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Mediapart
Lun.24 novembre 201424/11/2014 Édition de la mi-journée

Daniel Bouton: mes leçons de la fraude et de la crise financière

|  Par Jordan Pouille et Philippe Riès

Dans un entretien exclusif à Mediapart, le président de la Société générale s'explique. Sur l'affaire Jérôme Kerviel et sur la perte de près de cinq milliards d'euros. Daniel Bouton admet que le monde politique et l'opinion publique aient eu du mal à comprendre les explications de la banque. Il s'explique sur les failles des dispositifs de contrôle et parle de l'avenir de la SocGen, sur fond de crise financière.

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Alors que l'enquête judiciaire se poursuit, l'affaire Kerviel a déjà provoqué une réorganisation de l'état-major de la Société générale. Le pouvoir exécutif est passé au nouveau directeur général, Frédéric Oudéa. Daniel Bouton présidera le conseil d'administration. Dans un entretien exclusif à Mediapart, il revient sur cette crise.

 

Daniel Bouton dit ne pas regretter d'avoir mis sur la table toutes les informations disponibles, même si les graves dysfonctionnements révélés par les rapports détaillés ont alimenté la colère des petits actionnaires (lire sous l'onglet Prolonger). La Société générale ne changera pas de modèle, assure-t-il ensuite, même si les activités de marché gagneront moins d'argent. Crise financière oblige. Pour Daniel Bouton, celle-ci n'est pas terminée.

 

L'affaire Kerviel éclate en janvier 2008, alors que les marchés financiers sont pris dans les turbulences de la crise des «subprime». Qu'elle frappe le leader mondial des dérivés actions peut apparaître comme la sanction d'un excès de confiance, comme on a connu avant cela d'autres corrections majeures. Le président de la Société générale réfute cette invocation d'un climat qui aurait favorisé cette «catastrophe industrielle».
D'abord, «la fraude est découverte à un moment où la liquidité et plus généralement les marchés traversent des circonstances difficiles depuis des mois». Ensuite, «l'activité d'arbitrages sur warrant, qui était le métier officiel du trader, était en principe une activité simple, à volume important et à risque de marché faible», explique-t-il. Il s'agissait néanmoins d'une activité en compte propre, où la banque engage ses propres capitaux, et non pas d'un service rendu au client. Comment peut-on dès lors justifier cette prise de risque ?
Selon Daniel Bouton, «une fraude de ce type peut intervenir dans un desk qui ne ferait pas de "proprietary trading", puisque le fraudeur a monté des positions dissimulées. Les activités en compte propre, cela représente 30% des revenus des activités de marché de la Société générale dans sa partie Banque de financement et d'investissement. BFI que nous avons réduite en dix ans, en termes d'allocation des fonds propres, d'un peu moins de 45% à un peu moins de 30%. Ces activités existeront aussi longtemps qu'il y aura des banques, puisque le simple fait d'avoir de la trésorerie génère des activités pour compte propre».
Ce sont les revenus de la BFI qui ont très largement financé la marche vers l'Est de la Société générale depuis une décennie, rappelle-t-il. «Nous avons utilisé les profits de la BFI provenant notamment des activités de trading pour financer le développement des activités classiques commerciales, de banque universelle, de banque de détail. Dans une certaine mesure, les développements que la Société générale a menés depuis dix ans en Roumanie, en République tchèque, en Bulgarie, en Russie ou dans le crédit à la consommation ont été financés par les profits réalisés dans les activités de trading. »
Force est de constater que le message a du mal à passer. A l'assemblée générale du 27 mai, les actionnaires et les salariés actionnaires, en termes vigoureux, ont accusé la direction d'avoir transformé la Société générale en casino.

 

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«C'est tout simplement faux. Nous avons du mal à l'expliquer cela, c'est exact, mais je répète qu'il n'est absolument pas dans le métier de la Société générale, ni dans le métier d'une autre banque, de prendre une position directionnelle, sur un marché de taux d'intérêt, de changes ou d'actions, portant sur des dizaines de milliards. Dans les activités d'arbitrage au contraire, le risque de marché pris est extrêmement faible. Tous les professionnels partagent notre analyse.

 

«Il n'y a pas de doute que, sur les marchés, la confiance dans la Société générale se serait effondrée si on avait sérieusement cru qu'il s'agissait d'une activité extraordinairement risquée s'apparentant à un casino. Une partie du grand public n'est pas encore convaincue de notre volonté, depuis des années, de limiter, encadrer, plafonner, mesurer, diviser les risques. Les activités de marché, ça n'est pas un casino», martèle le président de la Société générale.

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Je connais Daniel Bouton depuis presque vingt ans, bien avant donc qu'il ne rejoigne la direction de la Société générale, dont j'ai couvert les tribulations, de Paris ou d'ailleurs, depuis la privatisation en 1987.

Mediapart a publié en exclusivité les explications de Jérôme Kerviel devant la police judiciaire et reviendra sur ses arguments en défense. Ses avocats savent que nous sommes prêts à recevoir ses déclarations, au même titre que celles du président de la Société générale.

Qu'on s'en indigne ou s'en félicite, les figures de l'establishment financier et bancaire français comme Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne ou Pascal Lamy à l'Organisation mondial du commerce (tous deux issus comme Daniel Bouton de l'Inspection des finances) occupent des positions de responsabilité (dans tous les sens du terme) en cette période de crise financière aiguë. Le président de la Société générale est aussi, cette année, celui de la Fédération bancaire française.

Nul doute que ses réponses à nos questions vont elles aussi susciter des réactions de nos abonnés et bien au-delà. Mediapart, l'info part de là.