Identité nationale: une soirée de contre-débat

Mardi 9 février, de 18h30 à 21h30, le 104 (Paris, 19e) accueille la 30ème rencontre publique du réseau scientifique TERRA. Un contre-débat sur l'identité nationale. Trois questions à Olivier Le Cour Grandmaison, membre du réseau, qui enseigne les sciences politiques et la philosophie politique à l'université d'Evry-Val-d'Essonne.

La rencontre s'intitule «les périls de l'identité nationale». Quels sont-ils, selon vous?
Voyons les faits: ce pseudo-débat ressemble à la démocratie comme la justice militaire ressemble à la justice civile. Un débat contrôlé par les censeurs et dirigé par les préfets et sous-préfets aux ordres n'est pas un débat. Comme disait De Gaulle, c'est un «machin». Et ses effets se nomment islamophobie, populisme et xénophobie. Et pas seulement exprimés par «la France d'en bas», mais assumés par les promoteurs et organisateurs de ce débat qui l'ont instrumentalisé dans le but de conserver les voix du Front national captées en 2007. Ce débat a des objectifs électoralistes à long terme, pas seulement les régionales, mais au delà, la présidentielle de 2012.

Comment fonctionne le réseau Terra?
Terra est un réseau de scientifiques et de militants, un réseau à la fois national et international de juristes, philosophes, historiens... qui travaillent sur l'immigration, les flux migratoires, le droit d'asile... Tous les jours, le réseau fait circuler un grand nombre d'informations sur les politiques xénophobes menées en France et en Europe. Le réseau de chercheurs aide les militants sur le terrain et, réciproquement, les militants politiques, syndicaux ou associatifs informent les chercheurs.
Notre lutte conjugue deux aspects: la critique et l'analyse scientifique des discours et procédés juridiques, et la mobilisation des associations et syndicats la plus large possible pour demander notamment la suppression du ministère de l'immigration et de l'identité nationale.
La soirée a pour but de réunir des spécialistes  afin de faire surgir la complexité de ces affaires. Proposer une déconstruction pluridisciplinaire de la politique d'immigration.

Cette situation est-elle propre à la France?
Hélas, ce que nous considérons comme l'avènement de la xénophobie d'Etat, avec un plan quinquennal d'expulsions, peut être constaté ailleurs, comme en Italie, et jusque dans l'Union européenne elle-même en tant qu'institution: voyez «la directive de la honte» adoptée par l'UE, qui prévoit 18 mois de rétention pour les étrangers en situation irrégulière et l'interdiction d'accès pendant 5 ans à tout pays de l'Union. L'étranger en situation irrégulière est perçu comme la cause de maux divers. Ceci s'articule avec la mise en œuvre de politiques publiques  qui constituent un lepénisme réformé et rendu compatible avec la Constitution française et le droit européen. Les premières victimes en sont les étrangers en situation irrégulière et leurs conjoints, compagnes et compagnons français, dans la mesure où leurs concubins sont expulsés. Sont poursuivis aussi ceux qui s'opposent à cette politique en aidant les étrangers. Tout cela porte atteinte à un certain nombre de principes élémentaires de l'Etat de droit et de la  démocratie.

Toutes les infos: http://www.reseau-terra.eu/

Et pourquoi pas un débat sur l'identité humaine? Qu'est-ce qui nous distingue des animaux  AU-DELA DES FRONTIERES...?

C'est
l'occasion de rappeler que la force de la France des lumières, c'est le
cosmopolitisme, l'universalisme, le refus des frontières géographiques
et des idées. Lancer un débat sur l'identité nationale est déjà une
contradiction, une démonstration de la méconnaissance de la France dans
son histoire et vouloir l'enfermer dans ses défauts au lieu de l'ouvrir
sur ses qualités.

Lancer un débat sur l'identité humaine sort de
nos frontières et rappelle que les sans-papiers sont nos semblables et
ont les mêmes droits que nous sur la terre, l'eau, l'air, disponibles
dans les frontières géographiques de la France ! 

Au centre de ce débat, qui osera dire enfin que l'identité française n'a jamais été "commerciale" ? "Le commerce des hommes" entre nous, oui. Le parler français, oui : "La langue française est ma patrie", nous dit Camus. Mais le commerce qui consiste maintenant à recevoir 3 mails par jour de relances commerciales, sous prétexte que l'on vient d'acheter tel produit sur Internet ? Cela ne nous rend-il pas fous d'être considérés maintenant, non plus comme des êtres humains, mais comme des "consommateurs" ?...

Finalement c'était intéressant ce truc ou non ? Personne ne s'est déplacé ?

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