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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

Le retour d’un zombie, l’accord de libre-échange transatlantique

|  Par Philippe Riès

Barack Obama a retiré d'une étagère poussiéreuse un projet d'accord de libre-échange transatlantique entre les États-Unis et l'UE. Le bilatéralisme est à la mode. Cela n'en fait pour autant une bonne idée. Analyse.

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En matière de mise en scène, c’était parfait. Mais le zèle déployé pour permettre à Barack Obama d’annoncer dans son discours sur l’État de l’Union l’ouverture de négociations sur un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Europe, un zombie surgissant à intervalles réguliers de son caveau, ne peut qu’inciter à la plus grande méfiance vis-à-vis de ce qui serait au mieux une opération de communication, au pire un marché de dupes comme les Européens en ont conclu si souvent avec leur « partenaire » américain.

Discours sur l'état de l'Union Discours sur l'état de l'Union © WH

La mention de ce projet par l’occupant réélu de la Maison Blanche a provoqué une avalanche de communiqués enthousiastes de part et d’autre de l’Atlantique : une déclaration commune d’Obama avec les deux présidents européens, José Manuel Durao Barroso pour la Commission et Herman Van Rompuy pour le Conseil européen ; à la veille du discours, le rapport du « groupe de travail de haut niveau sur l’emploi et la croissance », co-présidé par le commissaire européen au commerce Karel De Gucht et le représentant américain pour le commerce Ron Kirk, recommandant que chaque camp prennent les initiatives nécessaires « pour lancer les négociations d’un large accord sur le commerce et l’investissement ». Tout cela sous les applaudissements des lobbies dédiés à cette noble cause, la « Business Coalition for Transatlantic Trade (BCTT) », où l’on retrouve côté américain le gotha de Main Street et Wall Street, et le « TransAtlantic Business Dialogue (TABD) », qui s’était réuni fin janvier à Davos pour élire un nouveau co-président (le gérant de Investor AB, la holding de la dynastie suédoise Wallenberg), en présence du premier ministre irlandais Enda Kenny dont le pays assure pour six mois la présidence tournante de l’UE.

C’est que les Européens veulent aller vite en besogne, l’objectif de la Commission étant d’obtenir du Conseil un mandat de négociations sous la présidence de l’Irlande, dont l’activisme est compréhensible compte tenu de la place tenue dans son économie tout juste convalescente par les « multinationales » d’origine américaine qui ont fait de l’île Émeraude une tête de pont sur le marché européen, pour des raisons plus ou moins légitimes (la langue anglaise mais plus encore la fiscalité accommodante).

Si l’idée flottait dans l’air bien avant, le premier véritable projet d’un accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis fut formulé par Leon Brittan, le très libéral commissaire européen au commerce et vice-président de la Commission, de 1995 jusqu’à la démission collective ignominieuse de l’équipe Santer en 1999. Sir Leon, aujourd’hui Lord Brittan of Spennithorne, est d’ailleurs revenu temporairement en 2010 dans les coulisses de la politique gouvernementale britannique comme conseiller pour le commerce du conservateur David Cameron. Le hasard faisant bien les choses, l’actuelle secrétaire générale de la Commission, au sommet de la pyramide bureaucratique bruxelloise, l’Irlandaise Catherine Day, était cataloguée comme une « baby Brittan », après son passage dans les deux cabinets de Sir Leon, ayant déjà servi son prédécesseur, Irlandais comme elle, Peter Sutherland.

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