde hygiéniste, paradisiaque, hédoniste : celle orchestrée par un dieu solaire et païen, entièrement habité par la pulsion de vie et dont lui, Onfray, serait le représentant sur terre avec pour mission d'inculquer à ses disciples la meilleure manière de jouir sexuellement de leur corps et du corps de leurs voisins : par la masturbation. Bien qu'il ne sache pas de quoi il parle et qu'il ne cite pas le livre de Thomas Laqueur (Le sexe solitaire. Contribution à une histoire de la sexualité, Gallimard, 2004), Onfray se montre bien décidé à faire du pénis l'objet d'un culte phallique et volcanique hérité des anciens dieux de la Grèce, lesquels, en tant que présocratiques, seraient les précurseurs de Nietzsche. Que Nietzsche ait effectué un grand retour aux présocratiques ne fait pourtant pas de ceux-ci un précurseur de celui-là.

        Au fil d'un enseignement fortement médiatisé, Onfray a réussi à convaincre un large public que les représentants de ce dieu païen, célébrant les vertus de la foudre, des comètes et des orages, n'ont jamais fait la guerre à quiconque et sont des pacifistes admirables. Dans cette Grèce vertueuse du bocage de basse Normandie, inventée par Onfray, Homère n'existe pas, ni la guerre de Troie, ni Ulysse, ni Achille, ni Zeus, ni Ouranos, ni les titans, ni la tragédie....       

        Onfray raconte qu'il a été, dans son enfance, la victime de méchants prêtres «salésiens», dont certains étaient pédophiles (Le crépuscule, p. 15) et qui ont fait de lui ce qu'il est devenu. Rebelle en émoi, hanté par le complot oedipien qui se serait abattu sur lui, il affirme que son père, «malheureux employé de laiterie», aurait été la victime passive de sa mère tout au long d'un drame ayant pour toile de fond le «marché de la sous-préfecture d'Argentan» (p.15). Cette mère haïe avait été elle-même abandonnée dans un cageot à sa naissance et elle en avait conçu une détestation de son propre fils, au point de le frapper et de lui prédire qu'il finirait sa vie sous l'échafaud : «Sans jamais avoir tué père (et surtout) mère, ni visé une carrière de bandit de grand chemin, encore moins envisagé l'art de l'égorgeur, je me voyais mal sous le couteau de la veuve. Ma mère si!» (La puissance d'exister, Grasset,  2006, présentation par l'auteur)

         Pour se venger de la haine que lui a inspiré sa mère, il a décidé d'attaquer celui qu'il considère comme le responsable de tous les complots contre le père : Sigmund Freud, dont on sait qu'il fut adoré par sa mère. Onfray l'avait admiré pourtant au point de le lire dès son enfance en se masturbant (Philosophie Magazine, 36, février 2010, p. 10) puis d'inclure sa glorieuse histoire dans celle de l'athéologie (Traité, p. 265). Mais voilà que, depuis sa conversion, Onfray dénonce le complotisme freudien qui consiste, selon lui, à promouvoir la haine des pères et l'adoration des mères pour mieux les séduire sexuellement : telle est à ses yeux l'essence de la psychanalyse, pur et simple récit autobiographique de ce fondateur dépravé dont il «n'avait pas prémédité l'assassinat» (Livres-hebdo, p. 16.)

           Et du coup, il tente, contre Freud et contre le judéo-christianisme, de réhabiliter la figure maltraitée du père : un père solaire, flamboyant et phallique. Mais il n'aime les pères qu'à condition qu'ils ne soient jamais pères.  Fervent adepte du célibat, Onfray ne cesse d'affirmer son refus de la paternité : «Les stériles volontaires aiment autant les enfants, voire plus, que les reproducteurs prolifiques (...) Qui trouve le réel assez désirable pour initier son fils ou sa fille à l'inéluctabilité de la mort, à la fausseté des relations entre les hommes, à l'intérêt qui mène le monde, à l'obligation du travail salarié? (...) Il faudrait appeler amour cet art de transmettre pareilles vilenies à la chair de sa chair?» (Théorie du corps amoureux (2000), LGF, 2007, p. 218-220)

 

3- Freud pervers sexuel, la psychanalyse science nazie

 

             Pour mieux faire de son brûlot la suite logique de sa contre histoire des savoirs officiels, Onfray présente Freud comme un monstre pervers, maltraitant son père jugé pédophile, ayant abusé psychiquement de ses trois filles (Mathilde, Sophie et Anna), et commis l'adultère avec sa belle-sœur pendant quarante ans, de 1898 à sa mort. L'appartement de Vienne aurait été, selon lui, un lupanar et Freud un abominable Œdipe : il ne pensait qu'à coucher réellement avec sa mère (même à un âge avancé) puis à occire vraiment son père (même après la mort de celui-ci, survenue en 1896), et enfin a fabriquer des enfants incestueux pour mieux les violenter.

        C'est ainsi que pendant dix ans, Freud aurait torturé sa fille Anna tout au long d'une analyse en forme de procès inquisitorial qui se serait déroulé de 1918 à 1929 et au cours de laquelle, chaque jour, dans le secret de son cabinet, il l'aurait incité à devenir homosexuelle (Le crépuscule, p. 243-245). S'il est exact que Freud a bien analysé sa fille, la cure a duré quatre ans et non pas dix. Et quand Anna a commencé à se rendre compte de son attirance pour les femmes, Freud l'a plutôt incitée à s'orienter vers le travail intellectuel.  Par la suite, quand elle a vécu avec Dorothy Burlingham et qu'elle a «adopté» les enfants de celle-ci, il a fait preuve de tolérance. Freud n'était ni homophobe ni misogyne, même si sa conception de la sexualité féminine est discutable et a été discutée de nombreuses fois. 

        Peu importe les discussions des féministes et autres chercheurs : Onfray affirme que le grand abuseur viennois n'était autre qu'un escroc «ontologiquement homophobe» (Le crépuscule, p. 513-513). L'homophobie ontologique selon Onfray serait très différente de l'homophobie politique. La première consisterait à faire de l'homosexualité une perversion et la deuxième viserait à «criminaliser» l'homosexualité. Cette distinction est d'autant plus ridicule qu'elle vise à faire entrer Freud dans la catégorie des pervers. Or, la vérité sur cette affaire est toute différente. Freud, au contraire de bon nombre de ses disciples, ne considérait pas l'homosexualité comme une perversion et il était favorable, politiquement, à une émancipation des homosexuels.

        Une fois de plus, la thèse d'Onfray n'a aucun fondement, sinon d'exprimer la détestation qu'il voue lui-même à l'homosexualité masculine et féminine. En faisant de Freud un dictateur phallocrate possesseur de toutes les femmes - sa mère, ses soeurs, sa belle soeur, ses filles, son épouse -, il parle encore de lui-même. N'a-t-il pas, à de nombreuses reprises, énoncé, en plus de son choix du célibat et de la non paternité, son goût philosophique pour la polygamie solaire, érotique, hédoniste, volcanique, païenne et anti-judéochrétienne ? Rien à redire à cela sinon que, s'agissant de Freud, il se transforme en inquisiteur de ce dont, par ailleurs, il prétend être l'adepte.

        Cédant à une ancienne rumeur inventée par Carl Gustav Jung (et réactualisée par les révisionnistes de l'école américaine et les puritains) selon laquelle, Freud aurait eu, en 1898, une liaison avec Minna Bernays, la soeur de sa femme Martha, lors d'un voyage en Engadine (cf. Sigmund Freud, Notre coeur tend vers le sud. Correspondance de voyage 1895-1923, Fayard, 2005 et Le nouvel observateur, 1er février 2007), Onfray en vient à imaginer que celui-ci aurait eu des relations sexuelles perverses avec elle tout au long de sa vie, dans la chambre contiguë à la sienne et sous le regard complice de sa femme qui aurait souvent assisté aux ébats des deux amants. Pire encore, Freud aurait engrossée Minna pour l'obliger ensuite à se faire avorter. A l'évidence, Onfray, aussi peu soucieux des lois de la chronologie que de celles de la procréation, situe cet événement en 1923. Or, à cette date, Minna était âgée de 58 ans et Freud de 67. 

        Et Onfray d'ajouter que Freud aurait cédé à la tentation de subir une opération des canaux spermatiques destinée à augmenter sa puissance sexuelle afin de mieux jouir du corps de MInna : «Cette année-là, âgé de  soixante-sept ans, écrit-il, Freud le scientifique se fait ligaturer les canaux spermatiques sous prétexte que ce genre d'intervention rajeunit le sujet et ravive les puissances sexuelles défaillantes - les tenants de la version hagiographique du héros renonçant à la sexualité pour sublimer sa libido dans la production d'une oeuvre universelle, la psychanalyse, devront revoir leur copie... En revanche, pour les tenants d'une vie sexuelle active avec tante Minna, et l'hypothèse d'un voyage effectué en Italie pour cause d'avortement, les choses paraissent cohérentes... Les hagiographes l'affirment benoîtement : cette ligature prévenait la récidive de cancer.» (Crépuscule, p. 246). Et dans un entretien donné à  Livres-hebdo  (9 avril 2010, p. 16), il ajoute que Freud aurait aussi entretenu des «relations symboliquement incestueuses avec la fille de sa maîtresse. Avec Freud, le bordel n'est jamais très loin du monastère». Mais qui est donc cette fille? Minna n'a jamais eu d'enfant. On se demande comment le journaliste qui s'entretient avec Onfray peut avaler de telles sottises.  A l'émission de Franz-Olivier Giesbert (France 2, 9 avril), il a même dit devant la mine réjouie de son interlocuteur - fier de recueillir des «révélations» de première main - que Freud avait «travaillé à l'Institut-Göring de Berlin entre 1935 et 1938». Or il n'a pas bougé de Vienne à cette époque. Quant à la collaboration des freudiens et de Jones à la politique d'«aryanisation» de la psychothérapie allemande orchestrée par Matthias Göring, elle est parfaitement connue des historiens : Freud a laissé faire - et c'est une faute politique grave - à la suite d'un long conflit dont on trouve la trace dans sa correspondance avec Max Eitingon (Hachette-Littératures, 2009) que Onfray ne cite pas puisqu'il ne connaît pas le détail de cette affaire. Onfray a affirmé en outre que Freud, avide d'argent, escroc, faussaire, menteur prenait pour ses séances à Vienne la somme de 450 euros, ce qui laisserait entendre que tous ses héritiers l'auraient imité. Pour qui connaît la réalité de la pratique psychanalytique - et même celle de ses pires dérives -, force est de constater qu'il s'agit là d'une conviction délirante.

        Convaincu que Minna pouvait être enceinte à l'âge de 58 ans, et ignorant l'histoire de la médecine, Onfray attribue aux hagiographes d'avoir occulté la vérité concernant la sexualité de Freud. La réalité est toute différente : en 1923, Freud a en effet subi une opération de ligature dite «opération de Steinbach». Cet endocrinologue était l'un des premiers à avoir découvert la fonction des cellules interstitielles qui sécrètent les hormones mâles. En ligaturant les canaux, il pensait obtenir une relative hypertrophie des cellules et par conséquent un «rajeunissement» du sujet. Comme on pensait à l'époque que la formation du cancer était partiellement due au processus de vieillissement, l'opération de «rajeunissement de Steinbach» était considérée comme un moyen de prévenir le retour du cancer (cf. Max Schur,  La mort dans la vie de Freud, Gallimard, 1972, p. 434).

         Défenseur du plaisir solitaire et solaire, Onfray accuse Freud, non seulement d'avoir engrossé sa belle soeur, mais d'avoir favorisé une immense répression de la masturbation (Le crépuscule, p. 497-504). L'attaque est d'autant plus comique que Freud a été voué aux gémonies par de nombreux sexologues puritains du début du XXè siècle pour avoir condamné toutes les tortures que l'on infligeait aux enfants pour réprimer la masturbation (mains attachées dans le lit, appareils effrayants, excision des filles, menaces diverses, coups,  etc...).

