Quelle réforme pour les lycées ?

Xavier Darcos devrait proposer une réforme du lycée «à la finlandaise» avec laquelle les élèves pourraient choisir leurs cours «à la carte». La réforme entrerait en vigueur en seconde à la rentrée 2009. Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon 2, co-auteur avec Xavier Darcos de Deux voix pour une école (Desclée de Brouwer, 2003) et responsable, en 1998, de la consultation «Quels savoirs enseigner dans les lycées?», en discute les options pour Mediapart.

 


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La politique éducative du ministre de l’éducation nationale peut sembler aujourd’hui assez étonnante. Ainsi, après avoir très largement critiqué le «pédagogisme» qui aurait pris le pouvoir dans l’école primaire, le voilà qu’il propose une réforme ambitieuse du lycée qui paraît très largement inspirée des réflexions menées ces dernières années par les «pédagogues». Le lycée qu’on nous annonce serait modularisé, fondé sur une conception plus ouverte du travail des élèves, avec une marge de choix beaucoup plus grande et des heures de suivi ou soutien personnalisé.

 

La contradiction se résout, de manière très traditionnelle, en faisant appel à l’idéologie largement dominante aujourd’hui : les jeunes enfants doivent acquérir les mécanismes et les savoirs de base qui, permettent, plus tard, de laisser aux grands adolescents qu’ils seront devenus, une grande marge d’initiative. En d’autres termes, l’obéissance et la contrainte précèdent nécessairement la liberté; le dressage est un préalable à l’émancipation; la soumission à des exercices répétitifs et à une pédagogie de l’entraînement systématique rend possible, mais seulement dans un second temps, l’accès à des «pédagogies de projet».

 

Pour banale qu’elle soit, cette idéologie mérite d’être interrogée: ne convient-il pas, à tous les niveaux de la scolarité, d’articuler la mobilisation des élèves et la formalisation des savoirs? Doit-on renoncer à donner du sens aux apprentissages à l’école primaire pour, en revanche, laisser penser qu’au lycée seule la motivation doit opérer? Peut-on laisser dominer, en primaire, un processus d’intégration et développer, en fin de secondaire, un processus de différenciation? Outre que se pose la délicate question de l’accompagnement de la transition, le risque est réel d’un clivage, à terme, entre une «école du conformisme», en primaire, et une «école de l’individualisme», en secondaire, «une école normée», d’abord, et une «école consumériste» ensuite… Quand il faudrait plutôt, tout au long de la scolarité, une école qui permette, dans la même démarche, d’intégrer les normes et de s’en émanciper.

 

Je crains, pour la France, la juxtaposition entre une école primaire «à l’ancienne» et une école secondaire «à l’américaine»… sans véritable travail sur les conditions de la construction d’une citoyenneté solidaire. Le silence actuel sur le collège renforce d’ailleurs mes craintes dans ce domaine : nous risquons de continuer d’y faire cohabiter une logique d’ «école primaire supérieure» pour les uns et une logique de «petit lycée» pour les autres. Sans un vrai travail pédagogique sur ce chaînon aujourd’hui à l’abandon et qui concentre toutes les contradictions, les collèges resteront ces espaces difficilement gérables où l’on tente d’instruire des groupes d’élèves indifférenciées, plus que jamais et irréductiblement «de passage».

 

Cela dit, la nécessité d’une mise en cohérence pédagogique de toute la scolarité et le nécessaire travail en amont ne peuvent nous faire oublier la nécessité de réformer le lycée. Plusieurs éléments, à égard, sont décisifs dans le projet que nous connaissons : il est très important, en effet, de faire découvrir aux lycéens de seconde les disciplines vers lesquelles ils peuvent s’orienter et d’éviter les choix «à l’aveugle» ; il est fondamental de permettre une diversification progressive des parcours, dès lors qu’elle est réfléchie et accompagnée ; il est essentiel de promouvoir au lycée des travaux qui préparent réellement à l’université (comme, par exemple, les Travaux personnels encadrés pratiquement supprimés par le ministre actuel et ses prédécesseurs). Il est déterminant, enfin, de penser autrement les emplois du temps des élèves et de sortir de cette «tranche napolitaine» actuelle où rien ne peut vraiment être approfondi…

