Olivier Blanchard, qui quittera le 1er septembre sa chaire de macroéconomie au prestigieux MIT de Boston pour devenir l'économiste en chef du Fonds monétaire international, l'avoue bien volontiers : il y a un an à peine, il ignorait à peu près tout de la liquidité. La crise financière a imposé, à lui comme à tant d'autres, un cours intensif de rattrapage. Les banques et autres institutions financières ont redécouvert brutalement que la liquidité était comme l'air que l'on respire: qu'elle vienne à manquer et la mort s'ensuit à bref délai.
Cette redécouverte s'est produite très précisément le 9 août, quand un vague sentiment d'inquiétude venu d'un recoin obscur du marché hypothécaire américain se mue en tsunami de défiance dans les relations quotidiennes entre grandes banques : le marché interbancaire est victime d'une thrombose, contraignant la Banque centrale européenne (BCE), qui réagit la première, à injecter des centaines de milliards d'euros de cette précieuse liquidité pour soulager des établissements financiers menacés d'asphyxie.
Depuis, la BCE et les autres principales banques centrales, dont la Réserve fédérale des Etats-Unis, ont renouvelé ces injections, sans être parvenues à ce jour, près d'un an plus tard, à restaurer un fonctionnement normal du marché interbancaire. Et de très nombreux travaux ont été lancés pour élucider les mécanismes de transmission d'une crise de liquidité. «Les marchés interbancaires sont très importants et très peu étudiés», constatait le professeur Franklin Allen, de l'Université de Pennsylvanie, lors du séminaire organisé récemment à Paris par la Banque de France, en collaboration avec l'Ecole d'économie de Toulouse.
Dans cette réunion d'économistes de haut niveau, la question fût logiquement posée : si la liquidité financière, au même titre que la qualité de l'air ou l'eau potable est un bien public, ne faudrait-il pas que la puissance publique garantisse qu'elle ne vienne jamais à manquer ?
D'abord le diagnostic, ensuite les remèdes.