         Obsédé par la pédophilie, Onfray ne cesse de faire des déclarations dans la presse pour dénoncer tous ceux qu'il soupçonne d'être les complices de ce crime. Reprenant à son compte des accusations grotesques contre Daniel Cohn-Bendit, et citant une fameuse pétition de 1977 signée par de nombreux intellectuels français favorables, à l'époque, à une révision de la loi sur la sexualité des adolescents (Sirinelli, Intellectuels et passions françaises, Fayard, 1990, p. 269-270), il n'a pas hésité, dans son blog de novembre 2009, à fustiger l'ensemble de l'intelligentsia française : des suppôts de la pédophilie, dit-il («Pédophilie mon amour»). Et de même, il a pourfendu Roman Polanski et Frédéric Mitterrand : «La pédophilie a bonne presse, écrit-il. Quand Bayrou rappelle à juste titre que Cohn-Bendit caressait le sexe des enfants et se laissait caresser par eux, c'est Bayrou l'infâme! (...) Quand la pétition  contre la majorité sexuelle rassemble en 1977 la fine fleur des intellectuels d'alors (Derrida, Deleuze, Guattari, Althusser, Sartre, Beauvoir, Sollers, etc.....) mais aussi les désormais sarkozystes Kouchner, Bruckner, Glucksmann (...) personne ne trouve à redire, pas même Dolto, signataire elle aussi».

        Si Freud est un pervers sexuel, cela signifie pour Onfray que sa doctrine n'est que le prolongement d'une perversion plus grave encore en ce qu'elle a trait à des origines honteuses : elle serait, selon Onfray, le produit de quelque chose d'étranger au corps normal et sain de l'homme, un hétérogène lié à des stigmates précis. Elle serait donc l'inverse de la doctrine professée par ce dieu solaire et volcanique, source de vie et antithèse absolue du judéo-christianisme créateur de guerre, de  destruction et de pulsion de mort. Aussi bien Onfray fait-il alors de la psychanalyse le «produit d'une culture décadente fin de siècle qui a proliféré comme une plante vénéneuse» (Le crépuscule, p. 566-567). Il reprend ainsi à son compte la grande thématique de l'extrême droite française qui, depuis Léon Daudet, a toujours comparé la psychanalyse à une une science étrangère («boche» ou «juive»), venant se greffer comme un parasite sur le corps de l'Etat-nation, une science mortifère, conçue par un cerveau dégénéré et née dans une ville dépravée (Vienne) au coeur d'un Empire en pleine déliquescence.

        On ne s'étonnera donc pas de voir surgir sous sa plume, non pas une critique de la psychanalyse à la manière de Theodor Adorno, d'Herbert Marcuse, des féministes ou des culturalistes américains, ou encore de Gilles Deleuze ou de Michel Foucault, mais une accusation semblable à celle des adeptes du néo-paganisme anti-judéochrétien. Car c'est bien dans cette veine que se situe l'auteur du Crépuscule d'une idole quand, retournant l'accusation de «science juive» prononcée par les nazis contre la psychanalyse, il fait de celle-ci une science fasciste (Crépuscule, p. 566 et sq.) et de son fondateur une sorte de dictateur hitlérien adepte de l'inégalité des races (p.533).

        Le raisonnement est simple : accusant Freud d'avoir théorisé la notion de pulsion de mort et de l'avoir inscrite au coeur de l'histoire humaine, Onfray en vient à affirmer que puisque les nazis ont mené à son terme le plus barbare l'accomplissement de cette pulsion, cela signifie bien que Freud serait le précurseur de cette barbarie et aussi un représentant des anti-Lumières, animé par la «haine de soi juive» (Crépuscule, p. 228 et 476). Mais il aurait fait pire encore : en publiant, en 1939, L'homme Moïse et la religion monothéiste,  c'est-à-dire en faisant de Moïse un Egyptien et du meurtre du père l'un des principes de l'avènement des sociétés humaines, il aurait assassiné le père de la Loi judaïque, favorisant ainsi l'extermination par les nazis de son propre peuple (Crépuscule, p. 226-227). Il serait donc, de nouveau par anticipation, un persécuteur de Juif, qui, ne pouvant pas s'avouer national-socialiste parce qu'il est juif, aurait transféré sa ferveur envers Hitler en une admiration pour Mussolini, au point de les imiter dans Psychologie des masses et analyse du moi, ouvrage publié en 1921 et qui ne traite pas de ce sujet : «A l'évidence, Freud, en tant que Juif, ne peut rien sauver du national-socialisme. En revanche, le césarisme autoritaire de Mussolini et l'austro-fascisme de Dollfuss illustrent à merveille les thèses de Psychologie des masses et analyse du moi.»  Et Onfray prétend apporter la  preuve de ce qu'il avance  en utilisant une anecdote connue de tous les historiens..

        En 1933, Edoardo Weiss, disciple italien de Freud, présente à celui-ci, à Vienne, une patiente qu'il a en traitement. Le père de celle-ci, Gioacchino Forzano, auteur de comédies et ami de Mussolini, accompagne sa fille. Au terme de la consultation, il demande à Freud de dédicacer un de ses livres pour le Duce. Par égard pour Weiss, qui sera contraint ensuite à l'émigration, Freud y consent et choisit Pourquoi la guerre? écrit en collaboration avec Einstein (1932-33) : «A Benito Mussolini, avec le salut respectueux d'un vieil homme qui reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture.» Par la suite, Weiss demandera à Jones de passer sous silence cet événement, mais celui-ci s'y refusera, allant même jusqu'à accuser Weiss de complicité avec Mussolini.

           Sans connaître les détails de cette affaire, à propos de laquelle il se trompe lourdement, Onfray en conclut que Freud est un fasciste (Crépuscule, p. 524-532) et que Pourquoi la guerre?, écrit en collaboration avec Einstein, est une apologie du crime. 

        Quand on sait que Freud fut un penseur des Lumières sombres et jamais l'adepte des anti-Lumières, qu'il souligna que le meurtre du père était l'acte fondateur des sociétés humaines à condition toutefois que le meurtre fût sanctionné par la Loi (modèle des tragédies grecques) et qu'il était l'admirateur autant de Cromwell (le régicide) que de la monarchie constitutionnelle anglaise (capable de sanctionner le régicide), on se demande comment Onfray peut soutenir de telles extravagances.

        Si la psychanalyse est, comme il l'affirme, une science nazie et fasciste, cela signifie qu'elle est incompatible avec la démocratie . Mais pourquoi alors ne s'est-elle développée que dans les pays où s'était instauré un Etat de droit? Pourquoi a-t-elle toujours été bannie, en tant que telle, par les régimes totalitaires ou théocratiques, même quand ses praticiens collaboraient avec de tels régimes? Onfray ne se pose pas la question et se contente d'affirmer que si elle a eu du succès, c'est parce que Freud a organisé des «milices» pour la défendre, la transformant ainsi en une religion fanatique favorisant la guerre et les boucheries de guerres, préfigurant Auschwitz, Hiroshima et les guerres coloniales. En conséquence, elle ne devrait sa survie qu'au fait qu'elle poserait une adéquation entre bourreau et victime.                         

        Refusant le principe même de l'histoire des sciences selon lequel aucune norme ne doit être essentialisée par rapport à une pathologie - puisque les phénomènes pathologiques sont toujours des variations quantitatives des phénomènes normaux -, Onfray reconduit une vision manichéiste de la relation entre le normal et le pathologique. Il la pense selon l'axe du bien et du mal : d'un côté le paradis de la norme (les adeptes du dieu solaire, pacifistes et hédonistes), de l'autre, l'enfer de la pathologie (les fous, les salauds, les pervers, les monstres, les chrétiens, les Juifs, les nazis, les musulmans). Tant et si bien qu'il en vient à affirmer que la psychanalyse n'est pas capable - pas plus que Freud lui-même - de distinguer le bourreau de la victime, puisque, pour elle, «tout se vaut» : le malade et l'homme normal, le fou et le psychiatre, le pédophile et le bon père, etc... Et, à propos de l'extermination des quatre soeurs de Freud par les nazis, il en conclut «qu'on ne peut pas comprendre le problème de la Solution finale qui saisit la famille Freud. De quelle manière saisir intellectuellement, dit-il, ce qui psychiquement distingue Adolfine, morte de faim à Theresienstadt, et ses trois autres sœurs disparues dans les fours crématoires en 1942 à Auschwitz et Rudolf Höss, puisque rien ne les distingue psychiquement sinon quelques degrés à peine visibles et comptant pour si peu que Freud n'a jamais théorisé cet écart minime, pourtant tellement majeur?" (Crépuscule, p. 566).

        Notons au passage qu‘Onfray se trompe de camp : Rosa fut exterminée à Treblinka et Mitzi et Paula à Maly Trostinec. Si la «Solution finale» a bien saisi la famille Freud, ce n'est certainement pas dans ce face à face sans «distinction psychique» imaginé par Onfray entre le Commandant du camp d'Auschwitz (Höss) et les quatre soeurs du fondateur de la psychanalyse, accusé d'avoir éliminé, par anticipation, toute différence entre l'exterminateur et ses victimes.

        «Que la haine soit l'autre visage de l'amour, écrit Onfray parlant de Freud, qu'on me permette de douter, d'abord parce qu'il n'y a pas chez moi de haine de la psychanalyse (...)» Et il ajoute : «Toute haine d'une victime juive pour son bourreau nazi me semble loin de signifier chez elle un autre nom de l'amour! Il faut en finir avec ce genre de pseudo-argument freudien que le rien est l'une des modalités du tout, que le blanc est l'une des modalités du noir, que la critique (ouverte) de Freud est l'une des modalités (inconsciente) de l'amour de Freud.» (Lire, mars 2010, p.35)

        Emporté par le déni de sa haine, Onfray ne cesse d'attribuer au fondateur de la psychanalyse ses propres obsessions. C'est bien Onfray et non pas Freud qui se permet d'affirmer que la haine d'une victime juive pour son bourreau nazi est l'autre nom de l'amour. Et c'est de son imagination qu'est sorti le scénario macabre de ce face à face entre Rudolf Höss et les quatre soeurs de Freud. 

         Puisque la psychanalyse n'est que l'autre nom d'une science fasciste inventée par un Juif haineux et pervers, on comprend qu'Onfray se livre, à la fin de son ouvrage, à une réhabilitation systématique des thèses paganistes de l'extrême droite française avec lesquelles il entretient une forte relation de connivence.

        Ainsi fait-il l'éloge de La scolastique freudienne (Fayard, 1972), ouvrage de Pierre Debray-Ritzen, pédiatre et fondateur de la Nouvelle droite, qui n'a jamais cessé de fustiger autant le divorce et l'avortement que la religion judéo-chrétienne, hostile selon lui, à l'éclosion d'une vraie science matérialiste. D'où sa revendication d'un athéisme forcené fondé sur le culte du paganisme : «Sur la fin de sa vie, écrit Onfray, cet oncle de Régis Debray qui n'en peut mais (sic) animait une émission sur Radio Courtoisie, un média clairement à la droite de la droite (...) Comment entendre la justesse de bons arguments critiques dans un monde où l'essentiel de la classe intellectuelle communie moins dans la gauche que dans son catéchisme?»