 

Concernant la place et les horaires offerts aux différentes disciplines, il conviendra, bien sûr, de regarder de près, quand nous en saurons plus, la question des programmes et des moyens réellement donnés aux élèves et aux enseignants pour parvenir à acquérir les savoirs requis. Une remise à plat est nécessaire et il faudra qu’elle s’émancipe, autant que faire se peut, des jeux de pouvoir et d’influence des différents lobbys. Il est temps de se demander sereinement ce qu’un lycéen, selon la célèbre formule d’Octave Gréard, «ne peut ignorer».

 

En attendant, il me paraît important de rappeler quelques principes qui doivent, à mes yeux, guider le travail en cours.

 

1) Le lycée doit permettre la construction d'une "culture commune", ce qui suppose des objectifs culturels communs pour tous les lycéens des trois voies – y compris la voie professionnelle souvent traitée de manière séparée – et de toutes les filières. Il existe, en effet, des domaines de savoirs où l'on ne peut accepter une spécialisation trop rapide et où il est essentiel que tous les lycéens «parlent la même langue»: c'est vrai pour l'histoire, l'histoire des idées et l'histoire des sciences, la connaissance des oeuvres fondatrices, les sciences humaines et sociales, les techniques à l’œuvre dans notre monde, les langues vivantes, l'éducation physique et sportive, l'éducation artistique, l'éducation civique juridique et politique. Je pense même que, dans ces domaines, on pourrait imaginer un «tronc commun» où se retrouveraient côte à côte, dans les mêmes cours, des élèves des voies générale, technologique et professionnelle : c'est dans ce sens que j'ai pu parler d'un «lycée unique».

 

2) Le lycée doit structurer ses enseignements autour de filières susceptibles de conférer une unité aux apprentissages. Je n'étais, moi-même, pas favorable à cette formule au début de la consultation de 1998. Ce sont les débats et les multiples concertations qui m'ont convaincu qu'il ne fallait pas abandonner complètement l'idée de colonne vertébrale avec des dominantes disciplinaires. Nous risquons, en effet, avec un système complètement à la carte, une véritable atomisation... De plus, le lycée doit permettre de s'engager progressivement vers des domaines cohérents et, à un moment donné, il faut que des enseignements spécialisés émergent et que leur configuration fasse sens de manière homogène... J'ai souvent cité la phrase de Brillat Savarin : «On ne forme pas les gastronomes de la même manière que les cuisiniers»... On ne forme pas, en sciences, des futurs scientifiques comme des littéraires qui doivent, certes, avoir une culture scientifique, mais d'une autre nature : pour accéder en faculté de sciences, il faut des savoirs techniques précis, tandis qu'un littéraire devra avoir des connaissances plus orientées vers la vie sociale (comme les statistiques, par exemple). Modulariser complètement les enseignements, c'est risquer de perdre cette «spécialisation épistémologique» progressive qui est la spécificité du lycée... et qui ne s'oppose pas à la culture commune, mais la complète.

 

3) Le lycée doit mettre en place un suivi rigoureux des élèves. Un lycée à la carte ou modulaire nécessite un renforcement de l'accompagnement individualisé. Le danger est grand, en effet, de favoriser les élèves déjà autonomes ou particulièrement débrouillards, au détriment de ceux qui ne connaissent pas vraiment les codes scolaires et n'ont pas encore stabilisé de «stratégie de réussite». Sans un tutorat très construit, avec des outils de liaison élaborés, la liberté de choix, pour certains élèves, sera une liberté du vide.

