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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Édition du matin

Affaire Cahuzac : les tiraillements de l'UMP

|  Par Marine Turchi

Quelle ligne la droite doit-elle adopter dans l'affaire Cahuzac ? Ce débat, l'UMP l'a eu à plusieurs reprises en interne. Tiraillé sur la question, le parti se livre à un numéro d'équilibriste depuis les aveux de l'ex-ministre du budget, dont elle a vanté les qualités jusque très récemment. Récit.

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« Cette affaire n’est pas facile à gérer pour nous. On verra si on est une bonne opposition à l’aune de nos déclarations sur Cahuzac », glisse un collaborateur de l’UMP à Mediapart. Quelle ligne la droite doit-elle adopter dans l'affaire touchant l'ex-ministre du budget ? Ce débat, l'UMP l'a eu à plusieurs reprises en interne. Tiraillé, le parti se livre à un numéro d'équilibriste.

Lors du bureau politique du 27 mars, après l’ouverture d’une information judiciaire dans l’affaire Cahuzac, l’UMP a été unanime : il faut être « modéré » pour ne pas donner « trop de crédit à Mediapart », car Mediapart « c’est aussi Karachi, Bettencourt... ». Après les aveux de Jérôme Cahuzac, le 2 avril, cette position a de fait été remise en cause. Mercredi matin, lors de son bureau politique, plusieurs lignes se sont affrontées. Bruno Le Maire a demandé « la plus grande retenue ». « Ça risque de finir comme l'affaire Bérégovoy, alors attention à nos réactions ! » a mis en garde un autre député. Jean-François Copé, lui, a martelé qu’il fallait « insister sur le mensonge ».

Mais là aussi, certains UMP rechignent. Pour Marc-Philippe Daubresse, il ne faut pas focaliser sur le « mensonge » mais sur le fond de l’affaire : la fraude fiscale d'un ministre du budget. Le député du Nord ne veut pas « qu’on donne l’impression que les politiques ne parlent qu’aux politiques et se protègent entre eux ». Claude Goasguen, autre député copéiste, veut lui aussi enfoncer le clou : « Ce sont désormais des pestiférés (les socialistes - ndlr), nous n'avons rien à voir avec eux. »

« Les Francais vont dire : “pourquoi paierait-on des impôts à des gouvernants qui ne les paient pas eux-mêmes ?” » a interrogé la filloniste Valérie Pécresse. Présente au bureau politique, la députée des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer est aussi de ceux qui veulent d'abord insister sur la fraude : « Les Français se préoccupent d’abord du fait qu’un ministre les a volés. On est en train de supprimer les allocations familiales alors qu’un ministre fraude le fisc ! » explique-t-elle à Mediapart.

À la sortie du bureau politique, l’UMP cale un message minimal : il faut cogner sur François Hollande et l’exécutif, qui est discredité, il ne faut rien voter avec le PS. Quelques heures plus tard, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, les députés UMP débitent les mêmes phrases : « Hollande savait-il ? », « A-t-il couvert ? », « A-t-il fait les vérifications nécessaires ? ». « Soit Hollande était au courant et c’est grave ; soit il ne l’était pas et c’est de l’incompétence », entend-on.

Dans l’hémicycle, lors de la séance de questions d’actualité au gouvernement, la droite cible Jean-Marc Ayrault mais surtout Pierre Moscovici. C'est l'ancien président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, qui entame la série de questions, en évoquant d'emblée un « séisme politique ». « Le président de la République et vous-même avez décidé de maintenir (Jérôme Cahuzac à son poste). Que savait-on au sommet de l’État ? Pourquoi n’avez-vous pas fait procéder sérieusement aux vérifications ? » lance-t-il au premier ministre, en s’interrogeant: Ces « manquements » relèvent-ils « de l’incompétence ou de la complaisance ? ».

Lorsque Jean-Marc Ayrault et Bruno Le Roux martèlent en retour que « la justice et la presse ont pu faire leur travail en toute liberté » et soulignent un « changement avec les pratiques d’avant », la droite hurle des « DSK ! » et des « démission ! ». « Avez-vous posé d'autres questions, lors d'autres séances ? » tente de contre-attaquer Ayrault, demandant aussi aux députés UMP de « réfléchir, en conscience après ce qui s’est passé », à voter la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). « Diversion ! » répond l'UMP.

« Vous n’êtes plus en situation de faire la morale ! » s’exclame le chef de file des députés UMP au micro. « Vous êtes en responsabilité M. le premier ministre, vous ne pouvez pas vous dérober. (...) Oui ou non l’administration fiscale a-t-elle été instrumentalisée par M. Moscovici pour étouffer cette affaire ? »

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