live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à dimanche minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, l'Ebook Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Claude Pélieu, poète de la Beat generation

|  Par Patrice Beray

Dans Un amour de beatnik, publié par les éditions Non lieu, ressuscite le temps d’une correspondance échevelée avec sa première compagne Lula-Nash la figure de Claude Pélieu (1934-2002). Il fut le passeur décisif de la Beat generation en langue française et le poète « reporter » d'un monde déshumanisé.

Partage

Dans la littérature il est d’évidence que certaines activités créatrices même publiées n’ont pas stricto sensu vocation à faire œuvre, en ce sens qu’elles sont surtout réalisées contre tout ce qui peut en germe dans leur accueil (qu’il soit immédiat ou différé) viser à fortifier une littérature édifiante, même si celle-ci ne dit jamais son nom.

À cet égard, sans prix est la récente publication aux éditions Non lieu d’Un amour de beatnik, un livre qui donne à découvrir la correspondance de Claude Pélieu avec sa première compagne française Lula-Nash portant sur les années charnières 1963-1964, leur séparation provoquant son départ pour les Amériques de la Beat generation.

Claude Pélieu, à Paris (1962)Claude Pélieu, à Paris (1962)

Né à Pontoise en 1934, et ayant opté pour la Californie de la contre-culture beatnik, Claude Pélieu passe en effet pour le seul poète français susceptible d’être rattaché directement à la Beat generation. Et pour cause : l'Américaine rencontrée à Paris qui l’introduisit dans ce milieu, Mary Beach (sa seconde femme), travaillait à la librairie City Lights de Lawrence Ferlinghetti, foyer à San Francisco de l’édition de la poésie « beat ».

Au demeurant, lui-même a furieusement contribué à cette assimilation. Non seulement il écrivit beaucoup, à la manière beat (de longs poèmes déréglés), mais il fit sienne cette expérience existentielle d’une œuvre-vie, insufflée par les acteurs de la scène américaine qu’il a côtoyés, William Burroughs, Gregory Corso, Bob Kaufman et autre Neal Cassady (le Dean Moriarty de Sur la route), état d’esprit que ramasse en un mot Allen Ginsberg sur fond de ségrégation raciale, de toutes les « guerres froides » larvées : « J’écris des poèmes (...) parce que je veux respirer librement. »

Toute veine battante à un débridé « amour beatnik », l’attente vaine de l’amoureux « largué » s’y consumant en effusions physiques, toute de familiarité excédée par une forte dépendance à des drogues dures, la correspondance exhumée de Claude Pélieu, tirée miraculeusement d’un sommeil de trente ans par Lula-Nash, est complétée par un ensemble de textes inédits adressés conjointement par le poète à sa destinataire follement aimée qui l'a quitté.

En elle-même, la période couverte par cet ensemble minutieusement annoté par Benoît Delaune, qui en a établi l’édition, est circonscrite du moment de la séparation du jeune couple d’amoureux à ce qui fut sans doute le second « élargissement » du poète outre-Atlantique, après l’enfer qu’a représenté pour lui, juste avant de rencontrer Lula-Nash, son incorporation dans l’armée coloniale lors de la guerre d’Algérie.

Partage