Pour qui sont ces crieurs qui crient sur nos crânes ?
24 Avril 2008
Par
David Dufresne
C’est une figure un peu jaunie. Une icône du passé. Un gamin qui a tant vieilli qu’il est quasi mort. C’est le crieur de presse, vaguement remis au goût du jour ces derniers jours (casquette rouge et presse gratuite MétroSoirMinute à la sortie du métro). Le journalisme est un art étrange : à force de s’occuper du passé récent, du presque présent, et du plus que présent déjà passé et jamais parfait, ce genre a une tendance : celle d’aimer le passé. En un mot, le journalisme est, par essence, nostalgique. C’est ce qui le rend amer et beau. Mortifère et vivant. Ainsi, l’autre soir, dans le métro, justement, cette affiche, pour le (re)lancement d’un (ancien grand) journal (qui fut) populaire :
Puis, quelques minutes plus tard, sur un des blogs de Mediapart, signé d'un dénommé Plenel Edwy, ce dessin courtesy Plantu :
Et puis, bien sûr, depuis décembre 2007, le p’tit gavroche de Mediapart, aux origines déjà cernées.
Sourires devant cette avalanche de gamins à casquette plate. Souvenirs, aussi, d’une courte et belle aventure, qui s’appelait Le Jour, petit quotidien parisien à l’aube des années 90, fils damné d’un Libé qui n’aurait pas grossi. Et dont chacun des rédacteurs, à tour de rôle, se faisait crieur. Mais, soupirs, aussi, devant tous ces crieurs muets, ces images d’Epinal à l’heure du Net. Que nous disent-ils, ces crieurs sans voix ? Qu’aujourd’hui, on écrit mal dans les journaux et que personne ne crie ? Que, sur le Net, comme le disait l’adage des débuts : personne ne vous entend crier ? Ou bien que le journalisme est mort et que ses ongles poussent encore, ici ou là ? Ou bien encore que toutes les Jean Seberg du monde sont bien à bout de souffle, qu’on ne trouve plus d’Herald Tribune sur les Champs Elysées ?
Et si dans le regard de ces crieurs, il y avait tout ça à la fois? La fin d’un monde et le début d’une mutation totale. La nostalgie et le futur. Le papier et le Net.







Jean-Louis Legalery
Il me semble que lorsqu'un journaliste exprime son attachement au passé, le lecteur apprend et s'enrichit, donc la nostalgie, dans ce cas, ne saurait être connotée négativement. Par ailleurs le traitement de l'actualité conduit à établir un lien permament entre passé et présent, y compris dans la forme et l'usage des temps, dont le présent de narration. Patrick Charaudeau, directeur du Centre d'analyse du discours à Paris XIII, définit le journaliste comme "un historien de l'immédiat", c'est une formule qui donne tout son sens à cette nostalgie que vous évoquez avec beaucoup de talent.
Très beau papier...
Il y aussi que ce crieur est une crieuse : une femme, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, dans le film d'où provient ce photogramme.
Au mois de mars, dans le cadre d'un devoir sur le logo dans un DUT de communication, nous avons été amenés à mettre en parrallèle le logo de mediapart et la photo d'un vendeur de journaux gratuits. Pour relancer le debat, en voici le quelques extraits :
"Pour symboliser l’information et la communication, nous avons décidé de mettre en relation deux conceptions de la presse écrite, l'une virtuelle, avec le logo du nouveau site Internet MediaPart, l'autre bien réelle, présente aux coins des rues, avec la photo d'un distributeur de journaux gratuits.
La presse écrite est en crise. Elle est concurrencée par la multitude de supports sur lequel nous pouvons recevoir de l’information. L'émergence d'Internet déprécie le support papier, l'information devient plus volatile et difficile à vérifier. Sur la toile, il est souvent compliqué de trouver des sources fiables, honnêtes ou sérieuses. L'identité même du journaliste est menacée dans son rôle de décrypteur spécialisé de l'information. Il est nécessaire de canaliser les flux d'informations et d'offrir des cadres de référence et d'analyse légitimes.
Parallèlement, de grands groupes ont créé des journaux gratuits où la recherche et la véracité de l’information est financée par la publicité abondante dans ces quotidiens.La communication est primordiale pour assurer aux sponsors une bonne diffusion et une excellente visibilité ; à l’heure où la publicité tend à disparaître de certains supports, elle n’en est que plus vorace sur d’autres.
Ces journaux gratuits sont distribués avec une touche de nostalgie, grâce à des crieurs modernes (affectif), habillés de la tête aux pieds aux couleurs du quotidien (cognitif) et répartissant aux points stratégiques leur précieuse mixture (conatif).
Notre photographie illustre ce nouveau mode de diffusion de l’information qui est à mettre en parallèle avec notre logo illustrant un crieur de journaux. Nous souhaitons mettre en avant l'éternel problème de la quête d'une information indépendante, détaché de toutes contraintes économiques.
Le logo est tiré du site Internet MediaPart qui prône un autre mode de financement de l’information. Cette société créée par des journalistes indépendants, doit son financement à son site Internet où l’information est diffusée. Les concepteurs de ce projet prônent ainsi leur indépendance, débarrassée de toutes contraintes publicitaires. La nouveauté c’est que les internautes peuvent réagir à l’information, elle devient participative.
