
C'est dans la discrétion de leur cabinet qu'employés et cadres mettent, parfois, des mots sur leur souffrance. Depuis une dizaine d’années, les médecins du travail constatent les ravages intimes causés par l’intensification croissante du travail et la pression des managers.
L’opinion semble découvrir l’ampleur du désastre avec la médiatisation de suicides chez Renault, Peugeot ou Areva, dans la banque (Barclays, HSBC, BNP Paribas, Société générale) et, il y a quelques jours encore, chez France Telecom. Les médecins du travail, eux, savent depuis longtemps. Bien avant que les partenaires sociaux et l’Etat, sous la pressante injonction de l’Union européenne, ne s’intéressent aux «risques psychosociaux», mot-valise à la mode qui englobe stress, suicides, violences, harcèlement et souffrance au travail.
Ils savaient, mais tous n'ont pas agi. Ceux qui n’ont pas encore rendu les armes se sont démenés comme des fous. Les autres, la majorité, ont observé le désastre sans savoir trop quoi faire. Activisme des uns, résignation des autres. Un classique dans la profession, maintes fois accusée de ne pas avoir su prévenir le scandale de l'exposition cancérigène à l'amiante.
La médecine du travail ne manque pas de moyens. Créée en 1946, elle est riche et forte de 6500 médecins. Des Bac+10, comme les autres docteurs, et pas forcément les moins bien classés au concours de médecine. Mais la profession est en crise. D’après le code du travail, son rôle, «exclusivement préventif», «consiste à éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail». Il conseille l'employeur. Son indépendance vis-à-vis des patrons est un leurre.