 

4) Le lycée doit donner un nouveau statut au lycéen. Si l'on veut un lycéen autonome et impliqué, il faut changer radicalement les rapports au sein des établissements. Alors que près d'un tiers des élèves de terminale sont majeurs aujourd'hui, ils continuent à être traités comme des élèves de sixième... reproduisant ainsi le comportement potache le plus traditionnel et bloquant la construction d'une véritable «maison des savoirs». Il faut revoir complètement la «participation lycéenne». Celle-ci est aujourd'hui caricaturale : au mieux les délégués peuvent donner leur avis sur le déplacement d'un banc dans la cour, mais ils ne sont jamais sollicités sur la construction des emplois du temps, le planning des contrôles, les méthodes de travail, l'équilibre entre cours magistraux et recherches individuelles, l'utilisation du travail de groupe, la place de la recherche documentaire, de la démarche expérimentale, etc.

 

5) Le lycée doit se conclure par un autre type de baccalauréat. Je sais bien que Xavier Darcos affirme qu'il ne veut pas toucher au baccalauréat (il a dit qu'il n'était pas chargé de «démonter la tour Eiffel»), mais nous savons à quel point la formation est pilotée par l'évaluation. On finit toujours par ne former que ce qui sera évalué. Or, les épreuves du baccalauréat d'aujourd'hui, qui réduisent la plupart des savoirs à des exercices formels individuels en temps limité, ne permettent pas un véritable enseignement rénové. Si l'on veut réformer le lycée, il faut réformer le baccalauréat et changer la nature des épreuves, voire introduire un système d'évaluation par unités capitalisables, chacune d'entre elles étant validée par un «projet abouti», ce que j'appelle un «chef d'œuvre».

 

6) Le « nouveau lycée » impose de repenser le service enseignant. Je suis pour une redéfinition du service enseignant, avec une réduction des heures de «cours» proprement dites et l'introduction, dans le service enseignant, d'autres types d'activités avec les élèves sur la base d'horaires annualisés : il faudrait pouvoir faire, à côté de ses heures hebdomadaires, un stage d'informatique pendant les vacances de Toussaint, des permanences quotidiennes de trente minutes de SOS Maths ou une classe-enquête de trois jours... Sur ce point, je n'ai pas varié depuis 1998. C'est, à mes yeux, un levier essentiel pour la transformation des pratiques.

Il y a, cependant, deux conditions pour que cela fonctionne. D'abord que les heures récupérées ne soient pas purement et simplement un moyen de supprimer des postes. Aucune réforme ne sera acceptée si elle apparaît comme un habillage pédagogique de la pénurie. Ensuite, il faut des «unités pédagogiques fonctionnelles» pour gérer ces heures et le suivi des élèves. Le principe est de sortir du fractionnement systématique, de l'anonymat et de la dilution des responsabilités : il faut constituer des unités de cent à cent cinquante élèves et les confier chacune à une équipe de professeurs qui en auraient collectivement la responsabilité (et qui y effectueraient la grande majorité de leur service). Dans ce cadre, l’équipe disposerait d’un ensemble d’heures qu’elle pourrait utiliser en fonction de ses besoins. Elle aurait les moyens de regrouper tous les élèves pour préciser le cadre et les exigences du travail, de mener des projets en commun, mais aussi d’organiser des regroupements différenciés avec des activités spécifiques. Elle serait l’interlocuteur privilégié des parents et des élèves, avec une existence institutionnelle et une visibilité qui font cruellement défaut aujourd’hui…

 

Mais, à cet égard, l'autonomie des établissements, dont le gouvernement affiche la nécessité, n'est pensable que dans le cadre d'une politique nationale et d'un cahier des charges fort et ambitieux pour tous les établissements. Sinon, les pires dérives nous menacent... en particulier l'accroissement fantastique des inégalités et du consumérisme scolaire. Il faut inverser la tendance actuelle qui laisse les établissements libres de leur politique éducative dès lors qu'ils respectent les normes administratives. Il faut alléger les normes administratives, mais en étant bien plus rigoureux sur les objectifs éducatifs : relations avec les familles, suivi des élèves, formation à la démocratie et au travail solidaire, etc. Or, le pilotage par les seuls résultats quantitatifs qu'on nous annonce est complètement contradictoire avec cela. Il risque de renforcer la sélection et le bachotage au moment même où l'on nous promet des «pédagogies actives». Ce n'est pas une des moindres contradictions du projet... La plus grande restant, quand même, l'annonce simultanée d'une réforme des lycées faisant une large place à la pédagogie de projet interdisciplinaire et la suppression, de fait, de la formation pédagogique des enseignants, en particulier du second degré.

