Doléance 12/ Le tombeau des baigneuses
Réalisation: Pierre Kuentz
Argument: Un jeune homme décide de faire un tombeau pour des baigneuses. Ces baigneuses sont des jeunes filles roms qui se sont noyées, dans l’indifférence des vacanciers, sur la plage de Torregaveta près de Naples pendant l’été 2008. Le jeune homme voit les images à la télévision : deux jeunes filles gisantes sous des serviettes de bains au milieu du divertissement estival. En isolant un détail, on dirait un tableau. Il voit des signes partout. De quoi, il ne sait pas. Tout est accéléré. Il sent que c’est la fin. Signal de sortie de l’humanisme (par le mauvais côté).
Un jeune homme décide de faire un tombeau pour des baigneuses. Ces baigneuses sont des jeunes filles roms qui se sont noyées, dans l’indifférence des vacanciers, sur la plage de Torregaveta près de Naples pendant l’été 2008. Le jeune homme voit les images à la télévision : deux jeunes filles gisantes sous des serviettes de bains au milieu du divertissement estival. En isolant un détail, on dirait un tableau. Il voit des signes partout. De quoi, il ne sait pas. Tout est accéléré. Il sent que c’est la fin. Signal de sortie de l’humanisme (par le mauvais côté).
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Ce récit fait écho à une doléance recueillie en Seine-Saint-Denis.
SAINT-DENIS, SEPTEMBRE 2010 Je vis à Saint-Denis et je m’appelle Maurice. Mes parents étaient au Parti communiste, c’est pour ça qu’ils m’ont choisi ce prénom. Mes enfants n’aiment pas trop, ils ne comprennent pas. Tout ça, c’est fini. Je suis employé municipal, je travaille à la mairie. Saint-Denis c’est pas facile, mais j’aime quand même, c’est là que j’ai grandi. Ça a beaucoup changé. Aujourd’hui on s’appelle les cefrans, les rebeus, les blacks... Il y a aussi les Chinois, les Turcs, beaucoup de communautés. Certains vivent dans leur coin, mais l’essentiel c’est d’avoir les codes. Si tu fais attention à deux trois choses c’est bien, il y a pas d’ennui. Tout ça pour dire que j’ai rien contre les Roms, mais c’est pas facile, ça crée de la tension. Ils sont très pauvres, ils se débrouillent, ils ont leurs propres combines, leurs habitudes, leur business à eux. Le matin ils fouillent les poubelles, mais ils mettent tout par terre, ça crée de la tension. Ça fait mal de voir ces mômes qui fouillent avec leurs parents, mais après la rue est en chantier. Les communaux ils ramassent, mais ils sont de moins en moins d’accord, car ça rallonge la tournée des poubelles. | Ça augmente le travail. Il faudrait plutôt mettre en place une soupe ou un resto du cœur pour leur donner, si c’est pour manger. Mais je crois que c’est aussi pour ramasser des choses pour les revendre ou du métal. Dans ma famille on n’a jamais été contre les étrangers, c’est pas ma culture. Mais c’est pas facile. Je vois bien ce qu’il fait Sarkozy. Je suis plus au Parti, à Saint-Denis c’est trop divisé, j’y comprends plus rien. Mais nous, on a toujours pensé qu’on ne devait pas opposer les travailleurs entre eux. Français, étrangers, pareils. Mais eux c’est difficile, y sont pas très solidaires, ils sont rejetés ça aide pas non plus. Il faut quand même qu’on fasse quelque chose. À Saint-Denis, c’est toujours nous qui accueillons. Je pense que c’est aussi fait exprès de pas régler le problème. C’est un problème européen. Je suis pas non plus pour les expulsions, quand tu vois ces gosses, tu peux pas être pour. Mais j’entends à la ville qu’il y a pas d’argent et j’ai peur que ça finisse en bagarre à cause des poubelles. Pourquoi c’est toujours la Seine-Saint-Denis qui trinque ? Je trouve pas ça normal. Il faut pas expulser, mais il faut faire quelque chose ! |
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Après une formation musicale au conservatoire de Lyon, puis de littérature et cinéma à l’université Lyon II, Pierre Kuentz intègre l’équipe d’encadrement de la Maîtrise de l’Opéra National de Lyon en 1994. Artiste associé au Centre culturel de rencontre d’Ambronay entre 2006 et 2010, il explore les enjeux du musical, de la voix et du théâtre. Il alterne alors les mises en scènes d’opéra pour des productions largement diffusées (Ercole Amante de Cavalli en 2006 ; Les Troqueurs de Dauvergne en 2008) et les projets d’écriture : Les Sirènes écrit et « mis en voix » en 2008 ; le livret de l’opéra Allégorie forever (en collaboration avec l’historienne Sophie Wahnich) créé pour le XXXe festival d’Ambronay ; Le Tombeau des Baigneuses pièce de théâtre & électroacoustiques (création en 2010) ; Dramaturgie de la Bouche contribution au recueil Transe Ravissement Extase (édition cahier d’Ambronay). Il est directeur artistique de la Compagnie des Infortunes.

