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Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition de la mi-journée

Le Front de gauche ou le succès mis sous tension

|  Par Stéphane Alliès

Nouvelle étape réussie de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, avec un meeting ayant réuni plus de 50.000 personnes à Toulouse, sur la place du Capitole. Reste désormais à digérer un succès inattendu, malgré la fatigue et les coups de colère.

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Limoges, Toulouse, de notre envoyé spécial

Le plébéien s’offre les joies du Capitole. Ce jeudi à Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a encore fait place comble, réunissant malgré un temps menaçant puis une fine pluie, plus de 50.000 personnes, de tous âges, autour de l’Hôtel de ville, place du Capitole. Le héraut du Front de gauche est apparu plus à l’aise que lors de ses précédentes sorties en plein air (Place Stalingrad et Fête de l’Humanité en juin et septembre 2011, Place de la Bastille, le 18 mars dernier).

Si son discours demeure assez général et solennel, comparé à ses interventions dans les meetings traditionnels, deux à trois fois plus longues, il est parvenu à se départir de l’émotion qui semble le saisir à chacune de ces fois où il estime se mettre dans les pas du « grand Jaurès », avec qui il assume « renouer le fil qu’il a tissé dans cette région ». « Ça peut paraître grandiloquent, voire empesé, convient un membre de son équipe, mais il a du mal à fendre l’armure devant tant de monde. Ce soir, il y est davantage parvenu ». Un autre de ses proches admet que « l’enjeu des deux dernières semaines est de ne pas se laisser tétaniser par la peur de gagner ».

De fait, de mémoire de militant local, autant de monde réuni dans la ville rose a des airs de jamais vu. « En 1981, Marchais avait fait 25.000 et Mitterrand 30.000 ; en 1988, Mitterrand avait fait 40.000, dit, ébahi, Frédéric Borras, ancien dirigeant de la LCR et du NPA, en train de se convertir au Front de gauche. C’est colossal ! » Et le poids de la responsabilité aurait de quoi déstabiliser un Mélenchon ayant consacré sa vie politique à la recherche du « socialisme historique » perdu.

Face à un public toujours plus nombreux, on ne peut l'accuser de faire dans la facilité, quitte à en décevoir certains, venus pour se laisser emporter par la colère du tribun du peuple. En une petite demi-heure, il a repris sa conception de la VIe République là où il l’avait laissée à la Bastille (lire notre reportage). Après avoir disserté sur le socle égalitaire de la République nouvelle à Paris, il a développé à Toulouse sa vision de la souveraineté populaire et de l’universalisme. Et il a appelé à la création de nouveaux droits : de réquisition et de préemption d’usine en cas de licenciements ou de délocalisation, ou de veto pour les salariés dans les conseils d’administration d’entreprise.

Dans un autre développement, Mélenchon a également appelé à s’extraire de « l’impérialisme des Etats-Unis d’Amérique », c’est-à-dire à quitter l’Otan et à se tourner vers une « diplomatie altermondialiste ». Pour lui, l’universalisme, cet « autre nom de la liberté », devrait encourager la France à promouvoir droit à l’avortement et lutte contre la peine de mort partout dans le monde, « en Chine comme aux Etats-Unis ». Le public a applaudi, sans être totalement fervent, et a interrompu le discours pour entonner un désormais traditionnel « Résistance ! Résistance ! »

« Contrairement à ce que certains pensent, comme par exemple Noël Mamère, nous ne sommes pas une foire aux bestiaux, mais une foule conscientisée », se gausse Eric Coquerel, lieutenant de Mélenchon qui n’a toujours pas digéré les récents propos du député écologiste et d’autres soutiens d’Eva Joly. « Nous ne sommes pas un club de fans de Jean-Luc, soupire le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. Nous sommes les premiers à regretter que la Ve République personnalise à l’extrême, mais le culte de la personnalité est incompatible avec les valeurs du Front de gauche ». Si Mélenchon prend toujours garde à ce que l’on ne crie pas son nom dans les meetings, son ascension dans les intentions de vote a indéniablement une incidence sur la marche de sa campagne.

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J'ai suivi les meetings de Limoges et du Capitole, mercedi et jeudi, ainsi que le point presse du Front de gauche mardi, au siège de campagne des Lilas. Contrairement à l'accoutumée, il était impossible de rencontrer Jean-Luc Mélenchon en marge de ces réunions, soit de façon informelle et collective, soit lors d'une conférence de presse. À moins d'être choisi par lui, au détriment d'autres journalistes mis à l'index. Pratique qui m'a découragé de solliciter une telle rencontre exclusive. Mélenchon a bien discuté avec certains journalistes durant ces trois jours, tandis que son entourage déclarait initialement qu'il ne pouvait voir personne, car il se consacrait à la préparation de ses discours. J'ai donc préféré discuter avec ses proches, et me contenter de ses déclarations à la tribune.