Avec qui ferons-nous ce fameux «lycée finlandais»? Je crains que nous ne trouvions que quelques militants pédagogiques volontaires qui se donneront clandestinement la formation nécessaire dans quelques caves récupérées par les mouvements pédagogiques.

 

Vous trouverez d'autres analyses détaillées sur le site http://www.meirieu.com/

Vous signalez à juste titre l'incohérence et les trous noirs de l'ensemble du dispositif scolaire obtenu une fois la réforme des lycées sera réalisée, si du moins elle ressemble à ce qu'on en sait actuellement. Vous auriez pu rajouter la transformation définitive probable des écoles maternelles en préparation normative définitive (car c'est déjà bien entamé) à l'école primaire.)

Pour en revenir à la nécessaire réforme des lycées, il apparaît que la situation politique actuelle de suppressions de postes, le fait que cette réforme soit encore considérée comme un moyen d'en supprimer davantage, les provocations et le mépris et les incohérences du ministre en titre ne sont certainement pas la meilleure façon de la mettre en œuvre.

Je renchéris sur mon prédécesseur pour m'alarmer des mouches sur le fleuret de Meirieu. Ah qu'en termes galants !... Le nom du technocrate Gaudemar n'est même pas mentionné, le rythme à la hussarde d'une "réforme" à mettre en place dès la rentrée 2009 à peine évoqué, la motivation de l'économie de postes présentée avec un point d'interrogation et l'absence de concertation purement et simplement avalisée par la formule "quand nous en saurons plus" !

Pour l'instant, Darcos ne mérite qu'une réaction, de la part des enseignants (dont je fus jusqu'au premier septembre), des parents (dont je reste) et des élèves (dont il ravive en moi les plus salutaires indignations) : se faire surnommer "Darcasse". L'historien que par ailleurs je suis médite d'ailleurs d'ores et déjà sur une énigme : comment se fait-il que cela ne vienne pas plus vite ?

Ce gouvernement ne sait pas où il va: après avoir crier haro sur les Travaux personnels encadrés (TPE), ce bel outil qui permettait l'autonomisation des lycéens, la transversalité entre les disciplines et la coordination entre les enseignants, voici qu'il nous invente une réforme du lycée qui en ferait un TPE géant....
Il n'y a d'autre logique, derrière tout ça, que budgétaire: il faut supprimer des postes au lycée, alors on remet tout au pot et on touille. Personne ne sait vraiment ce qui va en sortir. Les pédagogues (comme M. Meirieu) se mettent à espérer qu'il pourra en sortir quelque chose de bon. Peut-être bien. Mais ça ne fera en tout cas jamais une politique éducative cohérente et moderne. Ne vous laissez pas abuser, M. Meirieu. Méfiance...

Les enfants de 3 ans arrivent à l'école maternelle sans qu'on ne leur ai jamais encore dit réellement "non"en famille quand elle existe! La télévision et les consoles de jeux sont ensuite formé l'esprit au zapping, la consommation de l'image et la pseudo-habileté intellectuelle dans le monde virtuel. L'effort pour lire, écrire et compter est habilement contourné par les enseignants inventifs mais les acquits fondamentaux des connaissances utiles à la vie de chacun ne sont pas atteints à la fin de l'école primaire. L'individualisme dominant et le manque d'espérance en l'avenir n'est pas vraiment moteur du désir d'apprendre au collège. Ceux qui se considèrent réfractaires à la vie scolaire ne trouvent pas leur voie au moment de leur adolescence. Voici un diagnostic pessimiste (et sans doute réactionnaire pour certains) de la réalité à partir duquel on peut réfléchir et agir pour une meilleure école dont le lycée est une étape pour ceux qui ont échappé aux échecs des étapes précédentes. Intellectuels de tout bords, à vous de penser...

