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Sam. 25 Mai

Pourquoi le PS n'arrive pas à penser le libéralisme

Une longue tradition libérale socialiste

C'est donc dans ce contexte politique précis, marqué par la nouvelle donne internationale résultant de l'effondrement du bloc de l'Est et l'accélération de la financiarisation d'un capitalisme plus que jamais mondialisé, marqué aussi par l'apparition de luttes pour des causes minoritaires hors des partis politiques, qu'une toute petite partie de la gauche prend conscience qu'elle a eu le tort d'abandonner, peu à peu, depuis les années 80, le libéralisme à une droite non plus conservatrice mais désormais porteuse d'un ambitieux projet de transformation économique et sociale.

Historiquement pourtant, la gauche pouvait se prévaloir d'une certaine tradition libérale, au point que le libéralisme doit même être considéré comme l'un des principes identitaires d'un certain socialisme français.

 

C'est ce que montre admirablement Serge Audier dans son récent livre sur La Pensée anti 68. Remettant en cause l'idée reçue d'une éclipse du libéralisme en France entre les années 30 et 80, il rappelle, par exemple, l'extraordinaire variété de socialismes libéraux défendus par l'humaniste Albert Camus, le catholique Jean Lacroix (qui fut le professeur de Louis Althusser), le juriste Maurice Hauriou, le socialiste André Philip, le libertaire autogestionnaire Daniel Guérin ou encore le philosophe Maurice Merleau-Ponty, qui, dès les années 1950, théorise dans Les Aventures de la dialectique un « nouveau libéralisme », « ouvert aux luttes sociales et à la transformation du libéralisme ».

 

Serge Audier tire également de l'oubli les travaux de deux économistes : Louis Baudin qui, en 1954 avec L'Aube d'un nouveau libéralisme, s'inscrit dans le sillage de Jaurès et Blum, et appelle à une synthèse entre libéralisme et socialisme. Et François Bilger, dont Michel Foucault se servira beaucoup, qui fit connaître en France, toujours dans les années 50, le courant allemand de « l'économie sociale de marché » et en particulier son chef de file Röpke, un libéral qui a « toujours développé une critique radicale des impasses de ce qu'a été l'histoire du capitalisme : gigantisme, consumérisme, amoralisme, etc. ».

C'est pourtant la très grande méconnaissance de cette riche tradition qui sautait aux yeux lors du débat autour du référendum sur le TCE. Le clivage interne au parti socialiste n'ayant même pas permis une clarification attendue depuis si longtemps sur cette question du libéralisme – ce qui rend aujourd'hui encore possible les échanges de pur démarquage tactique et vides de sens entre Delanoë et Royal.

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