Les sénateurs, bientôt appelés à se pencher sur la réforme des institutions, ont rejeté mercredi 4 juin une proposition de loi socialiste visant à rénover leur mode d'élection. Le groupe PS avait fait d'une «démocratisation» de la chambre haute, censée représenter les collectivités territoriales mais invariablement acquise à la droite, un préalable à tout compromis avec l'UMP sur la révision globale de la Constitution.
Désignés au suffrage universel indirect, les 331 sénateurs sont en effet choisis par un collège de 150.000 grands électeurs, où les communes rurales sont surreprésentées, et le monde urbain, plus favorable à la gauche, est négligé. Le texte du PS, qui prévoyait de doubler le nombre de délégués (300.000) et d'injecter une dose supplémentaire de proportionnelle, pour mieux tenir compte des réalités démographiques et donner une chance à l'alternance, a été repoussé par 198 voix contre 125.
L'actuel collège électoral:

Dans l'hémicycle, le PS a dégainé une phrase fameuse du constitutionnaliste Guy Carcassonne: «Quand la gauche perd en France, elle perd tout ; quand la droite perd, elle conserve le Sénat»... En coulisses, Bernard Frimat, vice-président du groupe, a dénoncé en termes plus crus un véritable «trucage électoral», garantissant une «rente de situation à la droite» et reléguant le palais du Luxembourg au rang de «Chambre des Lords britannique».
De fait, au fil des décennies, sous les gouvernements de gauche comme de droite, la chambre haute est restée invariablement bleue:
Espiègle, le chef de file des socialistes, Jean-Pierre Bel, a cité cette réplique du président du Sénat, Christian Poncelet, datant de 2002: «Pour que la gauche s'empare du Sénat, il suffit tout bonnement qu'elle l'emporte aux prochaines municipales...» C'est aujourd'hui chose faite : 60% des Français vivent sous son "contrôle" depuis le scrutin municipal de mars 2008, notamment 32 villes de plus de 100.000 habitants, contre 17 gérées par la droite. Le PS, le PC ou leurs alliés président par ailleurs 20 des 22 régions, ainsi que 58 des 102 départements. «Mais ici, au Palais, c'est l'opposition à perpét' ! » a tonné Pierre Mauroy (PS).
A la rentrée 2008, lors du prochain renouvellement de l'hémicycle (régénéré par tranches), la gauche pourrait engranger une trentaine de sièges sur les 102 remis en jeu, soit grignoter une quinzaine de fauteuils supplémentaires. Toujours insuffisant.
Avec l'élection "partielle" suivante, en 2011, elle devrait encore progresser et «tutoyer la majorité, mais sans l'atteindre», d'après les estimations des socialistes.