Et oui François, Mr Meirieu a sans doute voulu adopter un style échappant à tout risque polémique, déguisant l'accusation en exclamation faussement naïve ("quand nous en saurons plus"), comme pour être au dessus de la mêlée. A-t-il tort ou raison ?
Moi aussi je médite sur le même sujet que vous ... et il faudrait des lignes et des lignes pour émettre quelques hypothèses explicatives du ramollissement global !
Marielle Billy

Ce que sieur Darcos fait cela s'appelle : de l'injonction contradictoire. Ca rend fou, ou au mieux stressé (façon très connue pour annihiler l'autonomie de pensée des sujets pris dans le mécanisme) :
Vivent la norme en primaire, le bachotage bien articulé à une évaluationite aiguë.
Vivent l'autonomie, la découverte et tout et tout au lycée.
Il va de soi que le sort des jeunes français n'occupe pas le moins du monde cet esprit court.
Je rappelle que la restructuration du temps de travail des enseignants est le gros morceau (avec celui du rythme scolaire, d'ailleurs), personne n'a jamais voulu s'y mettre, et je me souviens qu'à l'époque je trouvais déjà vos idées intéressant Mr Meirieu. Mais qui ça intéresse ?
Marielle Billy

Sortir de la polémique pour proposer quelque chose de constructif ne fait parfois pas de mal... Les propositions de M.Meirieu resteront peut-être des vœux pieux mais elles ont désormais le mérite d'être écrites noir sur blanc. Mais le projet de réforme reste pour l'instant si flou que chacun semble pouvoir y mettre ce qu'il souhaite, quitte à ce que les attentes soient contradictoires !

L'école à la Darcos semble parfaitement respecter le principe de la douche écossaise : allumer l'étincelle en maternelle grâce aux projets parfois très inventifs des enseignants, mettre sous veilleuse en primaire en rappelant aux "fondamentaux", éteindre la flamme au collège et, finalement, espérer rallumer l'initiative, l'esprit critique avec un lycée "modulaire" et plus "autonome". Ça promet de beaux troubles de la personnalité chez les élèves !

Je suis d'accord avec vous Louise Fressard ! Et l'analyse me semble assez juste. Comment imaginer plus incohérent? Difficile. Quand comprendra ce gouvernement qu'economiser sur l'education, c'est hypothéquer des choses bien plus importantes qu'on ne le pense.... et que reveiller l'intelligence, l'intérêt et la motivation, c'est dès la maternelle que cela se passe !

"Allumer l'étincelle en école primaire", c'est peut-être le fait d'un pourcentage de moins en moins nombreux d'instits -car les enfants d'école maternelle deviennent de plus en plus des "élèves"- mais certainement pas de la part de Darcos dont l'objectif -à peine voilé- est de mettre fin à ce qui était une spécificité -et une fierté- du systéme éducatif français, en transformant l'école maternelle en école pré-primaire d'une ou deux années.

"Quand il faudrait plutôt, tout au long de la scolarité, une école qui permette, dans la même démarche, d’intégrer les normes et de s’en émanciper."
Ca me paraît être le b-a-ba du bon sens.

Merci Mr Merieu pour cet article éclairant. J'ai pu assister à l'exposé du projet de réforme en juillet 2008. Il m'est apparu que les finalités éducatives n'étaient pas claires du tout, que la logique comptable l'emportait de loin sur le reste, et que c'était plutôt un mixte entre modèle finlandais et modèle anglo-saxon. Le principe de l'enseignement modulaire avec des majeures et des mineures accompagné par une équipe éducative qui disposerait d'heures méthodologiques , comme vous l'évoquez, me semble tout à fait adapté mais comme vous le faites justement remarquer, cela devrait déjà être proposé en amont car le maillon faible est davantage le collège et tout cela risque de manquer de cohérence.Par ailleurs, si j'ai bien compris, l'intention est de confier l'accompagnement au professeur principal qui remplacerait les personnels d'orientation en lycée, avec en sus une indemnisation au mérite!De plus, le temps de présence obligatoire des enseignants se calquerait sur celui des profs anglais . Il faudrait alors que la rémunération soit elle aussi réévaluée dans cette perspective, mais cela ne semble pas à l'ordre du jour.Enfin, il y aurait bcp à dire sur la méthode de consultation en vue du projet de réforme et sur le calendrier trop serré. : qui a été consulté et pourquoi vouloir précipiter les choses?