        Non content de s'en prendre à la gauche française, dont il prétend faire partie, Onfray vante les mérites d'un autre ouvrage, issue de la même tradition, Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire, publié en Belgique par Jacques Bénesteau (Mardaga, 2002), préfacé par un proche du Front national, soutenu par le Club de l'Horloge et dans lequel on peut lire (p.190-191) qu'il n'existait pas d'antisémitisme à Vienne durant l'entre-deux-guerres puisqu'à cette époque de nombreux Juifs occupaient des postes importants dans toute les sphères de la société civile : «Dans son ouvrage, écrit Onfray, Bénesteau critique l'usage que Freud fait de l'antisémitisme pour expliquer sa mise à l'écart par ses pairs, son absence de reconnaissance par l'université, la lenteur de son succès. En fait de démonstration, il explique qu'à Vienne à cette époque nombre de Juifs occupent des postes importants dans la justice la politique, l'édition, ce qui lui vaudra d'être rangé dans le camp de «l'antisémitisme masqué» par Elisabeth Roudinesco («Le club de l'horloge et la psychanalyse : chronique d'un antisémitisme masqué», Les temps modernes, 627, avril-mai-juin 2004)  - masqué, autrement dit invisible bien que présent et réel (...) Or, la lecture de ce gros livre ne contient aucune remarque antisémite (sic), on n'y trouve aucune position qui dirait la préférence politique de son auteur.» (Crépuscule, p. 596).

         Au terme de son furieux réquisitoire, Michel Onfray  souscrit à la thèse selon laquelle Freud - homophobe, misogyne, défenseur du fascisme, responsable par anticipation de l'extermination de ses soeurs, adepte d'une sexualité malsaine et d'une conception pervertie des relations entre la norme et la pathologie - aurait inventé des persécutions antisémites qui n'existaient nullement à Vienne, manière de voir partout et en toutes circonstances - dans la plus pure tradition de l'idéologie complotiste française (d'Augustin Barruel à Edouard Drumont) - la main, l'oeil et le nez de Freud.

       A la lecture d'un tel ouvrage, dont l'enjeu dépasse largement le débat classique entre adeptes et opposants à la psychanalyse, on est en droit de se demander si les considérations marchandes qui ont conduit à cette publication ne sont pas désormais d'un tel poids qu'elles seraient susceptibles d'abolir tout jugement critique et tout sens de la responsabilité? La question en tout cas mérite d'être posée et le débat est ouvert.

 Elisabeth Roudinesco, directrice de recherches (Université de Paris-Diderot) est présidente de la SIHPP.

Article extraordinaire, tant il fait un tableau, rapidement et brillamment brossé, d'un paysage profond où chaque détail se révèle un chemin qui vous entraîne vers un monde d'idées et de débat qui vous construit, par la mise en cause, et l'interpellation de thèmes en cascade, sans cesse plus importants l'un après l'autre.

Merci donc.

On peut en finir avec l'aura, et la suprématie d'une école freudienne qui serait dépositaire d'une vérité éternelle, mais évacuer Freud, ce serait aussi évacuer la découverte fondamentale de l'inconscient, et de concepts qui portent, ou ont porté à coup sûr, une chance pour un avenir plus serein et plus équilibré pour une humanité, et une pensée universelle.

Si Freud s'était souvent trompé, ou avait trompé pour des raisons à définir, il aurait au moins eu cet immense mérite de révéler les voies, dont aussi et malgré lui les impasses, que ses continuateurs,  ou ses contradicteurs, ont pu explorer, nous donnant une chance de mieux se comprendre, et comprendre nos semblables.

Une conclusion apparemment triviale: attention de ne pas jeter bébé, qui nous continue d'une certaine manière, et porte une bonne part de ce qui nous rend un monde ordonné, avec l'eau du bain.

A vous lire, Onfray prétend peut-être laver trop fort, et pourrait finir de se noyer lui-même dans l'affaire.

J'ai beaucoup apprécié votre Histoire de la Psychanalyse en France. Ce que vous rapportez des écrits d'Onfray est très inquiétant. 

********************

Jean-Paul Sartre non plus, il ne pouvait pas les voir en peinture tous ces psychanalystes de Freud à Lacan, il disait que leurs méthodes consistaient à "chosifier" leurs patients afin de mieux les manipuler à leurs seules fins.

"Une nouvelle génération de psychiatres cherche à établir entre eux-mêmes et les personnes qu'ils soignent un lien de réciprocité. Il ne me paraît pas impossible qu'un jour les psychanalystes de stricte obédience (les imposteurs en qqsorte) les rejoignent enfin" (sic) Jean-Paul Sartre.

@ +NEO- 

 OUF ! enfin un os à ronger pour Mme Roudinesco, gardienne du bien penser, qui va pouvoir faire parler d'elle.

Sur Médiapart après d'autres...> sur Le Monde.fr sur le Nouvel Obs

 

----- 

Sur d'autres écrits, c'était déjà du genre: 

"Le but de cet ouvrage au titre racoleur n'est pas de critiquer la psychanalyse, mais de nuire à une discipline et à ses représentants, dans un contexte de crise. Freud y est traité de ... présenté comme une sorte de... La plupart des grandes figures de la psychanalyse... sont brocardés. Dans une langue pauvre et vulgaire, et à coups d'affirmations fausses et sans fondements."

Elle disait cela, déjà, Elisabeth Roudinesco sur un autre livre: " Livre noir de la psychanalyse(les Arènes)"

Aujourd'hui, elle affine sur ONFRAY.

c'est vrai quoi, comment Onfray, qui n'y connait rien, peut-il parler ?

 ---

"Je retiens de toute cette polémique cléricale, et quant à son ton, qu’on ne parle ni de Dieu ni de Freud. Surtout quand on n'a pas les titres requis et qu’on n’appartient pas à une catéchèse capable d’en engager la glose. Drôle d’époque !" écrit Jean-Clet Martin ce matin sur son blog.

Vous ne trouvez pas que le biais de la vraie-fausse biographie est un moyen un peu trop facile pour marteler de la propagande partisane, Rafael ?

On a connu Jean-Clet Martin plus inspiré...pour un deleuzien c'est assez décevant...Quand à l'attaque Roudinesco n'est pas la gardienne du temple tout le monde semble oublier que c'est elle qui a le plus critiqué les psychanalystes...Ici ça n'a rien à voir Onfray manipule la vérité historique...elle procède à une rectification... Quoi de plus normal ? Et si c'est lumineux comme d'habitude, qui s'en plaindra?...

+1

vous évoquez le dossier des retraites, grain de sel ? les chômeurs en fin de droit ?

Vos accusations, madame Roudinesco sont au moins aussi virulentes que celles dont vous accusez Onfray.

Habitué à vous entendre fréquemment sur France Culture, je sais déjà combien vous ne supportez pas la moindre critique du dogme freudien.

Sans réponse de l'accusé, je considèrerai votre coup de gueule comme nul et non avenu et le regard d'Onfray sur le freudisme, à l'intar de toute critique, comme salutaire.

À propos de Michel Onfray et de la manière dont il dénature ce dont il s'empare, on peut également lire ceci :

http://www.tiensetc.org/laval-spectacle-onfray-ecrase-guyau-a686516

Nul doute que ce “nouveau” livre sur Freud rencontrera son public de convaincus, tout comme le Livre noir de la psychanalyse. Tant pis pour eux !

Plus prosaïquement cette fois, permettez, madame, que je vous dise que vos façons, ici comme dans d'autres débats critiques me font toujours l'impression d'une défense apeurée de votre commerce.

Plus de calme vous rendrait plus crédible, ne serait-ce qu'en vertu de votre profession. Faites-le au moins pour elle.

Tiens! Onfray, lui aussi a des fans! Rire

Le titre de l'article s'imposait "Pourquoi tant de haine ?". Freud continue toujours à déranger. C'est la grandeur et l'actualité de son oeuvre. Dommage pour ceux qui passent à côté mais c'est leur problème.

Bjm, faisons aussi la différence entre "défense apeurée" et critique vigoureuse.

Onfray qui a du talent et révèle par moment des aspects intéressants de certaines pensées peu connues, a cependant tendance à trop coller au personnage qu'il crée, du coup, il est un peu trop assoiffé de "coups", de ram-dam.

 

Merci Jean Marie, article intéressant.

Oui, aussi, pourquoi ? C'est incompatible de s'intéresser à plusieurs questions à la fois ?

Ce formidable article, qui mériterait d'être en Une de Mediapart, pose vraiment la question de "qui lit quoi ?".

et tout cela sur un livre qui ne parait que le 21AVRIL !!!!!!

 

> 3 vidéos à propos du livre:(ONFRAY/GISBERT)

 http://www.youtube.com/watch?v=zFCMjZ9-HUg

http://www.youtube.com/watch?v=7iWMTGsWLI8&feature=related

 http://www.youtube.com/watch?v=BtapHMDZxnI&feature=related

  

 

J'ai vu et entendu quelquefois Onfray dans ses Universités Populaires, y compris à Ajaccio où il a bien voulu, toujours bénévolement, venir un certain hiver traiter de la positivité de la catastrophe sur le mode interrogatif de la philosophie. 

Certaines de ses conclusions me laissent parfois sceptique, mais je n'ai jamais senti de "soif de coups" dans ses dé-négations ou dé-raisonnements, plutôt de bénéfiques coups de pied dans les consensus. 

 

 La psychanalyse, pour rester dans le sujet ne sera jamais une science exacte. La statufier (au sens de statue et statut), ce n'est pas lui rendre service. Les iconoclastes sont ses meilleurs amis.

Oui, Bjm, vous avez raison mais Roudinesco ne la statufie pas, je crois, elle la connaît bien, tant sur le plan théorique qu'historique et pratique.

 Ne rien statufier,  même les sciences exactes.

Quand je parle de "coup", je veux dire un certain goût pour la mise en scène d'une radicalité qui manque de recul sur elle même. Ce qui n'enlève pas l'intérêt de Onfray dont j'ai suivi des séances de l'Université Populaire.

IL FAUDRAIT INCONTESTABLEMENT CET ARTICLE EN UNE ... 

QUAND ON PENSE QUE LE MONDE SONGE A EMBAUCHER

ONFRAY.... QUELLE PITRERIE ALORS QU'ILS SONT DEJA AU

PLUS MAL....

Cet article d'Elizabeth Roudinesco utilise la psychobiographie d'une manière un peu semblable à Onfray. Onfray dit que Freud était un juif qui haïssait les juifs, avide d'argent, et qui  a dupé son monde et qui était un pervers. Roudinesco dit qu'Onfray est un ennemi de tous les monothéismes donc des juifs, un adepte de la masturbation qui refuse la paternité. L'argument d'Onfray n'invalide en rien la psychanalyse. L'argument biographique de Roudinesco n'invalide pas les "thèses" d'Onfray.

Il y a dans cet article une récusation de ces thèses d'Onfray qui auraient pu suffire, je trouve.

Je me permets d'ajouter un extrait d'un article de Jacques Alain Miller, dans le Point de cette semaine, (qui titre en couverture "Onfray déboulonne Freud"). Il y relève le "double postulat" d'Onfray:

"1)la psychanalyse est une philosophie; 2) toute philosophie est l'autobiographie déguisée de son auteur, une construction faite pour "soulager sa douleur existentielle", "mettre de l'ordre dans sa vie". Il s'ensuit que la psychanalyse est une thérapie à l'usage du seul Freud.  Elle prétend valoir pour d'autres? Extrapolation abusive, imposture. CQFD. Ce canevas délirant est d'une logique implacable dès le postulat admis."

Onfray raconte n'importe quoi. Le comble est qu'il est écouté et que ceux qui le critiquent sont disqualifiés. Il n'est pas une exception. BHL paraphrase des philosophes factices et le Point continue à le publier quand une armée de pigistes payé au lance pierre s'angoisse à l'idée de commettre la moindre erreur.

On peut critiquer la psychanalyse, mais une chose est sûre : elle nourrit bien sa femme ou son homme.

