Malgré les dizaines de milliers de manifestants descendus dans la rue ce jeudi, le gouvernement semble ne pas vouloir plier. Malgré les appels à la négociations des syndicats, le passage de 40 à 41 ans de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein semble inéluctable d’ici à 2012.
Mais les chiffres, eux aussi, sont têtus. L’emploi des salariés âgés de plus de 55 ans reste très faible par rapport aux autres pays européens (voir sous l’onglet Prolonger, un comparatif européen dressé par Eurostat). Et les Français, en dépit des appels du Medef à repousser l’âge légal de la retraite (60 ans aujourd’hui), liquident leur retraite de plus en plus tôt. Depuis 2003, selon la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), l’âge moyen à la date de liquidation, c’est-à-dire l’âge auquel les salariés font valoir leur droit à la retraite, ne cesse de baisser. Il était, en 2003, de près de 62 ans. Et de 61,2 ans en 2007. Les départs anticipés pour carrières longues, mis en place par la loi Fillon sur les retraites de 2003, expliquent en partie cette baisse. Mais pas seulement.
Car les surcotes créées alors pour encourager à travailler après 60 ans ont fait flop. Visiblement, les Français veulent partir en retraite dès qu’ils le peuvent. Voire avant. Quitte, parfois, à liquider leur retraite à la hâte, avec des points de cotisation qui manquent et donc des pensions amputées de plusieurs centaines d’euros. Un responsable de la Cnav, sous couvert d’anonymat, dresse un terrible constat : «Nous avons récemment interrogé des plus de 55 ans sur la raison qui les pousse à liquider leur retraite. Le résultat, c’est un réquisitoire impressionnant contre l’entreprise .»
Cette étude de la Cnav, disponible en ligne, dit la même chose, en des termes plus nuancés. Selon cette enquête menée à l’été 2007, «les assurés satisfaits de leurs conditions de travail et de leur environnement professionnel sont minoritaires. La majorité des assurés fait état de conditions de travail toujours plus difficiles (…). Ils se plaignent de la dégradation de leur condition de travail, de la détérioration du climat professionnel (manque de reconnaissance et de considération, perte d’une ambiance sereine et conviviale engendrée par la course à la rentabilité et aux performances…) et de la pénibilité physique mais également psychologique du travail (stress, lassitude envers les tâches effectuées…).» Une atmosphère pesante à laquelle il faut ajouter, selon la Cnav, l’«omniprésence» d’un discours accusant les salariés les plus âgés de coûter cher, voire des «stratégies d’éviction» des plus âgés encore plus «directes», comme la suppression d’un poste, une mutation non choisie, l’attribution de tâches «sinon dégradantes, pour le moins inintéressantes».

