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Pour Jean-Claude Trichet, la cause est entendue : nous ne sommes pas à la veille de 1929 mais au lendemain de 1974. La menace qui pèse sur la croissance mondiale, ce n'est pas la plongée dans la déflation mais le retour de la Grande Inflation, à l'origine des années de longues vaches maigres et du chômage de masse qui ont miné les économies industrialisées après le premier choc pétrolier. Menace qui se matérialisera «si nous ne faisons pas notre travail».
Quand Jean-Claude Trichet reçoit Mediapart vendredi 30 mai, dans son bureau au 35e étage d'une tour anonyme au centre de Francfort, la plus jeune des grandes banques centrales se prépare à célébrer le 2 juin son 10e anniversaire. A la cafétéria du 2e étage, un orchestre rock répète pour les journées «Portes ouvertes» du week-end.
Lundi, le «Tout Europe» se retrouvera au Alte Oper de Francfort pour un mélange de discours officiels et de musique classique, franco-allemande évidemment. Au programme, entre Haendel et Schumann, les «Nuits d'été» d'Hector Berlioz («Que mon sort est amer...»).
Pour la BCE cependant, ce 10e anniversaire ne devrait-il pas être un moment de «Schadenfreude» ? Aux Etats-Unis, les éditorialistes du Wall Street Journal, très critiques vis-à-vis de «leur» Réserve fédérale, ne tarissent pas d'éloges sur la manière dont Trichet et ses collègues du directoire et du conseil des gouverneurs ont géré la crise financière depuis le 9 août 2007.
«Non, je ne dirais pas cela du tout, répond le président de la BCE. Nous avons montré que nous avions fait une analyse correcte de la situation, que nous étions bien équipés pour répondre à des situations nouvelles très exigeantes, peut-être même au début mieux que d'autres, ce qui est évidemment surprenant pour une institution très jeune. Et nous avons prouvé que nous étions capables de décider rapidement.»
Quand la Réserve fédérale, en dépit du dérapage inflationniste, abaisse à sept reprises le taux des fonds fédéraux (de 5,75 à 2%), la BCE ne bronche pas et établit un «découplage» entre la gestion de la liquidité et celle de la politique monétaire.
«Je ne sais pas si c'est une innovation car nous étions dans la continuité de notre réflexion stratégique», estime le président de la BCE.
«Nos décisions sur les taux d'intérêt sont prises en fonction de notre objectif premier qui est la stabilité de prix à moyen terme. Une fois que nous avons fixé les taux d'intérêt, nous sommes attentifs à ce que le marché monétaire respecte les taux que nous avons fixés. Et nous avons montré autant de détermination sur la ligne stratégique que de promptitude pour intervenir sur les marchés monétaires afin que les taux les plus courts restent proches du taux d'intérêt que nous avons décidé», explique Jean-Claude Trichet.

