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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

La Maison de l'histoire de France aux oubliettes

|  Par Antoine Perraud

La Maison de l'histoire de France passe à la trappe, officiellement en raison du coût du projet (plus de 80 millions d'euros). Le pouvoir perd encore une occasion de (faire) s'exprimer. Comme si le droit d'inventaire du sarkozysme allait rallumer un débat, craint en haut lieu comme une guerre civile...

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La crise a bon dos. La liquidation de la Maison de l’histoire de France procède officiellement de raisons comptables. Aurélie Filippetti, ministre de la culture, lâchait sa sentence au mois d’août sur France Inter : « Projet extrêmement coûteux » (80 millions d’euros auxquels s’ajoutaient 7 millions déjà dépensés pour l’avant-projet, selon Mme Filippetti). Quatre mois plus tard, l’acte de décès paraît au Journal officiel : « Décret du 24 décembre 2012 portant dissolution de la Maison de l’histoire de France.» Son premier article stipule : « L'établissement public Maison de l'histoire de France est dissous. Les biens, droits et obligations de cet établissement sont transférés à l'État. »

Là encore, en notre vie publique depuis l’élection de François Hollande, l’arrangement supplante le débat. L’échange de vues n’est pas souhaité, qui révélerait, une fois de plus, que la ligne de fracture divise l’actuelle majorité entre les Parques et les Hercules : d’un côté la gauche de gestion, apte aux raccommodements, de l’autre côté la gauche de rupture, altérée de travaux audacieux.

Les Parques mènent la danse dans le champ primordial de l’économie (humiliation de l’Hercule Montebourg), il fallait donc une revanche symbolique – mais pas trop voyante ! – de l’aile progressiste en souffrance : la culture s’avérait le domaine idoine et la Maison de l’histoire de France l’échappatoire désigné.

Mediapart avait suivi (avec une attention particulière dont témoigne le cartouche “lire aussi”), depuis son lancement  à l’automne 2010, cette histoire de Maison, qui symbolisait la politique – réduite à une fringale clivante – du président Sarkozy. Tout y était : la malice du politicien chevronné braconnant sur les terres du FN avec l'appeau de “l'identité nationale”, et la nigauderie du néophyte à peine instruit par Max Gallo. D'où un projet enfantin et archaïque : la Maison de l'histoire de France, aux mœurs de coucou, allant d'emblée nicher dans l'un des plus beaux quadrilatères de la capitale, l'hôtel de Soubise dévolu aux Archives nationales. L’ouverture au public était prévue en 2015. Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture, avait perdu le peu de crédit qui lui restât en se faisant le perroquet du président.

L’élection de François Hollande allait-elle changer la donne ? Au printemps dernier, en dépit du changement au sommet de l’État, la directrice de l’établissement public autonome créé en janvier pour lancer le projet, Maryvonne de Saint Pulgent, pensait pouvoir sauver les meubles. Son conseil d’administration comptait Régis Debray, grandiose caution de gauche parvenant à faire oublier l’ombre de Patrick Buisson, Jiminy Cricket de Sarkozy en la matière comme en tant d’autres. Quant au comité d’orientation scientifique présidé par Jean-Pierre Rioux, dans lequel se lovaient finalement davantage de consciences de gauche – dont Benjamin Stora et Pascal Ory – que de droite, il jouait sont rôle de Parque responsable : « souplesse » devenait le maître-mot.

Droite civilisé et gauche responsable, main dans la main, rappelaient alors que François Hollande, dans son livre paru à l’été 2011, Le Rêve français (Ed. Privat), manifestait un enthousiasme prudent pour une Maison d'histoire « en » France. Ce flou sémantique annonçait donc à leurs yeux un élargissement, capable d'extraire ce projet de l'ornière du roman national sarkozien : « La souplesse d'une institution judicieusement transformée s'adaptera parfaitement à la demande sociale », nous glissait ainsi Pascal Ory à la fin du mois de mai 2012...

En face, la gauche de divergence, de dissension et de dissonance – la gauche, quoi ! –, embouchait la trompette du jugement dernier. Ainsi en alla-t-il du collègue en Sorbonne de Pascal Ory, Nicolas Offenstadt, en septembre dernier dans Mediapart : « M. Rioux et ses pairs complices du projet nationaliste-chauvin de Sarkozy fusillait une institution issue de la Révolution française, les Archives nationales. Sans hésiter le moins de monde et en faisant partie du peloton d’exécution (…) Le projet réactionnaire de la Maison de l’histoire de France a eu contre lui l’immense majorité des historiens, des intellectuels, des syndicalistes, des citoyens et des personnels des Archives de France avec leur intersyndicale. »

L’actuel gouvernement socialiste, qui semble craindre la confrontation d’idées comme une guerre civile, a mis fin à la chose sans possibilité d’inventaire, en catimini, toujours au nom du sens de la mesure et de l’esprit de réconciliation, seuls capables, selon nos actuels dirigeants, de permettre au pays de franchir sans encombre le cap de la crise.

Pratiquer le non-dit, cacher systématiquement ce qui fâche sous le tapis, escamoter les désaccords, ne surtout pas réfléchir sur ce qui divise : est-ce favoriser l’union qui ferait la force ? N’est-ce pas plutôt susciter une mésintelligence générale, grosse de désintégrations futures ?

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Dans les colonnes de Mediapart, parmi d'autres abonnés, il en est deux qui ont suivi avec précision, compétence et engagement l'affaire de la Maison de l'histoire de France. Sur son blog, Isabelle Neuschwander, ancienne directrices des Archives de France, limogée du fait de son hostilité au projet (alors remplacée par Agnès Magnien) :
http://blogs.mediapart.fr/blog/isabelle-neuschwander

Dans l'édition participative “usages et mésusages de l'histoire”, Nicolas Hoffenstadt :
http://blogs.mediapart.fr/edition/usages-et-mesusages-de-l-histoire