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Europe-Ecologie à égalité avec le PS

| Par La rédaction de Mediapart

De midi à minuit, dans la journée du dimanche 7 juin, la rédaction de Mediapart a tenu la chronique, minute par minute, de la journée électorale. Vous pouvez lire ci-dessous, dans l'ordre chronologique inversé le déroulement des événements.

 

A midi, et à la lecture de la presse dominicale, nous avions défini les critères permettant d'interpréter les résultats. Au vu de ceux-ci, on peut affirmer que l'UMP ne fait pas mieux que les 28% attendus, mais pas moins bien non plus, ce qui lui permet d'affirmer que le socle de 31% d'électeurs obtenus au premier tour de l'élection présidentielle de 2007 ne s'est pas vraiment érodé en deux ans d'exercice du pouvoir. Ce jugement doit néanmoins être modulé en considérant que deux électeurs sur trois se sont abstenus de voter, ce qui n'est pas un mauvais chiffre en comparaison des performances européennes, mais ne permet de juger que du choix de ceux qui se sont exprimés.

Le PS est, quant à lui, bien au-dessous du seuil de 20% envisagé avant le scrutin, et son porte-parole, Benoît Hamon, n'est même pas réélu en Ile-de-France, ce qui laisse présager de sévères recompositions du Parti. On en saura plus mardi soir, après le conseil national qui devra interpréter les résultats et décider des nouvelles alliances stratégiques des courants. Mais le résultat n'est certainement pas catastrophique pour tous, puisque l'effondrement du MoDem permet d'écarter, au moins momentanément, l'hypothèse du alliance au centre pour les régionales de 2010.

Europe-Ecologie tutoie le PS en nombre de voix et est à égalité en nombre de siège, un résultat inespéré alors que dimanche matin encore, la question pour les écologistes était plus «troisième ou quatrième place?», dans une compétition avec le MoDem, plutôt que «deuxième ou troisième?» dans une joute avec le PS. Car, en bien des lieux, les écologistes devancent les socialistes et parfois, comme à Nantes, ne passent pas très loin de la première place. La chronologie de la soirée est éclairante pour comprendre le sens de ce vote: l'avance des socialistes en début de soirée a été peu à peu grignotée, à mesure que les résultats des grandes villes tombaient, indiquant que le vote Europe-Ecologie est souvent un phénomène urbain, probablement assez éloigné des préoccupations environnementalistes. Reste la question de la transformation de ce bon résultat au-delà d'une élection qui est formellement favorable à ce type de formation et une fois que les artisans de la victoire seront absorbés par le travail européen, loin des enjeux nationaux.

En quatrième position, le MoDem confirme qu'il n'a pas réussi à s'implanter dans le paysage politique, après la débandade des municipales. On l'annonçait à 14% (CSA) avant l'élection, il n'en fait qu'un peu plus de la moitié (8,5%); on le promettait incontournable pour l'avenir de la sociale-démocratie, les électeurs centre-droit semblent ne pas s'être reconnus dans son discours antisarkoziste et ceux du centre-gauche ne pas avoir oublié qu'il était né à droite. Bref, pour tous ceux qui avaient fuit les vieux partis pensant trouver au MoDem un renouveau de la politique, l'heure est aujourd'hui à la réévaluation de leurs stratégies personnelles.

Avec 6,3% des voix, le Front national a réussi à démontrer qu'en allant chasser sur ses terres, Nicolas Sarkozy ne l'a pas tué. Promis à l'extinction en même temps que son leader, il réussit une nouvelle fois à se perpétuer en envoyant trois députés à Strasbourg, Bruno Gollnisch ainsi que le père et la fille Le Pen. De plus, en comptant les 4,6% de Libertas, l'extrême droite totalise encore en France près de 11% des voix exprimées.

Quels que soient les discours triomphalistes du Front de gauche, il n'a pas réussi à recruter largement au-delà de l'électorat communiste, malgré un campagne plutôt réussie. Jean-Luc Mélenchon ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui a oublié de citer ses alliés du PCF lors de la soirée électorale. Certains militants non plus, qui se reconnaissaient, dimanche soir, comme principale victoire d'avoir «descendu» le NPA, jusqu'alors seule force en progression à la gauche du PS.

Le NPA, enfin, se console de son piètre 4,9% en se disant qu'il est un jeune parti, encore à construire et en oubliant que ses fondations sont restées très largement celles de la LCR.

