L’avenir de l’Europe passe par la Recherche et l’Enseignement supérieur

Le savoir doit être remis au coeur de l’Europe. La recherche et l’enseignement supérieur sont les fers de lance de cette reconquête.


Si la recherche doit continuer à dynamiser nos économies par les innovations qu’elle engendre, si l’enseignement supérieur doit y contribuer par les formations et les qualifications qu’il offre, leurs missions ne peuvent se réduire à ces seuls objectifs économiques. L’Europe que nous voulons doit réaffirmer avec force que la science est émancipatrice et permet à chacun d’analyser, de comprendre et de s’adapter librement au monde complexe et en perpétuelle mutation qui l’entoure.


La politique européenne, et en particulier le processus de Lisbonne, n’ont pas pris cette direction. Cette politique s'est focalisée sur l'innovation et insuffisamment sur la recherche fondamentale. Elle n’a conduit ni à un investissement suffisant à l’échelle européenne, ni à un engagement plus fort des Etats. Elle n’a pas non plus assuré les conditions de la mobilité souhaitée des étudiants et des chercheurs à l’échelle des individus.


La crise que nous vivons est économique, environnementale et sociétale. Elle impose à l’Europe un effort beaucoup plus résolu. En signant ce manifeste, nous prenons un engagement solennel. Chacun dans notre rôle : élus européens, responsables institutionnels, universitaires et chercheurs, citoyens des 27 pays de l’Union européenne, nous agirons dans les semaines et mois qui viennent pour mettre en oeuvre une nouvelle politique de la Recherche et de l’Enseignement supérieur.


Quatre principes guideront notre action :

- Une Europe construite sur la coopération des universités et des laboratoires de recherche, et non sur leur mise en concurrence systématique ;

- Une Europe garantissant la liberté d'initiative scientifique, l’indépendance à l’égard de tous

les pouvoirs, la liberté de recherche, d’enseignement et de formation ;

- Une Europe permettant à ses citoyens de comprendre et de participer à la définition des grandes orientations scientifiques et technologiques qui engagent notre avenir commun ;

- Une Europe aux engagements durables, assurant la pérennité des collaborations et des projets.


Le Parlement européen devra s’approprier pleinement cette politique ambitieuse et en fixer les objectifs. Ils seront ensuite mis en place avec les institutions nationales, dans le cadre de nouveaux contrats entre celles-ci et la Commission européenne.

Le budget de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, cet investissement pour l’avenir commun, doit devenir une vraie priorité communautaire. Le financement dédié à ce secteur doit être considérablement augmenté et ne plus être laissé à la libre appréciation de chaque Etat.


La mise en concurrence des scientifiques a favorisé la multiplication de projets parfois redondants. L’élaboration des appels à projets et l’évaluation opaque des activités scientifiques ont produit une bureaucratisation étouffante. Une nouvelle politique incitative forte devra être menée pour simplifier le système et favoriser la coopération directe entre établissements de plusieurs pays, éventuellement regroupés dans des pôles territoriaux.


Les moyens financiers indispensables à une véritable mobilité des chercheurs et des étudiants devront être dégagés. Chaque chercheur pourra tous les 6 ans passer au moins un semestre dans un laboratoire européen. Le nombre de bourses Erasmus et Marie Curie sera doublé. Tout doctorant pourra passer au moins trois mois dans une institution d’un autre pays.

L'Europe d’aujourd’hui a besoin de 700 000 chercheurs supplémentaires. Des incitations seront créées pour augmenter le nombre de docteurs et améliorer leurs débouchés dans le secteur privé comme dans le secteur public.


Notre avenir commun dépend des orientations scientifiques que nous choisirons. Le Parlement européen devra se saisir de ces débats et créer les structures démocratiques permettant aux citoyens de s’y engager.

 

L'Europe est à la croisée des chemins. Soit elle se recroqueville et s'enferme dans une politique qui la fragilise, soit elle a confiance en elle-même et prend une nouvelle direction. Nous nous engageons résolument dans la deuxième voie.

Nous construirons l'Europe du savoir, alors que les droites européennes, qu'elles soient libérales ou démocrate-chrétiennes, ont un bilan désastreux dans ce domaine comme dans d'autres. Cet engagement n'est pas de circonstance : nous agirons dès demain dans les directions présentées dans ce manifeste, et rendrons compte de notre action dans un an.

