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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Dernière édition

Raymond Depardon chambre l’identité nationale

|  Par Sylvain Bourmeau

Durant six ans, Raymond Depardon a sillonné la France en fourgonnette, équipé d'une chambre photographique de grand format. Le résultat vif et saisissant de cette enquête couleur est montré à la BNF jusqu'au 9 janvier. A l'occasion de cette exposition, le photographe et réalisateur nous a accordé un long entretien vidéo en cinq parties dont voici les trois premières.

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En 2004, Raymond Depardon s'est acheté un camion, un utilitaire blanc comme il en circule tant sur les départementales. Il l'a transformé en discret camping-car et six ans durant, au volant, il a sillonné ces mêmes départementales. Deux chambres pour un tour de France: l'une de fortune aménagée dans ce fourgon Trigano passe-partout, l'autre photographique de format 20×25 et de marque RH Philipps, fabriquée artisanalement à Chicago. Loin de répondre cette fois à une quelconque commande, comme ce fut le cas lorsqu'il participa dans les années 80 à la mission photo de la Datar, Raymond Depardon s'est lancé seul dans un immense projet personnel : montrer la France, sa France, celle qu'il aura traversée à l'issue d'un périple dont la trajectoire évite volontairement la campagne trop profonde qu'il a déjà beaucoup montrée ainsi que les centres-villes qui se ressemblent tous, avec leurs rues piétonnes. 

© R. Depardon

Une infime mais dense partie du produit de ce travail est présentée depuis ce jeudi matin à la Bibliothèque nationale de France : une trentaine de clichés très grands formats dont les couleurs et l'incroyable lumière traverseront tout l'automne et une partie de l'hiver, jusqu'au 9 janvier. Depardon donne à voir la « France moche », comme titrait Télérama voici quelques mois en Une à propos d'un reportage sur les entrées de ville. Une France moche qu'à sa manière empathique habituelle, Depardon ne trouve pas moche du tout, ni belle d'ailleurs. D'où l'idée de la montrer en couleurs, pour éviter tout dérive esthétisante et restituer l'un des enseignements majeurs de cette promenade documentaire : la montée en puissance des teintes vives, du rouge plus particulièrement qui gagne même le sud de la France.

© R. Depardon

Face à la carte Michelin griffonnée exposée dans la petite salle attenante à la grande et consacrée aux prémisses et aux coulisses de cette extraordinaire enquête, l'évidence s'impose : l'exposition de Raymond Depardon résonne étrangement avec le roman que Michel Houellebecq vient de publier. Ces deux démarches d'artistes sont, à ce jour, les contributions les plus stimulantes au débat sur l'identité nationale, un débat qu'elles récusent dans le même mouvement, chacun donnant à voir dans les choix subjectifs de ses modes d'objectivation une France réellement réelle, comme jamais aucun ministère ne pourra prétendre le faire, ni même y inviter.

Pour Mediapart, il explique sa démarche et les enseignements de cette enquête dans un long entretien vidéo en cinq parties.

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C'est en 1995 que nous nous sommes rencontrés la première fois avec Raymond Depardon. Je l'avais appelé pour lui demander s'il voulait bien faire le portrait de Michel Rocard pour la Une de l'un des premiers numéros des Inrockuptibles hebdomadaire. Nous étions entre les deux tours d'une élection présidentielle et nous avions décidé de publier cet entretien fleuve en titrant sur ce qui nous paraissait, à Christian Fevret et moi, la véritable information du moment : Michel Rocard ne sera pas président. Raymond Depardon avait passé un après-midi entier avec l'ex-premier ministre, pluvieux, sur les marches du Trocadéro pour une mémorable session en trench-coat. A chaque fois que nous nous revoyons depuis, nous ne manquons jamais d'évoquer en complicité ce souvenir commun.