live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, le dernier ebook de la rédaction Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition de la mi-journée

La police des polices enquête sur l'agression d'un chauffeur RATP

|  Par Louise Fessard

Le 30 novembre 2012, un chauffeur de bus parisien est agressé par deux motards. Énième agression d'un employé de la RATP ? Pas vraiment puisque les deux motards, en civil, seraient en fait des policiers. Une enquête a été confiée à l'inspection générale des services (IGS), la police des polices parisienne.

Partage

Une enquête a été ouverte fin 2012 par le parquet de Paris et confiée à l'inspection générale des services (IGS), la police des polices parisienne, après l'agression d'un chauffeur de bus parisien par deux motards en civil, l'un d'eux ayant brandi sa carte de police. En douze ans de service à la RATP, Hichame, 35 ans, assure n’avoir jamais eu d’accident grave, ni subi d’agression. Jusqu’à ce vendredi 30 novembre 2012, vers 13 heures, alors qu’il travaillait sur la ligne 47 en plein Paris.

À un feu rouge, Hichame voit surgir deux motards en civil dans le couloir de bus, cherchant à le doubler par la droite. Il met alors son clignotant à droite et accélère, une manœuvre réglementaire dite « fermer la porte », afin de pouvoir sécuriser son arrêt à hauteur du centre Pompidou, une trentaine de mètres plus loin. « Je fais descendre les voyageurs, un motard tape à mon carreau, à gauche du bus, j’ouvre bêtement et il déclenche un coup de poing », raconte Hichame.

Le machiniste, sonné par le coup et ses lunettes cassées, dit alors être descendu, avoir attrapé le premier motard et l’avoir fait descendre du scooter. « Le deuxième scooter est arrivé et son conducteur, le plus jeune, m’a sauté dessus, nous sommes tombés, explique-t-il. Le plus jeune m’a étranglé pour que je libère son collègue. À ce moment, les passants, des jeunes blacks, ont vu que je portais un uniforme de chauffeur RATP, que j’étais agressé par des motards sans signe distinctif, et ils sont venus nous séparer. Quand le deuxième motard les a vu arriver, il a crié “C’est la police” et a sorti sa carte de police. Je l’ai lâché et nous nous sommes relevés tous les trois. »

Hichame assure que les deux motards ne portaient pas de brassards et que jusqu’à cet instant, il n’avait aucune raison de penser qu’il s’agissait de policiers. « Quatre policiers de la BAC sont aussitôt arrivés à pied, par pure coïncidence », poursuit Hichame. Les quatre hommes sont, eux aussi, en civil et sans brassard, mais le machiniste est sûr de lui. « Je suis issu d’un quartier sensible, je les reconnais à leur façon de quadriller l’espace, ils ont des formations pour ça », explique-t-il.

Il reprend son récit : « Ils m’ont demandé mon permis et de me calmer, ils m’ont dit que j’étais trop excité. Je leur ai expliqué que je venais de me faire agresser. Celui qui semblait être leur chef parlait avec mon agresseur, j’ai tout de suite vu qu’ils se connaissaient. Le deuxième motard, le plus jeune qui m’avait étranglé, me menaçait devant les policiers de la BAC. Il m’a dit “La RATP, c’est fini pour toi”. »

Hichame s’avance alors vers le premier motard « qui sentait l’alcool » et demande que son taux d’alcoolémie soit testé. En fait de test, « mon agresseur a sorti son carnet et a noté mon adresse que lui ont donnée les policiers de la BAC, s’indigne Hichame. Et le plus jeune m’a pris en photo avec son portable et m’a dit “Tu es mort”. Je leur ai dit que c’était inadmissible de donner mon nom et mon adresse à mon agresseur. Les passants sur le trottoir étaient médusés. »

Les deux motards seraient ensuite repartis sur leurs scooters. « Les quatre autres policiers ont été très courtois, mais ils ont protégé leurs collègues et ils sont partis sans rien faire pour moi en tant que victime, déplore Hichame. Ils m’ont dit que si je n’étais pas content, je pouvais déposer plainte dans le XIIe arrondissement. » C’est-à-dire à l’Inspection générale des services (IGS), la police des polices parisienne qui siège rue Hénard dans le XIIe arrondissement, ce qu’ignorait Hichame. Deux policiers du commissariat voisin du IVe arrondissement finissent par venir faire les constatations et prendre la plainte d’Hichame. 

Partage