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Mediapart
Dim.23 novembre 201423/11/2014 Dernière édition

L'exception Mediapart

|  Par Edwy Plenel

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La presse libre réinventée grâce à Internet

Valeur de l'indépendance, de la qualité et du public : ce principe, celui de la création de valeur à l'opposé des bulles spéculatives, qui est au cœur de notre modèle économique et que nous avons défendu avec entêtement sous l'ironie, voire la moquerie des supposés experts, fait aujourd'hui école. Sans publicité, avec pour seule recette la vente de ses contenus éditoriaux, Mediapart a réussi à sortir du rouge fin 2010, après avoir dépensé près de 6 millions d'euros pour arriver à ce point d'équilibre. Profitable en 2011, il a ouvert une voie qu'empruntent désormais les sites de la presse quotidienne nationale, qui offrent des formules payantes en copiant souvent nos inventions commerciales.

Mediapart est ainsi devenu un laboratoire de recherche et un atelier de création utiles à tous, à la manière d'un bien public. Notre spécificité – un journal numérique payant – est à l'origine du statut de la presse en ligne puisque d'emblée nous avons revendiqué auprès des pouvoirs publics la neutralité des supports, alors qu'en 2008 encore, « presse » signifiait légalement « papier », et « papier » exclusivement. De même, notre combat initial pour l'égalité des droits, et donc pour l'obtention de la même TVA à 2,1% accordée à la presse imprimée, repris par le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil) dont nous sommes cofondateurs, est-il devenu celui de tous les éditeurs de presse.

Mais il y aura toujours une spécificité de Mediapart difficile à imiter : l'indépendance. Et cette valeur-là est la plus précieuse, d'autant qu'elle est devenue plus rare. C'est bien pourquoi la route est encore longue, une année bénéficiaire ne suffisant évidemment pas à atteindre l'objectif durable que les fondateurs de Mediapart se sont fixé : installer définitivement un journal de journalistes, contrôlé par ceux qui y travaillent et eux seuls, ne vivant que du soutien de ses lecteurs, sans aucun lien de dépendance avec des pouvoirs politiques ou économiques, des intérêts partisans ou des appétits financiers.

« La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics » : Mediapart a fait sien ce principe énoncé, depuis 1971, dans la Charte dite de Munich sur les devoirs et les droits des journalistes.

Avertis par les batailles perdues dans des journaux qui, comme Le Monde et Libération, ont fini par ne plus appartenir à leurs équipes professionnelles et à être vendus à des financiers extérieurs aux métiers de l'information, nous savions d'expérience que cette ambition se heurtera toujours à cet adversaire que Hubert Beuve-Méry, le fondateur du Monde, nommait « la presse d'industrie », cette presse, disait-il, où « il suffit que l'information n'aille pas porter quelque préjudice à des intérêts très matériels et très précis ou, à l'occasion, qu'elle les serve efficacement ».

Consubstantielle de la responsabilité sociale des journalistes vis-à-vis du « droit du public à connaître les faits et les opinions » (la Charte de Munich encore), l'indépendance est évidemment une aspiration partagée par bien d'autres rédactions que celle de Mediapart. Toutefois ce n'est pas prétention abusive, mais lucidité sur la crise traversée par nos métiers que de constater combien les conditions matérielles et morales de cette indépendance sont de moins en moins garanties dans la plupart des médias installés ou reconnus.

En France, la grande majorité des médias privés, sous tous supports – presse imprimée, radio et télévision –, sont désormais contrôlés par des industriels ou des financiers qui ne sont en rien des entrepreneurs dont l'information serait l'activité unique, voire principale. La « presse d'industrie » règne, c'est-à-dire ce mélange d'intérêts, de réseaux et d'influences. Banquiers, marchands d'armes, industriels du luxe, entrepreneurs du BTP, sociétés portuaires et d'import-export, opérateurs de la téléphonie, etc. : les actuels maîtres des médias privés entretiennent tous des liens incestueux avec la commande publique, les clientèles politiques, sans oublier leurs propres intérêts.

Si l'on ajoute à cet état de fait la régression vécue par l'audiovisuel public sous cette présidence, elle-même fondée de pouvoir des intérêts privés susmentionnés, on est bien forcé d'admettre que l'écosystème français de l'information fait honte à nos idéaux démocratiques. Etre indépendant, ce n'est pas simplement le vouloir, c'est d'abord pouvoir l'être. C'est pourquoi Mediapart entend défendre une conception radicalement exigeante de l'indépendance qui s'impose à tous ses acteurs et qui garantisse la liberté de ses journalistes comme de ses lecteurs.

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