Vingt dieux, les tarifs...

Et dire que plein de gens crient au scandale quand les généralistes demandent à être payés 23 € la consultation au lieu de 22 €.

Au fait, faut quel diplôme pour être psychanalyste ? Comment sait-on si un psychanalyste est bon ? Comment détermine-t-on les bienfaits d'une psychanalyse ? C'est le patient qui se dit guéri ? Qui se dit soulagé ? Il n'est pas impossible que le patient voulant en avoir eu pour son argent, se sente et se déclare soulagé de ceci et de cela. Soulagé au moins d'une bonne partie de son argent, ça c'est sûr. 

Quand un toubib vous guérit, ça se voit. On n'a plus de fièvre etc.

Quand un psychanalyste vous a traité, vous a-t-il guéri ?

Et guéri de quoi ?

Ce sont des questions. Je ne suis ni pour ni contre la psychanalyse.

Je me pose seulement la question de son efficacité.

J'ai une gamine qui a des entretiens avec une psychanalyste car elle se dévalorise, se trouve moche, nulle etc. Elle aime bien ces séances, se confie à la dame, et tout ça.

J'ai eu six enfants et c'est la seule à avoir ces angoisses. Ce serait les six, c'est moi qui irait voir la dame...

On en est à six mois d'entretiens (j'ai failli écrire "traitement"), un par semaine. Et si ça ne lui fait pas de bien, ça ne lui fait pas de mal non plus, à la gamine.

Mais elle continue de se trouver nulle, moche etc.

Il n'y a de changement que sur le contenu de mon porte-monnaie.

PS - Dernière minute : je viens de lire ceci : "Il n’existe, nulle part au monde, de diplôme de
psychanalyse. Non pas par hasard ou par inadvertance,
mais pour des raisons qui
tiennent à l’essence de ce qu’est la psychanalyse.
"

Chouette, pour payer mon essence et la psychanalyste de ma fille, je vais me faire psychanalyste.

http://chroniques-ordinaires-jr.blogspot.com/</div><div
class=´inscrit_depuis´>Inscrit(e) depuis Apr.
2008</div></div></div>">

.

Monsieur ab 21, braille moins fort et rachète "Le Monde", au lieu d'asséner des ordres à Pleynel.

 Raphaël Jornet (17/04 12h51)

On peut être drôle et cinglant.

Je vois qu'on peut aussi se
vouloir cinglant et n'être même pas drôle…

Snif...je vais aller me faire psychanaliser. Bande de croyants và.

Que dire, que penser ?...

 J'ai bien aimé certains écrits de Michel Onfray. J'aime bien son côté iconoclaste. Je me suis senti par-ci par là assez agacé par le côté "ayatollah" d'Elisabeth Roudinesco...

 Mais, pour répondre à un précédent intervenant, il est des sujets où il faut être un minimum compétent avant de s'autoriser à lancer des anathèmes. Où alors, c'est le règne du n'importe quoi, où la formule percutante tient lieu de connaissance du sujet abordé. Cela cadre bien avec une société ou la "communication" remplace l'information... Et où, côté lecteurs peu informés, les discours creux mais bien conçus pour être convaincants nous ramènent au "dernier qui a parlé qui a raison"...

 Une question : Michel Onfray a-t-il souffert -- ou a-t-il connu autour de lui des gens qui ont souffert -- aux mains de psychologues, de psychiatres ou autres "psy", qui, au prétexte qu'ils pensaient avoir "une bonne écoute", se sont mis à se croire (et agir en tant que) psychanalystes ?... Avec les catastrophes qui s'ensuivent ?...

Une suggestion, psychanalyser (à travers leurs oeuvres ?) Onfray et Roudinesco pour savoir "qui" se cache derrière leur discours respectif ! Je plaisante, bien sûr!

Pour ma part, je m'en fous un peu, et je reste pragmatique... J'en connais plus d'un qui ont passé du temps sur le divan, certains gratuits (via les CMP)... Tous m'ont dit et répété -- et c'était
visible -- en avoir tiré un grand bien. Tout le reste ne serait-il que
littérature?... Aucun, cependant, n'a eu affaire à certains de ces analystes qui "exagèrent", financièrement parlant. Quoi qu'il en soit, je ne jetterai (peut-être) Freud avec l'eau du bain que le jour où, autour de moi, j'entendrai le discours contraire !

Michel Onfray s'était déjà illustré il y a 5 ans dans un "Traité d'Athéologie" où sous couvert de régler ses comptes avec les figures d'autorité, il s'appliquait à empiler toutes les théories les plus fumeuses sur les religions pour proposer, en guise d'échange, une soupe philosophique (sans doute originelle !) aux vagues relents Nietzschéens.

C'était comme une citation à la Prévert de tous les crimes réels ou supposés des religions ; il n'y manquait pour faire le plein que la figure d'un Pape nazi, pédophile, misanthrope, mysogine et antisémite.Une réédition prochaine est peut-être prévue pour réparer cette grave erreur scientifique : pourquoi pas en "offre promotionnelle" avec le brulot Freudien ?

En tous cas, à l'époque (les formes organisées de transcendance n'ayant pas bonnes presses depuis un demi-siècle) tout le monde a crié au génie. Maintenant qu'il s'attaque, avec les mêmes raccourcis pathologiques, à la figure de Freud, on voit sortir des critiques plus fermes. On verra peut-être un peu plus clairement le modus operandi du Monsieur : appeler à une philosophie de la liberté absolue qui passe par une période de terreur où prêtres, psychanalistes et d'ailleurs tout les philosophes d'un semblant d'ordre seront évicérés en place publique pour arriver au bonheur pour tous.

Cela pourrait faire sourire, si cela ne rappelait les heures sombres du Cambodge des années 70 où les mêmes fariboles mises en application ont conduit à un auto-génocide de 30% de la population.

Cela pourrait faire sourire aussi si les bétises de Onfray restaient en cercle restreint... Mais grâce au génie du marketing, il y a fort à parier que ce dernier ouvrage n'aille fleureter avec les 200.000 exemplaires. Là où un très bon bouquin sérieux universitaire fait un très bon score à 10.000 exemplaires. Ce n'est pas tant qu'un mauvais livre soit beaucoup vendu qui pose souci (il y en a d'autres...) ; mais que ses livres soient proposés comme des ouvrages de réflexion et de savoir appuyés sur une démarche de recherche scientifique.Pour 200.000 lecteurs et plus, il va s'agir peut-être d'un des rares livres de sciences sociales achetés (et parfois lu) sur une longue période de temps.

Quel dommage que ce temps soit perdu à lire des approximations dilettantes.

 On se connait, Virgill Brill ? Non ? C'est bien ainsi !

vous feriez allusion à cela ? "  vous évoquez le dossier des retraites, grain de sel ? les chômeurs en fin de droit ?"17/04/2010 12:51Par http://chroniques-ordinaires-jr.blogspot.com/</div><div class=´inscrit_depuis´>Inscrit(e) depuis Apr. 2008</div></div></div>">Raphael JORNET ?"

 

vous seriez aussi petit télégraphiste, fondé de pouvoir, directeur de conscience et censeur ?

je vois cela chez vous... alors, regardez sortir de l'eau qui vous voudrez et laissez moi la liberté d'être drôle ou pas. C'est une liberté, non ?

ne pas vous plaire est d'une tristesse crasse !

mais votre saillie va très bien avec le billet !!!!! 

mêlez vous donc de vos affaires... et de vos billets ! 

 

 

Un très bel article sur un livre de Roudinesco dans le London Review of Books en 2008 :

http://www.lrb.co.uk/v30/n22/elif-batuman/on-complaining

 A la lecture d'un tel ouvrage,
dont l'enjeu dépasse largement le débat classique entre adeptes et opposants à
la psychanalyse, on est en droit de se demander si les considérations marchandes
qui ont conduit à cette publication ne sont pas désormais d'un tel poids
qu'elles seraient susceptibles d'abolir tout jugement critique et tout sens de
la responsabilité ? La question en tout cas mérite d'être posée et le débat est
ouvert
. - Elisabeth Roudinesco

 Par delà la démonstration lumineuse, faite par Elisabeth Roudinesco, de la structure psychique de l'auteur du Crépuscule d'une idole - laquelle structure ne dédouane pas les auteurs de leur responsabilité éthique à l'égard de leurs écrits -,

 par delà les mises au point sévères par E.R. de la manipulation des faits historiques par un Onfray envahi par sa thèse délirante,

 par delà la filiation des idées que E.R. repère justement chez Onfray - la réhabilitation systématique des thèses paganistes de
l'extrême droite française avec lesquelles il entretient une forte relation de
connivence
-, 

 par delà les considérations marchandes en matière éditoriale - qui profiteront aussi au Livre noir de la psychanalyse réédité ce mois-ci -,

 il y a aussi cette alliance objective de Michel Onfray avec les tenants de l'idéologie du chiffre et des rééducations morales en tous genres bien représentés dans le Livre noir : voilà qui ce qui attend les petites têtes blondes et brunes qui tomberont sous la coupe des réarmements moraux prêchant la beauté "solaire" du nouvel homme, masturbateur "solitaire" qui ne connaît pas la haine, celle-ci étant bien sûr concentrée dans l'ennemi, dans l'Autre dont l'hétérogénéité radicale et insupportable est ravalée à l'alter ego réduit à n'être que réceptacle de la jouissance forclose, réduit à n'être que réceptacle des projections haineuses des dits esprits "solaires".

 

 Vous avez aimé le Livre noir ?  Vous adorerez Le crépuscule d'une idole.

"Quelques mots suffisent enfin pour expliquer le ressort de l’imposture : la magie du verbe, l’alliance des gredins, la crédulité des dupes. C’est que ce livre puise dans le même trésor d’idées reçues que toutes les théories conspirationnistes. Il ravira cette famille d’esprits." - Jacques-Alain Miller, 15 avril 2010, In paragraphe oublié dans la publication du Point citée plus haut par Pascal.

Dire que la psychanalyse est une philosophie est un raccourci audacieux. Résumer ensuite une philosophie à la biographie de son auteur est également téméraire. C'est un sophisme dont Onfray a la facheuse prétention d'appeler cela "philosophie".

Vive les iconoclastes !

Bravo Onfray, continuez!! Voilà un volcan juste où il en faut un.

 

bjm

M'enfin , salutaire je suis , puisque critique à vous même .

Laids en ti' psy ont trouvé leur Maître.

Il faut revoir ta définition de l'iconoclaste, BJM, si aujourd'hui, un gabarit du style Gainsbourg fait figure d'iconoclaste, c'est qu'on n'a pas fini de confondre les torchons et les serviettes quelque part...

Montre-moi un interdit de télé, un prohibé des plateaux, un type qui a mis 20 ans à arriver devant la caméra, et en coup de vent, voire qui n'y a jamais réussi, et non pas un provocateur malin qui scandalise une partie de la France pour encaisser le pognon de l'autre...

Un connard qui brûle 500 balles au journal télé, qui fait l'admiration de toute la troïka des vendus de la télé parce qu'il est bourré sur un plateau, qui écrit des chansons qui exaltent l'inceste, et qui engueule sa fille au restau, si elle a les coudes sur la table.

Beurk.

  Onfray, un iconoclaste ? Ou un boutiquier aux "recettes" éculées ?

 

« Alors, qu’est-ce que vous
lui reprochez à Freud ? » éructe FOG plus que jamais dans le
brouillard. « Ben voilà, il aimait l’argent, y’avait que ça qui
l’intéressait. C’était un bourgeois viennois avide de célébrité. » Ca,
c’est de la pensée : les premiers mots prononcés par notre brillant analyste
du texte freudien pour présenter son travail, c’est ça. Je ne sais pas ce qui
scotche le plus dans cette assertion tant elle est ahurissante.