Comme toujours, François Merieu, vos écrits tentent de tenir dans une même fouchette, sans que rien ne tombe, la qualité du savoir transmis, l'apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité et les moyens de faire avancer l'enseignement dans ce sens-là en terme d'organisation, de statut et de formation des enseignants.
"Intégrer les normes et s'en émanciper" Tout une philosophie.L'élitisme pour tous en quelque sorte. Je suis bien d'accord.
Sur le terrain, "l'accompagnement" est le plus souvent compris sous les modalités du bachotage, l'individualisation en terme d'émiettement des ambitions, la réussite scolaire en terme consumériste etc... A mon avis, c'est que la majorité de nos concitoyens reste persuadé qu'un petit nombre de dirigeants de haut niveau suffit à une nation pour rester verticale et n'envisage la culture générale, que vous définissez si bien sans la nommer, que sous les dehors des parures bourgeoises qui brillent et non sous la forme de ces liens qui donnent son sens au savoir et une direction à l'envie d'apprendre.
L'élitisme pour quelques-uns, la norme à court terme et à courte vue pour ceux qui coûtent toujours trop cher. Je crains que cette deuxième philosophie ne soit plus facile à transmettre que la première.
Serge Koulberg

Pour ma part, une réforme de l'école par ces auteurs, dont Philippe Merrieu participe une fois de plus, n'encourage à aucune espérance...
L'éducation nationale, fossoyeur de l'intelligence...comme nous le rappelait très justement Alberto Manguel il y a quelques mois sur France Inter.
On ne peut pas en vouloir au corps enseignant, les pauvres, ils sont envoyés au casse pipe.
L'effectif,
Il m'arrive très régulièrement depuis 20 ans de travailler avec des enfants...6 enfants en même temps et il se passe quelque chose d'extraordinaire à chaque fois. 12 enfants, c'est la limite où l'on commence à sortir de l'objectif qui est l'enseignement parce que la discipline domine.
Je parle d'enfants, c'est à peu près pareil pour les adultes...On peut faire exception en réunissant les "meilleurs", les plus motivés, la crème de la crème, bien sûre, mais ne parle t-on pas d'école de la République ?
Le rythme,
L'école de 8 heures à 17 heures avec des devoirs à la maison? Rythme de fou où de nombreux enfants de 13-14 ans doivent se lever à 6 heures, 6heures30 pour aller prendre les transports en commun...Quelle mépris pour eux !
Certaines méthodes,
M. Philippe Merrieu, je vous ai déjà poser la question à Firminy au printemps et vous n'aviez pas pu ou voulu répondre. "Pourquoi continuer à pratiquer le redoublement ? "
Le redoublement ne marche pas ! De nombreuses études dans les pays de l'OCDE, au niveau européen démontrent de façon indiscutable que ce type de pratiques n'apportent aucun résultat bénéfique. Allez, trouvez d'autres solutions ! C'est dévalorisant, c'est perçu comme une sanction aux yeux des autres, c'est lamentable, on retrouve des personnes en terminale qui ont redoublé 3, 4 fois, à 20 ans passé.
L'environnement ?
Merci monsieur jeancolette, mais non, vous n'êtes pas réactionnaire. Comment penser un système éducatif dans une telle entreprise de crétinisation de masse.
Les idées de réflexion de Philippe Merrieu sont tout à fait intéressante entre gens d'un même milieu qui les nourrissent mais je suis bien las de m'apercevoir, une nouvelle fois que la vie de tout les acteurs, des enseignants et des écoliers ne soient pas considérée dans leur dignité.
Monsieur Serge Koulberg, "Comme toujours, François Merieu, vos écrits tentent de tenir dans une même fouchette, sans que rien ne tombe, la qualité du savoir transmis, l'apprentissage de l'autonomie et de la responsabilité et les moyens de faire avancer l'enseignement dans ce sens-là en terme d'organisation, de statut et de formation des enseignants." Merci vous résumez assez bien les gesticulations de nos réformateurs...

