Il faut sauver le juge d'instruction
Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, Damien Loup, magistrat et Aude Evin, avocate, dénoncent dans Mediapart le risque d'une justice inégalitaire, et plaident pour le renforcement de l'indépendance du parquet.
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Il
s'est passé jeudi dernier quelque chose d'assez rare pour être
souligné. Pour la première fois, des centaines de magistrats,
fonctionnaires de justice, avocats se sont retrouvés unis sur les
marches du palais de justice de Paris pour dénoncer la disparition
programmée du juge d'instruction.
On les comprend. Le projet du gouvernement, tel qu'il se présente aujourd'hui, porte en effet un coup fatal à l'effectivité de l'Etat de droit. En clair, il remet en cause les conditions les plus élémentaires d'un fonctionnement véritablement démocratique de notre société.
L'existence du juge d'instruction est d'abord la garantie que toute procédure est menée de la même façon, quelques soit les moyens des justiciables concernés. En supprimant cette autorité impartiale, le projet du gouvernement réserve aux seuls justiciables dotés des moyens financiers suffisants la possibilité de faire valoir leur défense ou leurs prétentions. On assisterait donc à l'abolition pure et simple de l'égalité devant la Justice et donc devant la loi pénale.
Cette disparition aura également pour conséquence le transfert de la maîtrise des procédures pénales au seul Ministère public. Rappelons que sa dépendance à l'égard de l'exécutif est telle qu'en juillet 2008, la Cour européenne des droits de l'homme lui a dénié la qualité d'autorité judiciaire. Ce faisant, le projet du gouvernement ouvre définitivement la porte à l'ingérence du pouvoir politique et économique dans l'instruction des affaires pénales. Quelles en seront les conséquences ? C'est à la fois donner la possibilité au pouvoir politique économique d'enterrer par avance toutes les affaires susceptibles de l'inquiéter. C'est aussi par la même occasion, lui donner le pouvoir d'utiliser la procédure pénale comme un outil d'intimidation de ses opposants.
Inégalité devant la loi et dépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir politique en place : c'est donc la raison du plus fort qui s'impose au règne de la loi et qui voit quelques intérêts individuels l'emporter sur la volonté générale. Étrange idéal de société que nous propose là Nicolas Sarkozy.
L'ampleur de la mobilisation contre ce projet poussera-t-elle le gouvernement à l'amender à la marge ? Entendrons-nous parler d'une réforme qui, ne changeant rien sur le fond, concèderait un semblant d'autonomie aux magistrats du Parquet ? Ou, cette indépendance étant définitivement impensable, d'une improbable résurrection du juge d'instruction dans sa forme actuelle, pour ne point y toucher ?
Nous ne souhaitons ni l'une, ni l'autre. L'indépendance du Parquet est une réforme majeure qui devra être menée jusqu'au bout. Elle ne résout pourtant en rien le problème soulevé par la disparition de la juridiction d'instruction, seule autorité à même de garantir effectivement une procédure pénale désintéressée. Le ministère public, restant, faut-il le rappeler, l'autorité d'accusation, et étant donc à ce titre, structurellement partiale.
À rebours d'un projet gouvernemental réactionnaire, nous devons conduire à son terme l'évolution amorcée depuis 1958, qui a vu le juge d'instruction s'émanciper progressivement de la tutelle du Procureur pour accéder au rang d'une véritable juridiction. La réforme dont la justice pénale a besoin, c'est celle qui, coupant les derniers liens qui unissent le juge d'instruction à l'accusation, garantirait ainsi à toute personne poursuivie le droit à une mise en état impartiale, complète et contradictoire.
Face à la politique du pire, qui consiste à se priver tant de la juridiction d'instruction que de l'indépendance du Ministère public, nous choisissons la politique du meilleur, qui nous conduit à construire simultanément l'une et l'autre. C'est la seule voie permettant de renforcer les libertés publiques dans le procès pénal.