La vanité du propos ? Quand
on s’attaque à Freud, géant de la pensée quoiqu’en dise notre Tartuffe, on a
autre chose à dire en premier qu’une atteinte à la personne ou aux défauts
privés de l’homme. D’autant que tout le monde sait, même les plus freudiens des
freudiens, que le vieux Sigmund était effectivement avide de gloire et
probablement de biens matériels. Il n’a jamais cessé de l’écrire dans toute sa
correspondance, publiée depuis des décennies, en particulier les lettres
adressées à « sa » Martha chérie. Et alors ? Tous les
intellectuels du XXème siècle (ou presque) sont affligés de ce même symptôme
que, dans un anachronisme contrôlé, j’appellerais le « syndrome du
buzz ». Oui, Freud, petit médecin viennois, issu de famille modeste de la
petite bourgeoisie juive, rêve de réussite sociale. Ca ne le rend ni original
ni sympathique, j’en conviens évidemment, mais quel est le rapport avec la
valeur de son œuvre ?

Le « déplacement » de
la fiche clinique du sieur Onfray lui-même ? En voilà un assoiffé de
notoriété, d’argent et de « buzz » ! Depuis des années, il court
les plateaux télé, ondes de radios, magazines (y compris people), journaux,
sites internet, têtes de gondoles des FNAC, il est difficile de lui
échapper ! La « philo de service » à tous les rayons.
On ne hait
jamais tant chez les autres que ce qu’on a repéré chez soi-même, pas besoin de
Freud pour savoir ça.

 Léon-Marc Lévy

 http://www.mediapart.fr/club/blog/leon-marc-levy/170410/onfray-ou-la-haine-de-freud#comment-518610

 

 

 @ bjm : le livre n'est peut-être pas encore sorti, mais les thèses de Onfray sur la psychanalyse et Freud si : il les a donné en interview dans la presse depuis des semaines.

Ce que j'en ai lu m'a semblé bien réducteur, si réducteur.

Dommage pour Onfray, sur ce coup là.

 

 

Un grand éclat de rire!!!

Le premier paragraphe reproche à Onfray de ne citer aucune source et le second cite celles qu'il a repris et celles qu'il n'a pas repris.

Autant dire que je n'ai pas été plus loin dans la lecture!

Je renouvelle ma question : comment mesure-t-on le succès d'un traitement par la psychanalyse ?

Cela me paraît plus important que les querelles entre "idolâtres" et "iconoclastes". 

  @ Joël Martin : ça ne se mesure pas, ça s'éprouve !

En sciences humaines, il faut faire les expériences soi-même et sur soi -
ce qui n'empêche pas la rigueur.

Une réponse rapide  : moins d'angoisse - moins d'impossibilités à vivre dans les petites choses. Comme dit l'autre (Alain Souchon), c'est déjà ça.

 

 

Si vous n'aimez pas Freud, n'en faites pas un commentaire, mais surtout n'en faîtes pas un livre.

Si vous ne vous intéressez pas à Freud, n'en faites pas un commentaire, mais surtout n'en faîtes pas un livre.

En attendant, LE MONDE aujourd'hui....ONFRAY qui nous verse sa vespasienne...La rumeur disait donc vraie...il est embauché...Et c'est juste pas possible pour moi...Fottorino perd complètement la tête...Au prochain point de vue de ce mec dans mon journal, je me DÉSABONNE sur le champ...

Ca va te changer un peu des truquages de texte de Caroline Fourrest.

mmddrr de mmddrr !!!

@ +NEO- 

 A Fantie en réponse à Joël Martin,

 Cela s'éprouve mais cela "se prouve" aussi, notamment par les témoignages cliniquement argumentés que les psychanalystes fournissent - avec rigueur, vous avez raison - à la vigilance de leurs pairs.

 Cela ne se "mesure" effectivement pas avec des "grilles" et autres "échelles" d'évaluation pseudo-scientifiques - à ces échelles-là, d'un point de vue scientifique, soit il manque les montants, soit il manque les barreaux - qui voudraient s'immiscer dans l'intimité des conversations et des confidences humaines.

 Et merci pour la simplicité de votre "réponse rapide" qui va droit au coeur de ce dont il s'agit.

 

Je ne lirai pas plus ce livre de M. Onfray que le Livre noir de la psychanalyse, ou tous ces livres et articles qui "s'attaquent" régulièrement à la psychanalyse. Je me contente de goûter le bonheur enfin (re)trouvé grâce à … la psychanalyse, "ma" psychanalyse.

Pour répondre à Joël Martin, je dirais que si l'on "fait une psychanalyse", on (se) découvre alors sous un jour qu'on ignorait, etc, etc, et la guérison vient en sus - c'est bien connu. Comment reconnaît-on le succès de "sa" psychanalyse ? Au bonheur retrouvé, ou encore au sentiment de s'autoriser enfin à être soi-même, c'est selon. En tout cas, ça va mieux et ça dure, voilà.

Quant à reconnaître qui est un bon psychanalyste, comment reconnaissez-vous un bon cordonnier ? Et ce n'est pas celui qui fait payer le plus cher qui est le meilleur, bien sûr (NB : je connais des analystes qui peinent à payer leur loyer. Si si ! Ca n'est pas si rare). Pour choisir un psychanalyste pour vous-même (pour votre fille, je ne sais pas), tenez-vous en au sentiment de sympathie que vous ressentez au premier rendez-vous (on appelle cela "le transfert", qui est une forme d'amour, comme le dit Lacan, merveilleux comédien dans sa conférence de Louvain - voir le DVD). Si le psychanalyste ne vous "plaît" pas au premier rendez-vous, allez voir un autre ! (je sais, c'est sommaire, mais ça marche) Et n'oubliez pas que votre sentiment à l'égard de "votre" psychanalyste va varier au cours de la cure ; accrochez-vous, la plupart du temps, ça vaut le coup - mais pas toujours, c'est pourquoi on a écrit plein de livres à ce sujet : "comment choisir/quitter son psy", alors qu'il y a tant de cordonniers qui ressemellent bien… Rire

 N'empêche, ce n'est pas inintéressant que soient clairement publiées les couleurs que défend présentement Onfray.

 Chacun appréciera la "psychologie à la française dans l'esprit des Caractères, de La Bruyère" dont Onfray se fait le chantre dans un contexte de nationalisme exacerbé où il s'oppose à Freud (juif) sans critiquer le DSM (nord-américain)... Comprenne qui pourra.

 Onfray plaide pour "le cortex contre le cerveau reptilien" et dénonce "le commentaire anonyme sur internet comme guillotine virtuelle" - ses principaux critiques ne sont pourtant pas anonymes. Heureusement pour lui, une guillotine "virtuelle" est moins dangereuse que celle que lui avait promise sa mère, mais pourquoi diantre y court-il ainsi ?

 

 L'article que vous citez est ici :

 http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3232,50-1335228,0.html

 

"Quand on sait que huit millions de personnes en France  sont traités par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu'il y a dans un tel livre et dans les propos tenus par l'auteur une volonté de nuire qui ne pourra, à terme, que soulever l'indignation de tous ceux qui - psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes - apportent une aide indispensable à une population saisie autant par la misère économique - les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres - que par une souffrance psychique largement mise en évidence par tous les collectifs de spécialistes." Plus malhonnête et démagogique : tu meurs ! La haine n'est pas du côté qui est dit dans le titre de l'article...

Merci JoHa pour le lien vers cet article. Où l'on voit qu'Onfray se situe par rapport à ce qui se passerait, selon lui, dans un certain milieu qualifié de parisien. C'est ce qui l'anime, ce qui nourrit son esprit polémique.
 Il écrit contre. C'est parfois salutaire, mais dangereux quand ça devient un système. Ça en a mené certains assez loin…

En écho à ce que dit Naja plus haut, répondant à Joël Martin.

Il me semble qu'une des difficultés pour apprécier  la psychanalyse, c'est qu'elle ne vise pas le bonheur, le bien-être, ce n'est pas son objet  ; mais elle permet au patient de trouver un chemin, le sien, ce qui peut être loin de la représentation qu'en ont les autres ; au mieux, elle permet au sujet de devenir davantage l'auteur de ses actes et paroles, ce qui diminue de fait ses "aliénations", ses souffrances privées de sens. Ceci a souvent, de surcroît, des effets apaisants, bénéfiques.

Mais ce n'est pas un chemin vers le bonheur, c'est un chemin vers soi, dans  son devenir - non pas vers "moi" : la psychanalyse défait les illusions qui nous bétonnent, pour dire vite . (un peu comme la pratique longue d'un art, par ex.). Au bout du compte, le chemin dépend du sujet lui même.

On comprend que la psychanalyse ne se fasse pas que des amis, en particulier dans un monde qui nous abreuve du "droit" au bonheur et d'amour de la vitesse, avec le cortège de mensonges afférents et de pratiques pulsionnelles.

Enfin, la psychanalyse ne se situe par hors monde, elle est donc elle même traversée par ses contradictions. Et elle n'est pas non plus une "voie royale" vers quoi que ce soit.

 

 

 

On peut imaginer que trois gouttes dans un verre d'eau  (ou de Petrus, si le lecteur hédoniste des ouvrages de Michel Onfray en a les moyens !) vous délivrera des chagrins d'amour comme du mal de dent, qui d'ailleurs, selon l'adage, ne vont pas l'un sans l'autre...

On peut préférer pourtant la psychanalyse. Elle ne vous guérira pas plus de la vie que l'Electre de Sophocle, le roi Lear de Shakespeare, les Illuminations de Rimbaud ou le Van Gogh d'Antonin Artaud. Mais elle vous rendra, allez savoir, avec un peu de chance, ce désir sur lequel on ne doit pas céder, si on veut que la mort ne gagne pas toujours, même à la fin...

Gilles Deleuze, à la question "Qu'est-ce que la philosophie ?", répondait : "Créer des concepts." Freud et Lacan (deux "judéo-chrétiens assez différents, souvent opposés presque, ne serait-ce dans le même goût pour les cigares : le Maître du Séminaire les aimait tordus !) en auront produit une bonne vingtaine, à valeur opératoire.

De son côté, Michel Onfray tient un discours. C'est un homme de tribune. Peut-être aussi, à l'occasion, de tribunal. Il y a le Bien : Epicure. Et le Mal : Platon.  Depuis les années 90, il remâche ça, le sempiternel chewing-gum d'une conception du monde meilleur, du monde "jouissif". Tout ce qu'aborait Freud, qui n'en présentait aucune, de conception du monde, et se défiait du meilleur qui promet la jouissance que d'autres paieront au prix fort.

En fait, Michel Onfray compile. Ses arguments professoraux, venus d'un peu partout, ont toutefois ce mérite indéniable : offrir au grand public un prêt à penser, ce que d'aucuns considéreront comme une fabrique du préjugé.

Il y a, dans "Le désir d'être un volcan", un très beau texte de Michel Onfray. Bien autre chose que les habituelles histoires de "libertinage solaire". Il s'intitule : "Le corps de mon père"...

  @ Marielle : On se fraye un chemin sous les masques, les masques sociaux, mais aussi les belles histoires qu'on s'est raconté sur "soi". Passage souvent difficile, c'est un "travail" (tout comme la philosophie pratique : penser contre soi-même).

Parfois même des passages effrayants - (c'est selon les circonstances de nos enfances plutôt inégales question sécurité affective, aussi). C'est pourquoi il est important d'être accompagné. Même si on fait le chemin tout seul comme tu le dis, Marielle, il y a quand même quelqu'un qui signale quelques bornes -où on se cogne, parfois, mais ça peut aussi éviter de continuer à se perdre.

Accompagné par qui ? par un autre qui a fait déjà le chemin, et ne se
laissera donc pas impressionner, ni par nos masques, ni par nos nos
peurs.

