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Sam.23 août 201423/08/2014 Édition du matin

Discours sur l'économie et le déficit

|  Maison de l'Amérique latine, Paris

Après la réunion d'économistes à la Maison de l'Amérique latine à Paris, François Hollande a tenu une conférence de presse lors de laquelle il a développé sa vision des enjeux économiques pour l'Europe.

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Merci d’avoir répondu à notre invitation. J’avais au cours du mois d’aout réuni les économistes pour évoquer la crise. J’ai aujourd’hui décidé de réunir la plupart de ces mêmes économistes pour parler toujours de la crise.


Notre analyse

A propos de cette réunion des économistes organisée par François Hollande, lire ou relire notre «Enquête sur ces économistes engagés dans la primaire PS».


Dès lors que, depuis quatre ans, en août 2007, la crise a éclaté et qu’elle s’est intensifiée, approfondie, installée dans la zone Euro ; nous devons, nous canddidats à l’élection présidentielle, que l’un soit ou pouvoir et les autres dans l’opposition –pour le moment-, donner à la fois notre jugement sur la manière dont la politique a été conduite depuis 4 ans, à tous niveaux, et dire aussi nos choix sur ce qu’elle pourrait être pour que durablement, le monde, l’Europe et la France puissent trouver une issue.

Je vais donc, devant vous, évoquer 3 sujets, et ensuite répondre à vos questions. La première question et le premier sujet, c’est de savoir si le G20 qui s’est réuni à Cannes a été une réussite ou un échec. Posez d’ailleurs la question parait même incongru, tant il est apparu –et je vais en donner confirmation- que le G20 de Cannes a été un échec. Certes la crise de la zone Euro s’y est invitée. Surement, l’initiative du premier ministre Papandréou a bousculé l’ordonnancement. Il n’empêche que les objectifs qui avaient été posés par le président en exercice du G20, c’est à dire Nicolas Sarkozy, ces objectifs étaient si nombreux qu’aucun n’a été atteint.

Que ce soit dans la régulation financière, où les paradis fiscaux ont été cités, dénoncés sans que la moindre sanction n’ait été imposée. Sur ce qu’on appelle les hedge funds, c'est-à-dire cette finance de l’ombre qui est pour beaucoup responsable de la déstabilisation actuelle des marchés ; si l’on songe que la moitié de la finance américaine est constituée par ce type de mécanismes, d’institutions : rien de consistant n’a été décidé pour maitriser cette finance de l’ombre. Rien non plus sur le contrôle des produits dérivés. Pas davantage de progrès sur l’agence de notation Européenne qui aurait dû faire contrepoids aux agences de notation privées . Mais si je prends le domaine du système monétaire international, qui avait là encore été évoqué par le président du G20, il n’y a eu aucune concession faite par la Chine sur la valeur de sa monnaie et sur sa prochaine convertibilité. Troisième niveau, la stabilité des matières premières. Aucun mécanisme d’intervention n’a été installé. Pas davantage la moindre régulation. Nous aurons donc la poursuite de la volatilité des cours des matières premières. Enfin, la fameuse taxe sur les transactions financières, qui a été l’objet de discussions au sein du G20 et notamment de l’interview des deux présidents américain et français. Ma connaissance de la langue anglaise m’a permis néanmoins de comprendre qu’il y avait une vraie divergence entre les deux. L’un, Nicolas Sarkozy, parlait d’une taxe sur les transactions financières. L’autre d’une taxe sur les établissements financiers, ce qui est tout à fait différent. Donc il n’y a pas eu là encore de consensus, pas davantage de date, pas davantage de procédure ou d’instruments pour aller vers une taxation de la spéculation. Et surtout, sur ce qui intéresse le plus les citoyens, la croissance, l’activité, l’emploi. Il n’y a pas eu de politique concertée, coordonnée à l’échelle du monde, entre les zones excédentaires et les zones déficitaires pour qu’il y ait la moindre action d’envergure permettant de rechercher la croissance dans les pays qui sont les plus touchés et affectés par la crise.