Cher Saturne, je comprends mal votre argumentaire !
Peut être, est-ce une défiance a priori des idées de Ph. Meirieu qui vous guide, mais il me semble qu'il y ait un peu de confusion.
A propos du redoublement : 1) une chose est sûre, le supprimer fait faire une bonne économie budgétaire 2) son efficacité, comme vous le dites, est dérisoire, ou nulle, il est parfois nocif.
Mais où avez-vous pris que Meirieu lui soit favorable (enfin vos lignes contiennent cet implicite)!!! par le fait que sa réponse à Firminy vous parut vague ?
On peut juste dire que, apparemment les moyens budgétaires récupérés ici ne sont pas utilisés au service des enfants ; c'est la même chosze que le samedi matin supprimé, les postes de rééducation individuelle (RASED) seront peu à peu supprimés.
Maintenant c'est autre chose de replacer ce débat sur l'école dans le cadre large de "la crétinisation de masse", où j'ai tendance à vous suivre.
Mais alors faut-il se coucher et attendre la mort ? Ph. Meirieu ne détient pas LA vérité mais son travail de chercheur est loin d'être négligeable.

Merci pour votre commentaire M. Billy,
Je reconnais volontiers une défiance a priori non pas spécialement à PH. Merrieu mais à l'ensemble des acteurs qui tentent d'organiser les mutations nécessaires de l'enseignement depuis 40 ans. Concernant M. Merrieu, qui aime bien châtie bien, j'aimerais plus d'audace. Sans provocation, le système éducatif français est une catastrophe, ça ne va pas, je sais qu'il est inutile de vous rappeler l'ensemble des défaites de l'école de la République.
La question du redoublement est occulté depuis des décennies ( on en parle depuis les années soixante ) pour quelle raison, à votre avis ?
Vous soulevez en premier lieu l'économie budgétaire comme argument premier qui montre à quel point la société "pensante" est totalement corrompue.Vous êtes malheureusement dans une logique d'argent, encore une fois et non pas dans une logique humaine de bon sens, emprunt d'efficacité, d'utilitarisme.
Éducation, recherche et culture ne devraient-ils pas être les priorités d'une civilisation post-moderne ? Mais ces propos parlent effectivement à qui dans notre système ?
Nous sommes dans une logique marchande, politique à court terme dans l'approche des problèmes...pas dans une logique humaine, censée, raisonnable et pérenne.

Précision : Philippe Meirieu est un homme que je respecte et dont les écrits m'ont maintes fois aidé à comprendre comment les idées pédagogiques et les idées politiques pouvaient habiter la même planète. Je ne ferais jamais d'amalgame entre lui et les experts du marteau piqueur populo-conservateur destiné à dissimuler "l'élitisme pour toujours les mêmes" derrière quelques fausses évidences pédagogiques.
Ce qui n'implique évidemment pas que j'en perde l'esprit critique.
Serge Koulberg

Merci Saturne, vous qui présidez "aux choses du temps" comme dit Brassens (chanson avec refrain : "il porte un joli nom Saturne, mais c'est un dieu fort inquiétant ...") - histoire de commencer dimanche avec le sourire -
Mais je crois que vous m'avez mal comprise : en aucun cas je ne fais une approche marchande de l'école, non, je souligne que c'est la logique actuelle. Moi, je constate que le redoublement est un échec et qu'on n'a jamais voulu poser réellement la question de l'aide aux élèves, etc ...
Voir aussi l'article de Louise Fessard sur "la fracture culturelle augmente ...", samedi, et ce, pour constater la mollesse intellectuelle de certains.
Salut à vous
Marielle Billy