 

23h50. Jean-François Kahn, tête de liste du MoDem dans l'Est, estime que son parti «payait l'erreur stratégique commise pendant le débat [entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit] sur France 2». «La déception est d'autant plus douloureuse que nous avons frôlé un vrai succès en développant l'idée qu'il y avait dans l'électorat une forte aspiration à dépasser le clivage UMP-PS qui asphyxie la vie politique française, a-t-il déclaré à l'Agence France-Presse. Paradoxalement, notre analyse était juste mais elle a favorisé Europe-Ecologie. C'est la vie.»

 

 

23h45, chiffres du ministère de l'intérieur: la majorité arrive en tête avec 27,73%, suivi du PS à 16,66% talonné (à 100.000 voix près) par Europe-Ecologie (16,03%). Le MoDem est crédité de 8,47%, le Front national de 6,40%, le Front de gauche 5,99%, le NPA et LO 6,22% ensemble, et le reste de la droite 6,81%.

 

23h30. Selon le quotidien Ouest-France, Philippe de Villiers reste maître chez lui et pointe largement en tête en Vendée (32,96%). Le leader souverainiste, chef de file de la liste Libertas dans l’Ouest, s’impose dans 269 communes sur 282, soit 10 de plus qu’en 2004, mais perd quatre points et plus de 9.000 voix.

 

23h20, à Bruxelles. Réactions et duplex dans la salle du Parlement européen.

  • Hans Gert Pöttering, président du Parlement européen (depuis Berlin) : «Nous devons réfléchir à la façon dont on peut obtenir une meilleure participation à l'avenir. Je constate que les partis pro-européens ont enregistré une bonne majorité des voix.»
  • Joseph Daul, Parti populaire européen (droite) : «Pour le groupe PPE, c'est une très belle soirée. Je ne peux être que satisfait : le PPE a largement gagné et les socialistes ont un peu perdu.»
  • Martin Schulz (parti socialiste européen, depuis Berlin) : «C'est une soirée particulièrement triste pour la sociale-démocratie en Europe. Nous sommes extrêmement déçus, nous nous attendions à de meilleurs résultats. Dans la plupart des pays, les résultats sont peu positifs. Le groupe social-démocrate a encaissé des revers très importants. Cette soirée est remplie d'amertume.»
  • Francis Wurtz (gauche européenne, depuis Paris) : «Ce taux d'abstention doit tous nous interpeller. Il traduit une crise de confiance de trop nombreux citoyens vis-à-vis de l'Europe telle qu'elle se construit aujourd'hui. Le poids de la droite et de forces xénophones doit interpeller la gauche : nous n'avons pas réussi à apporter les réponses à nos concitoyens.»

A Bruxelles, les premières tractations pour l'élection du futur président du Parlement européen ont déjà commencé. Au sein du PPE, deux candidats se disputent déjà la présidence : l'italien Mario Mauro et le polonais Jerzy Buzek.

 

23h15. A Rennes, une mairie socialiste, Europe-Ecologie arrive en tête du scrutin avec 27,38% des voix, devant l'UMP (21,46%) et le PS (20,48%).

 

23h12. Quelques paroles de proches de Royal et d'Hamon à Solférino où la soirée se termine:

David Assouline: «Il faut engager une vraie rénovation et ne pas venir nous dire cette fois-ci: “après les régionales”, comme on nous a dit “après les européennes”. Il faut y travailler vite, et voir comment, à court terme, on en fait l'affaire des Français.» Evoquant la question des primaires, il insiste: «Il y a une nécessité de créer une dynamique à gauche, un projet et une méthode permettant de faire émerger un leadership.»

Aurélie Filippetti embraye: «La direction doit envoyer des signaux clairs sur le fait que les choses bougent. On est un certain nombre pour qui ça ne passe plus. Il faut dépasser le PS pour aller vers un grand parti de la gauche, des écologistes aux altermondialistes.»

Lieutenant de Benoît Hamon, Razzy Hammadi analyse: «Il ne faut pas étudier les résultats mais les interpréter. Il ne faut pas rénover le PS mais le refonder. On a besoin d'un big bang à tous les étages, sur le projet comme sur la sociologie.» Quid de l'aile gauche à la direction du PS? Une démission de Benoît Hamon, qui n'est pas réélu ce soir, est-elle envisageable? «Nous prendrons collectivement nos responsabilités politiques. Nous ne nous sommes jamais défilés jusqu'ici.»