 

(ajout) Qui ne se laissera pas  impressionner, c'est mal dit.

Plutôt : qui ne se laissera pas  ébranler au point de se laisser aller aux siens et aux siennes ?

Merci Marielle et Fantie de dire si bien et si simplement ce que je ne savais comment exprimer.

Je n'achéterais pas le livre de M ONF...car entendre la tonalité haineuse de son propos sur un plateau de télé, alerte déjà sur l'oiseau !

La psychanalyse et le psychanalyste ne vous soignent pas ! Un jour vous décidez, ou plutôt je décide que cela suffit de voir souffrir son enfant comme cela ! Lui proposer de consulter et être reçue avec respect par l'analyste qui va l'accueillir petit bonhomme de quatre ans. Deux entretiens de la mère et le symtôme de l'enfant s'estompe ! Le sujet décide, le sujet ce n'est pas la personne, c'est ce qui surgit dans le premier entretien qui ouvre vers ce quelque chose qu'on ne peut nommer et que Freud désignera comme l'ouverture de l'inconscient ! Tout le monde peut se prendre en main dans une rencontre singulière, et par le transfert à un analyste, décider de se coltiner avec ce "truc", qu'on ne parvient pas à dire ! Etrange et secret, il y a ce qui ne parvient à se dire, mais qui émerge peu à peu des rêves et d'un "regard déformé sur la réalité"

Le chemin peut se faire d'aller repérer  peu à peu , pas à pas ce qui a déterminé notre arrivée au monde : un désir ou un non désir, une parole qui nous désigne dont on se saisit ou  qu'on refuse enfin de "protéger" pour ne plus se soumettre à cette image déformée de soi par l'imagination .

Enfin, la psychanalyse devient une façon d'être au monde, qui se répercute sur notre façon de faire, de se faire "voir", "gaver" ou "emmerder", et qui interroge autour. Pour moi cela a influencé ma pratique de sage femme, donnant à mon métier une nouvelle tournure : là où adviennent des parents, les aider à cheminer vers la rencontre avec leur enfant. Surmonter les peurs, les doutes et les empêchements qui sont nombreux lors du devenir père ou devenir mère.

Cela a des effets thérapeutiques " rapides" lorsque l'entretien proposé au 4 ème mois de grossesse prend la mesure respectueuse de ces difficultés si rarement accueillies. Cela prévient la prématurité, donne de la confiance, restaure de l'humanité là où le sujet maltraité doute pour lui et projette sur son enfant les pires menaces et peurs ( dans une maternité niveau trois , taux de préma plus bas que dans  toute la france, en prenant en compte les mineures et les situations les plus vulnérables) !

Cela peut aussi s'avérer éfficace pour prévenir la dépression post- natale quand orientée par la psychanalyse, un groupe de parole  se fait réceptacle de l'angoisse parentale et permet que soit nommer les peurs les doutes, de se faire " bouffer", d'être "laissé tomber", ou du regard étrange que le bébé adresse à sa mère ou a son père, ce qui inquiète et nécessite un accompagnment plus spécifique.

J'aime la psychanalyse, je suis prête à la défendre et je déplore l'usage médiatique fait à Mr OnF et le peu de cas accordé au travail réalisé sur le terrain. J'ai témoigné de ce travail le plus posssible au sein de la profession et au niveau de l'association de psychanalyse reconnue d'utilité publique à laquelle je suis très attachée. Du travail, beaucoup de travail, analyse bien sûre mais surtout formation ( que je paye et j'en suis contente ), rencontres, échanges, effort d'écriture de cas pour rendre compte de nos pratiques.

Si le psychanalyste ne s'autrorise que de lui même, il mûrit longuement sa réflexion, expérimente dans sa cure le réel auquel il se frotte souvent douloureusement et ne parvient, ni ne cherche jamais d'atteindre au "Nirvana" L'utopie déviante de MrO nécessite peut-être quelque prudence , pour ne pas dire soins...quand aux manipulations plus ou moins politiques, c'est avec grande attention que je m'intéresse aux gens fascinés par ce type de leader et aux conséquences des masses captives de cette image idéalisante et dangereuse. freud pour lui avait bien des détracteurs mais entraient en dialogue aveceux , remettant son ouvrage au travail avec tenacité et précision. RESPECT !

Que M.O. soit un pitre médiatique, au même titre que d'autres idéologues portant le nom de philosophe, c'est un fait établi depuis longtemps.

Qu'E.R. soit une femme de pouvoir, défendant les intèrêts d'une profession et des théories qui la fondent, on avait eu le temps de s'en apercevoir.

Alors dans cette polémique, on ne pourra pas être surpris des maladresses qui noient l'intérêt du débat. La bassesse et la reciprocité des attaques est amusant à remarquer. Les qualifications d'ignorants, de malhonnêtes, de tricheurs, sont renvoyés comme des balles de ping pong.

Les deux plus basses facilités d'injures réciproques et identiques sont même symptômatiques des facilités de la réthorique de contamination: chacun traite l'autre de facho,  le mal absolu dont personne n'est pardonnable. (à moins que ce ne soit que le parti de ceux qui sont fâchés). Ce niveau est lamentable, et interdit immédiatement toute crédibilité.

La seconde injure fatale concerne l'intérêt de l'adversaire pour l'argent.  Mis à part le fait que ceci ne retire rien à l'interêt d'un travail, je trouve amusant que l'allusion fécale que contient ce reproche ne soit pas relevée.

En gros, ces deux textes se ramènent à la traditionnelle dispute de cours de récréation: T'es méchant, t'es caca. C'est celui qui le dit qu'y est.

Je passe sur les postures moralisatrices portant sur vespasienne, masturbation, etc.

 Tout ces arguments névrotiques veulent s'adresser à nous, en s'appuyant sur nos petites culpabilités, nos faiblesses, nos craintes. C'est une stratégie fatale.

Pour ma part (individu à la fois profondémént libertaire et passé par de nombreuses années d'analyse, il ya bien longtemps) j'attends mieux de la pensée. Allez, l'un et l'autre, à l'instar de tous les grands penseurs dont chacun semble se réclamer, essayez de vous adresser à notre raison.

Sans jeu de mots, chère Fantie : "ça s'éprouve" ressemble à "c'est éprouvant".

Eprouvant de manquer de critères objectifs d'amélioration suite à une psychanalyse.

Je suis toujours frappé par le flou des réponses de personnes qui ont suivi une psychanalyse concernant les bienfaits qu'elles en ont retirés.

Certes, les sciences humaines ne sont pas des sciences dites (improprement, selon moi) "dures". On ne peut jamais dire qu'une affirmation d'un sociologue ou d'un psychologue est certainement vraie ou certainement fausse. En sciences humaines, deux et deux ne font pas forcément quatre, je veux bien.

Mais je connais pas mal de personnes psychanalysées, dans les milieux muicaux, en particulier où ces personnes ont connu un certain succès puis plus rien. Confrontée au vide ainsi créé dans leur existence, devant le manque de confiance en soi qui surgit brutalement, elles vont "voir un psy". Après parfois plusieurs années de divan, la plupart de ces personnes ne sont pas vraiment capable d'exprimer les améliorations qu'elles ressentent. 

Et si ce sont ds enfants, pas question d'interférer avec la "dame" chez qui ils vont s'exprimer. On ne leur pose pas de questions mais on observe. Et lorsqu'on ne constate absolument aucune amélioration au bout de six mois de séances hebdomadaires, on se pose des questions sur l'efficacité des entretiens.

Les tenants de la psychanalyse disent que six mois ce n'est rien, une analyse doit se poursuivre bien plus longtemps..

Ce n'est pas un bon signe d'efficacité. 

Encore une fois je ne suis ni pour ni contre la psychanalyse. J'ai les moyens de faire une rente à la dame qui s'occupe de ma fille de huit ans qui se trouve toujours aussi moche et nulle après six mois de "traitement".

Mais je me pose vraiment la question : la psychanalyse sert-elle à quelque chose ?

 

 

La psychanalyse ne sert jamais à quelque chose, parfois à quelqu'un... Comme thérapie, si c'est de ça qu'il s'agit, elle n'est pas une "panacée", il y a d'autres méthodes, c'est selon le "cas"... Et si elle ne marche pas, on peut changer le "traitement", aller voir ailleurs... Au fond, est-ce si différent pour la médecine en général ? Là aussi, on hésite, on évalue, on corrige, et ça peut s'avérer sans résultat. Et le diplôme de docteur n'offre au malade d'aucune guérison certaine, comme celui de garagiste que la voiture n'aura plus de panne ni même que la réparation est bien la bonne... Il faut admettre que le "charlatanisme" relève d'abord de l'éthique personnelle et que la manipulation s'honore souvent de somptueux parchemins universitaires, bien des experts financiers vous le diront...

Cher Joël Martin,

Les réponses de Fantie et d'autres ne vous paraissent pas convaincantes. Roudinesco a écrit un livre sur cette question, "Pourquoi la psychanalyse?".

Il y a d'autres livres dont les titres sont consultables sur le site de l'Ecole de la cause freudienne, sur le site Oedipe ou sur les sites d'autres écoles de psychanalystes.

A la question "la psychanalyse sert-elle à quelque chose?", vous comprendrez qu'il soit un peu difficile de répondre un siècle après Freud, de façon concise. La psychanalyse n'est ni une philosophie ni une psychologie. Comment parler de la singularité d'une relation confidentielle, par définition non reproductible donc non "vérifiable", en termes rationnels? C'est une gageure mais c'est possible, la rationnalité dont il s'agit n'est pas celle de la méthode expérimentale ni celle du mathématicien dont le raisonnement peut être refait par d'autres. L'inconscient gardera une part d'inconnaissable dont on ignore ce qu'il en sera en début de psychanalyse. Les témoignages de psychanalysants devenus psychanalystes sont les plus convaincants sans doute car il tentent une présentation logique de l'évolution subjective.

La psychanalyse est irréductible à tout formatage de l'être humain, formatage qui est tellement dans l'air du temps.

 

@ Bernard Colin:

Vous tentez de prendre le point de vue de Sirius: n'est pas Beuve-Méry qui veut. Lui commençait par se documenter. Si vous aviez un peu lu les productions de M. Onfray, vous sauriez que c'est lui qui se prétend hédoniste et recommande la masturbation en tant que sexualité épanouie.

Pour le reste, il faut choisir, donner des leçons de morale ou être libertaire. Vous ne l'êtes à l'évidence nullement. A moins que vous n'entendiez par là "libertarien" ce qui comme son nom l'indique ne mène pas à grand chose: ou plus exactement à ce que vous désignez comme "votre part" indiquant en une expression révélatrice, que vous y prenez en effet votre part contrairement à ce que vous prétendez, mais qu'elle ne doit pas être bien grande.

Des miettes, dirait l'excellent C. Godin*. Autant dire: rien.

 

Vient de paraître chez Klincksiek: "Le pain et les miettes"

@Raphaël JORNET

Merci pour le lien. J'ai lu le billet auquel il conduit. Que je trouve, évidemment, très bien. Votre commentaire était donc un "private joke" ? Bon, d'accord, pas la peine de vous énerver. J'avais cru comprendre que vous tanciez Grain de Sel et ça me paraissait obscur et pas drôle. Dont acte.

Par ailleurs je n'arrive pas à me passionner pour les échanges de noms d'oiseaux entre Roudinesco et Onfray…

J'ai effectivement lu nombre des livres de M.O. Et ceux de Madame Roudinesco. Mais je n'ai pas bien compris ce qui vous dérange dans mon commentaire.

Ni pourquoi, j'aurais à me prendre pour les auteurs que vous citez. 