Si je veux résumer mon point de vue sur le premier thème : en définitive, c’est un G20 impuissant qui a été en plus engourdi par la crise de l’Euro. C’est surement l’épuisement d’une formule, celle du G20, qui pourtant n’est pas vieille, et c’est aussi la confirmation des limites de la méthode de Nicolas Sarkozy. En cette matière comme en toute autre, les proclamations ne peuvent pas valoir politique, les déclarations ne se transforment pas par miracle en actes, les dénonciations ne vont pas jusqu’aux sanctions . Je vous invite à relire le discours de Toulon, qu’il avait prononcé sur la régulation du capitalisme financier. Si je puis dire, il n’a rien perdu de son actualité. Et c’est finalement la critique la plus implacable que je puis lui délivrer. Avec Nicolas Sarkozy, rien ne perd de son actualité puisque tout reste immuable, y compris sa parole, dès lors qu’elle ne se traduit pas en actes.

Quels seraient les choix que le prochain président devrait faire pour donner une nouvelle impulsion à la régulation mondiale dans les différents domaines que j’ai évoqués ?

Le premier acte serait de réglementer les produits financiers dérivés. Ils ne devraient être autorisés que pour les seules couvertures des besoins réels des agents économiques. Les produits dérivés ont une justification lorsqu’ils permettent de donner une couverture par rapport à un risque : risque de change, risque de volatilité de matières premières. Mais lorsqu’ils sont l’objet même d’une spéculation, le but même d’une opération financière, alors ils ne doivent plus être retenus. Il n’y a pas besoin d’attendre que cette règle soit fixée à l’échelle d’un pays, d’un continent ou du monde. Il est possible pour une nation de définir déjà des instruments de régulation financière.

Deuxième proposition, la transparence sur les transactions financières, c'est-à-dire établir une liste noire des hedge funds, et d’interdire aux banques Françaises de financer ce type de fonds extérieurs. Le paradoxe, c’est que ces hedge funds déstabilisent les banques qui elles mêmes les financent. Donc le principe que je poserai, c’est qu’aucune banque ne doit être en relation avec un fonds qui n’est pas sur un marché organisé. La deuxième règle, qui va dans le même sens, c’est qu’aucune banque ne devrait pouvoir travailler avec un pays qui abrite un paradis fiscal. Dès lors, aucune banque française ne pourrait entretenir quelque relation que ce soit avec des établissements installés dans des paradis fiscaux.

Ma troisième proposition c’est la taxe sur les transactions financières. Le calendrier qui a été évoqué, je ne parle pas du G20, mais au niveau de l’Union Européenne et encore pas nécessairement dans tous les pays de la zone euro: le président a parlé de fin 2012, pour ne pas dire fin 2013. Ce sera pour ce qui me concerne le plus tôt possible que cette taxe devra être instaurée dans tous les pays qui le voudront. Il n’est nul besoin d’attendre que tous les pays de la zone euro en décident.

Ma quatrième proposition est d’agir sur la réforme du système monétaire international. Nous devons nous Européens instaurer un rapport de force avec la Chine pour lier la politique commerciale et la politique monétaire. Il n’est pas possible d’avoir un partenaire commercial qui réalise 170 milliards d’excédents sur les échanges avec l’Europe et qui n’introduit pas la convertibilité de sa monnaie.

Je termine sur la question de la gouvernance mondiale en évoquant les instances de régulation elles-mêmes. Le G7 devenu le G8 devrait être entièrement consacré à la régulation financière puisque ce sont les pays qui sont justement affectés par la spéculation. Le G20 devrait être une instance qui règle les questions des déséquilibres commerciaux et donc de la croissance à l’échelle du monde. Le FMI devrait avoir la responsabilité de la réforme du système monétaire international et surement devrait-il y avoir une instance politique qui prenne en charge la question monétaire, la question commerciale et la question financière et qui serait le réceptacle de tout ce qui aurait été décidé dans les autres instances. Nous en somme loin.

