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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

La papeterie M-Real Alizay sur le point d'être sauvée

|  Par Rachida El Azzouzi

Condamnée à la fermeture par le géant finlandais du papier qui refusait de la céder à un repreneur, la papeterie M-Real Alizay, dans l'Eure, devrait redémarrer prochainement. En décembre dernier, le conseil général a racheté le site pour le revendre au groupe thaïlandais Double A. La transaction aura lieu mercredi 23 janvier. 

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Le 10 décembre dernier, en pleine bataille politique sur la nationalisation temporaire de l’usine sidérurgique Florange, le conseil général de l'Eure, emmené par le député PS Jean-Louis Destans, adoptait en séance plénière à l’unanimité une décision inédite en France : le rachat pour 22 millions d’euros de la papeterie M-Real d'Alizay, à l’arrêt depuis mars 2012.

Dans le brouhaha médiatique, au moment où l’État s’avouait impuissant face au magnat Mittal, une collectivité territoriale prouvait qu’elle pouvait jouer un rôle pour sauver l’emploi local et l’usine, fleuron du coin. Rentable, dotée de l’une des plus belles machines à papier d’Europe, la papeterie d’Alizay était condamnée à devenir une friche industrielle car M-Real, son propriétaire, le géant finlandais du papier, un consortium d’actionnaires, refusait de vendre locaux et machines à un concurrent. Un séisme social dans la vallée de l’Andelle sinistrée par le chômage.

C’est d’ailleurs ici que François Hollande, alors candidat à la présidentielle, s’était engagé le 15 février 2012, en cas d’élection, à faire voter au plus vite une loi obligeant un industriel souhaitant fermer un site rentable à le céder à un éventuel repreneur. Aujourd’hui, l’Élysée et Matignon freinent des quatre fers (lire notre article à ce sujet).

La « départementalisation » de l’usine M-Real, fruit de l’action concertée des politiques locaux, du préfet et de l’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC) réunis depuis le printemps dans un comité de réindustrialisation, est momentanée. La collectivité joue l’intermédiaire. Elle rachète le site pour le revendre dans un second temps aux repreneurs, le thaïlandais Double A et Neoen (filiale de Direct Energie), candidats à la reprise du site. Les deux entreprises s’allient pour transformer le site autour d’un projet mêlant production de papier et production d’énergie.

La transaction devrait être finalisée cette semaine. Après une signature de principe vendredi 18 janvier et une délibération du Conseil général de l'Eure ce lundi 21, le groupe thaïlandais Double A doit signer l’accord définitif de reprise de la papeterie mercredi 23 janvier, sur le site de M-Real Alizay, en présence du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg. Double A, qui veut conquérir le marché européen du papier de qualité supérieure, ne rachète finalement que les trois quarts du site, pour 18 millions d’euros, pour un redémarrage de l'activité au plus tôt. Neoen, faute de terrain d'entente, n'est plus de la partie et le projet de centrale biomasse, qui devait relancer la filière bois, a été remis à plus tard.

À la clé : entre 150 et 200 emplois, qui iraient en priorité aux ex-M-Real, licenciés en avril dernier (70 % d’entre eux n’ont pas retrouvé d'emploi). Pour l’intersyndicale, en lutte depuis plus de deux ans, l’épilogue est heureux. « C’est une grande victoire même si socialement, en termes de conditions de travail, on ne sait pas encore à quelle sauce les salariés seront mangés », explique Jean-Yves Lemahieu. Le délégué CGT des M-Real est cependant confiant : « Si les Thaïlandais mettent 18 millions d’euros sur la table, s’ils acceptent trois mois de perte car l’usine ne démarrera pas avant mai, le temps de remettre en route la machine, ce n’est pas pour rien. » Pour lui, l’une des grandes inconnues sera le sort réservé aux délégués syndicaux qui se sont battus pour faire revivre leur usine et qui ont accepté le licenciement : « On n’est pas sûrs d’être repris alors qu'on s'est battus pour notre usine. »

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