J'insiste sur le fait que dés que les polémiques s'emballent,  en traitant l'adversaire de facho et d'interressé, on n'a pas avancé d'un pas. Je ne donne pas de leçon de morale, je demande aux intellectuels en question de s'adresser à ma raison, plutôt qu'à mes névroses. Ce qui me semble à leur portée.

A votre écoute.

Quelqu'un pourrait-il m'expliquer, s'il lui plaît, comment envoyer cet article vers une adresse Email ? Je lui en serais reconnaissante.

Cher Joël Martin,

Pas très facile de vous répondre. Votre enfant souffre, ça incite à la prudence dans la conversation. Cependant il ne me semble pas judicieux de rapprocher votre souci d'efficacité des soins, du budget que cela vous ponctionne.

Effectivement, il existe d'autres formes de thérapie qui répondent à ce souci de vitesse. Elles ont aussi le défaut de ne modifier que superficielement des comportements. 

Il existe aussi des centres médico-psychologiques qui prennent en compte, le trop lourd poids financier d'une analyse privée.

La complexité dans le cas présent tient aussi au fait que ce n'est pas l'analysant qui paie, mais son père. Elle est en situation de se dire: ma souffrance coûte cher à mon père, et il doute de l'efficacité de la dépense. Délicat.

Je crois pouvoir dire que son point de vue est déterminant, mais c'est une enfant. Et six mois, c'est énorme dans sa vie. Je vous inciterais à la patience.

Personnellement j'ai suivi une longue analyse qui m'a coûté cher, pour dépasser une anxiété terrible. Cette anxiété revient souvent, elle passe vite, et me fait faire beaucoup moins de bétises qu'avant. Quand de nouveaux symptômes arrivent, je les vois, les comprends mieux, et je ne me laisse plus détruire par eux. Voilà le plus précisemment possible ce que je pense en avoir tiré, sur le plan thérapeutique. J'ai aussi découvert des tas d'autres choses passionnantes et je crois que j'ai vraiment changé.

Est-ce que ma vie ne m'aurait pas appris tout cela d'elle -même, sans analyse ? Trop tard pour le savoir. Et sans doute que cela m'aurait coûté aussi cher. Peut-être même, ne serais-je plus vivant.

Amicalement

P.S. Mes deux enfants ont aussi suivi une analyse, dont l'une entièrement prise en charge par le CMPP auprès d'une excellente femme qui je crois l'a beaucoup aidée.

Merci pour cet article brillant.

Mme Roudinesco est juge et partie ; ce qui explique sa haine et le manque de pertinence de ses assertions. 

Je lui recommande de se cultiver sur les dernières découvertes relatives au fonctionnement de notre cerveau grâce à l'imagerie médicale, à la biochimie et à la biologie. Elle comprendrait dès lors que des pans entiers de la psychanalyse sont tombés et qu'au titre de son devoir de conseil elle devrait indiquer à bon nombre de ses clients qu'il n'est pas nécessaire dans bien des cas aujourd'hui d'entreprendre une analyse ; d'autres font beaucoup mieux pour limiter, voire faire disparaître les souffrances. L'être humain n'est libre que s'il réfléchit et rationalise pour tempérer les normes et les ancrages, acquis bien malgré lui, qui font de nous de véritables robots. Mme Roubinesco reste trop robot. Ne se souvient-elle pas de l'immense erreur commise par Bruno Betteheim à propos des enfants autistes ?

Je ne veux pas discuter de vos fantasmes névrotiques qui concerne la psychanalyse (ça vous regarde), mais vous demander combien de temps vous restez chez votre généraliste d'une part? D'autre part ne vous gênez pas, allez-y installez-vous et gagnez plein d'argent. Encore faut-il avoir un certain talent et encore... Toujours les projections, les fantasmes autour des psychanalystes tous plein de sous et qui ne servent à rien.

Enfin , il me semble facile de vérifier certains faits objectifs avancés par les 2 parties et de comparer

On ne voit pas pourquoi alors on croirait celui qui a menti une ou deux fois

Madame Roudinesco fait l'erreur , à mon avis , d 'avancer aussi et concomitament une analyse du philosophe et en cela , elle discredite les faits réels prouvables qu'elle avance .

@ Naja

Je reconnais un bon cordonnier au fait qu'il a bien ressemelé mes chaussures.

Quant à savoir si un psychanalyste a bien rafistolé le subconscient, c'est une autre paire de manches.

Surtout quand les angoisses ne diminuent pas d'un iota au bout de six mois de traitement hebdomadaire. Pourtant la dame qui reçoit notre gamine est sensible, à l'écoute, a posé d'excellents questions à nous, ses parents. Notre fille est heureuse d'aller parler à la dame qui nous dit qu'elle se confie, qu'elle est vive et intelligente, etc. Pourtant, la psychanalyste avoue franchement qu'elle ne voit pas d'évolution. Ce n'est pas cette psychanalyste, sûrement aussi bonne qu'une autre que je mets en cause, c'est la psychanalyse elle-même. 

Sert-elle à quelque chose ?

@ Bernard Colin (les réponses se placent au petit bonheur...)

Merci de votre réponse, cher Bernard Colin.

Juste en prélude, si je parle du coût c'est dans le contexte de mon doute général sur l'efficacité de la psychanalyse. Mais cet aspect est totalement accessoire tant que je peux payer. C'est le bien-être de ma fille qui compte.Et je la laisse totalement en dehors du l'aspect financier. Dans sa souffrance, ne rentre aucunement le fait qu'elle coûte de l'argent à papa. Cette dépense n'a rien changé au rythme quotidien des petits plaisirs, des voyages, des cadeaux. Je pioche dans mon épargne, j'en ai un peu car mes petit bouquins ne se vendent pas trop mal, et je le fais dans l'espoir que cela serve à quelque chose un jour.

Pour vous, six mois, ça semble fort court puisque vous me parlez de vitesse.

Mais si en six mois, on n'observe strictement aucune évolution, on peut se poser des questions.

PS - Pour ma gouverne, si je ne suis pas indiscret, combien a duré l'analyse de vos enfants avant que vous en constatiez l'efficacité ?

Beaucoup d'affirmations qui demanderaient un début de preuve. On pourrait tout aussi bien dire que la science a validé certaines intuitions de Freud. Et cette croyance en ce que l'imagerie médicale donnera l'explication!? Un exemple: si la science permet déjà de localiser «l'extase religieuse», elle ne peut rien dire sur le pourquoi l'extase religieuse plutôt qu'une autre. Quand aux «autres» qui feraient beaucoup mieux, comment expliquer l'arrivée  quasi annuelle d'outre-Atlantiqued'une nouvelle(?) thérapie, sinon par un effet de mode, comme les régimes amaigrissants. Sans oublier les acrobaties dont elles s'entourent pour nier ce qu'elles doivent à Freud. 

@Chris43

Les preuves scientifiques du rôle de  la psychanalyse restent à administrer.

Il me paraît prématuré de trancher si oui ou non la science a validé certaines intuitions de Freud.

Personnellement, je n'en sais rien. Merci d'apporter vos lumières précises sur ce sujet

On n'en est qu'aux balbutiements des neurosciences. L'IRM progresse à grands pas en précision et en sensibilité grâce entre autres aux progrès qu'ont déjà permis les précédentes observations, grâce à l'énorme augmentation des champs magnétiques (une retombée technologique bénéfique des recherches sur les particules élémentaires) et grâce aux progrès de l'informatique.

Pour détendre l'atmosphère, je rêve du moment où l'IRM permettra d'observer dans les détails les plus fins ce qui se passe dans le cerveau d'une personne qui commet un lapsus, et d'observer s'il y a une subtile différence si au lieu d'un lapsus involontaire, la personne commet un lapsus volontaire, c'est-à-dire un contrepet.

J'ai un copain spécialiste d'IRM qui me pousse à aller contrepéter dans son sarcophage magnétique à protons-toupies...

 

Si si, chère Marielle Billy, la psychanalyse n'est rien d'autre qu'un chemin vers le bonheur. Celui que l'on recherchait éperdûment. Mais on ne le sait que lorsqu'on l'éprouve enfin !

Voici ce qu'en disait Françoise Giroud :

"D’enfant triste et farouche, je suis devenue gaie lorsqu’un jour, je n’ai plus rougi de moi-même, d’être femme, d’être pauvre."

et :
"Au paradis, nous y sommes déjà si nous le voulons, et il n’y en aura pas d’autre."

Bien à vous,  

A propos de la question de Joel Martin

Ce n'est pas facile d'évaluer l'efficacité et même les effets d'une psychanalyse, en particulier chez l'adulte ( c'est plus facile chez l'enfant qui, du fait qu'il évolue naturellement, peut dépasser très vite ses difficultés avec un travail de psychothérapie analytique). Car deux éléments fondamentaux sont à l'œuvre, qui sont difficiles à prendre en compte : le facteur temps, et le facteur transfert. Sans compter la subjectivité, du psy, de l'analysant, et de l'entourage.

Si après des années un analysant se sent mieux, très bien. Mais s'il n'avait pas fait de psychanalyse, n'aurait-il pas évolué, mûri ? Qui peut le savoir ? Pour tenter d'en comprendre quelque chose on peut, on doit, passer par la subjectivité de l'analysant, qui sait reconnaitre les empêchements dont il souffrait et dont l'élucidation dans la cure lui a permis de se déprendre. Il s'agit de progrès que l'on constate dans l'après-coup, et parfois c'est des années après l'analyse que l'on saisit les changements qu'elle a permis. Mais cette subjectivité est entachée de l'influence du transfert qui conduit parfois à idéaliser l'analyste ou la psychanalyse (un certain nombre de psychanalystes ne sont pas exempts de cette idéalisation : Freud lui-même, qui parlait de "l'or pur de la psychanalyse" mettait la barre assez haut... mais on lui pardonne, car c'était son œuvre. D'autant plus que nous aurions largement pu, depuis, parvenir à une pensée adulte concernant cette question : la psychanalyse, comme théorie et comme pratique, non dénuée de défauts, d'erreurs et de dangers, mais outil fondamental pour avoir accès à nos ressorts internes et tenter de sortir du malheur et des répétitions mortifères).

Je regrette que la critique d'Elisabeth Roudinesco sorte avant que nous puissions lire le livre de Michel Onfray. Car nous commençons à lire ce qui s'était déjà dit concernant le "Livre noir de la psychanalyse", c'est-à-dire "Je ne lirai pas ce livre". Certes, on n'est pas obligé de lire tous les livres, et en particulier ceux défendant une thèse avec laquelle on pense ne pas être d'accord. Cependant, c'est souvent une bonne façon d'apprendre des choses étonnantes, et, même, de se rendre compte que l'on s'était trompé. J'avais lu le "Livre noir" d'un bout à l'autre, y avais trouvé des choses que je considère comme des sottises, mais aussi beaucoup d'informations pertinentes et un point de vue critique que je partage par certains aspects. C'est souvent l'idéalisation qui nous fait voir les choses d'une façon catégorique, du côté de l'idéal, ou du côté du déchet. Ce qui me semble intéressant, c'est de considérer le même objet selon plusieurs points de vue différents, sans en idéaliser aucun. Le point de vue de l'observateur fait partie de l'observation.

Cela revient à ce que je disais sur le transfert : certaines personnes sont ravies de leur analyste, alors que l'entourage les voit s'enfermer, se radicaliser, devenir amères ou dépressives après des années de travail analytique. D'autres vont au contraire se sentir bien assez rapidement, sans idéaliser le travail accompli. On ne peut donc, selon moi, se contenter de l'avis favorable du patient.

