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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Pourquoi la police ne fonctionne pas dans les quartiers Nord de Marseille

|  Par La rédaction de Mediapart

L'armée, dans les quartiers marseillais, une bonne idée ? Policiers et habitants, chercheurs et militants sont affirmatifs : face aux trafics, la réponse n'est pas sécuritaire mais politique. Paroles d'habitants et de policiers marseillais. Mediapart entame la publication d'une grande enquête en collaboration avec le mensuel Le Ravi. Premier article de Sébastien Boistel.

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Un article de Sébastien Boistel, journaliste du Ravi

« Ça ne sert à rien d’envoyer un car de CRS pour arrêter les dealers. Il n’y a que l’armée qui puisse intervenir. » Dans les quartiers Nord de Marseille, les propos d'août 2012 de la socialiste Samia Ghali, maire de secteur et sénatrice, résonnent encore. Karima Berriche, du centre social l'Agora dans le 14e arrondissement, et Mohammed Bensaada, de l'association « Quartiers nord, quartiers forts », les ont en travers de la gorge : « Quand un élu en appelle à l’armée, c'est qu'il est démissionnaire. Et puis, à quoi servirait l’armée ? On a déjà la BAC (brigade anti-criminalité) ! »

© Coco

Les turpitudes de la BAC Nord ont presque éclipsé ce coup de com qui, face au cri d'une élue après un règlement de comptes, vit une « task force » interministérielle débarquer début septembre 2012 sur Marseille. Mais le renouvellement de la hiérarchie policière n’a pas pour l’instant empêché la presse de continuer à décrire la cité phocéenne comme une petite « Chicago ».

Pour le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de l'Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux à Aix-en-Provence, « depuis le XVIIe siècle, la Provence est décrite comme une terre bénie des dieux mais habitée par des brutes. Certes, en Paca, une région très pauvre, marquée par des inégalités et des flux touristiques importants, la délinquance reste forte. Mais en deçà de l'Île-de-France. Quant aux règlements de comptes, c'est tout sauf une nouveauté. »

Confirmation du procureur de Marseille, Jacques Dallest : « «Entre 2008 et 2012, il y a eu 86 morts dans les Bouches-du-Rhône et 124 blessés par balles. On a donc environ 200 victimes de réglements de compte, soit une quarantaine* par an. Ce qui nous place en tête. Mais en deçà de la Corse. » Commentaire laconique d'un habitant des quartiers Nord : « Le jeune qui s'est fait tuer avant que Samia Ghali n'en appelle à l'armée a été abattu de trente balles ! Sa copine, à côté, s'en est tirée presque indemne. C'est du travail de pro, parfaitement ciblé. Je sais donc qu'ici, je ne risque rien. »

Un point de vue marginal ? Pas tant que ça. Car si Zara, de Saint-Barthélémy, reconnaît que « l'utilisation d'armes de guerre, c'est nouveau », Benaziza, elle, a « plus peur des policiers que des dealers. Alors qu'il partait au travail, sans se présenter, ils ont sauté sur mon fils, l'ont plaqué contre le mur et lui ont arraché son sac pour le fouiller. Il a cru que c'était des voleurs ! »

Or, pour Karima Berriche, « ce que les gens veulent, ici, c'est être traités comme tout le monde ». Et, s'il est logique, dixit Laurent Mucchielli, « que Marseille bénéficie de zones de sécurité prioritaires, dans ces quartiers, ce que les gens réclament, c'est d'avoir la même police qu'ailleurs. Une police de proximité, qui patrouille à pied, tous les jours et qui ne se contente pas de faire des rondes en véhicule ou du saute-dessus ».

Las, déplore Thierry Huguet, de la CGT Police, « ce n'est plus possible. En patrouille, à deux, vous ne pouvez laisser votre véhicule au pied des immeubles pour grimper dans les étages ». Alors, malgré l'arrivée de près de 200 policiers, « tous volontaires pour venir ici », rappelle Alphonse Giovannini, d'Unité Police SGP FO, pour lui, « le compte n'y est pas. Il nous manque encore au moins 200 fonctionnaires. D'ailleurs, pour le week-end d'ouverture de Marseille Provence 2013, pas un policier ne pourra poser de jour de repos ! ».

* Ce chiffre englobe donc les morts et blessés par balles lors de règlements de compte dans les Bouches-du-Rhône. Une notion à manier avec beaucoup de prudence, puisqu'elle vise le mode opératoire plus que le motif des aggressions. «Il y a aussi des règlements de compte individuels : "Tu me regardes mal", "T'es sorti avec ma copine", "J'aime pas ta gueule, je te tue"», a expliqué Jacques Dallest le 21 décembre 2012, lors d'une journée d'études de l'Observatoire régionale de la délinquance et des contextes sociaux. «Ça rend complexe la lecture de l'affaire: est-ce une affaire priéve ou un affrontement de gang», questionne le procureur de Marseille.

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Mediapart s'est associé pour réaliser ce dossier sur la sécurité à Marseille avec le journal satirique de la région Paca, le Ravi. Petits moyens, diffusion d'environ 5 000 exemplaires par mois et grosse ambition éditoriale, le Ravi est le mensuel « qui ne baisse jamais les bras ! ». Ce dossier, illustré par Coco, paraît dans le numéro de janvier 2013 du Ravi.