Bien sûr qu'on respecte Philippe Mérieu. Depuis trente ans cet homme est un pilier de la réflexion pédagogique, consulté régulièrement par tous les pouvoirs de droite, comme de gauche. Comme le dit Saturne le système éducatif Français est, malgré Mérieu, une catastrophe. Ceci prouve au moins que les "Sciences" de l'éducation ne sont pas fiables. Pour ce qui est du lycée "à la carte" il est vrai que c'est encore une fausse bonne idée, calquée sur les pratiques américaines. On va simplement précipiter un peu plus tôt dans le cursus scolaire ce qui se passe déjà à l'entrée à l'université; c'est à dire, un choix pour les chemins supposés faciles du genre sport, psychologie, sociologie etc.. au détriment d'études plus ardues comme les sciences exactes. Aux Etats-Unis, personne n'est dupe. On sait que l'Education à deux vitesses est une réalité. Quelques cursus de prestige souvent réservés aux plus fortunés et le reste où effectivement vous pouvez choisir votre formation à la carte. Mais chacun sait que ces derniers diplômes ne valent rien.Peut-être comme le dit un commentaire précédent, nos sociétés de consommation n'ont besoin que d'une infime minorité de cerveaux en état de marche et que les autres peuvent se contenter de la manne prodiguée par TF1.

Je m'inscris en faux contre ce qui est dit plus haut sur le redoublement, à un double titre :

-ayant accompli une carrière complète en lycée puis collège, j'ai presque toujours subi un ministre qui voulait le supprimer, et beaucoup ont fait dans ce sens de tentatives sérieuses, qui se sont fracassées sur la réalité : les enseignants, les élèves, les familles, ont sauvé cette pratique, y compris quand le ministre a réussi à dessaisir le conseil de classe en laissant la "liberté de choix" (fin de 6ème et de première notamment) : les conseils ont pris sur eux de "conseiller" le redoublement et une grande proportion des intéressés ont acquiescé.

-il faut donc croire que cela sert à quelque chose ! Et de fait, notamment à la sortie de seconde, le redoublement a permis bien des rétablissements, parfois spectaculaires.

Une expérience de parent maintenant : il y a une petite dizaine d'années, je suis allé porter dans un lycée parisien que je ne nommerai pas deux dossiers d'inscription en prépa scientifique, celui de mon fils et celui d'un ami. Je suis reparti avec le second sous le bras, au motif que les élèves ayant redoublé une fois étaient systématiquement écartés par ce lycée (preuve que la loi ne régente pas tout !). Ce mauvais sujet avait redoublé sa quatrième, pour cause de déménagement depuis les Etats-Unis. Il a "fini" admissible à Polytechnique.

Honte, donc, aux dénonciateurs du redoublement DANS LES CONDITIONS ACTUELLES. Car il est bien évident que ce n'est pas l'idéal de tout recommencer, et qu'il faudrait réformer cela aussi. Mais cette suppression, pour l'instant, ne serait rien d'autre que tout le reste de la méforme Darcasse, un pur et simple dégraissement des ressources humaines.

Je suis de ceux qui disent que l'argent ne règle pas tout, mais que son manque explique beaucoup des maux actuels. Prétendre réformer tout en économisant est une escroquerie, et même prétendre réformer à moyens constants. Augmentez les crédits et les postes, puis discutons d'une utilisation de la manne pour de vrais et tangibles progrès. Si les élèves sont encadrés de nouveau par des surveillants, si les enseignants ont sur leur service des heures de soutien et de concertation, si les CDI sont ouverts en même temps que le lycée et bien outillés, etc., on pourra commencer à discuter de suppression du groupe-classe, des redoublements, de l'instauration de passerelles entre filières, etc. Tout le reste est attrape-nigauds.