Et donc, sur un plan pratique, je serais plutôt pragmatique : s'il existe des moments ou dans une analyse, et même une thérapie, d'enfants ou d'adultes, la souffrance ancienne revient au-devant de la scène ( et c'est nécessaire pour que la position subjective de la personne puisse évoluer par rapport à ces traces affectives ) il faut cependant prendre garde à ce que cette résurgence ne devienne pas simple répétition de la souffrance. Pour cela il est souvent nécessaire que le psy puisse en dire quelque chose afin de favoriser cette mutation (c'est par l'interprétation). Si le symptôme s'enkyste et que le malêtre reste inchangé malgré un travail assidu et régulier, surtout chez un enfant, et que le psy ne peut rien en dire, on peut penser que c'est que quelque chose ne fonctionne pas. Parfois, un certain positionnement où seule la réalité psychique est prise en compte, sans que les éléments de la réalité vécue par la personne ne prennent place dans le travail analytique, peut freiner la survenue de l'amélioration attendue. Par exemple, si une maltraitance conjugale, professionnelle ou scolaire n'est pas explicitée ni reconnue dans la cure, cela grève l'évolution de celle-ci.

La question du temps et du transfert peut être mise en évidence d'une autre façon : il arrive que le symptôme pour lequel des parents demandent un rendez-vous chez un psy pour leur enfant disparaisse avant la première rencontre. Cela montre bien la part de subjectivité dans l'amélioration symptomatique (et le fait que l'IRM ou toute autre mesure n'est pas vraiment adaptée à la subtilité de l'esprit humain). Cela montre aussi l'aspect mobilisateur de l'idée de la rencontre, dans la famille, pour l'enfant, etc, et donc la part de transfert dans ses effets positifs, qui est le versant "psy" de l'effet placebo. Mais ces améliorations symptomatiques spectaculaires ne doivent pas faire penser que tout est résolu : ce qui s'exprimait là est probablement toujours présent, même si momentanément asymptomatique, une exploration permet de vérifier qu'il n'y a pas un gros souci resté caché. Et, parfois, donc, un certain temps de travail peut être souhaitable pour éviter que le symptôme ne se déplace.

Je réalise que ma réponse est longue. En tout cas, il s'agit de mon point de vue : il n'est donc pas partagé par tout le monde !

Liliane analyse (eh oui...) de façon fouillée la difficulté de mesurer les effets d'une thérapie où rentrent en jeu des facteurs non mesurables.

L'inconscient, le subconscient, l'effet placebo, les effets psychosomatiques, tout cela intervient dans des proportions indéfinissables.

Ce que je peux dire à Liliane, c'est que j'essaie de garder le pragmatisme du physicien : je continue l'expérience psychanalytique actuelle, et j'observe chez l'enfant ce qui est observable. Mon épouse, scientifique elle aussi, est sur la même longueur d'onde.

Et nous faisons le point régulièrement avec la psychanalyste avec laquelle nous avons des relations très cordiales et confiantes.

Nous faisons aussi très souvent avec nos deux filles d'endiablées parties de "Uno".

Fous rires garantis, ce qui est une thérapie de complément qui en vaut bien une autre...

 

"Amazing"... évitant d'écrire "abracadabrantesque". Que les abonnés à Mediapart, une référence rigoureuse pour le journalisme, web et imprimé, glosent à ce point sur cette nouvelle provocation, est impressionnant. Mme Roudinesco a exercé un choix : celui de ne pas se taire. Elle l'eût pu. Ne donnant pas ainsi corps à ce qui n'est qu'un coup médiatique de plus. Elle a endossé, à ses risques et périls, le rôle de la gardienne du temple. Submergé par les éruptions, volcaniques et autres, de cette première décennie du-dit XXI° siècle, personnellement, je l'en remercie.

Et pour information, non démentie par le sujet, ce court extrait de la page Wikipédia consacrée à M. Onfray : 

"Après une thèse sous la direction de Simone Goyard-Fabre du Centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen qui a pour sujet les implications éthiques et politiques de l'athéisme allemand, il devient docteur en philosophie politique et juridique[réf. nécessaire] et enseigne cette matière dans les classes terminales du lycée technique privé Sainte-Ursule de Caen de 1983 à 2002." 

 

 

 Merci pour ce lien jean-marie padovani.  (17/04/2010 13:40)

Nou serions là avec Freud,  comme dans d'autres maints domaines entraînant des confrontations assurées,  devant un phénomène répétitif ...  que j'appelle :  le plaisir du " chacun  dans son rôle ...."

@ Joël Martin

De même qu'on ne peut pas savoir à l'avance si un cordonnier va correctement ressemeler les chaussures, il est à peu près impossible de reconnaître à l'avance un bon psychanalyste. C'est lui qui va guider l'analysant sur le chemin d'une sérénité retrouvée. Mais le travail, c'est bien l'analysant lui-même qui l'effectue, tout gêné et embarrassé par ses propres troubles. C'est une démarche qui s'effectue à deux, et chacun des deux porte le poids de cette double démarche. Ma propre expérience a duré plusieurs années, je me permets donc de vous dire, bien qu'ignorant tout de la psychanalyse d'une enfant, que six mois, c'est court. Le travail psychique (cela le caractérise si l'on espère un résultat fiable et durable), demande une évolution lente, progressive, qui prend beaucoup de temps, hélas. Mais quand on a constaté l'amélioration (la guérison ?), je veux dire quand les souffrances ne mettent plus la vie en danger ou ne la rendent plus insupportable, alors quel soulagement ! À ce moment-là, on s'en fiche un peu, d'y être parvenu après un si long chemin (et que le compte en banque en ait pris un coup !).

J'ajoute que la progression vers l'amélioration s'effectue par "sauts", que des noeuds se dénouent brusquement - et c'est ainsi que l'on voit l'analysant progresser, par "sauts" vers ce qu'on appelle "guérison", laquelle, comme le dit un autre message de ce fil (de Bernard Colin), consiste plutôt en ce que l'on acquiert une maîtrise nouvelle de soi-même face à la souffrance : on ne lui est plus soumis pieds et poings liés, on n'y est plus aliéné. Mais ce n'est pas comme dans une pneumonie ou d'autres maladies somatiques : la guérison ne consiste pas en la disparition pure et simple de la souffrance (c'est bien là ce qui m'a le plus surpris, par rapport à mes espoirs au début de la cure).

 

Pour répondre à votre question (la psychanalyse sert-elle à quelque chose ?) je ne dispose que de mon expérience, qui n'est aucunement scientifique, mais totalement subjective. Il m'arrive de dire que deux choses m'ont sauvé la vie : la psychanalyse et la poésie (l'analyse m'ayant permis de continuer à écrire, ce qui me soulageait au quotidien). Je dis bien "sauvé la vie" : je pense que, sans la psychanalyse, je me serais suicidé ou bien je croupirais au fond d'un hôpital psychiatrique. Ce n'est que le petit exemple de mon propre cas. J'ai également vu, chez des amis, les progrès et surtout le soulagement que leur analyse a permis.

 

Reste que l'incertitude de ces progrès est difficile à vivre, et l'appréhension toujours présente. "Et si ça ne marchait pas ?" Je vous assure donc de tous mes encouragements et j'en appelle à votre patience. Ne vous laissez pas impressionner par les tenants de thérapies soit disant plus rapides ; avec l'analyse (si l'on accepte de modifier l'idée courante de "guérison = éradication du mal") votre fille a toutes les chances de parvenir à un résultat sûr et durable, que ses symptômes disparaissent et surtout ne reviennent pas, sous une autre forme.

Bien à vous, Joël Martin 

Merci à Elisabeth Roudinesco pour cette remise à niveau. C'est devenu aujourd'hui semble-t-il un exercice obligé que de s'attaquer aux monstres sacrés pour tenter d'exister en tant qu'intellectuel. Ce n'est donc pas tant le contenu d'une pensée qu'on discute que le statut qui lui est donné dans la société contemporaine.

C'est déplorable, car le débat s'en trouve en fait appauvri par son manque de rigueur et son agressivité inutile.

On ne saurait trop recommander à Michel Onfray la lecture du petit fascicule hors série du journal Le Monde intitulé "Sigmund Freud, la révolution de l'intime" avec d'ailleurs deux contributions remarquables d'Elisabeth Roudinesco. On y apprend (si on ne le savait pas déjà) que Freud était "l'homme que les nazis regardaient comme leur plus grand ennemi" et que ses livres étaient brûlés à Berlin en 1933 comme favorisant "l'exaltation des instincts corrupteurs de l'âme", la psychanalyse étant qualifiée de "science juive".

@Joël Martin

Puisque vous semblez féru de l'imagerie médicale, je me permet de vous proposer une lecture qui m'a passionné: «La neuroéthique, ce que les sciences font à nos conceptions morales » de Bernard Baertschi (La découverte) .Outre qu'il explique bien les limites de ce qu'on peut espérer de l'imagerie médicale, sans nier son intérêt, il élargit le propos aux possibilité qu'elle ouvre, avec la chimie, de passer du stade "soigner" au stade «améliorer» l'homme, qui est le but du transhumanisme, dont on va certainement entendre parler dans l'avenir. 

Sur un plan personnel, permettez-moi de vous témoigner mon admiration pour la façon dont prenez soin de la souffrance de votre fille. Mon père aurait fait preuve d'autant de compréhension (amour), n'aurai-je peut-être pas eu besoin de faire une analyse à 35 ans. Ayez confiance.

@ Joël Martin

En réponse à Fantie, vous écrivez : "Eprouvant de manquer de critères objectifs d'amélioration suite à une psychanalyse". Votre mot ("objectif") me semble étonnant, et symptomatique de ce que vous voudriez bien être rassuré. Comme on vous comprend !

Mais l'"objectivité" ne me semble plus digne de pouvoir qualifier avec fiabilité ce dont il est question ici (surtout pour vous, en qualité de parent d'une enfant en cours de cure, sa cure à elle). En psychanalyse, on est plongé au coeur de la subjectivité.

Je crois que les "critères objectifs d'amélioration", ils sont entièrement contenus dans le ressenti du sujet en analyse. Le ressenti, ce qui tient l'objectivité à distance… Il me semble que les "critères" se mesurent à l'aune du bonheur, des bonheurs de vivre. L'"efficacité" de la psychanalyse, cela me semble très difficile à "mesurer". Mesure-t-on le plaisir ordinaire de vivre ?

C'était juste une remarque, au passage. Je vous souhaite de sortir de cette "épreuve" aussi révélé que le sera sans doute votre fille, comme la photographie sort du bain de révélateur, sans qu'on puisse savoir au juste quel sera son aspect une fois séchée ! 

"[La psychanalyse] permet au patient de trouver un chemin, le sien, ce qui peut être loin de la représentation qu'en ont les autres ; au mieux, elle permet au sujet de devenir davantage l'auteur de ses actes et paroles, ce qui diminue de fait ses "aliénations", ses souffrances privées de sens. Ceci a souvent, de surcroît, des effets apaisants, bénéfiques.

Mais ce n'est pas un chemin vers le bonheur, c'est un chemin vers soi, dans  son devenir - non pas vers "moi" : la psychanalyse défait les illusions qui nous bétonnent, pour dire vite . (un peu comme la pratique longue d'un art, par ex.). Au bout du compte, le chemin dépend du sujet lui même.

On comprend que la psychanalyse ne se fasse pas que des amis, en particulier dans un monde qui nous abreuve du "droit" au bonheur et d'amour de la vitesse, avec le cortège de mensonges afférents et de pratiques pulsionnelles.

Enfin, la psychanalyse ne se situe pas hors monde, elle est donc elle même traversée par ses contradictions. Et elle n'est pas non plus une "voie royale" vers quoi que ce soit."

Merci Marielle Billy, pour ces propos si justes, dont je me permets de proposer à nouveau la lecture à tous, ici (je me suis permis aussi de souligner ou mettre en gras des passages qui me semblent essentiels).