Le logo choisi par MediaPart, le crieur de journaux évoque en un coup d'oeil le monde de la presse. Il n'a pas de relation directe avec le nom MediaPart qui signifie à la fois média à part et média participatif. Mais ce logo très stylisé, noir sur fond jaune, agit comme un emblème, une personnification du monde de la presse. Plus largement il est posé sur une sorte d'accolade ou un livre ouvert avec en arrière plan une forme de soleil qui peut ici symboliser la connaissance, la diffusion de l'information. Le petit bonhomme porte une casquette, une écharpe, le mouvement est enlevé, dynamique. Il brandit un journal d'une main, tient une liasse dans l'autre, le média de presse écrite est ici bien présent, bien que paradoxalement le support papier n'existe pas. Il peut nous faire penser au titi parisien ou à ces enfants du cinéma américain présents dans des films noir et blanc comme « Citizen Kane ».
On peut s'interroger sur le choix d'un personnage un peu désuet, qui appartient au passé. Ne serait-ce pas un moyen pour MediaPart de revenir à une conception ancienne du journalisme, à son origine, à son essence même ? Ce personnage porte aussi en lui une autre idée. À l’époque, les nouvelles étaient criées dans la rue, clamées haut et fort. Cela rejoint peut être pour Mediapart une volonté de revendication, de diffusion sur la place publique, sur la toile du net, d'un journalisme différent, novateur. Interrogé par ses lecteurs sur le présite de MediaPart, Edwy Plenel, co-fondateur du journal déclare « dans son logo, Mediapart est indissociable du petit bonhomme qui l'accompagne, ce crieur de journaux à la mode Web 2.0 qui évoque le rôle indispensable d'une presse libre». « La mode 2.0 » fait référence à la dimension participative du journal qui permet à tout un chacun de publier sur le net et de devenir eux aussi diffuseurs d'information. On peut ajouter que ce rôle participatif se fait dans un cadre où le journaliste est un médiateur qui établit un dialogue avec le lecteur et lui offre un éclairage sur l'information qui peut être symbolisé par le soleil en arrière-plan du logo.
Avec les journaux gratuits, nous assistons à l'apparition d'un nouveau type de distributeurs de journaux. C'est l'objet de la photo que nous avons décidé de mettre en relation avec le logo MediaPart. Les deux images présentent des similitudes : la casquette, la liasse de journaux sous le bras... Cependant, dans la photo, nous avons affaire à un distributeur et non un crieur. Ici, le geste est silencieux. Il se ponctue d'un « bonjour », d'un « merci » et aussi bien souvent d'un « non merci » ou d'un simple refus de la main. Le geste est celui de la distribution d'un quotidien gratuit, support de publicité et la réception par le public est passive presque subie. Le journal n'est pas brandi, exposé au bout de la main, il est proposé, tendu. Il sera, après une lecture rapide dans le métro, abandonné dans la première poubelle venue. Le support est éphémère, sans valeur, de peu de qualité.
A contrario, la démarche vers le crieur de journaux est volontaire, il s'agit d'un échange payant. Le client du journal donne quelques centimes au crieur en échange, il fait un acte d'achat. Cela illustre le choix de MediaPart qui se propose d'être un journal payant disponible sur Internet. Pour accéder à l'information, il faut alors faire le geste volontaire de s'abonner et de payer pour le service rendu.
Notre logo sélectionné illustre sans originalité notre image. Cela devient intéressant quand on s'interroge sur ce proche parallèle que tout oppose finalement dans le fond. Il est question ici d'un collectif de journalistes indépendants financés par leur information sur un support nouveau qu’est Internet avec les possibilités que le Web procure aujourd’hui, c’est-à-dire de faire participer les lecteurs en direct. Ceci avec encore ce paradoxe que leur information sera payante alors que le web nous a habitué à la gratuité. Cela est opposé au principe d’un accès gratuit à l’information via la presse écrite, mais qui ne pourra jamais être considéré ici comme indépendant car il doit son financement à la publicité.
Cher Philippe Grand,
Formidable ! Je ne savais pas que nous étions, déjà, un objet d'étude. Vous avez tout compris, saisi et senti. Merci.
Bonsoir à tous ceux qui sont encore là,
vu l'ancienneté de ce billet d'un fort beau gabarit, comme je les aime.
Au risque de faire de l'écho par mes cris murmurés de frais sur ce blogue, je rajoute mon grain de sel à moi dans cette cuisine, aux fumets si appétissants que j'en ai pris pour 2 ans à l'instant...
Bien m'en a pris d'ailleurs, à peine posé mon bardas que v'la t'y pas que j'tombe pas sur mon ennemi juré ?!..
Cet imposteur de "Crieur des Alpilles", cet égaré dans nos garrigues de Provence, ce serait-il trompé d'étage à cause d'un altimètre déréglé ?
Aurait-il perdu la clé des coffres, qu'il cherche encore celle des champs d'Oliviers ?
Verrons-nous enfin approcher le combat final que tous nos lecteurs, d'horizons souvent aussi plats que leur ordinatron qui leur sert de quinquet, attendent et redoutent en même temps ?..
Vous le sauriez dans bientôt.
EL Capéo.
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http://www.lecrieurdelestaque.net
Oui, joli...Et si chaleureux.
Remontons, remontons... Il y a des sources d'eau claire...