live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à dimanche minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, l'Ebook Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Quand Rambaud décoiffait son Monarque

|  Par Antoine Perraud

Patrick Rambaud, Hercule de la plume et stakhanoviste du burin, déboulonne avec pétulance Nicolas Sarkozy, en une sixième estocade : toutes blessent, la dernière tue...

Partage

« Chaque maison que l'on bâtit, écrivait le mythologue Mircea Eliade, c'est imiter une nouvelle fois et, en un certain sens, répéter la création du monde. » Le dézingage de l'écrivain Patrick Rambaud s'avère, de son côté, imitation et répétition du chaos. Or la destruction, comme la construction, connaît son rituel d'achèvement. Nous y voici. Le triste sire – nonobstant « Sautillant Monarque » – Nicolas Ier ayant enfin dégagé, se déploie la sixième et ultime chronique consacrée à son règne par l'historiographe assassin trouvé sur son chemin. Il s'agit d'un Te Deum laïque, d'un Alleluia raisonné, d'un chant de victoire sans illusion pour autant : allegro ma non troppo...

« Y'a pas d'désir de gauche », avait sentencieusement glapi l'hôte de l'Élysée, ne se trompant peut-être qu'à moitié : il fut chassé mais le spleen demeure. Ne saurait en triompher sans coup férir François IV, dont le seul avènement passe malaisément pour panacée...

Son prédécesseur était horripilant et chaque dénomination disqualifiante, dont usent ces annales couvrant l'année scolaire passée (été 2011-été 2012), agit telle une piqûre de rappel : Notre Clinquant (ou Survoltant, ou Décoiffant) Leader, Notre Indéboulonnable Monarque (Fétide est-il osé en une occurrence), Notre Piaffant Tyranneau, Notre Friponnesque Seigneur, devenant, in fine, Notre Fessée Majesté, Notre Prince Lourdé, voire Nicolas-Rien-du-Tout : « Ah ! que c'est dur de n'être plus rien quand on s'est cru presque tout. »


Les riches heures de La Dispute du Trône sont évoquées avec un style sec et palpitant, notamment l'anaphore de M. de Corrèze lors du duel de l'entre-deux-tours sur les fenestrons : « Moi, Souverain de ce Royaume, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien... »

De la bouche du cheval courant en tête, c'était là une allusion au financement des « impériaux » (ainsi l'auteur désigne-t-il les UMPistes), qui replacera tout lecteur de Mediapart en marécage familier... Au fil des pages, bien des séquences défilent, que nous avons documentées.

On trouve même ceci dans Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV : « À Annecy, dans une charcuterie où il serrait des mains, Notre Mutique Souverain, interrogé par un gazetier qui fouinait là-dessus, répondit : “Écoutez, on est en démocratie, on a bien l'droit d'pas répondre aux questions.” » Légère imprécision dans la documentation impeccable de Patrick Rambaud : le gazetier était une gazetière, Valentine Oberti, envoyée spéciale de Mediapart ayant traité chez un traiteur annécien le potentat-candidat, amené à réagir ainsi face aux interrogations insistantes : « Vous avez le droit de les poser, j'ai le droit de ne pas y répondre. »

Étrange conception de la démocratie et de l'information. Mais comme le note M. Rambaud : « Nous entrions dans le temps des outrances. » Et puis : « Notre Abrasif Leader aimait jouer avec les nerfs des autres. »

Partage