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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

«Joseph Anton», pour redonner vie à Salman Rushdie

|  Par Christine Marcandier

En 1989, un livre, son livre, lui a volé une partie de sa vie. Refusant d’être réduit à n’être que l’auteur condamné à mort par une fatwa des Versets sataniques, Salman Rushdie entend récupérer ce qui lui appartient, son nom. Et quel meilleur moyen pour un écrivain qu’un nouveau livre, une autobiographie ? Avec extrait PDF du livre

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« Le monde explosait autour de lui » : on est en 1989, l’année de la chute du mur de Berlin, de la libération de Nelson Mandela, des émeutes de la place Tien’anmen, et, le 14 février, de la fatwa que l’ayatollah Khomeini lança contre un écrivain, Salman Rushdie, et un livre, Les Versets sataniques. « Le fond de sa pensée était : je suis un homme mort. » Toute la vie de Salman Rushdie se recompose à partir de cette date qui ouvre Joseph Anton, lui imposant une relecture de sa propre vie.

Joseph Anton tient des Mémoires d’outre-tombe comme des Confessions : parler depuis la mort dont on l’a menacé – avec ce paradoxe qu’il souligne : on passe normalement sa vie à attendre que quelque chose advienne ; lui espérait que quelque chose ne se produise pas – et dire la vérité, toute sa vérité sur ces années de combat mais aussi de honte. Dire comment tout a commencé pour lui mais aussi pour le monde, en 1989, « comment le petit nuage de cette attaque sur un livre précis a grossi au point de devenir, peut-être, le récit central de notre époque, cette montée de l'islamisme radical ».

Près de 25 ans plus tard, avec le souvenir pour « seule arme », Salman Rushdie est face à nous, pour parler de Joseph Anton, mémoires d’une vie de clandestinité, souvenirs d'une existence soumise à la dictature du présent. Son ami l’écrivain Martin Amis en souligna le paradoxe d’une formule saisissante, « disant qu’il "avait disparu à la une" ». Une vie qui lui a échappé, tant elle fut prise entre des prisons multiples : celle, évidente, que faisait planer la fatwa, cette mise à mort à laquelle Rushdie refuse la qualification de "condamnation", puisqu’il n’y eut jamais de procès, aucune justice. Mais aussi celle de la presse, puisque soudain sa moindre parole publique est scrutée, décortiquée. Les tabloïds le condamnent à leur tour : sa protection policière coûterait si cher aux contribuables anglais, la menace est-elle même réelle ou le délire d'un écrivain mythomane ? Salman Rushdie insiste sur ce « double combat » pour recouvrer sa liberté et « l’un ne fut pas plus facile que l’autre »

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