J’en reviens à Cannes où il n’a même pas été possible d’institutionnaliser un secrétariat permanent du G20, ce qui était une proposition française et britannique. Voilà pourquoi je suis sévère, non pas seulement à l’égard de N. Sarkozy, qui en était le président mais sévère par rapport à la méthode qui a conduit finalement la plupart des pays les plus riches du monde à ne pas véritablement, depuis 4 ans, alors que des progrès avaient été réalisés lors des premiers sommets et notamment à Washington et à Londres, de ne pas avoir donné une régulation au monde et une gouvernance mondiale.

Le deuxième sujet que je voulais aborder avec vous, la deuxième question que je voulais poser, c’est : est-ce que la crise de la zone Euro est finie ? La réponse, hélas, est non. D’abord la Grèce est toujours affectée par une instabilité politique. Je souhaite qu’elle se termine le plus rapidement possible. Mais il n’empêche : cela fait 18 mois, c'est-à-dire depuis mars 2010, que la question grecque est posée à la zone Euro. Et cela fait 18 mois que, faute d’une action forte et anticipée, les dirigeants de la zone euro se sont mis dans une position de faiblesse. Cela explique qu’après moult réunions du Conseil Européen, il n’a toujours pas la capacité suffisante pour intervenir sur les marchés et casser la spéculation, et à la Grèce s’ajoutent aujourd’hui d’autres pays qui peuvent être demain vulnérables ; Parmi ces pays il y a déjà l’Italie. Aujourd’hui, le taux d’intérêt des emprunts d’Etat italiens dépassent 7%. Des décisions positives seront surement prises dans les jours qui viennent à Rome, mais il n’empêche : s’il devait y avoir une spéculation sur l’Italie, le fond de stabilité financière n’est pas aujourd’hui en mesure d’y faire face. Cela en dit long sur les insuffisances qui ont pu être celles des dirigeants de la zone Euro par rapport à la crise qui la frappe.

Je considère que l’Europe reste menacée par l’hypothèse d’une crise financière de grande ampleur. Elle est également menacée par une austérité qui gagnerait l’ensemble des pays de la zone Euro et notamment des pays d’Europe du Sud, qui affaiblirait la croissance et rendrait encore plus difficiles l’accomplissement d’objectifs sur la réduction du déficit et de la dette. Là encore, le jugement que je veux porter sur la manière avec laquelle Nicolas Sarkozy a abordé cette crise de la zone Euro depuis 18mois, c’est qu’il a affirmé au départ des positions dont, à la fin, aucune n’a été tenue. Il se refusait à amputer les créances privées des banques. En définitive, 50% seront considérées comme impossible à rembourser. Il souhaitait qu’il y ait un fonds de stabilité financière adossé à la BCE, ce qui est une bonne proposition. Il n’en est rien resté à l’arrivée. Il y avait aussi le souhait qu’il puisse avoir un soutien de l’activité. Sans que le mot emprunt européen n’ait jamais été prononcé, il n’empêche que le souhait de la France était d’aller vers une UE pouvant disposer d’une capacité d’emprunt.

Je considère donc que ce sont les positions allemandes qui se sont imposées au fur et à mesure de ces 18 mois. Et aujourd’hui c’est l’Allemagne qui fixe l’agenda, qui fixe la procédure et qui fixe le règlement. Je ne dis pas que l’Allemagne n’a pas des positions qui méritent d’être entendues, mais je constate que c’est elle qui a fait prévaloir son point de vue. Et aujourd’hui, je considère que la crise ne peut pas être véritablement surmontée parce que le fonds de stabilité financière n’est pas suffisamment doté pour faire face à une nouvelle crise financière.

François Hollande candidat du Parti socialiste (PS)

Né le 12 août 1954 à Rouen, diplômé de Sciences Po puis de l'Ena, où il rencontre Ségolène Royal qui deviendra sa compagne avant leur séparation en 2007, François Hollande commence sa carrière poli