Un autre hamoniste, l'économiste Liem Ngoan-Hoc (élu député européen dans l'Est), s'interroge: «Est-ce qu'on reste pour peser dans la direction avec un message dilué ou est-ce qu'on sort en misant tout pour peser sur des primaires?» Should I stay or should I go? La question n'est pas tranchée et devrait être débattue mardi. Henri Emmanuelli plaide, semble-t-il, pour un maintien de la gauche du parti dans la direction.

 

 

23h10. A Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, la liste Front national conduite par Marine Le Pen, qui, par ailleurs, brigue la mairie de la ville, le FN arrive en tête du scrutin avec 27,92% des voix.
23h05. A Nice, selon une estimation, l'UMP recueille 33,30% des voix, devant Europe-Ecologie à 17% environ et en troisième position le PS avec un score de 10-11% loin de son score de 2004. Dans les Alpes-Maritimes, le score de l'UMP serait supérieur à celui de Nice, aux alentours de 35-36% des voix.

 

23h00. Sur le site du Parlement européen, une première esquisse du futur hémicycle européen. Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) remportent les élections au Parlement européen avec 263 à 276 sièges, devant les socialistes avec 155 à 165 sièges, sur un total de 736 sièges dans l'hémicycle.

 

 

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© Parlement européen

 

22h55. A Paris, sur 60% des bureaux de vote dépouillés, les résultats donnent: UMP 30%; Europe-Ecologie 27%; PS 14,7%, MoDem 8,3%.

 

22h41. Avec plusieurs dizaines de minutes de retard, le Parlement européen donne sur son site des résultats provisoires pour la plupart des pays de l'UE. Pour la France, ça donne :

 

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© Parlement européen

 

22h32. Pour le discours de François Bayrou, les quelques militants présents au QG du MoDem se pressent autour des micros: objectif faire masse pour les images de la télé. Et ne pas montrer sa déception, alors que l'on pensait «faire 15%». Les gens n'ont «pas compris le MoDem, ils n'ont pas compris que nous étions le parti de l'Europe». Alors ce soir, «les militants sont fatigués et ne se sont pas mobilisés pour la soirée».
22h30. A la Bellevilloise, on rivalise de métaphores. Pour Cohn-Bendit, ce 7 juin, «c'est le D-Day de l'écologie politique». Pour Denis Baupin, «c'est le 10 mai 1981 de l'écologie politique». Stéphane Hessel, l'ancien résistant, est venu saluer la victoire alors que Karima Delli, assistante parlementaire de Marie-Christine Blandin et 4e sur la liste en Ile-de-France, s'éclipse, les larmes aux yeux. Bouleversée par cette victoire qui peut la porter de manière totalement inattendue au parlement de Strasbourg, elle doit rejoindre les plateaux télévisés.

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22h28. Selon le quotidien marseillais La Provence, les Italiens résidant en France et qui s’étaient inscrits en 2008 sur les listes électorales pour voter aux municipales françaises ont été radiés des fichiers italiens et n’ont pas pu voter aux européennes.
22h26. Olivier Besancenot arrive dans la salle que le NPA a louée pour l'occasion, rue de Doudeauville (Paris XVIIIe). «Nos résultats sont un bon départ pour un premier test électoral, assure-t-il. Rien de fracassant mais pas de déception. Il y a une brèche anticapitaliste dans ce pays. Ceux qui annonçait le NPA mort-né se sont trompés. Le NPA continue son chemin. La prochaine étape n'est pas électorale: il faudra lutter contre la crise et stopper le gouvernement.» Affiches sous le bras, seau de colle à la main, un militant à qui ses camarades rappelaient que ces élections n'avaient qu'un tour, répliqua: «Les élections, c'est fini mais le combat continue.»

 

22h25. Premières estimations en Italie. D'après La Repubblica, le PdL de Silvio Berlusconi (droite) remporterait une large victoire (entre 39 et 43% des voix), le Parti démocrate (centre et gauche) entre 27 et 31%, la Ligue du nord (droite) entre 6,5 et 10%.

 

22h10. Dernières estimations

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22h05. Fort de leur cinquième position au niveau national, les trois leaders du Front de gauche ont lancé un nouvel appel au rassemblement des forces de gauche. Ils ont exhorté le NPA à les rejoindre au plus vite. Marie-George Buffet: «Il faut continuer à être ensemble et quand je dis on continue, on ne continue pas à trois mais à quatre ou a cinq.» Jean-Luc Mélenchon: «Il faut que les trotskystes du NPA comprennent que la voie qu'ils proposent conduit à une impasse.» Christian Picquet: «Regardez ce que nous aurions pu faire si la gauche radicale avait su se rassembler ce soir. Cela aurait été un coup de tonnerre.»

 

 

 

 

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