"L'existence
du juge d'instruction est d'abord la garantie que toute procédure est
menée de la même façon, quelques soit les moyens des justiciables
concernés"
Ce genre de déclaration disqualifie les auteurs. Il existe des avocats qui utilisent les moyens juridiques à leur disposition pour demander des actes ou des annulations d'actes, des expertises...certains ont des relations privilégiées avec des juges d'instruction avec lesquels ils travaillent souvent. Vu du côté du client, tout ceci se paie. Un avocat ne travaille pas gratuitement, et aura rarement les moyens ou la motivation pour travailler avec comme seule rémunération l'indemnisation prévue par l'Etat pour les commissions et désignations d'office. A Paris un client en commission d'office aura droit au service minimum.
Le juge d'instruction de son côté croulant sous les dossiers, il ne faut pas croire qu'il se substituera forcément à l'avocat défaillant dans le cadre de l'instruction "à décharge".
Bref le système actuel est profondèment inégalitaire, avec beaucoup de non-dits de la part des avocats gauchistes sur ce point, le corporatisme étant la règle absolue. Les seuls à proposer vraiment une justice égalitaire sont les Verts, dont le programme incorpore la création d'avocats salariés. Reste à voir si des avocats salariés seraient aussi indépendants que des avocats "indépendants", et quelles motivations ils auraient à se battre pour leurs clients dans les cabinets des juges d'instruction.
Le Conseil constitutionnel pourrait-il quelque chose, in fine ?
Boddisatva pourrait dire, comme Gabin dans un film célèbre: « Salauds de pauvres ! »
Je cite volontiers cette remarque de Joël Martin
Un des buts inavoués de la suppression du juge d'instruction, c'est la dépénalisation de fait des délits financiers prônée par Sarkozy, qui pourtant se dit le chantre de la moralisation du capitalisme.
Toujours le double langage.
Et on fait sauter les bouchons, au Fouquet's
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Aux personnalités citées en début d'article, il convient d'ajouter le nom d'Éva Joly. Le 30 Juin 2009, j'ai publié dans Médiapart un billet — trop long m'ont dit quelques amis — qui essayait de souligner l'atteinte à nos libertés de citoyens que constituerait la suppression du juge d'instruction. Je rappelle dans ce billet l'intégralité d'une réaction d'Éva Joly dans le premier semeste 2009…
J'ai été fort déçu de n'avoir qu'une réaction — une seule — à mon billet… Ce qui m'a conduit à penser que cette suppression du juge d'instruction n'intéressait que modérément les lecteurs de Médiapart, ou alors que les billets publiés dans les espaces personnels n'étaient pas lus…
Quoi qu'il en soit, je suis heureux qu'un intérêt nouveau soit porté à cette suppression du juge d'instruction qui constituerait une atteinte des plus graves qui puisse être portée à notre existence citoyenne…
Il est toujours aussi brouillon votre propos Bébette999.... c'est indigeste et plus encore. (... ce genre de déclaration disqualifie les auteurs... ), ou encore (... Le juge d'instruction de son côté croulant sous les dossiers, il ne faut pas croire qu'il se substituera forcément à l'avocat défaillant dans le cadre de l'instruction "à décharge...).
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Il serait intéressant pour une fois, que vous arriviez à approfondir vos propos, il ne suffit pas d'enfiler des mots, phrases, paragraphes pour avoir l'air crédible, on peut lire et relire vos propos, il n'en ressort que des poncifs réactionnaires... nous avons encore le droit à un "Gauchiste" quand ce n'est pas un "Mitterand" etc...
Les pressions sur avocats ont été dénoncées par la commission Darrois et présentées au président de votre République sarkozyenne. Aucune réaction.
Il est tout simplement inutile de payer un avocat lorsqu'il a été décidé que vous devez être condamné :
http://www.commission-darrois.justice.gouv.fr/?p=86#comment-414
Un exemple précis, malheureusement trop réel, et qui prouve que l'absence "provoquée" de l'avocat peut se retourner contre le tribunal corrompu qui est privé d'information au sujet de la victime du faux procès :
http://patricehenin.blogspot.com/2009/05/lettre-au-chef-supreme-des-armees.html
Patrice Hénin