Un an pour changer de politique, un an pour donner un futur à l'Europe.

Premiers signataires (pour signer : recherche.parti-socialiste.fr ) :


Pouria AMIRSHAHI, secrétaire national PS aux Droits de l'Homme

Martine AUBRY, 1ere secrétaire du Parti socialiste

Kader ARIF, député européen

Enric BANDA, professeur, Espagne

Alain BENETEAU, vice-président Région Midi-Pyrénées en charge de la recherche et de l'enseignement supérieur

Vincent BERGER, président de l'université Paris Diderot

Pascal BINCZAK, président de l’université Paris 8

Jean-Paul BRASSELET, directeur de Recherche au CNRS

Philippe BUSQUIN, député européen, ancien commissaire européen à la recherche

Jean-Christophe CAMBADELIS, député PS, secrétaire national aux questions internationales

Pierre COHEN, Député-Maire de Toulouse

Philip CORDERY, secrétaire général du Parti socialiste européen

Claire EDEY, maître de Conférences en Gestion

Roger FOUGERES, vice président Région Rhône-Alpes, délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche

Gérard FUCHS, ancien député européen, ancien directeur de recherche au CNRS

Pierre IZARD, président du Conseil Général de Haut-Garonne

Catherine JEANDEL, directrice de recherche au CNRS

Pierre JOLIOT, biologiste, professeur Honoraire au Collège de France

Axel KAHN, médecin généticien, président de l'université Paris 5-Descartes

François LAMY, député PS, maire de Palaiseau

Martin MALVY, président socialiste du conseil régional de Midi-Pyrénées

Bertrand MONTHUBERT, secrétaire national PS à la recherche et l’enseignement supérieur

Rémy MOSSERI, directeur de recherche CNRS

Poul RASMUSSEN, président du Parti socialiste européen

Pierre ROSANVALLON, professeur au Collège de France

Michel TROYON, professeur Université de Reims

Bonjour,
ça me fait un peu penser à ce que disaient les philosophes du XIX ième siècle : la science à elle seule est l'avenir de l'humanité. Je pensais que ce mythe était dépassé. Mais aujourd'hui il y a encore quelque chose d'autre : la science au service de l'économie. Faites tourner la pompe à fric du vaccin de la grippe ! Augmenter les profits des industries agro alimentaires ! Cette science là ne donnera rien en retour à l'être humain en tant qu'individu. Pour que la recherche soit vraiment féconde, il faut justement qu'elle ne soit liée à aucun intérêt économique, sans quoi les résultats seront biaisés et les projets orientés par les intérêts égoïstes de quelques grands groupes. Et alors ! Où est le gai savoir ! Celui qui vient librement de l'inspiration du chercheur, sans qu'il y ait une autorité morale-économique qui vienne jouer la censure !
La création dans la recherche ne peut exister que si le chercheur est libre, donc payé par l'Etat SANS contrepartie de devoir s'engager dans tel ou tel axe de recherche, défini par les intérêts économiques, ou même par l'intelligentsia scientifique déjà en place. Ce salaire doit être considéré comme un don de l'état. Il n'est pas conditionné par le volume de papier qu'un scientifique doit aujourd'hui générer. Un scientifique n'est pas un pisse copie ! Le scientifique doit pouvoir proposer son propre programme de recherche afin que d'autres librement y adhèrent et forment un groupe, mais un groupe librement consenti !Le budget pour le fonctionnement du labo doit lui aussi faire parti d'un fond réservé de l'Etat et de donateurs au sens large. Avec de l'imagination, une autre recherche moins dispendieuse est possible. J'en viens au deuxième aspect. La recherche manque d'imagination. Elle n'ose pas regarder en face des sujets comme ce qu'on a appelé dans la presse "la mémoire de l'eau" ou d'autres choses encore. Les chercheurs sont aussi responsables de leur enfermement dans l'appareil économique. Ils ont la pensée bloquée par leurs théories atomiques.
En conclusion, la science et la société doivent progresser ensemble. D'abord la société doit se libérer du dictat de la finance, et ensuite seulement, la science pourra vraiment progresser, et en retour, féconder la société.