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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Léo Ferré repincé par son passé

|  Par Antoine Perraud

La belle-fille de Léo Ferré, qui vécut aux côtés de l'artiste durant près de vingt ans, publie un témoignage passionnant sur ces temps de création dans l'insouciance puis la souffrance : Comment voulez-vous que j'oublie... Madeleine et Léo Ferré 1950-1973 (Phébus). Entretien avec Annie Butor, sans rancœur mais sans amnésie...

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En 1958, une femme sauva donc de la corbeille à papiers Le Temps du tango, puis fit esquisser à l'auteur, Jean-Roger Caussimon, et à l'interprète, Léo Ferré, quelques pas de danse ! C'était Madeleine Rabereau (1916-1993). Beauté divine ! Intelligence providentielle ! Sensibilité céleste ! Elle rencontre Léo Ferré (1916-1993) au “Bar Bac”, estaminet mythique du VIIe arrondissement de Paris, en 1950. Elle devient Madeleine Ferré en 1952. Leur séparation a lieu en 1968 (leur divorce est prononcé en 1973). Les années Madeleine sont un moment essentiel, souvent sous-estimé par l'ultime femme, Marie-Christine Diaz, mère de Mathieu Ferré, né en 1970 et gestionnaire de l'héritage parternel via la société “La Mémoire et la mer”...

Voici que sort intimement de l'ombre ce moment Madeleine. La fille d'icelle, Annie, en rappelle la teneur. La future dédicataire de Jolie Môme n'a pas 6 ans quand sa maman lie connaissance avec Léo Ferré. Tous trois vivent dix-huit années de bohème féconde, marquée par la vache enragée puis l'honnête aisance, par la franche gaîté puis la folie furieuse, en divers lieux, dont l'île bretonne du Guesclin (entre Saint-Malo et Cancale), ou le château lotois de Pechrigal (rebaptisé Perdrigal). Annie Butor (elle a épousé un neveu de l'écrivain Michel Butor) livre aujourd'hui seulement ce témoignage poignant mais retenu et documenté, qui emprunte son titre à un vers de La Chanson du Mal-Aimé d'Apollinaire : Comment voulez-vous que j'oublie (Phébus). On y découvre l'une des périodes cruciales de l'artiste Léo Ferré, qui naviguait entre brisures étranges et continuités souterraines dans son processus de création, sur fond d'engagement ou de désengagement politique...


La rupture douloureuse entre Madeleine et Léo Ferré se fait sentir, à la fin de l'archive ci-dessous – qui date de janvier 1969 –, quand l'artiste vante la compagnie des bêtes par opposition à certaines présences humaines... (En octobre de cette même année 1969, Ferré chante Le Chien au cabaret “Le Don Camillo”, à Paris. Madeleine, présente dans la salle sans y être invitée, se sent agressée, monte sur scène et taloche son amant révolu.)


La chanson Pépée, reçue par le public tel un hommage somptueux et troublant à un singe trépassé, sonne comme l'irréductible pomme de discorde entre Madeleine et Léo Ferré. Celui-ci quitte en mars 1968 le château du Lot devenu ménagerie délirante ; celle-la fait abattre les chimpanzés Pépée et Zaza, pensionnaires de cette arche à la dérive. Lui, hurlera aux représailles d'une femme jalouse. Elle, de son côté, plaidera l'inévitable euthanasie d'animaux blessés, abandonnés par un mari fuyard. Pépée est une œuvre vertigineuse, née de la fange des scènes conjugales pour atteindre l'apogée de la romance...


Petite précision : dans le XIIe arrondissement de Paris, les locaux de Mediapart donnent sur un minuscule espace vert récemment créé, doté d'un jardinet, le square... Léo-Ferré.

Annie Butor : Comment voulez-vous que j'oublie... Madeleine et Léo Ferré 1950-1973 (Phébus, préface de Benoîte Groult, 208 p., 17 €)






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J'ai interrogé Annie Butor dans une salle de réunion des éditions Phébus (Paris VIe), sans pouvoir résister au plan que me suggérait l'affichette placardée sur un pan de la bibliothèque du lieu...