Connectez-vous
Les dossiers Le magasin
Lun. 28 Mai

Mediapart

Fermer

Une occasion manquée

| Par Philippe Riès

Faisons un cauchemar. Dimanche 20 janvier 2008, dans la soirée, la poignée de responsables de la Société Générale, de la Banque de France et de la Commission Bancaire, qui ont identifié les 50 milliards d'euros de positions «non autorisées et dissimulées» prises par le trader Jérôme Kerviel, décident, après beaucoup d'hésitations, d'avertir l'Elysée. Ils demandent à leur interlocuteur une discrétion absolue.
Lundi matin, la banque française commence à déboucler les positions. Les conditions de marché sont détestables, les pertes, évaluées à 1,7 milliard d'euros dimanche soir, montent régulièrement. Mais le processus se déroule sans heurt. Les cessions respectent les volumes maxima autorisés sur les différents marchés concernés. Dans la déprime générale des bourses mondiales, l'opération passe inaperçue.
C'est mardi 22 janvier, à l'ouverture des places asiatiques, que les choses se gâtent. Un important fond spéculatif a commencé à jouer «court» l'action Société Générale et simultanément les indices boursiers européens sur lesquels Jérôme K. a pris ses énormes positions. Coïncidence ? C'est peu probable. L'alarme est venue de plusieurs banques américaines qui ont refusé de servir de contrepartie quand la SocGen s'est présentée sur le marché interbancaire européen. Le message qui remonte vers la direction générale de la banque est sans ambiguïté : la rumeur court sur le marché d'une exposition à d'énormes positions spéculatives qui ont mal tourné.
Dés lors, tout va très vite. L'action Société Générale s'effondre en quelques minutes et NYSE-Euronext décide de suspendre la cotation. A la Banque de France, le gouverneur Christian Noyer appelle la BCE à Francfort. Comme toutes ses homologues, la Société Générale est chaque jour prêteuse et emprunteuse de plusieurs dizaines de milliards d'euros sur le marché interbancaire. Qu'il se ferme et c'est la thrombose. En fin de matinée, un communiqué commun de la Banque centrale européenne et de la Banque de France affirme que le système européen de banques centrales met à la disposition de la banque française toutes les liquidités nécessaires, sans limites.
Mais c'est trop tard. Le mal est fait. Des files d'attente se forment devant les agences de la Société Générale, non seulement en France mais dans tous les pays à l'Est de l'Europe où la banque compte des millions de clients. La zone euro, pour la première fois de sa courte histoire, est confrontée à une crise bancaire systémique impliquant une grande institution ayant des activités transfrontalières.

 

Qui dit crise, dit gestion de la crise par l'autorité de surveillance. Petit problème : dans l'état actuel de la régulation financière en Europe, son identité, ses responsabilités et ses pouvoirs restent très mal définis. C'est cela qu'il faudrait changer, et très vite, pour prévenir une nouvelle crise ou y faire face dans de meilleures conditions.

Mots-Clés de l'article

Mots-Clés

Newsletter
Je m'identifie