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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Édition du matin

Le droit de savoir

|  Par Edwy Plenel

Mediapart n’accuse pas, Mediapart informe. C’est ce que rappelle la vidéo ci-dessus, illustrant l’indépendance de nos révélations. Les polémiques qui les accueillent montrent que cette différence ne va pas de soi pour certains milieux médiatiques. Elle est pourtant au cœur d’une liberté fondamentale : le droit de savoir.

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Mediapart n’accuse pas, Mediapart informe. C’est ce que rappelle la vidéo ci-dessus (ainsi que notre nouvelle campagne d’abonnement), exemples à l’appui illustrant le sérieux, la pertinence et l’indépendance de nos révélations. Les polémiques qui les accueillent parfois montrent que cette différence ne va pas de soi pour certains milieux médiatiques ou politiques. Elle est pourtant au cœur d’un droit démocratique fondamental : le droit de savoir du peuple souverain.

C’est pour le justifier et le défendre, que je publie, à l’occasion de notre cinquième anniversaire, un essai qui porte ce titre : Le Droit de savoir, aux éditions Don Quichotte. Ce livre est en quelque sorte le deuxième manifeste de Mediapart, après Combat pour une presse libre, paru chez Galaade en 2009. Il s’adresse à tous ceux que le journalisme intrigue et que la démocratie concerne. C’est celui d’un citoyen qui fait profession de journaliste. Et d’un journaliste qui fait ce métier en citoyen. Son propos est d’expliquer, le plus clairement et le plus pédagogiquement possible, les enjeux politiques d’une pratique professionnelle.

À quoi sert le journalisme ? Quelle est sa raison d’être ? D’où vient sa légitimité ? Quelle est sa mission démocratique ? Où se situe sa responsabilité sociale ? Pourquoi ses informations peuvent-elles déranger ? En quoi sa crise actuelle concerne-t-elle tous les citoyens ? Mais aussi pourquoi le journalisme d’investigation fait-il l’objet de tant de polémiques ? Quels débats recouvrent les mots de transparence ou de vérité employés à son propos ? Jusqu’où ses curiosités sont-elles légitimes ? Quels secrets doit-il respecter ? Et que veut dire être indépendant pour un journaliste ? Etc.

Autant de questions auxquelles j’ai tenté de répondre dans cette contribution au débat sur le journalisme, la presse et la démocratie à l’époque de la révolution numérique. Autant de réponses qui, loin d’être définitives, appelleront d’autres questions tant la discussion mérite d’être approfondie et élargie. Mais j’aurai atteint mon but si, en refermant ce livre, ses lecteurs se disent que la liberté de la presse, quel que soit son support, imprimé ou numérique, loin d’être un privilège des journalistes, est un droit des citoyens.

Votre droit. À toutes et tous, qui que vous soyez, quels que soient votre travail, votre condition, votre origine, votre situation, votre profession, votre génération. Oui, toutes et tous, sans aucun privilège de naissance, de fortune ou de diplôme. Vous, le peuple souverain. Car, pour agir en citoyen, j’ai besoin de savoir. Savoir ce qui se dit, se fait, se trame, se décide, s’organise, au nom du peuple souverain ou sous couvert du peuple souverain. S’agissant des affaires publiques, la publicité doit donc être la règle et le secret l’exception. Rendre public ce qui est d’intérêt public est toujours légitime. Et cet intérêt public recouvre tout ce qui participe à la vie démocratique, au débat d’opinion et aux discussions partisanes concernant le bien commun.

Par trop convaincue d’une exceptionnalité universelle que, hélas, elle oublie, bien souvent, de mériter, la France ignore, par exemple, que la première loi et la plus exemplaire sur la liberté de la presse fut suédoise et remonte à 1766. Ne se contentant pas de proclamer la liberté de ceux qui font profession d’informer sur les faits ou d’exprimer des opinions, elle instituait déjà le droit pour chacun de consulter et de publier tout acte et mémoire administratif détenu par les autorités. Ainsi, en Suède, le droit d’accès aux documents administratifs et, donc, le droit de savoir des citoyens font partie des principes constitutionnels les plus anciens, inspirés par une philosophie des Lumières dont nous sommes, en France, devenus des disciples oublieux, ingrats et imparfaits.

« La meilleure forme de gouvernement, c’est celle qui comporte le moins de secrets derrière lesquels la malveillance et la méchanceté des hommes peuvent se cacher, affirmait le principal inspirateur de la loi suédoise de 1766. Dans des régimes despotiques, tout est secret. Le fonctionnaire est responsable uniquement devant le despote. Cela n’est pas le cas dans les gouvernements libres. » Il se nommait Anders Nordencrantz (1697-1772) et était un grand lecteur de Montesquieu, lequel avait ramassé, dans une formule passée à la postérité, l’obligation en démocratie d’équilibrer, contraindre et limiter les pouvoirs qui s’y déploient : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Le droit de savoir est ce pouvoir de tous qui, par la publicité sur les affaires publiques, arrête l’abus de pouvoir.

Le Droit de savoir (180 p., 14 euros) est disponible dans toutes les bonnes librairies.

Vous pouvez l’acheter en ligne ici, via la bibliothèque de Mediapart

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